Joan. VI, 44. — 2. Ibid. VI, 37. — 3. Luc. VII
écoute l’appel, suit l'étoile : « Seigneur, que voulez-vous : que je fasse » ? — Quelle promptitude et quelle générosité ! Aussi, à partir de ce moment, devenu « vase d'élection >», ne vivra-t-il que pour le Christ.
Voyez au contraire ce jeune homme plein de bonne volonté, au cœur droit et sincère, qui se présente à Jésus et lui demande ce qu’il doit faire pour posséder la vie bienheureuse. « Garde les commandements, » lui répond notre divin Sauveur. — « Maître, je les observe depuis mon enfance ; que me manque-t-il encore » ? — Alors, dit l'Évangile, « Jésus, l'ayant regardé, l’aima » : Jesus autem intuitus eum dilexit eum. Ce regard plein d'amour était le rayon de l'étoile. Et voici qu’il se manifeste aussitôt : « Une seule chose te manque ; si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; après, viens et suismoi ». Mais lui ne suivit pas l’étoile : « Affligé de la parole du Christ, il le quitta plein de tristesse, car il avait de grands biens ». Des commentateurs voient dans les paroles que Notre-Seigneur prononça aussitôt après : « Qu'il est difficile aux riches d’entrer dans le royaume de Dieu »*, la prédiction de la perte de cette âme.
Ainsi, qu’il s'agisse de l’appel à la foi ou à la sainteté, nous ne trouverons le Christ et la vie dont il est la source qu’à la condition d’être attentifs à la grâce et persévéramment fidèles dans notre recherche de l’union divine.
Le Père céleste nous appelle à son Fils par l’inspiration de sa grâce ; mais il veut que, comme les Mages, dès que l'étoile luit dans nos cœurs, nous quittions tout à l’instant : nos péchés, les occasions du péché, les habitudes mauvaises, les infidélités, les imperfections, les attaches à la créature : il veut que, ne tenant aucun compte ni des critiques et de l’opinion des hommes, ni des difficultés de l'œuvre à accomplir, nous nous mettions tout de suite à la recherche de Jésus, — que nous l’ayons perdu par une faute mortelle, ou que, le possédant déjà
LAC A PO SEEN ANT re X, 17-23. Cf. Matth, XIX, 16-23 ; Luc. XVIII, 18-24.
en nous par la grâce sanctifiante, nous soyons appelés à une union plus étroite et plus intime avec lui.
Vidimus stellam : « Seigneur, j'ai vu votre étoile, et je viens à vous : que voulez-vous que je fasse » ?
li arrive parfois que l'étoile disparaisse à nos regards. Soit que l'inspiration de la grâce porte avec elle un caractère extraordinaire, comme c'était le cas pour les Mages, soit qu’elle se rattache, et c’est pour nous le cas le plus fréquent, à la providence surnaturelle de tous les jours, elle cesse quelquefois de se manifester ; la lumière se cache : l'âme se trouve dans des ténèbres spirituelles. — Que faire alors ?
Voyons ce qu'ont fait les Mages en cette occurrence. L'étoile ne s'était montrée à eux qu’en Orient, puis elle a disparu : Vidimus stellam ejus in Oriente. Si elle leur apprenait la naissance du Roi des Juifs, elle ne leur indiquait pas l’endroit précis où ils pourraient le trouver. Que faire ? Les Mages se sont dirigés sur Jérusalem, la capitale de la Judée, la métropole de la religion juive. Où, mieux que dans la cité sainte, peuvent-ils connaître ce qu’ils cherchent ?
De même, quand notre étoile disparaît, quand linspiration divine ne précise point, nous laisse dans lincertitude, Dieu veut que nous recourions à l’Église, à ceux qui le représentent parmi nous, afin d'apprendre d'eux la conduite à suivre. C’est l’économie de la providence divine. Dieu aime que l’âme, dans ses doutes et les difficultés de sa marche vers le Christ, demande lumière et direction à ceux qu’il a établis comme ses représentants auprès de nous : Qui vos audit, me audit”.
Voyez Saul sur le chemin de Damas: à l'appel de Jésus, il s’écrie aussitôt : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse »? Que lui répond le Christ ? Lui fait-il alors connaître directement ses volontés ? Il aurait pu
raluc: -X, 116,
le faire puisqu'il se révélait à lui comme étant le Seigneur ; mais il ne le fait pas ; il le renvoie à ses représentants : « Entre dans la ville, et là, il te sera dit — par un autre — ce que tu dois faire »*.
En soumettant les aspirations de nos âmes au contrôle de ceux qui ont grâce et mission de nous diriger dans notre recherche de l’union divine, nous ne courons aucun risque de nous égarer, quels que soient d’ailleurs les mérites personnels de ceux qui nous guident. À l’époque où les Mages arrivèrent à Jérusalem, l’assemblée de ceux qui avaient autorité pour interpréter les saintes Écritures était composée en grande partie d'éléments indignes ; et cependant, Dieu a voulu que ce fût par leur ministère et leur enseignement que les Mages apprissent officielle ment l’endroit où était né le Christ. Dieu, en effet, ne peut permettre que l’âme soit trompée quand, avec humilité et confiance, elle s'adresse aux représentants légitines de son autorité souveraine.
Bien au contraire, elle retrouvera la lumière et la paix ; comme les Mages sortant de Jérusalem, l'âme reverra alors l'étoile, pleine d’éclat et de splendeur, et, comme eux aussi, remplie d’allégresse, elle reprendra sa marche en avant: Videntes autem stellam, gavisi sunt gaudio magno valde*.
Suivons maintenant les Mages à Bethléem : c’est là surtout que nous verrons se manifester la profondeur de leur foi.
L'étoile merveilleuse les conduit à l’endroit où ils devaient enfin rencontrer celui qu’ils cherchaient depuis si longtemps. Et que trouvent-ils ? Un palais, un berceau royal, une longue suite de serviteurs empressés ? Non, un pauvre ménage d'ouvriers. Ils cherchent un roi, un Dieu, et ils ne voient qu’un enfant sur les genoux de sa mère ; non pas un enfant transfiguré par des rayons
a. Act. IX, 6. — 2. Matth. II, ro.
divins, comme cela se produisit plus tard, aux yeux des apôtres, sur la montagne de Thabor, mais un petit enfant, un pauvre et faible enfant.
Toutefois, de cet être si frêle en apparence, jaillissait invisiblement une puissance divine: Virtus de illo exibat. Celui qui avait fait surgir l'étoile pour amener les Mages à son berceau, les illuminait présentement luimême ; il remplissait intérieurement leur esprit de lumière et leur cœur d'amour. C’est pour cela que dans cet enfant, ils ont reconnu leur Dieu.
L’Évangile ne nous dit rien de leurs paroles, mais il nous fait connaître le geste sublime de leur foi parfaite : « Et s'étant prosternés, ils adorèrent l'enfant » : Et procidentes adoraverunt eum :.
L'Église veut que nous nous associions à cette adoration des Mages. Quand, durant la sainte messe, elle nous donne à lire ces paroles du récit évangélique : « Et se prosternant, ils l’adorèrent », elle nous fait fléchir le genou, pour marquer que, nous aussi, nous croyons à la divinité de l’enfant de Bethléem.
Adorons-le avec une foi profonde. Dieu demande de nous que, tant que nous sommes ici-bas, toute l’activité de notre vie intérieure aboutisse à une union avec fui dans la foi. La foi est la lumière qui nous donne de voir Dieu dans l'enfant de la Vierge, d'entendre la voix de Dieu dans les paroles du Verbe incarné, de suivre les exemples d’un Dieu dans les actions de Jésus, de nous approprier les mérites infinis d’un Dieu par les douleurs et les satisfactions d’un homme souffrant comme nous.
À travers le voile d’une humanité humble et passible, l'âme qu’une foi vive éclaire, découvre toujours Dieu ; partout où elle rencontre cette humanité, — que ce soit dans les abaissements de Bethléem, sur les routes de Judée, sur le gibet du Calvaire ou sous les espèces eucharistiques, — lâme fidèle se prosterne devant elle, parce qu’elle est l'humanité d’un Dieu. Elle se jette à
ses pieds pour l'écouter, lui obéir, la suivre, jusqu’à ce Tr. Matte El, ur
qu’il plaise à Dieu de « révéler lui-même sa majesté infinie, dans les saintes splendeurs de la vision bienheureuse » : Usque ad contemplandam speciem tuae celsitudinis perducamur *.
L'attitude d’adoration chez les mages traduit en langage éloquent la profondeur de leur foi; les présents qu’ils offrent sont aussi pleins de signification. Les Pères de l’Église ont relevé avec insistance le symbolisme des dons apportés au Christ par les Mages. Arrêtons-nous, pour terminer cet entretien, à considérer combien ce symbolisme est profond : ce sera une joie pour nos âmes et un aliment pour notre piété.
Comme vous le savez, l'Évangile nous dit qu’ « ayant ouvert leurs trésors, les Mages offrirent à l’enfant de l'or, de l’encens et de la myrrhe »°. Il est évident que, dans la pensée des Mages, ces dons devaient servir à exprimer les sentiments de leurs cœurs autant qu'à honorer celui auquel ils les apportaient.
En examinant la nature de ces dons, qu’ils avaient préparés avant leur départ, nous voyons que l'illumination divine avait déjà manifesté aux Mages quelque chose de l’éminente dignité de celui qu’ils désiraient contempler et adorer. La nature de ces dons indique également la qualité des devoirs que les Mages voulaient remplir à l'égard de la personne du Roi des Juifs. Le symbolisme des dons atteint donc à la fois celui à qui ils sont offerts et ceux qui lés présentent.
L'or, le plus précieux des métaux, est le symbole de la royauté ; il marque, d'autre part, l'amour et la fidélité que chacun doit à son prince.
On reconnaît universellement dans l’encens le symbole du culte divin ; il ne s'offre qu'à Dieu. En préparant ce don, les Mages montraient qu’ils voulaient proclamer la divinité de celui dont l’étoile annonçait la naïssance, et reconnaître cette divinité par l’adoration suprême qu’on ne peut rendre qu’à Dieu.