In Luc. Il, 44. ir
toute ma sainteté et ma dévotion ; enfin la myrrhe, qui est l’'amertume de ma Passion tout entière. Je te les donne en propriété à tel point que tu pourras me 1e offrir en présents, comme un bien qui t'appartient »°
Oui, c’est une vérité extrêmement consolante, que nous ne devons jamais oublier. La grâce d'adoption divine, qui nous rend frères de Jésus et membres vivants de son corps mystique, nous donne le droit de nous approprier ses trésors pour les faire valoir auprès de lui-même et de son Père. Ignorez-vous donc, disait S. Paul, « la puissance et la grandeur de la grâce du Christ qui s’est fait pauvre pour nous, de riche qu’il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté »*?
Notre-Seigneur est lui-même la suppléance à nos misères, il est notre richesse, notre action de grâces ; il renferme en lui-même, d’une façon éminente, ce que les présents des Mages signifient ; il en réalise en sa personne, à la perfection, le profond symbolisme. Aussi ne pouvons-nous offrir rien de mieux que lui-même au Père céleste pour rendre grâces du don inappréciable de la foi chrétienne. Dieu nous a donné son Fils ; selon la parole même de Jésus, l’Être infini ne pouvait nous manifester son amour d’une façon plus éclatante : SIC Deus dilexit mundum, ut Filium suum Unigenitum DARET*; car, en nous le donnant, ajoute S. Paul, il nous a donné tous les biens : Quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit* ? -
Mais nous devons, en retour, d’insignes actions de grâces à Dieu pour ce don ineffable. Que donner à Dieu qui soit digne de lui ? Son Fils Jésus. « En lui offrant son Fils, nous lui rendons ce qu’il nous donne » : Offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac datis’, et ïül n’est pas de don qui lui soit plus agréable.
L'Église, qui connaît le secret de Dieu mieux que personne, le sait si bien! En ce jour, où commencent ses
1. Le Livre de la grâce spéciale. I° partie, chap. AVES MIT Cor
NAIL 0 Ne Joan. MT, 6. — 4 Rom, VAT 320 #5 (Canon dela messe,
noces mystiques avec le Christ, elle offre à Dieu, « non plus l'or, l’encens et la myrrhe, mais celui-là même qui est représenté par ces présents, immolé sur l’autel et reçu dans le cœur de ses disciples » : Ecclesiae tuae, quaesumus Domine, dona propitius intuere, quibus non jam aurum, thus et myrrha profertur, sed quod eisdem muneribus declaratur, immolatur et sumitur, Jesus Christus Filius tuus, Dominus noster *.
Offrons donc, avec le prêtre, le saint sacrifice ; offrons au Père éternel son divin Fils, après l'avoir reçu à la table sainte ; mais offrons-nous aussi nous-mêmes avec lui, par amour, pour accomplir en toutes choses ce que sa volonté divine nous manifeste : c’est le don le plus parfait que nous puissions présenter à Dieu.
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L’Épiphanie dure encore ; elle se prolonge à travers les siècles. « Nous aussi, dit S. Léon‘, nous devons goûter les joies des Mages ; car le mystère qui s’est accompli en ce jour ne doit pas y demeurer confiné. Par la magnificence de Dieu et la puissance de sa bonté, notre temps jouit de la réalité dont les Mages eurent les prémices ».
L'Épiphanie se renouvelle, en effet, quand Dieu fait luire la lumière de l'Évangile aux yeux des païens ; chaque fois que la vérité brille aux regards de ceux qui vivent dans l'erreur, c’est un rayon de l’étoile des Mages
qui apparaît.
L’'Épiphanie se continue aussi dans l’âme fidèle quand son amour devient plus fervent et plus stable. La fidélité aux inspirations de la grâce — c’est Notre-Seigneur luimême qui nous le dit, devient la source d’une illumination plus vive et plus éclatante : Qui diligit me... manifestabo ei meipsum*. Heureuse l’âme qui vit de foi et d'amour ! Il se produira en elle une manifestation toujours nouvelle et toujours plus profonde du Christ Jésus; le Christ la fera entrer dans une compréhension toujours pius intime de ses mystères.
1. Secrète de la messe de l’Épiphanie. — 2. Sermo XXXV, In Epiphaniae solemnitate VI. — 3. Joan. XIV, 27.
L'Écriture sainte compare la vie du juste à « une voie lumineuse qui va de clarté en clarté »', jusqu’au jour où tous les voiles tombent, où toutes les ombres s’évanouissent, où apparaissent, dans la lumière de la gloire, les splendeurs éternelles de la divinité. Là, dit S. Jean, dans son livre si mystérieux de l’Apocalypse où il nous décrit les magnificences de la Jérusalem d’en haut, là il n’est pas besoin de lumière, parce que l’Agneau, c’està-dire le Christ, est lui-même la lumière qui éclaire et réjouit les âmes de tous les élus.
Ce sera l'Épiphanie céleste.
:« O Dieu qui avez, en ce jour, par le moyen d'une étoile, conduit les nations païennes à la connaissance de votre Fils unique, accordez-nous, vous connaissant déjà par la foi, de parvenir à la contemplation de la face de votre suprême majesté ». Deus, qui hodierna die Unigenitum tuum gentibus Stella duce revelasti : concede propitius, ut qui jam te ex fide cognovimus, usque ad contemplandam speciem tuae celsitudinis perducamur.