Joan. I, 18. — 2. Ibid. VI, 69. — 3. Ibid, I
D'abord Dieu veut être loué et béni dans toutes ses œuvres.
Toutes, en effet, sont marquées de sa sagesse infinie : Omnia in sapientia fecisti” ; toutes sont admirables, aussi bien dans leurs préparations que dans leur réalisation. Cela est surtout vrai de celles qui ont pour but direct la gloire de son Fils, car « la volonté du Père est que son Fils soit exalté à jamais »”. Dieu veut que nous admirions ses opérations, que nous lui rendions des actions de grâces d’avoir ainsi préparé, avec tant de sagesse et de puissance, le règne de son Fils parmi nous : nous entrons dans les pensées divines, lorsque nous nous remémorons les prophéties et les promesses de l’Ancienne Alliance.
Ensuite Dieu veut que nous trouvions dans ces préparations une confirmation de notre foi.
S'il a donné tant de signes, si divers et si précis, des prophéties si nombreuses et si claires, c’est pour que nous reconnaissions comme son Fils celui qui les a réalisées en sa personne.
Voyez comment, dans l'Évangile, Notre-Seigneur luimême invitait ses disciples à cette contemplation. Scruta- . mini Scripturas, « Scrutez les Écritures »°, leur disait-il — « les Écritures », c'était alors les livres de l'Ancien Testament ; — scrutez-les, vous les verrez remplies de mon nom ; Car « il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans les psaumes et les prophètes » : Necesse est impleri omnia quae scripta sunt in prophetis et psalmis de me*. Nous l’entendons encore au lendemain de sa résurrection expliquer aux disciples d'Emmaüs, pour affermir leur foi et dissiper leur tristesse, ce qui le concernait dans toutes les Écritures, « en commençant par Moïse, et en parcourant tous les prophètes » : Et incipiens a Moyse et omnibus prophetis, interpretabatur illis in omnibus scripturis quae de ipso erant‘. — Quand
1e Ps. CIIT, 24. — 2. Cf. Joan. XII, 28: — 3, Ibid. V, 39. — 4 Luc. XXIV, 44 — 5. Ibid. 27.
donc nous lisons les prophéties que l’Église nous propose durant l’Avent, disons, dans la plénitude de notre foi, comme les premiers disciples de Jésus : « Nous avons trouvé celui que les prophètes ont annoncé »* Répétonsle au Christ Jésus lui-même : « Oui, vous êtes vraiment celui qui doit venir ; nous le croyons et nous vous adorons, vous qui, pour sauver le monde, avez daigné vous incarner dans le sein d’une vierge » : Tu ad liberandum Suscepturus hominem non horruisti virginis uterum *°.
Cette profession de foi est extrêmement agréable à Dieu ; ne nous lassons pas de la réitérer. Comme à ses apôtres, Notre-Seigneur pourra nous dire: « Mon Père vous aime, parce que vous avez cru que je suis son en- VOyÉ >» *.
Enfin il existe une troisième raison, plus profonde et plus intime. Le Christ n’est pas venu plus spécialement pour les habitants de Judée, ses contemporains, mais pour nous tous, pour tous les hommes, pour les hommes de toutes les nations et de tous les siècles ; ne chantonsnous pas dans le Credo : Propter NOS et propter NOSTRAM salutem descendit de caelis ? La « plénitude des temps » n’est pas close encore : elle durera aussi longtemps qu’il y aura des élus à sauver.
Seulement, c’est à l’Église que le Christ, depuis son Ascension, a laissé la mission de l’enfanter dans les âmes. « Vous êtes mes petits enfants, disait S. Paul, l'apôtre du Christ Jésus parmi les nations, je vous enfante dans le Christ, pour qu’il soit formé en vous » *. L'Église, guidée en ceci par l’Esprit-Saint, qui est l'Esprit de Jésus, travaille à cette œuvre en nous faisant contempler chaque année le mystère de son Époux divin. Car, je vous l'ai dit en commençant ces entretiens, tout mystère du Christ est vivant ; c’est non seulement une réalité historique dont nous rappelons le.souvenir, mais une solennité qui contient en elle-même une grâce propre, une vertu
1. Joan. I, 45. — 2. Hymne Te Deum. — 3. Joan. XVI, 27. — 4. Gal, ŒVS 10.
spéciale, qui doit nous faire vivre de la vie même du Christ, dont nous sommes les membres, en nous faisant partager tous ses états. ]
Or, l'Église célèbre à Noël la nativité de son Epoux divin, éamquam sponsus procedens de thalamo suo”; et elle veut nous préparer, par les semaines de l’Avent, à la grâce de la venue du Christ en nous. C'est un avènement tout intérieur, mystérieux, qui se fait dans la foi, mais plein de fécondité.
Le Christ est déjà en nous par la grâce sanctifiante qui nous fait naître enfants de Dieu, cela est vrai ; mais l'Église veut que cette grâce se renouvelle, que nous vivions d’une nouvelle vie, plus afiranchie du péché, plus dégagée des imperfections, plus libre de toute attache à nous-mêmes et à la créature : Ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet® ; elle veut surtout nous faire comprendre que le Christ, en échange de l’humanité qu’il nous emprunte nous donnera part à sa divinité, et opérera en nous une prise de possession plus complète, plus entière, plus parfaite : ce sera comme la grâce d’une nouvelle naissance divine en nous : Ut tua gratia largiente, per haec sacrosancta commercia, in illius inveniamur forma, in quo tecum est nostra substantia *.
C'est cette grâce que le Verbe incarné nous a méritée par sa naissance à Bethléem ; mais s’il est vrai de dire qu’il est né, qu'il a vécu et qu’il est mort pour nous tous : Pro omnibus mortuus est Christus *, il est vrai d'ajouter que l'application de ses mérites et la collation de ses grâces ne se réalise pour chaque âme que dans la mesure de ses dispositions.
Nous ne participerons aux grâces si abondantes que la nativité du Christ doit nous apporter qu’en proportion de nos dispositions. L'Église le sait parfaitement, et c’est pourquoi elle ne néglige rien pour produire en nos âmes cette attitude intérieure que réclame la venue du Christ
1. Ps. XVIII, 6. — 2. Oraison de la fête de Noël. — 3. Secrète de la messe de minuit. — 4. II Cor. V, xs.
en elles. Non seulement, l’Église nous dit par la bouche du Précurseur : « Préparez les voies au Seigneur » car « il est proche » Prope est jam Dominus'; mais ellemême, comme une Épouse attentive aux, désirs de son Époux, comme une mère soucieuse du bien de ses enfants, elle nous suggère et nous donne les moyens de réaliser cette préparation nécessaire. Elle nous transporte pour ainsi dire sous l’Ancienne Alliance afin que nous nous appropriions, mais dans un sens tout naturel, les sentiments des justes fidèles qui soupiraient après la venue du Messie.
Si nous nous laissons guider par elle, nos dispositions seront parfaites, et la solennité de la naissance de Jésus produira en nous tous ses fruits de grâce, de lumière et de vie.
Quelles sont ces dispositions ? — Elles peuvent se ramener à quatre.
La pureté du cœur. — Voyez: qui était le mieux disposé à la venue du Verbe sur la terre ? Sans aucun doute, la Vierge Marie. Au moment où le Verbe vint en ce monde, il trouva le cœur de cette vierge parfaitement préparé, et capable de recevoir les largesses divines dont il voulait la combler. Et quelles étaient les dispositions de cette âme ? |
Assurément elle les possédait toutes, parfaitement ; mais il y en a une qui brille d’un éclat tout particulier : c’est sa virginale pureté. Marie est vierge ; sa virginité lui est si précieuse qu’elle en fait la remarque à l’ange quand celui-ci lui propose le mystère de la maternité divine.
Non seulement elle est vierge, mais son âme est sans tache. La liturgie nous révèle que le dessein propre de Dieu en octroyant à Marie le privilège unique de l’immaculée conception était de « préparer à son Verbe une de-