‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 54 sur 134 · Ephes, II, 6. — 2. Hebr. VI, 20, — 3. Ibid. TX · texte numérisé non relu

Ephes, II, 6. — 2. Hebr. VI, 20, — 3. Ibid. TX

SA So MATH EVE. CN TT Cor. V Matth. II, 11; Marc. I, 7: Luc. DIT, 16°

» 12. — 4. Joan. VIII, — 7 Joan. X,. 2%; cf.

venez à moi!» ! Joannes autem prohibebat eum. Mais que

lui répond le Christ ? « Ne t'y oppose pas en ce moment, c’est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice: »

Quelle est cette justice ? — Ce sont les humiliations de l’'adorable humanité de Jésus, qui, en réndant un hommage suprême à la sainteté infinie, constituent la solde plénière de toutes nos dettes envers la. justice divine. Jésus, juste et innocent, prend la place de toute la race pécheresse, Justus pro injustis? ; et, par son immolation, il est devenu « l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde »°: la « propitiation pour tous les crimes de la terre >*: c’est ainsi qu’ « il accomplit toute justice ».

Lorsque nous méditons cette profonde parole de Jésus, humilions-nous avec lui ; reconnaissons notre qualité de pécheurs ; et, surtout, renouvelons le renoncement au péché qui a marqué notre baptême.

Le Précurseur annonçait ce baptême, qui devait être supérieur au sien, parce qu’il serait établi par le Christ en personne : « Moi, je baptise dans l'eau, pour vous exciter à la pénitence ; mais celui qui doit venir après

. moi et est plus puissant que moi, vous baptisera dans

PEsprit-Saint et dans le feu »°. Le baptême de Jésus est extérieurement un baptême d’eau, comme celui de Jean; mais en même temps qu’il est conféré, la vertu divine de

VEsprit-Saint, qui est un feu spirituel, purifie et trans-

forme intérieurement les âmes : Per lavacrum regenerationis, et renovationis Spiritus sancti”.

Renouvelons donc souvent notre renoncement au péché. — Vous savez que le caractère de baptisé demeure indélébile au fond de notre âme ; et quand nous réitérons les promesses faites à l’heure de notre initiation, une vertu nouvelle jaillit de la grâce baptismale pour affermir notre pouvoir de résistance à tout ce qui conduit au péché ; les

1. Matth. III, 14. — 2. Petr. III, 18. — 3. Joan. X,° 29.4 Ibid! IT, 2. — 5. Matth. III, 11 ;, Marc. I, 8 ; Luc. TL 56 #6 #rit LI.

suggestions du démon et les séductions du monde et des sens ; c’est à ce prix que nous pouvons sauvegarder en nous la vie de la grâce.

Par là aussi, nous témoignerons au Christ Jésus notre vive reconnaissance de ce qu’il s’est chargé de nos iniquités pour nous en délivrer. « Il m'a aimé, disait S. Paul, quand il rappelait ce mystère d’une infinie charité, il m'a aimé et s’est livré pour moi »‘ ! « Que je vive pour lui, pour sa gloire, et non plus pour moi, pour satisfaire mes convoitises, mes amours-propres, mes orgueils, mes ambitions » : Ut qui vivunt, jam non sibi vivant, sed ei, qui pro ipsis mortuus est ° !

IT

« Après son baptême, Jésus sortit aussitôt du fleuve : et voilà que les cieux s’ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. En même temps, du ciel une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances » *.

Cette scène mystérieuse n’est qu’une application particulière de la loi divine que je vous ai indiquée au début de cet entretien : il faut que le Christ soit glorifié dès que, pour nous, il subit l’humiliation. |

Jésus s’abaisse jusqu'à se confondre parmi les pécheurs, et, aussitôt, voici que le ciel s’ouvre pour l’exaiter; — il sollicite un baptême de pénitence, de réconciliation, et voici que l'Esprit d'amour témoigne qu’il repose en Jésus avec la plénitude de ses dons de grâce ; — il se reconnaît digne des coups de la justice divine, et voici que le Père proclame qu’il est l’objet de toutes ses complaisances : Huimiliavit semetipsum... propter quod et Deus exaltavit illum *.

Cette glorification solennelle du Christ ne regarde pas

A CSRTL 208 DT Cor V, 15. — 3. Matth. III, 16-17 ; Marc. I, 10-118: DUC LIT, 2r22 4. Philipp. II, 8-0.

seulement sa personne; elle possède une portée très étendue que je veux mettre en lumière.

C’est à ce moment que la mission de Jésus comme envoyé de Dieu est déclarée authentique ; le témoignage du Père accrédite pour ainsi dire son Fils auprès du monde, et il se rattache par là à l’un des caractères de l'œuvre du Christ à notre égard. *

Il est à remarquer, en effet, que la mission de Jésus revêt un double aspect : elle porte à la fois le caractère d’une rédemption et d’une sanctification : racheter Îles âmes, puis, le rachat accompli, leur infuser la vie : c’est toute l’œuvre du Sauveur. Ces deux éléments sont inséparables, mais’ distincts.

Nous en trouvons le germe dans les circonstances qui ont marqué le baptême du Christ, prélude de sa vie publique.

Nous avons vu tantôt comment, en se présentant pour recevoir un baptême de pénitence, le Verbe incarné témoigne de sa qualité de rédempteur ; il doit achever son œuvre par le don de sa vie divine, qu’il nous confère en vertu des mérites de sa passion et de sa mort : Unigenitum misit Deus in mundum ut vivamus per eum', « Dieu nous a donné son Fils afin que ceux qui croient en lui aient la vie » : Ut omnis, qui credit in ipsum, NON PE- REAT, — sed HABEAT VITAM aeternam *. :

La source de la vie éternelle est, en nous, une lumière.

Au ciel, c'est la lumière de la vision béatitique. Dans cette lumière, nous vivons de la vie même de Dieu : Quoniam apud te est fons vitae : et in lumine tuo videbimus lumen *.

Ici-bas, la source de notre vie surnaturelle est également une lumière, la lumière de la foi. La foi est une participation à la connaissance qu’a Dieu de lui-même. Cette participation est communiquée à l’âme par le Verbe incarné : elle devient pour nous une lumière qui nous guide dans toutes nos voies, et c’est pourquoi elle doit

1, L Joan, IV, 0. — 2. Joan. III, 15. — 3. Ps. XXXV, 10.

vivifier toute notre activité surnaturelle : Justus meus ex fide vivit*.

Or, le fondement de cette foi est le témoignage que Dieu rend à son Fils Jésus : « Voici mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances ».

Le Christ est présenté solennellement au monde comme l'envoyé du Père. Tout ce aw’il nous dira sera l'écho de cette vérité éternelle qu’il contemple toujours dans le sein du Père : Unigenitus Filius, qui est in sinu Patris, ipse enarravit”. « Sa doctrine ne sera pas sienne mais celle de son Père qui l’envoie »° : tout ce qu’il entendfra, il le répétera ; et c’est ainsi qu’au dernier jour, Jésus pourra dire à son Père : « Père, j'ai accompli l’œuvre que vous m'avez donnée ; je vous ai fait connaître au monde »

Les paroles du Verbe incarné n’ont pas produit en toutes les âmes la lumière qui doit être pour elles le principe du salut et de la vie. Il est « la lumière du monde », Sans doute ; mais il faut « la suivre, si l’on veut ne pas marcher dans les ténèbres et arriver à cette lumière éternelle qui est la source de notre vie dans le ciel » : Qui Sequitur me, non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitae * ; Dieu n’agrée que ceux qui reçoivent son Fils.

Pour entendre avec fruit la parole du Christ, il faut être attiré par le Père : Omne, quod dat mihi Pater, ad me veniet® ; ceux que le Père n’attire point, n’écoutent pas la voix du Verbe : Vos non auditis, quia ex Deo non estis'. Et quels sont ceux que le Père attire ? Ceux qui reconnaissent en Jésus son propre Fils : OMNIS qui credit quoniam Jesus est Christus, ex Deo natus est*.

Voilà pourquoi ce témoignage public donné par le Père à Jésus après son baptême constitue tout ensemble et le point de départ de toute la vie publique de Jésus, Verbe incarné, lumière du monde, — et le fondement même de

toute la foi chrétienne comme de toute notre sanctification.

MA MCDT 38 2. Ton er ee 3. Cf. Ibid. VII, 16, — 4. Ibid, XVII, 4 — 5. Ibid. NOM = É iTbid) VI Sr EE TRI A. NAIL 47 SAT ID MTV Ure.

2 bee.

Ainsi, ce mystère du baptême de Jésus, qui marque le début de son ministère public, contient comme le résumé de toute sa mission ici-bas.

Par l'humiliation qu’il a voulu subir en recevant ce rite de pénitence « pour la rémission des péchés » — présage de son baptême sanglant sur’ la croix, — le Christ « accomplit toute justice ». Dès à présent, il rend ux perfections infinies de son Père, outragées par le péché, l'hommage suprême des anéantissements par lesquels il réalise notre rédemption.

En retour, le ciel s'ouvre ; le Père éternel introduit authentiquement son Fils dans le monde : l'éclat glorieux que révèle ce divin témoignage annonce la mission. d’illumination des âmes que va inaugurer le Verbe fait chair ; l’'Esprit-Saint repose sur lui pour marquer la plénitude des dons qui ornent sa sainte âme et symboliser en même temps l’onction de la grâce que le Christ doit communiquer au monde.

Le baptême, avec la foi en Jésus-Christ, est devenu pour nous le sacrement de l’adoption divine et de l’initiation chrétienne.

C’est au nom de la Trinité sainte qu’il nous est conféré, de cette Trinité qui s’est révélée à nous sur les bords du Jourdain.

Sanctifiée par le contact de l'humanité de Jésus, et unie au « Verbe de vérité »’, l’eau a la vertu d'effacer les péchés de ceux qui détestent leurs fautes et proclament leur foi en la divinité du Christ ; c’est « le baptême », non seulement de l’eau « pour la rémission des péchés », mais « de l'Esprit qui seul peut renouveler la face de la terre »°: de « fils de colère »° que nous étions, il nous rend enfants de Dieu, partageant désormais avec Jésus, quoique dans une moindre mesure, les complaisances du Père céleste.

En sorte que, dit S. Paul, « nous avons par le baptême dépouillé le vieil homme (qui descend d'Adam) avec ses

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