‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 57 sur 134 · Matth. III, 15. — 2. Ibid. XX, 28 ; Marc. X, 45-173. Aion · texte numérisé non relu

Matth. III, 15. — 2. Ibid. XX, 28 ; Marc. X, 45-173. Aion

III, 8 — 4 Ibid. T, 29. — 5. Ibid. XIV, 30: — 6. Luc. IV, 2. — 7 Marc el, 07%

Pour bien comprendre ce mystère de la tentation de Jésus, rappelez-vous ce que je vous ai dit si souvent : que le Christ est semblable à nous en toutes choses, Debuit per omnia fratribus similari’. Or, imaginez à quel état de faiblesse serait réduit un homme qui durant quarante jours ne se serait accordé aucune nourriture. Notre- Seigneur n'a pas voulu faire de miracle pour empêcher en lui les effets du jeûne ; aussi l'Évangile nous rapportet-il qu'après cette période, Jésus sentit la faim : Postea esuriit*. Et assurément, après un laps de temps si prolongé, il a dû se trouver dans ün état d’accablement extrême. Nous allons voir tout de suite comment le démon en Saisira occasion pour le tenter.

Pourtant, si elle partage nos infirmités et nos faiblesses, la sainte humanité du Christ ne peut connaître le péché : Absque peccato®; Yâme de Jésus n’est sujette à aucune ignorance, à aucune erreur, à aucune défaillance morale.

Est-il besoin d'ajouter qu’il ne ressent non plus aucun de ces mouvements désordonnés qui résultent en nous de la faute originelle ou des habitudes du péché ? Si, pour nous, Jésus subit la faim et l’accablement, en luimême il demeure le Saint des saints. Quelle est la conséquence de cette doctrine ? — Que la tentation que peut subir le Christ n’atteint pas son âme et reste tout extérieure ; il ne peut être tenté que « par les princes et les puissances du monde ténébreux, par les esprits mauvais » ‘

Parmi ces esprits, nous devons penser que celui qui tenta le Christ était doué d’une puissance particulière ; mais, si merveilleuse que fût son intelligence, il ignorait pourtant qui était le Christ. Aucune créature ne peut voir Dieu que dans la vision béatifique ; le démon en est privé.

De même, il ne pouvait connaître le nœud du mystère qui établit, en Jésus, l'union de la divinité avec l’humanité. Il soupçonnait assurément quelque chose ; il n’ou-

1. Hebr. II, 17. —,2. Matth. IV, z. — 3, Hebr. IV, 15. — 4. Cf, Eph. AVE, 12

bliait point la malédiction qui pesait sur lui depuis que Dieu avait établi une inimitié éternelle entre lui et la femme qui devait lui écraser la tête, c’est-à-dire détruire son pouvoir dans les âmes ; il ne pouvait ignorer les prodiges qui s'étaient opérés depuis la naissance de Jésus ; le récit de la tentation le montre clairement. Mais sa science était incertaine. Il voulait, en tentant le Christ, connaître d’une façon indubitable s’il était possible de triompher de lui, car à coup sûr il le tenait pour un être extraordinaire.

Le tentateur s'approche donc de Jésus, nous dit l’Évangile : Et accedens tentator. Et le voyant dans un état d’épuisement, il cherche à le faire tomber dans un péché de gourmandise. Non dans un péché de grande gourmandise, en présentant au Christ des mets succulents ; le démon avait une trop haute opinion de celui auquel il s'attaquait pour croire qu’il aurait succombé à une suggestion de ce genre ; mais il représente à Jésus accablé par la faim, que s’il est le Fils de Dieu, il a le pouvoir de faire des miracles pour la satisfaire ; par là il voulait pousser le Christ à devancer l’heure de son Père pour accomplir un prodige dont le but était personnel. « Si vous êtes le Fils de Dieu, dites à ces pierres », — et il montrait des cailloux aux pieds de Jésus, — « de devenir des pains ». — Et que répond Notre-Seigneur ? Fait-il connaître sa qualité de Fils de Dieu ? Non, Accomplit-il le miracle proposé par le diable? Non plus. Il se contente de répliquer par une parole de l’Écriture: « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu »’'. Plus tard, durant la vie publique, un jour que ses apôtres lui apporteront de la nourriture : « Maître, servez-vous », Rabbi, manduca, le Christ donnera une réponse analogue : « J'ai une nourriture que vous ne connaissez pas, celle d'accomplir la volonté de mon Père »*. C'est ce qu’il fait entendre au démon. Il attendra, pour apaiser sa faim, que le Père lui vienne en aide ; il ne

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