Invitatoiré des matines du 3° dimanche
meure digne de lui » : Deus qui per immaculatam Virginis conceptionem dignum Filio tuo HABITACULUM PRAEPA- RASTI’. Marie devait être la Mère de Dieu ; et cette éminente dignité réclamait qu’elle fût non seulement vierge, mais que sa pureté surpassât celle des anges et fût un reflet des splendeurs saintes dans lesquelles le Père engendre son Fils: 1n splendoribus sanctorum”. Dieu est saint, trois fois saint ; les anges, les archanges, les séraphins chantent cette infinie pureté : Sanctus, Sanctus, Sanctus*. Le sein de Dieu, d’un éclat immaculé, est la demeure naturelle du Fils unique de Dieu ; le Verbe est toujours in sinu Patris ; mais en s’incarnant, il a voulu être aussi, par une condescendance ineffable, in sinu Virginis Matris ; il fallait que le tabernacle que lui ofrait la Vierge lui rappelât, par sa pureté incomparable, l’indéfectible clarté de la lumière éternelle où comme Dieu il vit toujours : Christi sinus erat in Deo Patre divinitas, in Maria Matre virginitas *.
Voilà la première disposition qui attire le Christ : une grande pureté. Mais nous, nous sommes pécheurs ; nous ne pouvons offrir au Verbe, au Christ Jésus, cette pureté immaculée qu’il aime tant. Qu'est-ce qui la remplacera en nous ? — C’est l'humilité.
Dieu possède en son sein le Fils de ses complaisances ; mais il presse aussi sur ce sein un autre fils, — l’enfant prodigue. C’est Notre-Seigneur lui-même qui nous le dit. Quand, après ses fautes, le prodigue revient à son père, il s’humilie dans la poussière, il se reconnaît un misérable, un indigne ; et tout de suite, sans un reproche, son père le reçoit dans les entrailles de sa miséricorde : Misericordia motus*.
N'oublions pas que le Verbe, le Fils, ne veut que ce que veut son Père ; s’il s'incarne et apparaît sur la terre, c'est pour chercher les pécheurs et les ramener à son
1. Oraison de la fête de l’Immaculée Conception. — 2. Ps. CIX, 3. — 3. Isa. VI, 3. — 4. Sermo XII, in Append. Operum S. Ambrosii. — 5. Luc. XV, 20.
Père : Non veni vocare justos sed peccatores*. Cela est si vrai que Notre-Seigneur affectera plus tard, au grand scandale des pharisiens, de se trouver en compagnie des pécheurs, de s'asseoir à la même table qu'eux ; il permettra à Madeleine de lui baiser les pieds et de les arroser de ses larmes.
Si nous n'avons pas la pureté de la Vierge Marie, demandons du moins l’humilité de Madeleine, l’amour du repentir et de la pénitence. « O Christ Jésus, je ne suis pas digne que vous entriez en moi; mon cœur ne sera pas pour vous un séjour de pureté, la misère y habite ; mais cette misère, je la reconnais, je l’avoue ; venez m'en décharger, Ô vous qui êtes la miséricorde même ; venez me délivrer, Ô vous qui êtes la toute-puissance » ! Veni ad liberandum nos, Domine Deus virtutum ! — Une telle prière, jointe à l'esprit de pénitence, attire le Christ, parce que l’humilité qui s’abaisse dans son néant rend par là-même hommage à la bonté et à [a puissance de Jésus : Et eum, qui venit ad me, non ejiciam foras*.
La vue de notre infirmité ne doit pas pourtant nous décourager ; loin de là. Plus nous sentons notre faiblesse, plus nous devons ouvrir notre âme à {a confiance, parce que le salut ne vient que du Christ.
Pusillanimes, conjortamini et nolite timere, ecce Deus noster veniet et salvabit nos ° : « Vous qui avez le cœur troublé, prenez courage, ne craignez point ; voici Dieu, notre Dieu, qui va venir et qui nous sauvera ». Voyez la confiance des Juifs dans le Messie. Pour eux, le Messie était tout ; il résumait toutes les aspirations d'Israël, tous les vœux du peuple, tous les espoirs de la race ; le contempler devait rassasier toute ambition, voir l’établissement de son règne devait combler tous les désirs. Aussi comme les vœux des Juifs se faisaient confiants et impatients! « Venez, Seigneur, ne tardez pas »‘; « montrez-
1. Matth. IX, 13 ; Marc. II, 17 ; Luc. V, 32 — 2. Joan. VI, 37. — 3. Communion du IIIe dimanche de l’Avent, cf. Isa XXXV, 4 — 4. Alleluia du IVe dimanche de l'Avent.
nous seulement votre face, et nous aurons le salut »°!
Combien plus cela se vérifie-t-il pour nous qui possédons le Christ Jésus, vrai Dieu aussi bien que vrai homme. Oh ! si nous comprenions bien ce que c’est que !a sainte humanité de Jésus, nous aurions en elle une confiance inébranlable ; en elle résident tous les trésors de science et de sagesse ; en elle demeure la divinité ellemême ; cet Homme-Dieu, qui vient à nous, c’est l'Emmanuel, c’est « Dieu avec nous », c’est notre Frère aîné. Le Verbe a épousé notre nature, il a pris sur lui nos infirmités pour expérimenter ce qu'est la souffrance ; il vient à nous pour nous donner part à sa vie divine ; toutes les grâces que nous pouvons espérer, il les possède en plénitude pour nous les octroyer.
Les promesses que, par la voix des prophètes, Dieu faisait à son peuple pour exciter son désir du Messie, sont magnifiques. Mais beaucoup de Juifs entendaient ces promesses au sens matériel et grossier d’un règne temporel et politique. Les biens promis aux Justes qui attendaient le Sauveur n'étaient que la figure des richesses surnaturelles que nous trouvons dans le Christ ; la plupart des Israélites vivaient de symboles terrestres ; nous vivons de la réalité divine, c’est-à-dire de la grâce de Jésus. La liturgie de l'Avent nous parle sans cesse de miséricorde, de rédemption, dé salut, de délivrance, de lumière, d’abondance, de joie, de paix. « Voici que le Seigneur va venir ; au jour de sa naissance le monde sera inondé de lumière * ; exulte donc de joie, Ô Jérusalem, car ton Sauveur va apparaître »°; « la paix remplira notre terre lorsqu'il se montrera »*. Toutes les bénédictions qui peuvent combler une âme, le Christ les apporte avec lui : Cum illo omnia nobis donavit®.
Laissons donc aller nos cœurs à une confiance absolue en celui qui doit venir. C’est nous rendre très agréables au Père que de croire que son Fils Jésus peut tout pour la
1. Ps. LXXIX, 4 —- 2. Antienne des Laudes du x dimanche de l'Avent, — 3. Antienne des Laudes du 3° dimanche de l'Avent, — 4. REpons des Matines du 3° dimanche de l'Avent, — 5. Rom. VIII, 32.
sanctification de nos âmes. C’est proclamer par là que Jésus est son égal, et que le Père « lui a tout donné »*. Aussi une telle confiance ne peut-elle être trompée. Dans la messe du premier dimanche de l’Avent, l’Église nous en donne jusqu’à trois fois la ferme assurance : « Ceux qui vous attendent, Seigneur, ne seront pas confondus », Qui te exspectant non confundentur.
Cette confiance s’exprimera surtout en désirs ardents de voir le Christ en nous pour y régner davantage : Adveniat regnum tuum ! — Ces désirs, la liturgie nous les formule. En même temps qu’elle place sous nos yeux et nous fait relire les prophéties, surtout celles d’Isaïe, l'Église met sur nos lèvres les aspirations et les soupirs des anciens justes. Elle veut nous voir préparés à la venue du Christ dans nos âmes tout comme Dieu voulait que les juifs fussent disposés à recevoir son Fils: « Envoyez, Seigneur, celui que vous avez promis*. Venez, Seigneur, venez remettre les péchés de votre peuple‘! Seigneur, manifestez votre miséricorde et faites apparaître l’auteur de notre salut‘! Venez nous délivrer, Seigneur, Dieu tout-puissant ! Excitez votre puissance, et venez »°!
L'Église nous fait sans cesse répéter ces aspirations ; ‘ faisons-les nôtres, approprions-les-nous avec foi, et Île Christ Jésus nous enrichira de ses grâces.
Sans doute, vous le savez, Dieu est maître de ses dons ; il est souverainement libre, et nul ne peut lui demander compte de ses préférences ; mais, dans la conduite ordinaire de sa Providence, « il est attentif aux supplications des humbles qui lui exposent leurs besoins » : Desiderium ‘ pauperum exaudivit Dominus*. Le Christ se donne dans la mesure du désir que nous avons de le recevoir ; et « les désirs augmentent la capacité de l’âme qui les exprime »: Dilata os tuum, et implebo illud”.
Si donc nous voulons que la célébration de la Nativité
1. Joan. III, 35. — 2. Gen. XLIX, 8 — 3. Alleluia du 4° dimanche de l'Avent. — 4. Offertoire du 2° dimanche de l’Avent. — 5. Oraison du 4 dimanche de l’Avent, — 6. Ps. EX 7 7 PS EX XCTNe
du Christ procure une grande gloire à la sainte Trinité, qu’elle soit une consolation pour le cœur du Verbe incarné, une source d’abondantes grâces pour l’Église et pour nous, cherchons à purifier nos cœurs, gardons une humilité pleine de confiance, et surtout, dilatons nos âmes par l'ampleur et la véhémence de nos désirs.
Demandons aussi à la Vierge Marie de nous faire
participer aux sentiments qui l’animaient durant les jours bénis qui précédèrent la naissance de Jésus.
. L'Église a voulu — et quoi de plus juste ? — que sa pensée remplit la liturgie de l’Avent ; sans cesse, elle nous fait chanter la « divine fécondité d’une vierge, fécondité admirable qui jette la nature dans l’étonnement »: Tu quae genuisti, natura mirante, tuum sanctum genitorem, virgo prius as posterius :.
Le sein virginal de Marie était un sanctuaire immaculé où elle faisait monter l’encens très pur de son adoration et de ses hommages. ;
C’est quelque chose de véritablement ineffable que la vie intérieure de la Vierge durant ces jours. Elle vivait dans une union intime avec l’enfant-Dieu qu’elle portait dans son sein. L'âme de Jésus était, par la vision béatifique, plongée dans la lumière divine ; cette lumière rayonnait sur sa mère ; aux yeux des anges, Marie apparaissait vraiment comme « la femme revêtue du soleil » : Mulier amicta sole”, toute irradiée des clartés célestes, toute brillante des rayons de la lumière de son Fils. Comme ses sentiments étaient à la hauteur de sa foi! Comme elle récapitulait bien en elle, — mais en les dépassant, en leur conférant, par la pureté et l'intensité des : mouvements de son âme, une valeur qu'ils n'avaient jamais atteinte, — toutes les aspirations, tous les élans, tous les vœux de l'humanité attendant son Sauveur et son Dieu ! Quelle sainte ardeur dans ses désirs ! Quelle assurance inébranlable dans sa confiance ! Quelle ferveur dans son amour !.