‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 50 sur 134 · Joan. I, 16. "2, Tbid! III, 7x · texte numérisé non relu

Joan. I, 16. "2, Tbid! III, 7x

pas pour la mère de Jésus un amour véritable, risquent de ne pas comprendre avec fruit les mystères de l’humanité du Christ. Il est le Fils de l’homme comme il est le Fils de Dieu; ces deux caractères lui sont essentiels ; s’il est Fils de Dieu par une ineffable génération éternelle, il est devenu Fils de l’homme en naissant de Marie dans le temps.

Contemplons donc cette Vierge à côté de son Fils, elle nous obtiendra en retour de pénétrer davantage dans la compréhension de ces mystères du Christ auxquels elle est si étroitement unie.

Pour que l'échange que Dieu voulait contracter avec l'humanité fût possible, il fallait que l'humanité y consentît. C’est la condition posée par la Sagesse infinie:

Transportons-nous à Nazareth. La plénitude des temps est venue ; Dieu a décidé, dit S. Paul, d'envoyer son Fils au monde en l’y faisant naître d’une femme. L'ange Gabriel, messager divin, apporte à la jeune Vierge les propositions célestes. Un dialogue sublime s'engage, dans lequel va se décider la libération du genre humain. L'ange salue d’abord la Vierge en la proclamant, de la part de Dieu, « pleine de grâce » : Ave gratia plena. Et, en effet, non seulement elle est immaculée, aucune souillure n’a

terni son âme, — l’Église a défini que, seule entre toutes les créatures, elle n’a pas été atteinte par la faute originelle ; — mais encore, parce qu’il la prédestinait à

être la mère de son Fils, le Père éternel la comblée de ses dons. Elle est pleine de grâce, non, sans doute, comme le sera le Christ, plenum gratiae ; lui, il l’est par droit et de la plénitude divine elle-même ; Marie reçoit tout en participation, mais dans une mesure qui ne peut se fixer, et en corrélation avec son éminente dignité de Mère de Dieu. « Voici, dit l’ange, que vous enfanterez un Fils, vous lui donnerez le nom de Jésus, on lappellera Fils du Très-Haut ; il régnera, et son règne n’aura

point de fin ». — « Comment cela se fera-t-il, réplique Marie, puisque je ne connais point d'homme » ? Car elle veut garder sa virginité. — « L’Esprit-Saint viendra sur vous ; la vertu du Très-Haut vous couvrira ; c’est pour-

quoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ». — « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me

soit fait selon votre parole » : Ecce ancilla Domini, fiat . mihi secundum verbum tuum.

En ce moment solennel, l'échange est conclu ; quand la Vierge a prononcé son fiat, toute l'humanité a dit à . Dieu par sa bouche : « Oui, Ô Dieu, j'accepte ; qu’il en

soit ainsi » ! Et aussitôt le Verbe s’est fait chair : Et Verbum caro factum est. En cet instant, le Verbe s’incarne en Marie par l’opération de l’Esprit-Saint : le sein de la Vierge devient l'arche de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.

Quand l’Église chante, dans le Credo, les paroles qui rappellent ce mystère : Et incarnätus est de Spiritu Sancto ex Maria virgine, et homo factus est, èlle oblige ses ministres à fléchir le genou en signe d’adoration. Adorons, nous aussi, ce Verbe divin qui se fait homme pour nous dans le sein d'une vierge ; adorons-le avec d'autant plus d'amour quil s’abaisse davantage en prenant, comme dit S. Paul, « la condition de créature » : Formam servi accipiens”. Adorons-le, en union avec Marie elle-même qui, éclairée de la lumière d’en haut, s’est prosternée devant son Créateur devenu son Fils ; avec les anges étonnés de cette condescendance infinie envers l'humanité.

Saluons ensuite la Vierge; remercions-la de nous avoir donné Jésus ; c’est à son consentement que nous le devons : Per quam meruimus auctorem vitae*. Ajoutons-y nos félicitations. Voyez comment l’Esprit-Saint lui-même par la bouche d’Élisabeth, Et repleta est Spiritu sancto Elisabeth, saluait la Vierge au lendemain de l'Incarnation : « Soyez bénie entre toutes lès femmes et que

1. Luc. I, 28, 31-35, 38. — 2. Philipp. II, 7. — 3. Oraison de l'office de la Circoncision.

soit béni le fruit de vos entrailles ! Heureuse êtes-vous d’avoir cru à l’accomplissement des choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur »’! Heureuse, car cette foi en la parole de Dieu a fait de la Vierge la Mère du Christ. Quelle simple créature a jamais reçu, de la part de l’Être infini, de pareilles louangse ?

Marie renvoie au Seigneur toute la gloire des merveilles qui s’opèrent en elle. Depuis l'instant où le Fils de Dieu à pris chair en son sein, la Vierge chante dans son cœur un cantique plein d'amour et de reconnaissance. Auprès de sa cousine Élisabeth, elle laisse déborder les sentiments intimes de son âme ; elle entonne le Magnificat que, dans le cours des siècles, ses enfants répéteront avec elle pour louer Dieu de l’avoir choisie entre toutes les femmes : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce. qu’il a regardé la bassesse de sa servante... car c’est le Tout-Puissant qui a opéré en moi ces grandes choses », Magnificat anima mea Dominum : quia-fecit mihi magna qui potens est*.

Marie était à Bethléem, pour le recensement ordonné par César, quand, dit S. Luc, « vint pour elle le moment où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son Fils premier né, l’enveloppa de langes et le coucha :dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place à l'hôtellerie »*. Quel est cet enfant ? C’est le fils de Marie, puisque c’est d'elle qu’il vient de naître : Primogenitum suum.

Mais la Vierge voit dans cet enfant, semblable à tous les autres, le propre Fils de Dieu. L'âme de Marie était remplie d’une foi immense, qui renfermait en elle et dépassait toute la foi des justes de l’Ancien Testament ; c’est pourquoi elle reconnaît en son Fils son Dieu.

Cette foi se traduit au dehors par un acte d’adoration. Dès le premier regard qu’elle a eu pour Jésus, la Vierge s’est prosternée intérieurement dans une adoration dont nous ne pouvons sonder la profondeur.

1 Luc AT 47-42, 48002; Luc. I, 46, 40. — 3. Ibid. IT, 6-7.

A cette foi si vive, à ces adorations si profondes venaient s'ajouter les élans d’un amour incommensurable.

L'amour humain d’abord. Dieu est amour ; et pour que nous ayons quelque idée de cet amour, il en donne une participation aux mères. Le cœur d’une mère, avec sa tendresse infatigable, la constance de ses $ollicitudes, les délicatesses inépuisables de son affection est une création vraiment divine, encore que Dieu n’y ait mis qu’une étincelle de son amour pour nous. Toutefois, si imparfaitement que le cœur d’une mère reflète l’amour divin à notre égard, Dieu nous donne nos mères pour le remplacer en

quelque sorte auprès de nous ; il les met à nos côtés, dès le berceau, pour nous guider, nous garder, surtout dans ces premières années durant lesquelles nous avons tant besoin de tendresse.

Imaginez dès lors avec quelle prédilection la sainte Trinité a façonné le cœur de la Vierge choisie pour être la mère du Verbe incarné ; Dieu s’est plu à verser l’amour dans son cœur, à le former tout exprès pour aimer un Homme-Dieu.

Dans le cœur de Marie se réunissait, avec une harmonie parfaite, l’adoration d’une créature à l’égard de son Dieu et l'amour d’une mère pour son fils unique. .. L'amour surnaturel de la Vierge n’est pas moins éton-

nant. Vous le savez : l'amour d’une âme pour Dieu se mesure à son degré de grâce. Qu'est-ce qui, en nous, empêche la grâce et l’amour de se développer ? Nos péchés, nos fautes délibérées, nos infidélités volontaires, nos attaches à la créature. Chaque faute délibérée rétrécit le cœur, affermit l’égoïsme. Mais l’âme de la Vierge est d’une pureté parfaite ; aucun péché ne l’a souillée, aucune ombre de faute ne l’a touchée ; elle est pleine de grâce : Gratia plena ; loin de rencontrer en elle le moindre obstacle à l'épanouissement de la grâce, l’Esprit-Saint a toujours trouvé le cœur de la Vierge d’une docilité admirable à ses inspirations. C’est pour cette raison que ce cœur est tout dilaté par l'amour.

Quelle ne dut pas être la joie de l’âme de Jésus de se

sentir aimé à tel point par sa mère ! Après la joie incompréhensible qui naissait pour lui de la vision béatitique et du regard d’infinie complaisance avec lequel le Père céleste le contemplait, rien ne dut tant le réjouir que l'amour de sa mère. Il trouvait là une compensation plus qu'abondante à l'indifférence de ceux qui ne voulaient pas le recevoir ; il trouvait dans le cœur de cette jeune vierge un foyer d'amour sans cesse entretenu, qu’il attisait lui-même par ses regards divins et par la grâce intérieure de son Esprit.

Il se produisait entre ces deux âmes d’incessants échanges qui avivaient leur union ; il y avait de Jésus à Marie de telles donations, de Marie à Jésus une telle correspondance qu'après l’union des personnes divines dans la Trinité et l’union hypostatique de l’Incarnation, on n’en peut concevoir de plus grande ni de plus profonde.

Approchons-nous de Marie avec une humble mais entière confiance. Si son Fils est le Sauveur du monde, elle entre trop avant dans sa mission pour ne pas partager l'amour qu’il porte aux pécheurs. O Mère de Jésus, lui chanterons-nous avec l’Église, « vous qui avez enfanté votre Créateur tout en demeurant vierge, secourez cette race déchue que votre Fils vient relever en nous empruntant une nature humaine » : Alma Redemptoris mater. Succurre cadenti surgere qui curat populo ; « ayez pitié des pécheurs que votre Fils vient racheter » : Peccatorum miserere. Car c’est pour nous, Ô Marie, pour nous racheter, qu’il a daigné descendre des splendeurs éternelles dans votre sein virginal.

Marie comprendra cette prière, car elle s’est associée intimement à Jésus dans l’œuvre de notre rédemption.

Huit jours après la naissance de son Fils, elle le fait circoncire selon la loi juive ; elle lui donne alors le nom indiqué par l’ange, le nom de Jésus, qui marque sa mission de salut et son œuvre rédemptrice:

Lorsqu'il a atteint quarante jours, la Vierge s'associe plus directement et plus profondément encore à l'œuvre de notre salut en le présentant au Temple. C’est elle qui, la première, a offert au Père éternel son divin Fils. Après l’oblation que Jésus, pontife suprême, a faite de lui-même dès son Incarnation, et qu’il achèvera au calvaire, l’offrande de Marie est la plus parfaite. Elle est en dehors de tous les actes sacerdotaux des hommes ; elle les surpasse même, parce que Marie est la mère du Christ, tandis que les hommes ne sont que ses ministres.

Contemplons Marie dans cet acte solennel de la Pré-

| sentation de son Fils au temple de Jérusalem.

Tout le magnifique et minutieux cérémonial de lAncien Testament convergeait vers le Christ, tout y était symbole obscur qui devait trouver sa réalité parfaite dans la Nouvelle Alliance.

Vous savez que parmi les prescriptions rituelles qui obligeaient les femmes juives devenues mères, était celle de se présenter au Temple quelques semaines après l’enfantement. La mère devait se purifier de la souillure légale qu’elle contractait à la naissance de l’enfant, par suite du péché originel ; de plus, si l'enfant était premier né et du sexe masculin, elle devait le présenter au Seigneur pour lui être consacré comme au Souverain Maître de toute créature : Omne masculinum adaperiens vulvam sanctum Domino vocabitur'. Toutefois, on pouvait le « racheter », par une offrande plus ou moins considérable — agneau ou paire de tourterelles, — suivant l'état de fortune des familles. |

Assurément ces prescriptions n’obligeaient ni Marie ni Jésus. Jésus était le législateur suprême de tout le rituel juif ; son enfantement avait été miraculeux et virginal : tien que de pur dans sa naissance : Quod nascetur ex te SANCTUM, vocabitur Filius Dei? ; il n’était point nécessaire dès lors de le consacrer au Seigneur, puisqu'il était le propre Fils de Dieu :'il n’était point requis que celle

nrEnc Ll 823 7 cf Exod, KIT Rue L'USE;

qui avait conçu de l’Esprit-Saint et était demeurée Vierge se purifiât.

Mais Marie, guidée en ceci par le même Esprit-Saint, qui est l'Esprit de Jésus, était en parfaite conformité de sentiments avec l'âme de son Fils. « O Père, avait dit Jésus en entrant dans le monde, vous ne voulez plus d'offrandes ni d’holocaustes : ils sont insuffisants pour satisfaire votre adorable justice et racheter l’homme pécheur ; mais vous m'avez donné un corps pour vous l’immoler: me voici, je veux en tout accomplir votre volonté »: Ecce venio'. Et qu'avait dit la Vierge? « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole » : Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum.

C’est pour cela qu’elle a voulu accomplir cette cérémonie, montrant par là combien sa soumission était profonde. Avec Joseph, son époux, elle apporte donc Jésus son premier né, Primogenitum suum, qui demeurera son Fils unique, mais doit devenir « le premier né d’une multitude de frères » qui, par la grâce, lui seront semblables : Primogenitus in multis fratribus ?.

Quand nous méditons ce mystère, nous sommes forcés de dire: « Vous êtes un Dieu caché, Ô Sauveur du monde »! Deus absconditus, Deus Israel Salvator*. Ce jour-là, le Christ entrait pour la première fois dans le Temple, et c’est dans son temple qu’il entrait. Ce temple merveilleux, qui faisait l'admiration des nations et l’orgueil d'Israël, dans lequel s’accomplissaient tous les rites religieux et les sacrifices dont Dieu lui-même avait réglé les détails, ce temple lui appartenait : car cet enfant porté par une jeune Vierge est le Roi des rois et le Seigneur souverain : Veniet ad templum SUuUM Dorinator *.

Et comment y vient-il ? Dans l'éclat de sa majesté ? Comme celui à qui seul toutes les offrandes sont dues ? Non, il y vient absolument caché.

LANEDR EE RC R On. VIT 20 Tes XEV, rs. 14. Ma. lac TT

Écoutez plutôt ce qu’en rapporte l'Évangile. I| devait y avoir là, aux abords de l’édifice sacré, une foule remuante : des marchands, des lévites, des prêtres, des docteurs de la Loi. Un petit groupe se perd dans cette foule qu’il traverse : ce sont des pauvres, car ils n’amènent pas d'agneau, offrande des riches ; ‘ils n’apportent que deux colombes, sacrifice des indigents. Personne ne les remarque, car ils n’ont aucune suite de serviteurs ; les grands, les superbes parmi les Juifs n’ont pas même pour eux un regard, et il faut que l’Esprit-Saint éclaire le vieillard Siméon et la prophétesse Anne pour qu'ils reconnaissent le Messie. Celui qui est « le Sauveur promis au monde, la lumière qui doit luire devant toutes les nations », Salutare tuum quod parasti ante faciem omnium populorum, vient dans son temple en Dieu caché : Vere Deus absconditus.

Rien, non plus, ne trahissait au dehors les sentiments de l’âme sainte de Jésus ; la lumière de sa divinité demeurait cachée, voilée; mais il renouvelait, ici, au Temple, loblation qu’il avait faite de lui-même au moment de lIncarnation : il s’offrait à son Père pour être « sa chose », lui appartenir de plein droit : Sanctum Domino vocabitur. C'était comme l’offertoire du sacrifice qui devait être consommé sur le Calvaire.

Aussi cet acte fut-il extrêmement agréable au Père. Aux yeux des profanes, il n’y avait rien de particulier dans cette action si simple que toutes les mères juives accomplissaient. Mais Dieu reçut en ce jour infiniment plus de gloire qu’il n’en avait reçu jusque-là dans ce temple par tous les sacrifices et tous les holocaustes de l’Ancienne Loi. Pourquoi cela ? Parce qu’en ce jour, c’est son Fils Jésus qui lui est offert, et qui lui offre lui-même des hommages infinis d’adoration, d'action de grâces, d’expiation, de supplication. C’est un don digne de Dieu ; le Père céleste dut recevoir avec une joie incommensurable cette offrande sacrée, et toute la cour céleste fixait ses regards ravis sur cette oblation unique. Il n’est plus

sr. tEuc. LT, 430-37-

besoin, à présent, d’holocaustes ni de sacrifices d’animaux : la seule victime digne de Dieu vient de lui être offerte.

Et c'est par les mains de la Vierge, de la Vierge pleine de grâce, que cette offrande si agréable lui est présentée. La foi de Marie était parfaite ; remplie des clartés de l'Esprit-Saint, son âme comprenait la valeur de l’offrande qu’elle faisait à Dieu en ce moment ; par ses inspirations, l'Esprit-Saint harmonisait son âme avec les dispositions intérieures du Cœur de son divin Fils.

Tout comme elle avait donné son assentiment au nom de l’humanité quand l’ange lui avait annoncé le mystère de lIncarnation, de même en ce jour, Marie a offert Jésus au nom de la race humaine. Elle sait que son Fils est « le Roi de gloire, la lumière nouvelle, engendrée avant l’aurore, le maître de la vie et de la mort ». C’est pourquoi elle le présente à Dieu pour nous obtenir toutes ces grâces de salut que son Fils Jésus doit, selon la promesse de l’ange, apporter au monde : Zpsa enim portat Regem gloriae novi luminis ; substitit Virgo adducens manibus Filium ante luciferum genitum :.

N'oubliez pas non plus que celui qu’elle offre ainsi est son propre Fils, celui qu’elle a porté dans son sein virginal et fécond. Quel prêtre, quel saint a jamais présenté à Dieu loblation eucharistique dans une union aussi étroite avec la divine victime que l'était la Vierge en ce moment ? Non seulement elle était unie à Jésus par des sentiments de foi et d'amour, comme nous pouvons l’être nous-mêmes, quoique à un degré infiniment moindre : mais le lien qui l’unissait au Christ Jésus était unique : Jésus était le propre fruit de ses entrailles. Voilà pourquoi Marie, dès ce jour où elle présente Jésus comme les prémices du futur sacrifice, a une part si prépondérante dans l’œuvre de notre rédemption.

Et voyez comment, dès cet instant aussi, le Christ Jésus

1. Antierine Adorna de la bénédiction des cierges, à la fête de la Purification,

veut associer sa divine Mère à sa qualité de victime.

Voici que s’amène le vieillard Siméon, guidé par le. Saint-Esprit dont il était rempli : Et Spiritus sanctus erat in eo... et venit in Spiritu in templum. [1 reconnaît le Sauveur du monde dans cet enfant : il le prend dans ses bras et chante sa joie d’avoir enfin vu de ses ÿeux le Messie promis. Après avoir exalté « la lumière qui doit se manifester un jour à toutes les nations », voici qu’il rend Jésus à sa Mère, et s'adressant à celle-ci il lui dit : « Cet enfant est prédestiné à la ruine et à la résurrection de beaucoup en Israël. Il sera un signe auquel on contredira ; et votre âme sera percée d’un glaive »’. C'était l'annonce imprécise du sacrifice sanglant du Calvaire. |

L’Évangile ne dit rien des sentiments que cette prédiction fait naître dans ie cœur très pur de la Vierge. Pouvons-nous croire qu’elle se soit jamais évanouie de son esprit? S. Luc nous révélera plus tard, à propos d’autres événements, que la Vierge Marie « conservait toutes choses dans son cœur » : Mater ejus conservabat omnia verba kaec in corde suo*. Ne peut-on pas déjà le dire de cette scène pour elle si inattendue ? Oui, elle conservait le souvenir de ces paroles, si terribles dans leur mystère pour son cœur maternel ; c’est dès lors et pour toujours qu’elles ont transpercé son âme. Mais Marie a accepté, en plein accord avec les sentiments du cœur de son Fils, d’être associée si tôt et si pleinement à son sacrifice.

Nous la verrons un jour achever, comme Jésus, son oblation sur la montagne du Golgotha ; nous la verrons debout, Sfabat mater ejus', offrir encore son Fils, le fruit de ses entrailles, pour notre salut, comme elle l'avait offert trente-trois ans auparavant, dans le temple de Jérusalem.

Remercions la Vierge Marie d’avoir présenté pour nous son divin Fils ; rendons de ferventes ‘actions de grâces à Jésus lui-même de s'être offert à son Père pour notre salut.

1. Luc. II, 25, 27, 32-38. — 2. Ibid, gr. — 3. Cf. Joan. XIX, 25.

A la sainte messe, le Christ s’offre de nouveau ; présentons-le à son Père ; unissons-nous nous-mêmes à lui, comme lui, dans la disposition d’une parfaite soumission à la volonté de son Père céleste ; unissons-nous à la foi. si profonde de la Vierge : c’est « par cette foi véritable et cet amour plein de fidélité », Te veraciter agnoscamus et fideliter diligamus”’, que « nos offrandes mériteront d’être agréables à Dieu » : Oculis tuae majestatis digna sint munera*.

En attendant que se réalise dans sa plénitude la prophétie de Siméon, Marie aura dès à présent sa part de sacrifice.

Elle va bientôt fuir en Égypte, dans un pays inconnu, pour soustraire son Fils à la colère du tyran Hérode ; elle y reste jusqu’à ce que l’ange, après la mort du roi, ordonne à Joseph de reprendre la route de la Palestine. La sainte famille vient alors se fixer à Nazareth. C’est là que l'existence de Jésus va s’écouler jusqu’à l’âge de trente ans, si bien qu’il sera appelé « Jésus de Nazareth ». «

L’Évangile ne nous a conservé qu’un trait de cette période de l’existence du Christ : Jésus perdu au Temple.

Vous connaissez les circonstances qui avaient amené la sainte famille à Jérusalem. L'enfant Jésus avait douze ans. C'était l’âge où les jeunes Israélites commençaient à être soumis aux prescriptions de la loi mosaïque, notamment à celle de se rendre au Temple trois fois par an, aux fêtes de Pâques, de Pentecôte et des Tabernacles. Notre divin Sauveur qui avait voulu, par sa ciconcision, porter le joug de la Loi, se rendit donc avec Marie et son père nourricier dans la ville sainte. C'était sans doute la première fois qu’il accomplissait ce pèlerinage.

Quand il entra dans le Temple, personne ne soupçonna

1. Oraison de la bénédiction des cierges. — 2. Cf. Secrète de la messe de la Purification.

que cet adolescent était le Dieu qu’on y adorait. Jésus était là, mêlé à la foule des Israélites, prenant part aux cérémonies du culte, au chant des psaumes. Son âme comprenait, comme jamais aucune créature ne le fera, la signification des rites sacrés ; elle goûtait l’onction qui se dégage du symbolisme de cette liturgie dont Dieu luimême avait réglé les détails ; Jésus voyait la figure de tout ce qui devait s’accomplir en sa personne ; il en prenait occasion pour offrir à son Père, au nom des assistants et de toute l’humanité, une louange parfaite. Dieu recevait là des hommages infiniment dignes de lui. « À la fin de-la fête, dit l'Évangéliste, qui a dû en tenir le récit de la Vierge elle-même, l’enfant Jésus resta dans la ville, sans que ses parents s’en fussent aperçus » *. Vous savez qu’au temps de la Pâque l’affluence des Juifs était très considérable ; il se produisait alors un encombrement dont on ne peut guère se faire une idée ; au’ retour, les caravanes se formaient avec une extrême difficulté ; et ce n’est seulement que bien tard dans la journée qu’on pouvait se reconnaître. De plus, selon la coutume, les adolescents pouvaient se joindre, comme il leur plaisait, à tel ou tel groupe de leur caravane. Marie croyait que Jésus se trouvait avec Joseph. Elle cheminait donc en chantant les hymnes sacrées ; surtout elle pensait à Jésus, espérant le retrouver bientôt.

- Mais quelle douloureuse surprise n’eut-elle pas, quand rejoignant le groupe où était S. Joseph, elle n’y trouva pas l’enfarit ! « Et Jésus ? où est Jésus ? » fut leur premier mot à tous deux. Où était Jésus ? Ils l’ignoraïient. Lorsque Dieu veut conduire une âme jusque sur les hauteurs de la perfection et de la contemplation, il la fait passer par de grandes épreuves. Notre-Seigneur l’a dit : « Quand une branche unie à moi, qui suis la vigne, porte du fruit, mon Père l’émonde : Purgabit eum. Et pourquoi ? Afin qu’elle porte plus de fruit : Ut fructum . plus afferat”. Ce sont de dures épreuves, qui consistent surtout en ténèbres spirituelles, en sentiments d'abandon

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de Dieu, par lesquelles le Seigneur creuse l’âme pour la rendre digne d’une union plus intime et plus élevée.

La Vierge Marie n'avait certes pas besoin de telles épreuves ; quelle branche fut jamais plus féconde, puisqu’elle donna au monde le fruit divin ? Mais quand elle a perdu Jésus, elle a connu ces vives souffrances qui devaient augmenter sa capacité d'amour et l’étendue de ses mérites. Nous pouvons difficilement mesurer la grandeur de cette affliction ; il faudrait, pour la connaître, comprendre ce que Jésus était pour sa Mère.

Jésus n'avait rien dit ; Marie le connaissait trop bien pour penser qu'il se fût trompé de chemin; s’il avait quitté ses parents, c’est qu’il l'avait voulu. Quand reviendrait-il ? Le reverrait-elle encore ? Marie n'avait pas vécu plusieurs années à Nazareth à côté de Jésus sans sentir qu’il y avait en lui un mystère ineffable. Et c'était là pour elle à ce moment la source d’une angoisse sans pareille.

Il fallait maintenant rechercher l'enfant. Quelles journées ! Dieu a permis que la Vierge fût dans les ténèbres pendant ces heures remplies d’anxiété ; elle ne savait pas où était Jésus ; elle ne comprenait pas qu’il n’eût pas prévenu sa mère ; sa douleur était immense d’être ainsi privée de celui qu’elle aimait à la fois comme son Fils et comme son Dieu.

Marie et Joseph retournèrent à Jérusalem, le cœur plein d'inquiétude ; l'Évangile nous dit qu’ils cherchèrent partout, auprès de leurs proches et de leurs connaissances”; mais personne n'avait vu Jésus. Enfin vous savez comment après trois jours ils le retrouvèrent au Temple assis au milieu des docteurs de la Loi.

Les Docteurs d'Israël se réunissaient dans une des salles du Temple pour expliquer les saintes Écritures ; chacun pouvait venir se joindre au groupe des disciples et des auditeurs. C’est ce que fit Jésus. Il était venu là, au milieu d'eux, non pour enseigner, — l'heure où il se présenterait à tous comme le seul Seigneur qui vient révé-

2» oLuc. Cl #44;

let les secrets d’en haut, n’avait pas encore sonné ; — il était venu là, comme les autres jeunes Israélites, « pour écouter et interroger » : c'est le texte même de l’Évangile *. , »

Et quel était le but de l'enfant Jésus en interrogeant ainsi les docteurs de la Loi ? Il voulait, sans aucun doute, les éclairer, les amener, par ses questions et ses réponses, par les citations qu’il faisait de l’Écriture, à parler de la venue du Messie ; orienter leurs recherches vers ce point, afin qu’ils eussent l'attention éveillée sur les circonstances de l'apparition du Sauveur promis. C’est là, apparemment, ce que le Père éternel voulait de son Fils, la mission qu’il lui donnait à accomplir et pour laquelle il lui faisait interrompre, pour un moment, sa vie cachée, toute de silence. Et les docteurs d'Israël étaient stupéfaits de la sagesse de ses réponses :Stupebant... prudentia et responsis ejus*.

Marie et Joseph, tout heureux de retrouver Jésus, s’approchent de lui, et sa mère lui dit: « Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi à notre égard » ? Ce n'est pas un reproche, — l’humble Vierge était trop sage pour oser blâmer celui qu’elle savait être Dieu ; — mais c’est le cri d’un cœur trahissant ses sentiments maternels. « Voici que votre père et moi remplis de douleur, dolentes, nous vous cherchions ». Et quelle est la réponse du Christ ? — « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savezvous pas que je dois être aux affaires de mon Père »°?

Des paroles tombées des lèvres du Verbe incarné, c’est la première qui ait été recueillie par l'Évangile. Toute la personne, toute la vie, toute l’œuvre de Jésus s’y résument. Elle traduit sa filiation divine, elle marque sa mission surnaturelle ; et toute l’existence du Christ n’en sera que le commentaire éclatant et magnifique.

Elle contient aussi pour nos âmes un précieux enseignement. Je vous l'ai dit souvent : dans le Christ il y a deux générations ; il est Filius Dei et Filius hominis.

r. Luc. II, 46, — 2. Ibid. II, 47. — 3. Ibid. IT, 48-49.

Comme « Fils de l’homme », il était tenu d'observer la loi naturelle et la loi mosaïque qui ordonnaient aux enfants de témoigner à leurs parents respect, amour et soumission. Et qui l’a fait mieux que Jésus ? Il dira plus tard « qu’il n’est pas venu supprimer la Loi, mais la perfectionner »'. Qui mieux que lui sut trouver dans son cœur des marques plus sincères de tendresse humaine ?

Comme « Fils de Dieu », il avait envers son Père céleste des devoirs supérieurs aux devoirs humains, et qui semblaient parfois en opposition avec ces derniers. Son Père lui avait fait comprendre qu’il devait demeurer ce jour-là à Jérusalem.

Par la parole qu’il a prononcée en cette circonstance, le Christ veut nous faire entendre que quand Dieu nous demande d'accomplir sa volonté, nous ne devons nous laisser arrêter par aucune considération humaine ; c’est dans ces occasions qu’il faut dire : Je dois être tout entier aux choses de mon Père des cieux. |

S. Luc, qui en avait sans doute recueilli l'humble aveu de la Vierge elie-même, nous dit que Marie « ne comprit pas la profondeur de cette parole »°. Elle savait bien que son divin fils ne pouvait agir que d’une façon parfaite ; mais pourquoi alors ne l’avoir pas prévenue ? Elle ne saisissait pas quelles relations il y avait entre cette façon de faire de Jésus et les intérêts de son Père. Comment la conduite présente de Jésus rentrait-elle dans le programme de salut que lui avait donné son Père céleste? Cela lui échappait encore.

Mais si elle n’en perçut pas alors toute la portée, elle en doutait pas que Jésus fût le Fils de Dieu. C’est pourquoi elle se soumettait en silence à cette volonté divine qui venait de réclamer de son amour un tel sacrifice ; « Elle conservait dans son cœur toutes les paroles de Jésus » : Conservabat omnia verba haec in corde suo. C’est dans son cœur qu’elle les gardait ; c'était là le tabernacle où elle adorait le mystère des paroles de son Fils en attendant que la pleine lumière lui fût donnée.

TMatth Ver CE Tu: T1/450:

L'Évangile nous dit qu'après avoir été retrouvé dans le temple, Jésus regagna Nazareth avec sa Mère et S. Joseph et qu'il y demeura jusqu’à l’âge de trente ans. Et l’écrivain sacré résume toute cette longue période par ces simples mots : Et erat subditus illis'. « Et il leur était soumis ».

Ainsi sur une existence de trente-trois années, celui qui est la Sagesse éternelle a voulu en passer trente dans le silence et l’obscurité, la soumission et le travail.

ll y a là un mystère et un enseignement dont bien des âmes pieuses elles-mêmes ne saisissent pas tout le sens.

De quoi s’agissait-il, en effet? — Le Verbe, qui est Dieu, se fait chair ; celui qui est infini et éternel s’abaisse un jour, après des siècles d’attente, à revêtir une forme humaine : Semetipsum exinanivit, formam servi accipiens…. et habitu inventus ut homo”: « Bien qu’il naisse d’une vierge immaculée, l’Incarnation constitue pour lui un incommensurable abaissement » : Non horruisti virginis uterum”. Et pourquoi descend-il jusqu’à ces abîmes ? Pour sauver le monde, en lui apportant la lumière divine.

Or, — sauf de rares éclairs qui illuminent quelques âmes privilégiées : les bergers, les Mages, Siméon et Anne, — voici que cette lumière se cache ; volontaire-

ment, elle se tient, pendant trente ans, « sous le boisseau », sub modio, pour ne se manifester ensuite que la durée de trois ans à peine.

N'est-ce pas mystérieux ? N'est-ce pas déconcertant pour notre raison ? Si nous avions connu la mission de Jésus, ne lui eussions-nous pas dit, comme plusieurs de ses proches devaient le faire plus tard : « Montrez-vous donc au monde, car personne ne fait une chose en secret lorsqu'il désire qu’elle paraisse »: Manifesta teipsum mundo *.

1. Cf "Luc. Il, sr. — 2. Philipp, IL, 7. — 3. Hymne Te Deum. — 4. Joan. VII, 4.

Mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées et ses voies dépassent les nôtres. Celui qui vient racheter le monde, le veut sauver d’abord par une vie cachée aux yeux du monde.

Pendant trois ans, dans l'atelier de Nazareth, le Sauveur du” genre humain ne fait que travailler et obéir ; toute l’œuvre de celui qui vient instruire l’humanité pour lui rendre l'héritage éternel est de vivre dans le silence, et d’obéir à deux créatures dans les actions les plus ordinaires.

Oh ! vraiment, mon Sauveur, vous êtes un Dieu caché ! Deus absconditus, Israël Salvator. « Vous croissez sans doute, Ô Jésus, en âge, en sagesse, en grâce, devant votre Père et devant les hommes »;/votre âme possède, dès le premier instant de votre entrée ici-bas, la plénitude de la grâce, tous les trésors de science et de sagesse ; mais cette sagesse et cette grâce ne se déclarent que peu à peu, ne se manifestent qu'avec mesure; vous demeurez aux yeux des hommes un Dieu caché ; votre divinité se voile sous les dehors d’un ouvrier. O Sagesse éternelle qui pour nous retirer de l’abîme où nous avait jetés l’orgueilleuse désobéissance d'Adam, avez voulu vivre dans un humble atelier et y obéir à des créatures, je vous adore et je vous bénis !

Aux regards de ses contemporains, la vie du Christ Jésus à Nazareth est donc apparue comme l'existence banale d’un simple artisan. Voyez combien cela est vrai : pius tard, quand le Christ se révèle dans sa vie publique, les Juifs de sa patrie sont si étonnés de la sagesse de ses paroles, de la sublimité de sa doctrine, de la grandeur de ses œuvres qu’ils se demandent : « Mais d’où lui vient donc cette sagesse, et comment peut-il opérer ces miracles ? C’est pourtant le fils du charpentier que nous avons Connu, et sa. mère se nomme Marie. Où donc a-t-il appris toutes ces choses » ? Unde huic sapientia haec et virtutes ? Nonne hic est fabri filius ? Nonne mater ejus dicitur Maria? Unde ergo huic omnia ista®? Le Christ

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