IX LA MANIERGE MARIE LES MYSTÈRES DE L'ENFANCE ET DE LA VIE CACHÉE
(Temps après l’Épiphanie)
RUN —-Le Verbe divin nous emprunte une nature humaine pour se l’unir personnellement. — I. Comment, dans le mystère de l’Annonciation à la Vierge, sé conclut Péchange entre la divinité et l’humanité ; la maternité divine. — II. La purification de Marie et la présentation de Jésus au Temple. — IIT. Jésus perdu à l’âge de douze ans. — IV. La vie cachée à Nazareth. — V. Sentiments de la Vierge Marie durant les années de la vie cachée.
Le mystère de l'Incarnation peut se ramener à un échange, de tous points admirable, entre la divinité et notre humanité. En retour de la nature humaine qu’il nous emprunte, le Verbe éternel nous donne part à sa vie divine.
Il est à remarquer, en effet, que c’est nous qui donnons au Verbe une nature humaine. Dieu aurait pu produire, pour l’unir à son Fils, une humanité déjà pleinement établie dans la perfection de son organisme, comme le fut Adam au jour de sa création ; le Christ aurait été véritablement homme, parce que rien de ce qui constitue l'essence d’un homme ne lui eût été étranger ; mais, ne se rattachant pas directement à nous par une naissance humaine, il n'aurait pas été proprement de notre race.
Dieu n’a pas voulu cette manière de procéder : quel a été le dessein de la Sagesse infinie ? Que le Verbe nous empruntât l'humanité qu’il devait s'unir. Le Christ sera ainsi véritablement le « Fils de l’homme » ; il sera
membre de notre race : Factum ex muliere‘... ex Semine David”. Quand nous célébrons à Noël la Nativité du Christ, nous remontons à travers les siècles pour y lire la liste de ses ancêtres ; nous parcourons sa généalogie humaine ; et, repassant les générations successives, nous le voyons naître dans la tribu de David, de la Vierge Marie : De qua natus est Jesus qui vocatur Christus*.
Dieu a voulu, pour ainsi dire, mendier à notre race la nature humaine qu’il destinait à son Fils, pour nous donner en retour une participation à sa divinité : O admirabile commercium * !
Vous le savez : par sa nature, Dieu est porté à une largesse infinie ; il est de l’essence du bien de se répandre : Bonum est diffusivum sui. S'il y a bonté infinie, elle est portée d’une façon infinie à se donner. Dieu est cette bonté sans limite ; la révélation nous apprend qu’il y a, entre les personnes divines, du Père au Fils, du Père et du Fils au Saint-Esprit, d’infinies communications qui épuisent en Dieu cette tendance naturelle de son Être à s’épancher.
Mais, outre cette communication naturelle de la bonté infinie, il y en a une autre, jaillissant de son amour libre envers la créature. La plénitude de l’Être et du Bien qu’est Dieu a débordé au dehors, par amour. Et comment cela s'est-il produit ? Dieu a voulu d’abord se donner d’une façon tout à fait particulière à une créature en l’unissant par une union personnelle avec son Verbe. Ce don de Dieu à une créature est unique : elle fait de cette créature choisie par la Trinité le propre Fils de Dieu : Filius meus es {u : ego hodie genui te‘. C’est le Christ, c’est le Verbe uni personnellement et d’une façon indissoluble à une humanité, en tout semblable à la nôtre, excepté le péché.
Cette humanité, c’est à nous qu'il la demande : « Accordez-moi, pour mon Fils, votre nature », nous dit en
DUGAAUV 4 ES Rom lT, 3. — 3. Matth. I, 16. — 4, Antienne de l'office de la Circoncision. — 5. Ps. II, >
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quelque sorte le Père éternel ; « et moi, en retour, je vous donnerai, à cette nature d’abord, et par elle, à tout homme de bonne volonté, une participation de ma divinité ».
Car Dieu ne se communique ainsi au Christ que pour se livrer, par le Christ, à nous tous : le plan divin est que le Christ reçoive la divinité dans sa plénitude et que tous nous puisions, à notre tour, à cette plénitude : De plenitudine ejus nos omnes accepimus*.
Telle est cette communication de la bonté de Dieu au monde : Sic Deus DILEXIT mundum, ut Filium suum Unigenitum DARET*. C’est là l’ordre admirable qui préside à l’admirable échange entre Dieu et l'humanité.
Mais à qui en particulier Dieu demandera-t-il d’enfanter cette humanité à laquelle il veut si étroitement s'unir pour faire d'elle l'instrument de ses grâces au monde ?
Nous avons déjà nommé cette créature, que toutes les générations proclameront bienheureuse : la généalogie humaine de Jésus s’arrête à Marie, Vierge de Nazareth. À elle, et par elle à nous, le Verbe a demandé une nature humaine, et Marie la lui a donnée ; c’est pourquoi nous la verrons désormais inséparable de Jésus et de ses mystères ; partout où se trouve Jésus, nous la verrons : il est son Fils autant qu’il est le Fils de Dieu.
Cependant, si partout Jésus garde sa qualité de Fils de Marie, c’est surtout dans les mystères de l'enfance et de la vie cachée qu’il se révèle sous cet aspect ; si, partout, Marie occupe une place unique, c’est dans ces mystères que son rôle se manifeste extérieurement le plus actif, et c’est bien en ces moments que nous devons la contempler, car c’est alors surtout que resplendit sa maternité divine ; et vous savez que cette dignité incomparable est la source de tous les autres privilèges de la Vierge.
Ceux qui ne connaissent pas la Vierge, ceux qui n’ont