‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 43 sur 134 · Antienne de l’octave de Noël · texte numérisé non relu

Antienne de l’octave de Noël

registres du recensement\, on peut suivre les détails de sa généalogie, d'Abraham à David, de David à Joseph et à sa mère. — Mais ce n’est qu'un homme, ou plutôt il deviendra homme ; car, à présent, il n’est qu’un enfant, un faible enfant dont un peu de lait entretient la vie.

Voilà ce qu'apparaît aux sens ce petit être étendu sur la paille. Bien des Juifs n’ont rien vu d'autre en lui. Vous entendrez plus tard ses compatriotes, étonnés de sa sagesse, se demander où il a pu la puiser ; car, à leurs yeux, il n’a jamais été que « le fils d’un charpentier » : Nonne hic est fabri filius...*?

Mais aux yeux de la foi, une vie plus haute que la vie humaine anime cet enfant ; il possède la vie divine. Que nous dit, en eïtet, la foi à son sujet ? Quelle révélation nous donne-t-elle ?

La foi nous dit, d’un OA que cet enfant est le propre Fils de Dieu. Il est le Verbe, la seconde personne de adorable Trinité, il est le Fils qui recoit de son Père la vie divine, par une communication ineffable : Sicut Pater habet vitam in semetipso, sic dedit et Filio habere vitam in semetipso *. I possède la nature divine, avec toutes ses perfections infinies. Dans les splendeurs des cieux, nl Splendoribus sanctorum”*, Dieu engendre ce Fils par une éternelle génération.

C’est à cette filiation divine du Christ dans le sein du Père que s'adresse tout d’abord notre adoration ; c’est . elle que nous exaltons dans la messe de minuit. À l’au- . rore, le saint sacrifice célébrera la nativité du Christ selon la chair, sa naissance, à Bethléem, de la Vierge Marie ; enfin la troisième messe honorera l'avènement du Christ dans nos âmes.

La messe de la nuit, tout enveloppée de mystère, débute par ces paroles pleines de gravité : Dominus dixit ad me: Filius meus es tu, ego hodie genui te*. C’est là le cri qui s'échappe de l'âme du Christ unie à la personne du Verbe,

1. Matth. XIII, 55 ; cf, Marc. VIENS MERCI VAE Joan. V, 26. 3 Ps CIX,, 3: "4 Tniroë de la messe de minuit.

et qui révèle à la terre pour la première fois ce qu’entendent les cieux de toute éternité : « Le Seigneur m'a dit : Tus es” mon Fils, je fai engendré aujourd’hui ». Cet < aujourd’hui », c’est d’abord le jour de l'éternité, jour Sans aurore ni déclin. cd

Le Père céleste contemple maintenant son Fils incarné. Le Verbe, pour s'être fait homme, n’en reste pas moins Dieu ; devenu fils de l’homme, il demeure Fils de Dieu. Le premier regard qui se repose sur le Christ, le premier amour dont il est entouré, c’est le regard et l'amour de son Père : Diligit me Pater*’. Quelle contemplation et quel amour ! Le Christ est le Fils unique du Père juérest là tsa gloire essentielle ; il est égal et « consubstantiel au Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière >. « Par lui toutes choses ont été faites et rien n’a été fait sans lui ». « C’est par ce Fils que les siècles ont été créés ; il soutient toutes choses par la puissance de sa parole. C’est lui qui, à l'origine, tira la terre du néant, et les cieux sont l'ouvrage de ses mains; ils vieilliront comme un vêtement, ils seront changés comme un manteau ; mais lui, il est toujours le même, et ses années sont éternelles »°!

Et ce « Verbe s’est fait chair ». Et Verbum caro factum est.

Adorons ce Verbe incarné pour nous : Christus natus est nobis, venite adoremus...* Un Dieu nous emprunte notre humanité : conçu par l'opération mystérieuse de l'Esprit-Saint dans le sein de Marie, le Christ est engendré de la plus pure substance du sang de la Vierge, et la vie qu’il tient d’elle le rend semblable à nous : Creator generis humani de virgine nasci dignatus est, et procedens homo sine semine.

Voilà ce que nous dit la foi : cet enfant est le Verbe de Dieu incarné: c’est le créateur du genre humain, devenu homme. Creator generis humani ; s’il lui faut un peu de lait pour se nourrir, cest de sa main que les oiseaux du ciel reçoivent leur pâture :

1. Joan. XV, 0. — 2. Hebr. I, Épître de la messe du jour. — 3. Invitatoire des Matines de Noël.

Parvoque lacte pastus est Per quem nec ales esurit.

Contemplez cet enfant couché dans la crèche ; les yeux fermés, il dort, il ne manifeste pas au dehors tout ce qu’il est ; en apparence, il n’est semblable qu’à tous les enfants ; et pourtant en ce moment, en tant que Dieu, en tant que Verbe éternel, il jugeait les âmes qui parais- : saient devant lui. « Comme homme, il est couché sur la paille ; comme Dieu, il soutient l'univers et règne dans les cieux »: Jacet in praesepio et in caelis regnat*. Cet enfant qui va commencer de croître, Puer crescebat... et proficiebat aetate*, est celui qui est éternel et « dont la nature divine ne connaît pas de changement » : Tu idem ipse es, et anni tui non deficient. Celui qui est né dans le temps est aussi celui qui est avant tous les temps ; celui qui se manifeste aux bergers et aux pasteurs de Bethléem est celui qui, de rien, a créé les nations, « devant qui elles sont comme si elles n'étaient pas » ".

Palamque fit pastoribus Pastor creator omnium *.

Ainsi, vous le voyez : aux yeux de la foi, il y a deux vies en cet enfant; deux vies indissolublement unies d'une manière ineffable, car la nature humaine appartient au Verbe, d’une appartenance telle qu’il n’y a qu’une seule personne, celle du Verbe, qui soutient, de sa propre existence divine, la nature humaine.

Sans doute elle est parfaite, cette nature humaine : perfectus homo‘: rien de ce qui touche à son essence ne lui manque. Cet enfant a une âme comme la nôtre; un corps semblable au nôtre ; des facultés : intelligence, volonté, imagination, sensibilité, comme les nôtres : c’est bien l’un des nôtres dont l'existence va se révéler, pen-

1. Hymne des Laudes de Noël. — 2. XIIe répons des Matines du dimanche de l'octave de Noël. -— 3. Luc. II, 40, 52 —= 4. Isa. XL, 17. — 5. Hymne des Laudes de Noël. — 6. Symbole attribué à S. Athanase.

dant trente-trois ans, bien authentiquement humaine. Seul, le péché lui sera inconnu : Debuit per omnia fratribus Similari...* absque peccato®’. Parfaite en elle-même, cette nature humaine gardera son activité propre, sa splendeur native. Entre ces deux vies du>Christ — Ja divine, qu’il possède toujours par Sa naissance éternelle dans le sein du Père ; humaine, qu’il a commencé. de posséder dans le temps par son incarnation dans le sein d'une Vierge, — il n’y a ni mélange ni confusion. Le Verbe, en devenant homme, reste ce qu’il est; ce qu’il n’était pas, il l’emprunte à notre race ; mais le divin «en lui n’absorbe pas l'humain, l'humain n’amoindrit pas le divin. L'union est telle, comme je vous l'ai. dit souvent: qu’il n’y a pourtant qu’une seule personne -— la personne divine, — et que la nature humaine appartient au Verbe, est l’humanité propre du Verbe : Mirabile mySterium declaratur hodie : innovantur naturae, Deus homo factus est ; id quod fuit permansit et quod non erat assumpsit, non commixtionem passus usque divisionem *.

Voilà donc, si je puis ainsi m'exprimer, l’un des actes de l'échange : Dieu nous emprunte notre nature. pour Se l'unir d:as une union personnelle. -;% : "|

Quel est l’autre acte ? Que va nous donner Dieu em retour ? Non pas qu’il nous doive quelque chose : Bono- TUM meorum non eges*; mais, comme: il fait tout avec sagesse, il n’a pu revêtir notre nature sans un motif: pleinement digne de lui. AMEN sels PM TT ANS

Ce qu’en retour, le Verbe incarné donne à l'humanité; c'est un don incompréhensible ; c’est une participation; réelle et intime, à sa nature divine : Largitus est nobis suam deitatem. En échange de. l'humanité qu’il nous émprunte, le Verbe incarné nous fait part. de sa divinité, ‘it nous rend participants de sa nature divine. Et c’est ainsi

A da | 4 “À m HEbE IT 17. —— 2 Tbid:.ÆV, 15. — :3:,! Antienne| des : Laudes. de. loctave de Noël. — 4. Ps.-XV, z : te Dub ù À!

que s’accomplit l'échange le plus admirable qui se puisse célébrer. |

Sans doute comme vous le savez, cette participation avait déjà été offerte et donnée, dès la création, à Adam, premier homme ; le don de la grâce avec tout le cortège splendide de ses privilèges rendait Adam semblable à Dieu. Mais le péché du premier homme, chef du genre humain, a détruit et rendu impossible du côté de la créature cette participation inoufie.

C'est pour la rétablir que le Verbe s’est incarné, c’est pour nous rouvrir la route du ciel et nous rendre part à sa vie éternelle que Dieu s’est fait homme. Car cet enfant, étant le propre Fils de Dieu, possède la vie divine, comme son Père, avec son Père ; en cet enfant, « la plénitude de la divinité habite corporellement » * : en lui sont « amassés les trésors de la divinité »”. Mais il ne les possède pas pour lui seul : il désire infiniment nous communiquer la vie divine qu’il est lui-même : Ego sum vita*; c’est pour cela qu’il vient : Ego veni UT vitam habeant*. C'est pour nous qu'un enfant est né : c’est à nous que le Fils est donné : Puer natus est NOBIS et Filius datus est NO- BIS‘. En nous faisant participer à sa qualité de Fils, il nous rendra enfants de Dieu. « Lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, afin de nous conférer l’adoption divine »°. Ce que le Christ est par nature, c’est-à-dire Fils de Dieu, nous le serons par la grâce ; le Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme doit devenir l’auteur de notre génération divine : Natus hodie Salvator mundi DIVINAE NOBIS GENE- RATIONIS est auctor”. En sorte que, bien qu’il soit le Fils unique, il deviendra le premier-né d’une multitude de frères : UT sit IPSE PRIMOGENITUS in multis fratribus *.

Tels sont les deux actes de l'échange admirable que Dieu réalise entre nous et lui: il nous emprunte notre

14 Col. IT, g—12.1Cf. Tbid:, 3: — 3. Joan XIV, 16 — 4 Tbid. X, ro: — 5. Introit de la messe du jour. — 6. Gal. IV, 4-5. — 7. Postcommunion de la messe du jour de Noël. — 8. Rom. VIII, 20.

nature pour nous communiquer sa divinité : il prend une vie humaine pour nous donner part à sa vie divine ; il se fait homme pour nous rendre dieux : Factus est Dèus homo, ut homo fieret Deus’. Et sa naissance humaine devient le moyen de notre naissance à la vie divine.

En nous aussi, il y aura désormais deux vies. — L’uné, naturelle, que nous tenons de notre naissance selon la chair, mais qui, aux yeux de Dieu, par suite de la faute originelle, ést non seulement sans mérite, mais, avant le baptême, souillée dans son fond ; qui nous rend es de Dieu, dignes de sa justice ; nous naissons filii irae ? — L'autre, Surnaturelle, infiniment au-dessus des droits et des exigences de notre nature. C’est elle que Dieu nous communique par sa grâce, après que le Verbe incarné nous l’a méritée.

Dieu nous engendre à cette vie par son Verbe et l’infusion de son Esprit, dans la fontaine baptismale : Genuit nos Verbo, veritatis...* Per lavacrum regenerationis et renovationis Spiritus sancti‘; c’est une vie nouvelle qui se surajoute, en la dépassant, en la couronnant, à notre vie naturelle : 1n Christo nova creatura. Elle nous rend enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, dignes de partager un jour sa béatitude et sa gloire.

De ces deux vies, en nous comme dans le Christ, Best la divine qui doit dominer, encore que dans le Christ enfant elle ne se manifeste point encore, et qu’en nous elle demeure toujours voilée sous les dehors grossiers de l'existence ordinaire. C’est la vie divine de la grâce qui doit régir et gouverner, mais aussi rendre agréable au Seigneur, toute notre activité naturelle, divinisée ainsi par sa racine.

Oh! si la contemplation de la naissance de Jésus et la participation à ce mystère par la réception du pain de vie nous amenaient à en finir, une bonne fois, avec tout ce qui détruit ou amoindrit la vie divine en nous :

1. Sermon attribué à S. Augustin, n° CXXVIII à l’appendice ide. ses Œuvres. — 2. Eph. IL, 3 — 3. Jac. I, 18. + 4 Tit. III, & - Épître de la messe de l’aurore, — 5. II Cor. V, 17 ; Gal. VI, 15.

avec le péché, dont le Christ vient nous délivrer : Cujus nativitas humanam repulit vetustatem” ; avec toute inñdélité, toute imperfection et toute attache à la créature, avec le souci déréglé des choses qui passent : Abnegantes saecularia desideria*? ; avec les préoccupations mesquines de nos vains amours-propres !...

Si elles nous amenaient à nous donner à Dieu entièrement, comme nous l’avons promis au jour du baptême, quand nous naissions à la vie divine ; à nous livrer à l'accomplissement plénier de toutes ses volontés et de son bon plaisir, comme le faisait le Verbe incarné entrant en ce monde : Ecce venio... ut faciam Deus voluntatem tuam* ; à abonder en ces bonnes œuvres qui nous rendent agréables à Dieu : Populum acceptabilem sectatorem bonorum operum * !

Alors la vie divine apportée par Jésus dès sa naissance ne rencontrerait plus d'obstacles et s’épanouirait librement pour la gloire de notre Père des cieux ; alors « nous ferions resplendir dans notre conduite les enseignements dont la lumière nouvelle du Verbe incarné inonde notre foi »°; « alors, par toutes nos œuvres nées de la grâce, notre célébration de la nativité du Christ répondrait dignement à la grandeur du mystère et au don ineffable qui nous y est fait » : Munera nostra nativitatis hodiernae mysteriis apta proveniant*.

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Ce qui achève de rendre cet échange « admirable », c'est la façon dont il se réalise, la forme dans laquelle il s'opère. Comment s’accomplit-il ? Comment cet enfant qui est le Verbe incarné nous rend-il participants de sa vie divine? Par son humanité. L’humanité que le

1. Postcommunion de la messe de l'aurore. — 2. Tit. II, 12. Épiître de la messe de minuit. — 3. Hebr. X, 7. — 4. Mit. Il, 14. Épiître de la messe de minuit. — 5. Da nobis, quaesumus, omnipotens Deus ; ut qui nova incarnati Verbi tui luce perfundimur, hoc in nostro resplendeat opere, quod per fidem fulget in mente. Oraison de la messe de l’aurore. — 6. Secrète de la messe de l’aurore.

Verbe nous emprunte va lui servir d’instrument pour nous communiquer sa divinité ; et cela, par deux raisons, où éclate infiniment la sagesse éternelle : l’humanité rend Dieu visible ; elle rend Dieu passible.

Elle le rend visible. à

L'Église chante avec complaisance, en empruntant les termes à S. Paul, cette « apparition >» de Dieu parmi nous. Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus * : « la grâce de Dieu notre Sauveur est apparue à tous les hommes » ; Apparuit benignitas et humanitas Salvatoris nostri Dei”: « la bénignité et l’humanité de Dieu notre Sauveur sont apparues ». Lux fulgebit hodie super nos : quia natus est nobis Dominus*: « la lumière brillera aujourd'hui sur nous, car le Seigneur nous est né »; Verbum caro factum est et habitavit in nobis : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ».

L'incarnation réalise cette merveille inouïe : les hommes ont vu Dieu même vivre au milieu d'eux.

S. Jean se plaît aussi à relever ce côté du mystère. « Le Verbe de vie était avant toutes choses ; nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos yeux, nous l’avons contemplé, et nos mains l’ont touché. Celui qui dans le sein du Père est la vie même s’est manifesté à nous, et nous lui rendons témoignage. Et nous vous annonçons

ce que nous avons vu et entendu, afin que votre joie soit complète > *

Quelle joie, en effet, de voir Dieu se manifestant à nous, non dans l'éclat éblouissant de sa toute-puissance, ni dans la gloire indicible de sa souveraineté ; maïs sous le voile d’une humanité humble, pauvre, faible, que nous pourrons voir et toucher !

Nous eussions pu être effrayés par la majesté redoutable de Dieu: les Israélites se prosternaient dans la

1. Tit. II, 11. Épître de la messe de minuit. — 2. Tit. III, 4. Épître de la messe de l’aurore. — 3. Introit de la messe de l’aurore. — 4. I Joan. I, 1-4.

poussière, pleins de terreur et de crainte, quand Dieu parlait à Moïse sur le Sinaï, au milieu des éclairs. Nous sommes attirés par les charmes d’un Dieu devenu enfant. L'enfant de la crèche semble nous dire : « Vous avez peur de Dieu ? Vous avez tort : Qui videt me, videt et Patrem”. Ne suivez pas votre imagination, ne vous constituez pas un Dieu par les déductions de la philosophie, ne demandez pas à la science de vous faire connaître mes perfections. Le vrai Dieu tout-puissant, c’est le Dieu que je suis et révèle ; le vrai Dieu, c'est moi qui viens à vous dans la pauvreté, l'humilité et l'enfance, mais qui donnerai un jour ma vie pour vous. Je suis « la splendeur de la gloire du Père éternel, la forme de sa substance » ?, son Fils unique, Dieu comme lui ; en moi vous apprendrez à connaître ses perfections, sa sagesse et sa bonté, son amour envers les hommes et sa miséricorde à l'égard des pécheurs : Illuxit in cordibus nostris..…. in facie Christi Jesu*. Venez à moi, car, tout Dieu que je suis, j’ai voulu être homme comme vous, et je ne rejette pas ceux qui s’approchent de moi avec confiance : Sicut homo genitus IDEM refulsit et Deus.

Vous me demanderez : « Mais pourquoi Dieu a-t-il ainsi daigné se rendre visible » ?

D'abord pour nous instruire : Apparuit erudiens nos. C'est Dieu, en effet, qui nous parlera désormais par son propre Fils : Locutus est nobis in Filio ‘ ; nous n’aurons qu’à écouter ce Fils bien-aimé pour connaître ce que Dieu veut de nous. Le Père céleste nous le dit lui-même : Hic est Filius meus dilectus : ipsum audite®; et Jésus se plaira à nous redire que sa doctrine est celle de son Père: Mea doctrina non est mea, sed ejus qui misit me°.

Ensuite le Verbe se rend visible à nos regards pour devenir l’exemplaire que nous devons suivre.

Nous n’aurons qu'à regarder croître cet enfant, qu’à le contempler vivre au milieu de nous, vivre comme nous,

1. Joan. XIV, 9. — 2. Hebr: I, 3. — 32 Cor. IV 06 TN HebE Là LS Matth EX VIT EN Joan. VII, 16.

en homme, pour connaître comment nous devons vivre devant Dieu, en enfants de Dieu ; car tout ce qu’il fera sera agréable à son Père: Quae placita sunt ei, facio semper :.

Étant la vérité par ses enseignements, il montrera le chemin par ses exemples ; si nous vivons däns sa lumière, si nous suivons cette voie, nous aurons la vie : Ego sum via, et veritas et vita”. — Ainsi, en connaissant Dieu manifesté au milieu de nous, nous sommes entraînés vers les biens invisibles : Uf dum VNISIBILITER Deum cognosci- MUS, PER HUNC in invisibilium amorem rapiamur*.

L’humanité du Christ rend Dieu visible ; mais surtout, — et c’est ici que la divine Sagesse se montre « admirable », — elle rend Dieu passible.

Le péché qui a détruit la vie divine en nous exigeait une satisfaction, une expiation sans laquelle'il était impossible que la vie divine nous fût rendue. Simple créature, l’homme ne pouvait donner cette satisfaction pour une oïfiense d’une malice infinie, et, d'autre part, la divinité ne peut ni souffrir ni expier. Dieu ne peut nous communiquer sa vie que si le péché est effacé ; par un décret immuable de la Sagesse éternelle, le péché ne peut être effacé que s’il est expié d’une façon équitable. — Comment va-t-il résoudre ce problème ?

L’Incarnation nous en donne la réponse. Considérez l'enfant de Bethléem ; c’est le Verbe fait chair. L’humanité que le Verbe fait sienne est passible ; c’est elle qui souffrira, qui expiera. Ces souffrances, ces expiations, qui sont ses œuvres à elle, bien à elle, appartiendront pourtant, comme toute elle-même, au Verbe ; ils emprunteront à la personne divine une valeur infinie qui suffira à racheter le monde, à détruire le péché, à faire surabonder la grâce dans les âmes comme un fleuve impétueux

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