‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 45 sur 134 · SCIE · texte numérisé non relu

SCIE

de votre Fils dans la chair nous délivre de l’ancienne ser-

vitude qui nous tenait captifs sous le joug du péché »". Voilà pourquoi, dès maintenant, il sera constamment parlé « de délivrance, de rédemption, de salut, de vie éternelle ». C’est par son humanité que le Christ, pontife èt médiateur, nous raccorde à Dieu ; mais C’est à Bethléem qu’il nous apparaît dans cette humanité.

Aussi voyez comment, dès sa naissance, il réaiise sa mission. - Qu'est-ce, en effet, qui nous fait perdre la vie divine ? — C’est l’orgueil. Parce qu’ils ont cru qu’ils deviendraient semblables à Dieu, connaissant la science du bien et du mal, Adam et Ève ont perdu, pour eux et pour leur race, l'amitié de Dieu. Le Christ, nouvel Adam, nous rachète, nous ramène à Dieu par l’humilité de son Incarnation. « Bien qu’il fût Dieu, il s’est anéanti lui-même en prenant la condition de créature, en se rendant semblable aux hommes ; il s’est manifesté comme homme par tout ce qui a paru de lui »*. Quelle humiliation que celle-là ! Plus tard, il est vrai, l’Église exaltera jusqu’au plus haut des cieux sa gloire éclatante de triomphateur du péché et de la mort ; mais à présent, le Christ ne connaît qu’abaissement et faiblesse. Quand nos regards reposent sur ce petit enfant, qui ne se distingue en rien des autres, et que nous pensons qu’il est Dieu, le Dieu infini, qu’en lui se cachent tous les trésors de la sagesse et de la science, on se sent l’âme toute pénétrée, et nos vains

. orgueils se trouvent confondus en face d’un tel abaisse-

ment.

Qu'est-ce qui nous a perdus encore ? —— Notre refus d’obéir. Voyez le Fils de Dieu, il donne l'exemple d’une obéissance admirable ; avec la simplicité des petits enfants, il s’abandonne aux mains de ses parents ; il se laisse toucher, prendre et porter comme on le désire ; et toute son enfance, toute son adolescence, toute sa jeu-

r. Concede, quaëesumus, omnipotens Deus, ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati fugo vetusta servitus tenet. Oraison de la messe du jour. — 2. Philipp. II, 6-7.

nesse est résumée par l'Évangile en ces seuls mots : « I était soumis à Marie et à Joseph »*.

Quoi encore? — Nos cupidités : « la concupiscence des yeux »*, tout ce qui paraît, brille, fascine et séduit ; l'inanité foncière de la bagatelle fugace que nous préférons à Dieu. Le Verbe s’est fait chair ; mais il est né dans la pauvreté et l’abjection. Propter vos egenus factus est cum esset dives* : « Le Christ s’est fait pauvre, de riche qu'il était ». Bien qu'il soit « le roi des siècles » ‘, bien qu’il soit celui qui par une parole a tiré du néant toute création, qu’il n’ait qu’à « ouvrir la main pour remplir de bénédiction tout être vivant »°, il n’est pas né dans un palais ; sa mère, n'ayant pas trouvé de place à l'hôtellerie, a dû se réfugier dans une grotte : le Fils de Dieu, Sagesse éternelle, a voulu naître dans la nudité et coucher sur la paille.

Si nous contemplons avec foi et amour l'enfant Jésus dans sa crèche, nous verrons en lui l'exemple divin de bien des vertus ; si nous savons prêter l'oreille du cœur à ce qu’il nous dit, nous apprendrons beaucoup de choses: si nous parcourons les circonstances de sa naissance, nous verrons comment l’humanité sert au Verbe d’instrument, non seulement pour nous instruire, mais encore pour nous relever, pour nous vivifier, nous rendre agréables à son Père, nous détacher des choses qui passent, de nous-mêmes, pour nous élever jusqu'à lui.

« La divinité revêt notre chair mortelle ; et par là même que Dieu s’abaisse à vivre une vie humäine, l’homme est élevé vers les choses divines » : Dum divinitas defectum nostrae carnis suscepit, humanum genus lumen, quod amiserat, recepit. Unde enim Deus humana patitur, inde homo ad divina sublevatur.

D CU ATP PE ET Ge ne TN GR 3 TISCOLANIEEMON-S

RO MR ES CKLIV, 16. — 6. S. Gregor, Homil. 1 in Evangel.

Ainsi donc, de quelque côté que nous portions les regards de notre foi sur cet échange, quels que soient les détails que nous en examinions, il nous apparaît admirable. g.

N'est-ce pas admirable, en effet, cet enfantement d’une vierge, Natus ineffabiliter ex virgine* ? « Une jeune mère a enfanté le Roi dont le nom est éternel : à l'honneur de la virginité elle unit les joies de la maternité ; avant elle, on n'a point vu ce prodige ; après elle, on n’en trouvera plus de semblable »°. « Filles de Jérusalem, pourquoi m'admirer ? Ce mystère que vous voyez en moi est véritablement divin »*.

Admirable, cette union indissoluble mais sans confusion, de la divinité avec l’humanité dans l’unique personne du Verbe : Mirabile mysterium : innovantur naturae. Admirable cet échange, par les contrastes de sa réalisation : Dieu nous donne part à sa divinité, mais l'humanité qu’il nous emprunte pour nous communiquer sa vie divine est une humanité souffrante, « qui connaîtra la douleur », homo sciens infirmitatem ‘, qui subira la mort et qui, par la mort, nous rendra la vie.

Admirable, cet échange, dans sa source, qui n’est autre que l'amour infini de Dieu pour nous. Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum Unigenitum daret: « Dieu a aimé le monde à ce point qu’il lui a donné son propre Fils unique ». Laissons donc aller nos âmes à la joie et chantons avec l’Église : Parvulus natus est nobis et filius DATUS esf NOBIS. Et comment « donné » ? « Dans la ressemblance de la chair du péché ». C’est pourquoi l’amour qui nous le donne ainsi dans notre humanité passible,

1. Antienne de l’octave de Noël. — 2. Genuit puerbera Regem, cui nomen ceternum, et gaudia matris habens cum virginitatis honore, nec primam similem visa est, nec habere sequentem. Antienne des Laudes de Noël. — 3. Filiae Jerusalem, quid me admiramini ? Divinum est mysterium hoc guod cernitis. Antienne de la fête de l’Exrpectatio partus virginis, 18 dé: Cembre —1 4 CE Isa. LITE, — 5. Joan uilIl, «16: '

pour expier le péché, est un amour sans mesure : Propter NIMIAM caritatem suam, qua dilexit nos Deus, misit Filium suum in similitudinem carnis peccati”. |

Admirable, enfin, dans ses fruits et ses effets. Par cet échange, Dieu nous redonne son amitié ; il nous rend le droit de rentrer en possession de l’héritage éternel ; il regarde de nouveau l’humanité avec amour et complaisance.

Aussi la joie est-elle un des sentiments les plus marquants de la célébration de ce mystère. L'Église nous y invite constamment, parce qu’elle se souvient des paroles de l'ange aux bergers : « Voici que je vous annonce une nouvelle qui sera pour vous la source d’une grande joie : il vous est né un Sauveur »°. C’est la joie de la délivrance, de l’héritage reconquis, de la paix retrouvée, et surtout de la vision de Dieu même donnée aux hommes : Et, vocabitur nomen ejus Emmanuel*.

Mais cette joie ne sera assurée que si nous demeurons fermes dans la grâce qui nous vient du Sauveur et nous rend ses frères. « O chrétien, s’écrie S. Léon, dans un sermon que l’Église lit durant la nuit sainte, reconnais ta dignité : Agnosce, o Christiane, dignitatem tuam. Et rendu participant de la divinité, garde-toi de déchoir d’un si sublime état »“!

« Si vous connaissiez le don de Dieu »°, disait Notre- Seigneur lui-même. Si vous saviez quel est « ce Fils qui vous est donné »! Si surtout nous le recevions comme nous le devons recevoir ! Qu'il ne soit pas dit de nous: In propria venit, et sui eum non receperunt®, « il est venu dans son domaine, et les siens ne l’ont pas reçu ». Nous sommes tous, par la création, le domaine de Dieu ; nous lui appartenons ; mais il y en a qui ne l’ont pas reçu sur cette terre. Que de Juifs, que de païens ont rejeté le Christ, parce qu’il est apparu dans l'humilité d’une chair passible ! Ames enfoncées dans les ténèbres de l’orgueil

1. Antienne de l’octave de Noël. — 2. Luc. LE, TO rte 3.14 VI

14 ; cf. Matth, I, 23: — 4, Sermo I de Nativitate. — SMoan ii nro 6. Évangile de la messe du jour.

et des sens : Lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt.

Et comment devons-nous le recevoir ? — Par la foi : His qui credunt in nomine ejus. C’est à ceux qui, croyant en sa personne, en sa parole, en ses œuvres, ont reçu cet enfant comme Dieu, qu’il a été donné, en retour, de devenir eux-mêmes enfants de Dieu : Ex Deo nati sunt.

Telle est, en effet, la disposition fondamentale qu’il nous faut apporter pour que cet admirable échange produise en nous tous ses fruits. Seule, la foi nous en fait connaître les termes et la manière dont il se réalise; seule, elle nous fait pénétrer dans les proïfondeurs de ce mystère , seule, elle nous en donne une vraie connaissance digne de Dieu.

Car il y a bien des modes et des degrés de connaissance.

« Le bœuf et l’âne ont connu leur Dieu », écrivait Isaïe’, en parlant de ce mystère. Ils voyaient l’enfant couché dans la crèche. Mais que voyaient-ils ? Ce que peut voir un animal : la forme, la grandeur, la couleur, le mouvement, — connaissance toute rudimentaire qui ne franchit point le domaine de la sensation. Rien de plus.

Les passants, les curieux qui se sont approchés de la grotte ont vu l'enfant ; mais pour eux, il était semblable à tous les autres. Ils ne sont pas allés au delà de cette corinaissance purement naturelle. Peut-être ont-ils été frappés de la beauté de l’enfant ? Peut-être ont-ils plaint son dénuement ? Mais ce sentiment n’a point duré, et l'indifférence a bientôt repris le dessus.

11 y a les bergers, cœurs simples, « éclairés d’un rayon d'en haut »: Claritas Dei circumfulsit illos”. Is ont compris assurément davantage ; ils ont reconnu en cet enfant le Messie promis, attendu, l’Exspectatio gentium*; ils lui ont rendu leurs hommages, et leurs âmes ont été pour longtemps remplies de joie et de paix.

Les anges également contemplaient le nouveau-né,

1 UCF 01,03, — 2. Luciill toit 13 JGen UXLTIX, 10,

Verbe fait chair. Ils ont vu en lui leur Dieu ; aussi cette connaissance jetait ces purs esprits dans la stupeur et l'admiration d’un abaissement si incompréhensible : car ce n’est pas à leur nature qu’il a voulu s'unir, Nusquam angelos, mais à la nature humaïne, sed semen Abrahae apprehendit *.

Que dirons-nous de la Vierge, quand elle regardait Jésus ? A quelle profondeur du mystère pénétrait ce regard si pur, si humble, si tendre et si plein de complaisance ! On ne saurait exprimer de quelles lumières lPâme de Jésus inondaïit alors sa Mère, et quelles sublimes adorations, quels hommages parfaits Marie rendait à son fils, à son Dieu, à tous les états et à tous les mystères dont l’Incarnation est la substance et la racine.

Il y a enfin, — mais ceci est inénarrable, — le regard du Père contemplant son Fils, fait chair pour les hommes. Le Père céleste voyait ce que jamais ni homme, ni ange, ni Marie elle-même ne comprendront : les perfections infinies de la divinité qui se cachaient dans un enfant.. Et cette contemplation était la source d’un ravissement indicible : « Tu es mon Fils, mon Fils bien-aimé, le Fils de ma dilection, en qui j'ai mis toutes mes complaisances » *...

Lorsque nous contemplons à Bethléem le Verbe incarné, élevons-nous au-dessus des sens, pour ne regarder que des yeux de la foi. La foi nous fait participer ici-bas à la connaissance que les divines Personnes ont l’une de l'autre. Il n'y a point en ceci d’exagération. La grâce sanctifiante nous rend, en effet, participants de la natüre divine ; or, l’activité de la nature divine consiste dans la connaissance et l'amour que les personnes divines ont l’une de l’autre, l’une pour l’autre : nous participons donc à cette connaissance. — Et de même que la grâce sanctifiante s’épanouissant dans la gloire nous donnera le droit de contempler Dieu comme il se voit ; de même, sur la terre, dans les ombres de la foi, la grâce nous donne de

T'OMebr UT 16e et Marc. I, 11; Luc. III, 22.

regarder les profondeurs des mystères par les yeux We Dieu : Lux tuae claritatis infulsit*.

Quand notre foi est vive et parfaite, nous ne nous arrêtons pas à l'écorce, au dehors du mystère ; mais nous atteignons l’intime pour le contempler des yeux de Dieu ; nous passons par l'humanité pour pénétrer jusqu'à la divinité que l'humanité cache et révèle à la fois; nous voyons les mystères divins dans la lumière divine.

Et ravie, étonnée d’un abaissement si prodigieux, l’âme que cette foi vivifie se prosterne ; elle se livre tout entière pour procurer la gloire d’un Dieu qui voile ainsi, par amour pour sa créature, la splendeur native de ses insondables perfections. Elle l’adore ; elle se donne ; elle n’a même de repos qu’elle n’ait tout donné, elle aussi, en retour, pour parfaire l'échange qu’il veut contracter avec elle ; qu’elle n’ait tout soumis d'elle-même, de son activité, à ce « Roi de paix qui vient, avec tant de magniticence »°, la sauver, la sanctifier et, pour ainsi dire, la déifier.

Approchons-nous donc de lenfant-Dieu avec une grande foi. Nous eussions voulu être à Bethléem pour le recevoir. Voici que la communion nous le donne avec autant de réalité, quoique nos sens l'y trouvent moins encore. Dans le tabernacle comme à la crèche, c’est le même Dieu plein de puissance, le même Sauveur plein de bonté.

Si nous le voulons, l'échange admirable se continue encore. Car c’est aussi par son humanité qu’à la table sainte le Christ nous infuse la vie divine ; c’est en mangeant sa chair et en buvant son sang, en nous unissant à son humanité, que nous puisons à la source même de la vie éternelle : Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, habet vitam aeternam”.…

Ainsi, chaque jour, se continue et se resserre l’union établie entre l’homme et Dieu dans l’Incarnation. En se

1. Préface de Noël. — 2. Antienne des Vêpres de Noël. — 3. Joan. VI, 55.

donnant dans la communion, le Christ accroît dans l'âme , généreuse et fidèle la vie de la grâce” ; il la fait se développer plus librement et s'épanouir avec plus de force ; « il lui confère même le gage de cette immortalité bienheureuse dont la grâce est le germe, et où Dieu lui-même se communiquera à nous en toute plénitude et sans voile »: Ut natus hodie Salvator mundi, sicut divinae nobis generationis est auctor, ita et immortalitatis sit IPSE largitor *.

Ce sera la consommation, magnifique et glorieuse, de l'échange inauguré à Bethléem dans la pauvreté et les abaissements de la crèche.

1. Deus, qui nos per hujus sacrifici veneranda commercia, unius summae divinitatis participes effecisti : praesta, quaesumus : ut sicut tuam cognoscimus veritatem, sic eam dignis moribus assequamur. Secrète du IVe dimanche après Pâques. — 2. Postcommunion de la messe du jour.

Fe

VIIL — L'ÉPIPHANIE. >

SOMMAIRE. — Dieu, lumière éternelle, se manifeste surtout par l'Incarnation. — I. La manifestation aux Mages signifie la vocation des nations païennes à la lumière de l’Évangile. — II. La foi des Mages, prompte et généreuse, est le modèle de la nôtre. — III. Conduite des Mages à la disparition de l'étoile. — IV. Combien est profonde leur foi à Bethléem ; symbolisme des présents offerts par eux à l’'Enfant-Dieu ; comment les imiter.

Chaque fois que l'âme se trouve en contact un peu intime avec Dieu, elle se sent enveloppée de mystère: Nubes et caligo in circuitu ejus”. Ce mystère est la conséquence inévitable de la distance infinie qui sépare la créature du Créateur. De toutes parts, l’être fini est dépassé par celui qui, éternellement, est la plénitude même de lÊtre.

C'est pourquoi un des caractères les plus profonds de l'être divin est son incompréhensibilité et son invisibilité; c’est une chose vraiment remarquable que l’invisibilité ici-bas de la lumière divine.

« Dieu est lumière », dit S. Jean ; il est la lumière infinie, « sans ombres ni ténèbres »: Deus lux est, et tenebrae in eo non sunt ullae. S. Jean prend soin de noter que cette vérité constitue l’un des fondements de son Évangile : Et haec est annuntiatio quam audivimus ab eo, et annuntiamus vobis’. Mais cette lumière, qui nous baigne tous de sa clarté, au lieu de manifester Dieu aux yeux de notre âme, le cache. Il en est d’elle comme du soleil ; son éclat même empêche de la contempler : Lucem inhabitat inaccessibilem *.

Et pourtant cette lumière est la vie de l’âme. Vous

ne PS XOVI, 2. 2 ItJoatt L 5. 3" IN Tim/MVE, 16:

aurez remarqué que, dans la sainte Écriture, les idées de vie et de lumière sont fréquemment associées. Quand le psalmiste veut décrire la béatitude éternelle dont Dieu est la source, il dit qu’ « en lui se trouve le principe de la vie » : Torrente voluptatis tuae potabis eos. Quoniam apud te est fons VITAE ; et il ajoute aussitôt : « Et dans ta lumière nous verrons la lumière ». Et in lumine tuo VIDEBIMUS LUMEN’. Pareillement, quand Notre-Seigneur se déclare « la lumière du monde ». « Celui, dit-il encore (et ici, il y a plus qu’une simple juxtaposition de mots), qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » : Habebit LUMEN VITAE *. Et cette lumière de vie procède de la vie par essence qui est lumière : In ipso vita erat, et vita erat lux hominum*. Notre vie dans le ciel sera de connaître, sans voile, la lumière éternelle, et de jouir de ses splendeurs.

Déjà ici-bas, Dieu donne une participation de sa lumière en dotant l’âme humaine d'intelligence : Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine*. La raison est pour l’homme une lumière véritable. Toute l’activité naturelle de l’homme, pour être digne de lui-même, doit d’abord être dirigée par cette lumière qui lui montre le bien à poursuivre ; lumière si puissante qu’elle est même capable de révélér à l’homme l'existence de Dieu et quelques-unes de ses perfections. S. Paul écrivant aux fidèles de Rome° déclare les païens inexcusables de n'avoir pas connu Dieu en contemplant le monde, œuvre de ses mains. Les œuvres de Dieu contiennent un vestige, un reflet de ses perfections, et déclarent ainsi, jusqu’à un certain point, la lumière infinie.

Il est une autre manifestation plus profonde, plus miséricordieuse que Dieu a faite de lui-même : c’est l’Incarnation.

La lumière divine, trop éclatante pour se manifester à nos faibles regards dans toute sa splendeur, s’est voi-

1. Ps. XXXV, 9-10. — 2. Joan. VIII, 12. — 3 Ibid. I, 4 — 4" P IV, 7. — 5. Rom. I, 20. Fm: Ar:

lée sous l'humanité : quod est velamen, c’est la pensée de S. Paul’. « Splendeur de la lumière éternelle »”, lumière jaillissant de la lumière, lumen de lumine, le Verbe a revêtu notre chair pour qu’à travers elle nous puissions contempler la divinité: Nova mentis nostrae oculis lux tuae claritatis infulsit*. Le Christ est Dieu mis à notre portée, se montrant à nous, dans une existence authentiquement humaine ; le voile de l’humanité empêche l'éclat infini et éblouissant de la divinité de nous aveugler. |

Mais pour toute âme de bonne volonté, des rayons s’échappent de cet homme, qui révèlent qu’il est. également Dieu ; l’âme éclairée par la foi connaît les splendeurs qui se cachent derrière le voile de ce saint des saints. Dans l’homme mortel qu'est Jésus, la foi trouve Dieu lui-même, et en trouvant Dieu, elle s’abreuve à la source de lumière, de salut et de vie immortelle : Quia cum Unigenitus tuus in substantia nostrae mortalitatis apparuit, nova nos immortalitatis suae luce reparavit

Cette manifestation de Dieu aux hommes est un mystère si inouï, une œuvre si pleine de. miséricorde ; elle constitue un des caractères si essentiels de l’Incarnation que, dans les premiers siècles, l’Église n’avait point de fête pour honorer principalement la naissance du Sauveur à Bethléem ; elle célébrait la fête des « Théophanies » ou des « manifestations divines » dans la personne du Verbe incarné : manifestation aux Mages, — sur les bords du Jourdain lors du baptême de Jésus, — aux noces de Cana, où le Christ accomplit son premier miracle. En passant de l’Église d'Orient à celle d’Occident, la fête a retenu son nom grec : Épiphanie, la « manifestation » ;: mais elle a pour objet presque exclusif la manifestation du Sauveur à la gentilité, aux nations païennes, dans la personne des Mages.

Vous connaissez suffisamment le récit évangélique de,

1 Cf, Heébr. X, 20. — 2. Sap. VII, 26. — 3. Préface de la Nativité. — 4. Préface de l’Épiphanie.

la venue des Mages à Bethléem, récit illustré et popularisé par la tradition’. Je vous dirai seulement quelques mots sur la signification générale du mystère ; m’attachant ensuite à certains détails, je vous indiquerai quelques-uns des nombreux enseignements qu’il contient pour notre piété.

Les Pères de l’Église ont vu dans l’appel des Mages au berceau du Christ la vocation des nations païennes à la foi. — C'est là le fond même du mystère, explicitement indiqué par l’Église dans l’oraison où elle résume les vœux de ses enfants en cette solennité : Deus qui hodierna die Unigenitum tuum GENTIBUS stella duce revelasti.

Le Verbe incarné s’est d’abord manifesté aux Juifs, dans la personne des bergers. Pourquoi cela ? — Parce que le peuple juif était le peuple choisi. C’est de ce peuple que devait sortir le Messie, fils de David ; c’est à lui qu’avaient été faites ies magnifiques promesses dont la réalisation constituait le règne messianique ; c’est à lui que Dieu avait confié les Écritures et donné la Loi, cette Loi dont tous les éléments étaient la figure de la grâce que devait apporter le Christ. Il convenait donc que le Verbe incarné se manifestât d’abord aux Juifs.

Les bergers, gens simples au cœur droit, ont représenté à la crèche le peuple élu : Evangelizo vobis gaudium magnum... quia natus est vobis hodie Salvator®.

Plus tard encore, dans sa vie publique, Notre-Seigneur se manifestera aux Juifs par la sagesse de sa doctrine et l'éclat de ses miracles.

Nous constaterons même qu'il confine sa prédication aux seuls Juifs. — Voyez, par exemple, lorsque la femme chananéenne, des régions infidèles de Tyr et de Sidon, lui demande de la secourir, que répond le Christ aux

1. La plupart des auteurs placent la venue des Mages après la présentation de Jésus au Temple ; nous suivrons ici l’ordre indiqué par l’Église qui, dans sa liturgie, célèbre l’Épiphanie au 6 janvier et la présentation au Z février. — 2, Luc. II, ro-17.

disciples qui s'interposent en sa faveur? « Je ne suis venu que pour les brebis perdues d'Israël »°. Il faudra la foi vivace et la profonde humilité de la pauvre païenne pour arracher, pour ainsi dire, à Jésus la grâce qu’elle implorait. — Quand, durant sa vie publique, Notre- Seigneur envoyait ses apôtres prêcher comme lui la bonne nouvelle, il leur disait également : « N’allez point vers les Gentils ; ne vous arrêtez point chez les Samaritains, cherchez plutôt les brebis perdues d'Israël » +. Pourquoi cette recommandation si étrange ? Les païens étaient-ils exclus de la grâce de la rédemption et du salut apporté par le Christ? Non; mais il entrait dans l’économie divine de réserver aux apôtres l’évangélisation des nations païennes, après que les Juifs, en crucifiant le Messie, auraient définitivement rejeté le Fils de Dieu. Quand Notre-Seigneur meurt sur la croix, le voile du temple se déchire en deux pour montrer qu'a cessé l’AÏliance antique avec le seul peuple hébreu.

Bien des Juifs, en effet, n’ont pas voulu recevoir le Christ ; l’ergueil des uns, la sensualité des autres ont aveuglé leurs âmes, et ils n’ont pas voulu l’accepter comme Fils de Dieu. C’est d'eux que S. Jean parle quand il dit: « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise ; elle est descendue dans son domaine, et les siens ne l'ont pas reçue »°. C’est pourquoi Notre-Seigneur disait à ces juifs incrédules : « Le règne de Dieu vous sera enlevé et transféré aux Gentils »°.

Les nations païennes sont appelées à devenir l’héritage promis par le Père à son Fils Jésus : Postula a me, et dabo tibi gentes haereditatem tuam”. Notre-Seigneur se disait lui-même « le bon pasteur qui donne sa vie pour ses.brebis », ajoutant aussitôt : « Je n’ai pas de brebis seulement parmi mon peuple ; j'en ai d’autres encore qui nappattiennent pas présentement à mon troupeau » : Alias oves habeo, quae non sunt ex hoc ovili ; il faut aussi que je les amène à moi ; elles entendront ma voix,

1. Matthi XV, 24. — 2 Ibid. VX,05-61—3. Joan. JL, 5, 411.0——"4: Matth. XXI, 43: —"50Ps, 1178:

et il y aura une seule bergerie et un seul pasteur »

C’est pourquoi, avant de remonter au ciel; il envoie ses : apôtres continuer, non plus chez les brebis perdues d'Israël, mais chez tous les peuples, son œuvre et:sa mission de salut. « Allez, leur dit-il, prêchez à toute créature, enseignez toutes les nations... Je suis avec vous

jusqu’à la fin des siècles »°.

Toutefois le Verbe incarné n’a pas attendu son ascension pour répandre sur la gentilité la grâce de la bonne nouvelle. Dès son apparition ici-bas, il la convie à la crèche dans la personne des Mages. Sagesse éternelle, il voulait ainsi nous montrer qu’il apportait la paix, Pax hominibus bonae voluntatis*, « non seulement à ceux qui étaient près de lui >» — les Juifs fidèles représentés par les bergers, — « mais encore à ceux qui vivaient loin de lui » — les païens figurés par les Mages. Ainsi, « des deux peuples, comme le dit S. Paul, il n’en faisait qu'un »: Qui fecit utraque unum, parce qu’il est seul, par l’union de son humanité à la divinité, le médiateur parfait, et que « c’est par lui seul que nous avons accès, les uns et les autres, auprès du même Père, dans un seul et unique Esprit »“,

L'appel des Mages et leur sanctification signifient la vocation de la gentilité à la foi et au salut. Aux bergers Dieu envoie un ange, car le peuple élu était habitué aux apparitions des esprits célestes : aux Mages, qui scru- . taient les astres, il fait apparaître une étoile merveilleuse. Cette étoile est le symbole de l’illumination intérieure qui éclaire les âmes pour les appeler à Dieu.

Chaque âme d’aduilte, en effet, est éclairée, au moins une fois, comme les Mages, par l'étoile de la vocation au salut éternel. A tous la lumière est donnée. C’est un dogme de notre foi que « Dieu veut sauver tous les hommes » : Qui OMNES homines vult salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire®.

miJoan OX ri 167 M EMA tt XXVIII, 10-20 : Marc. XVI rs EE S'SLUCRTL, AMEN BDRA IT TA T7 TS Seins 44.

Au jour du jugement, tous sans exception proclameront, avec la conviction produite par l'évidence, l’infinie justice de Dieu et la parfaite droiture de ses arrêts : Jastus es, Domine, et rectum judicium tuum”. Ceux que, pour toujours, Dieu aura chassés loin de ui reconnaîtront qu’ils sont les propres artisans de leur perte.

Or, ceci ne serait pas vrai si les réprouvés n'avaient pas eu la possibilité de connaître et d'accepter la lumière divine de la foi. [1 est contraire non seulement à la bonté infinie de Dieu, mais encore à sa justice, de condamner une âme à cause de son ignorance invincible.

Sans doute, l’étoile qui appelle les hommes à la foi chrétienne n’est pas la même pour tous ; elle brille différemment ; mais son éclat est assez visible pour que les cœurs de bonne volonté puissent la reconnaître et Voir en elle le signe de la vocation divine. Dans sa providence pleine de sagesse, Dieu varie incessamment son action, incompréhensible comme lui-même ; il la varie suivant les prévenances toujours actives de son amour et les exigences toujours saintes de sa justice. C’est en ceci que nous devons, avec S. Paul, adorer « la profondeur insondable des voies de Dieu et proclamer qu’elles dépassent infiniment nos vues créées »; qui, « en effet, a connu la pensée du Seigneur et a été son conseiller » ? © altitudo divitiarum sapientiae et scientiae Dei ! Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus et investigabiles viae ejus”!

Nous avons le bonheur d’avoir « vu l'étoile » et d’avoir reconnu pour notre Dieu l'enfant de la crèche; nous avons le bonheur d’appartenir à l’Église, dont les Mages étaient les prémices.

Dans l'office de la fête, la liturgie appelle cette vocation de toute l'humanité à la foi et au salut dans la personne des Mages, les noces de l’Église avec l’Époux ; écoutez avec quelle allégresse, en quels termes magnifiquement symboliques, empruntés au prophète Isaïe, elle

IP CNIL 1370 2 Rom. XI) 32.

proclame la splendeur de cette Jérusalem spirituelle qui doit recevoir dans son sein maternel les nations devenues l'héritage de son Époux divin. « Lève-toi et resplendis, car ta lumière est venue et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Tandis que les ténèbres couvriront la terre et que l’obscurité enveloppera les peuples, sur toi le Seigneur se lèvera et sa gloire se manifestera en toi. Les nations marcheront vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton aurore. Porte les regards autour de toi et vois : ils se rassemblent tous et viennent à toi ; tes fils viendront de loin, et tes filles surgiront à tes côtés. Tu verras alors, et tu seras radieuse ; ton cœur tressaillira et se dilatera ; car tu verras venir à toi les richesses de la mer et les trésors des nations » *.

Offrons à Dieu d’incessantes actions de grâces de « nous avoir rendus capables d’avoir part à l'héritage des saints dans la lumière, en nous délivrant de la puissance des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils »°, c’est-à-dire dans l’Église.

L'appel à la foi est un bienfait insigne parce qu’il contient en germe la vocation à la béatitude éternelle de la vision divine. N'oublions jamais que cet appel a été l’aurore de toutes les miséricordes de Dieu à notre égard, et que tout pour l’homme se résume dans la fidélité à cette vocation ; la foi doit nous mener à la vision bienheureuse *.

Nous devons non seulement remercier Dieu de cette grâce de la foi chrétienne, mais encore nous en rendre chaque jour plus dignes en sauvegardant notre foi contre tous les dangers que lui fait courir notre siècle de naturalisme, de scepticisme, d’indifférence, de respect humain,

en apportant à vivre de la vie de foi une incessante fidélité.

En outre, demandons à Dieu d'accorder ce don précieux de la foi à toutes les âmes qui sont encore « as-

1. Épître de la messe. — 2, Is. LX, 1-5. —"3. Col, I, 13. — "4. Oraison de la fête.

sises dans les ténèbres et à l’ombre de la mort » ; demandons au Seigneur que l'étoile se lève sur elles ; qu’il soit lui-même « le Soleil qui les visite d'en haut par l'effet de sa tendre miséricorde » : Per viscera misericordiae Dei nostri in quibus visitavit... Oriens ex alto.

Cette prière est très agréable à Notre-Seigneur ; c’est lui demander, en effet, qu’il soit connu et exalté comme le Sauveur de tous les hommes et le Roi des rois.

Elle l’est aussi au Père, car il ne désire rien tant que la glorification de son Fils. Répétons donc souvent, en ces saints jours, la prière que le Verbe incarné a mise lui-même sur nos lèvres : O Père céleste, « Père des lumières », que votre règne arrive, ce règne dont votre Fils Jésus est le chef. Adveniat regnum tuum ! Que votre Fils soit de plus en plus connu, aimé, servi, glorifié, afin qu’à son tour, en vous manifestant davantage aux hommes, il vous glorifie dans l’unité de votre commun Esprit : Pater, clarifica Filium tuum ut Filius tuus clarificet te !

Si nous reprenons maintenant quelques détails du récit évangélique, nous verrons combien ce mystère est riche d'enseignements.

Je vous ai dit que les Mages à Bethléem représentaient les Gentils dans la vocation à la lumière de l'Évangile. La conduite des Mages nous montre les qualités que doit avoir notre foi.

Ce qui apparaît tout d’abord, c’est la généreuse fidélité de ‘cette foi. Voyez : l’étoile apparaît aux Mages. Quel que soit leur pays d’origine — Perse, Chaldée, Arabie ou Inde, — les Mages, d’après la tradition, appartenaient à une caste sacerdotale et se livraient à l’étude des astres. Il est plus que probable qu’ils n’ignoraient pas la révélation faite aux Juifs d’un roi qui serait leur Libérateur et le Maître du monde. Le prophète Daniel, qui avait précisé l’époque de sa venue, avait été en relation

rouc. 1, 78-70:

avec des mages ; peut-être même, la prophétie de Balaam qu’ « une étoile se lèverait sur Jacob »' ne leur étaitelle pas inconnue ? Quoi qu’il en soit, voici qu’une étoile merveilleuse leur apparaît. Son éclat extraordinaire, frappant leurs yeux, éveille leur attention, en même-temps qu’une grâce intérieure d’illumination éclaire leurs âmes; cette grâce leur faisait pressentir la personne et les prérogatives de celui dont l’astre annonçait la naissance ; elle leur inspirait d'aller à sa recherche pour lui rendre leurs hommages.

La fidélité des Mages à l'inspiration de la grâce est admirable. Le doute n’a point de prise sur leurs esprits ; sans raisonner, ils se mettent en demeure d'exécuter aussitôt leur dessein. Ni l'indifférence ou le scepticisme de leur entourage, ni la disparition de l'étoile, ni les :difficultés inhérentes à une expédition de ce genre, ni la longueur ou les dangers de la route ne les arrêtent. Ils obéissent sans retard et avec constance à l'appel divin. « Nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus »°; nous sommes partis aussitôt qu’elle s’est montrée à nous.

En ceci les Mages sont notre modèle, qu’il s'agisse de la vocation à la foi, ou qu’il soit question de l’appel à la perfection. — Il y a, en effet, pour chaque âme fidèle une vocation à la sainteté : Sancti estote quia ego Sanctus sum: « Soyez saints, parce que je suis saint ». L’apôtre S. Paul nous assure que de toute éternité il existe pour nous un décret divin plein d’amour qui contient cet appel: Elegit nos ante mundi constitutionem, ut eSSemus sancti et immaculati in conspectu ejus‘. Et < pour ceux qu’il appelle ainsi à la sainteté, Dieu fait tout concourir à bien »: Jis qui Secundum propositum vocati sunt sancti‘. La manifestation de cette vocation est pour chacun de nous son étoile. Elle revêt des formes diverses, selon les desseins de Dieu, notre caractère, les

1. Num, XXIV, 17. — 2. Matth. II, 2. — 3. Levy. XI, 44 = Eph. 1,4. "5. Rom. VIII, 28.

circonstances dans lesquelles nous vivons, les événements auxquels nous sommes mêlés ; mais elle luit dans l’âme de chacun.

Et quel est le but de cet appel ? Pour nous comme pour les Mages, c’est de nous conduire à Jésus. Le Père céleste fait briller l'étoile en nous ; car, dit le Christ lui-même, « personne ne vient à moi si mon Père qui m'a envoyé ne l’attire » : Nemo potest venire ad me, nisi Pater, qui misit me, traxerit eum..

Si nous écoutons lappel divin avec fidélité, si nous allons généreusement de l'avant, les yeux fixés sur l'étoile, nous arriverons au Christ qui est la vie de nos âmes. Et quels -que soient nos péchés, nos fautes, nos misères, Jésus nous accueillera avec bonté. Il l’a promis : « Tous ceux que mon Père attire à moi viendront vers moi, et celui qui viendra vers moi, je ne le rejetterai point : Omne, quod dat mihi Pater, ad me veniet: et eum qui venit ad me non ejiciam foras”.

Le Père attira Madeleine, pécheresse insigne, aux pieds de Jésus. Et voici que Madeleine, suivant aussitôt, avec une foi généreuse, le rayon divin de l'étoile qui luisait dans son âme misérable, fait irruption dans une salle de festin pour manifester publiquement au Christ sa foi, son repentir et son amour+ Madeleine a suivi Pétoile, et l'étoile a mené Madeleine au Sauveur : « Tes péchés te sont remis, ta foi ta sauvée, va en paix » Et eum qui venit ad me non ejiciam foras*.

La vie (des saints et l'expérience des âmes montrent qu'il y a souvent, dans notre existence surnaturelle, des moments décisifs d’où dépend toute la valeur de notre vie intérieure, et parfois notre éternité elle-même.

Voyez Saul sur le chemin de Damas. C’est un ennemi et un persécuteur acharné des chrétiens ; Spirans minarum, & il ne respire et ne profère que menaces » contre tout ce qui-porte ce nom. Et voici que la voix de Jésus se fait entendre. C’est pour lui l'étoile, l'appel divin. Saul

Page 1