‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 55 sur 134 · Jac. I, 18, — 2. Cf. Ps. CIII, 30. — 3. Ephes. II · texte numérisé non relu

Jac. I, 18, — 2. Cf. Ps. CIII, 30. — 3. Ephes. II

œuvres de mort, et revêtu l’homme nouveau créé dans la justice et la vérité (l’âme régénérée par le Verbe et l'Espit-Saint) qui se renouvelle sans cesse à l’image de celui qui l’a créé »:.

Vous le voyez : de même que le baptême a constitué pour le Christ le résumé de toute sa mission à la fois rédemptrice et sanctificatrice, — de même, il contient pour nous en germe tout le développement de la vie chrétienné avec son double aspect de « mort au péché » et de « vie pour Dieu »*.

Tant il est vrai, selon la parole de l’Apôtre, que, « tous ceux qui sont baptisés revêtent le Christ lui-même »*; tant il est vrai que nous ne faisons qu’un avec Jésus dans tous ses mystères.

O condition heureuse des chrétiens fidèles ! O aveuglement insensé de ceux qui oublient leurs promesses baptismales ! © eïffrayante destinée de ceux qui les foulent aux pieds !..….

Car, disait aux Juifs le Précurseur, « la cognée est déjà à la racine des arbres ; tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu... Voici, disaitil encore, voici que celui qui est plus puissant que moi [le Christ] tient le van dans sa main, il nettoiera son aire, il amassera le froment dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas...‘ Le Père, en effet, aime le Fils et il lui a tout remis entre ses mains. Celui qui croit au Fils [d’une foi pratique] a la vie éternelle ; mais celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie, et la colère de Dieu demeure sur lui »*.

A peine Jésus fut-il baptisé, nous dit l'Évangile, qu’il fut conduit au désert par l'Esprit. Les écrivains sacrés emploient diverses expressions pour signifier cette action

1. Cf, Col TI, 0-10 ;,Eph. IV, 24 — 2. Cf Rom. VI, rr. 3. 1Cf,

Gal. III, 27. — 4. Matth. III, 10-12 ; Luc. III, 0, 16-17. — 5. Joan: III, 35-36.

à LE BAPTÊME ET LA TENTATION DE JÉSUS 203 de l’'Esprit-Saint. Jésus fut « conduit »', rapporte S. Matthieu ; il fut « poussé »’, dit S. Luc; « emporté »°, d'après S. Marc. Que nous indique cette variété de termes, sinon la véhémence de l’action intérieure de l’'Esprit sur l’âme du Christ ? — Et dans quel but est-il ainsi poussé au désert? Ut tentaretur a diabolo : « afin d'y être tenté par le diable ». C’est le PNR même de l'Évangile.

N'est-ce pas une chose étrange ? Cr Père vient de proclamer que Jésus est son Fils bien-aimé, l’objet de ses complaisances ; l'Esprit d'amour repose sur lui; —— et voici qu’ « aussitôt » : sfatim, cet Esprit le jette dans le désert pour y être exposé aux suggestions du démon. Quel mystère ! Que peut donc signifier un si extraordinaire épisode dans la vie du Christ ? pourquoi en uset-il au début de sa vie publique ?

Pour en comprendre la profondeur, et avant d’en exposer le récit d’après l'Évangile, nous devons nous rappeler d’abord la place que tient la tentation dans notre vie spirituelle.

Les perfections divines exigent que la créature raisonnable et libre soit soumise à une épreuve avant d’être ad-

mise à jouir de la béatitude future. Il faut qu’une telle

créature soit mise en face de Dieu et devant l'épreuve, et que, librement, elle renonce à sa propre satisfaction pour reconnaître la souveraineté de Dieu et obéir à sa loi. La sainteté et la justice de Dieu réclament cet hommage. Ce choix, glorieux pour l’Étre infini, est pour nous le fondement de ce mérite que le Seigneur récompense par la béatitude céleste. Le concile de Trente a établi que c'est Dieu qui nous sauve, mais de telle façon que le salut soit en même temps un don de sa miséricorde et la récompense de nos mérites“. La vie éternelle sera notre

1: Matth. IV,.r. — 2, Luc IV, 1. — 3 Marc. I, 12. — 4 Ideo ‘bene operantibus usque in finem et in Deo sperantibus proponenda est vita aeterna et tamquam GRATIA fils Dei per Jesum Christum misericorditer promissa, ut tamquam MERCES ex ipsius Dei promissione bonis ipsorum

récompense parce qu'ayant eu à choisir, nous aurons repoussé la tentation pour nous attacher à Dieu ; soumis à l'épreuve, nous l’aurons subie pour demeurer fidèles à la volonté divine. L'or s’éprouve au creuset ; la constance au milieu de la tentation révèle l’âme digne de Dieu.

Telle est la noble condition de toute créature libre.

Les anges, les premiers, ont été soumis à l’épreuve. Bien que nous ignorions exactement en quoi elle a consisté, nous savons pourtant que sa nature a correspondu au mode d’être angélique.

Vous savez que les anges sont des créatures exclusivement spirituelles ; leurs actes ne sont pas, comme les nôtres, mesurés par le temps ; de plus, ces actes possèdent une puissance, une envergure et une profondeur auxquelles ne peut atteindre aucun acte humain”. Esprits purs, ils ne raisonnent point ; en nous, l'extrême mobilité de notre imagination, faculté sensitive liée à l’organisme corporel, présente à notre choix de multiples biens particuliers dont la variété retarde l’action de notre intelligence et de notre volonté ; nous allons d’un bien à un autre ; nous revenons par la suite à un bien que nous avions d’abord décidé de rejeter. Il n’en est pas de même pour l’ange ; en lui, nature toute spirituelle, l’hésitation n’a pas de place ; en lui, les actes d'intelligence et de volonté revêtent un caractère de plénitude, de fixité et d’irrévocabilité qui leur confèrent une force incomparable*?,

Aucune existence humaine, si prolongée qu’elle soit, n’atteindra, par l’ensemble de ses opérations, la puissance, ni l’ampleur, ni l'intensité de l'acte unique par lequel les anges ont dû fixer leur choix au milieu de l'épreuve.

operibus et meritis fideliter reddenda… [Dominil tanta est erga homines

bonitas ut EORUM velit esse MERITA quae sunt IPSIUS DONA. — Sess. VI, Cap. 16.

1. Nous parlons évidemment de l’ordre de nature. — 2. S. Thom. De

veritate, 4 XXIV, a. 10 et tr.

Voilà pourquoi la fidélité des bons anges a été si agréable à Dieu ; voilà pourquoi aussi le péché de révolte des esprits rebelles possède une gravité que nous ne pouvons mesurer et dont nous sommes incapables ; la profondeur de la connaissance qui leur a permis d’agir en pleine lumière a pénétré ce péché unique d’une telle malice que la justice divine a dû le punir par une sentence immédiate de damnation éternelle.

Pour nous, l’acceptation de l’épreuve, la résistance à la tentation s’échelonne à travers toute notre existence icibas ; la lutte contre les séductions corruptrices, la patience dans les contradictions voulues ou permises par la Providence est de tous les jours : Militia est vita hominis Super terram:.

Mais c’est, chaque jour aussi, une occasion magnifique de constante fidélité envers Dieu. Une âme qui, depuis l'heure où elle prend conscience de ses actes jusqu’au moment où elle se sépare du corps, n'aurait jamais admis de faute délibérée ; qui, placée entre Dieu et les sollicitations susceptibles de la détourner de lui, aurait toujours choisi librement la volonté divine, — aurait donné à Dieu une gloire immense. Pourquoi donc ? Parce que, en chacun de ses actes, elle aurait proclamé que Dieu seul est son Seigneur. « Heureuse, cètte âme, qui a pu violer la loi éternelle, et ne l’a pas violée ; qui a pu faire le mal, et ne l’a point fait »°! Car le Seigneur la récompensera aussi avec magnificence : « Entrez, Ô bon serviteur, qui avez été fidèle, entrez dans la joie de votre maître »°!.…..

Le premier homme a été soumis à l'épreuve. Il a chan-

celé, il a failli, il a préféré à Dieu la créature et sa propre satisfaction. Il a entraîné toute sa race dans sa rébellion, dans sa chute et dans son châtiment.

. C’est pourquoi il a fallu que le second Adam, qui représentait tous les prédestinés, tînt une conduite contraire. Dans sa sagesse adorable, Dieu le Père a voulu que le Christ Jésus, notre chef et notre modèle, fût placé en face

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