Joan. VIII, 46. — 2. Ibid. XIV
comme homme, le Christ Jésus est le saint par excellence: Tu solus sanctus, Jesu Christe”!
Au ciel, les bienheureux sont « arrivés à l’âge parfait du Christ »°; ils ont atteint la mesure du don divin: Secundum mensuram donationis Christi* ; ils jouissent de la vision béatifique dans la plénitude de la grâce qui leur a été conférée ; ils participent d’une façon parfaite, chacun selon son degré, à la filiation divine de Jésus : c’est pourquoi ils demeurent, comme lui, fixés pour toujours in sanctuario secreto divinitatis : c’est l’impeccabilité éternelle.
Ici-bas, il ne nous est pas encore donné d’habiter parfaitement dans cet « asile de la divinité ». Mais qu’est-ce qui remplace pour nous, sur la terre, la vision béatifique ? C'est la foi. — Par la foi, nous avons Dieu toujours présent : Per fidem enim ambulamus * ; cette foi à la lumière de laquelle nous marchons, est la source de notre union à Jésus et la racine de notre perfection : Ambula coram me, et esto perfectus'. Dans la mesure où, par la foi, nous vivons dans la contemplation de Dieu et demeurons unis à Jésus-Christ, dans cette même mesure nous devenons invulnérables à la tentation.
Déjà, sur la terre, il se rencontre des âmes tellement unies au Christ, des âmes dont la foi est si plénière, qu’elles sont dès à présent confirmées en grâce. Par exemple la très sainte Vierge ; elle a été prédestinée à une exemption parfaite du péché, même du péché originel ; c’est un privilège unique : Tota pulchra es, Maria, et macula originalis non est in te°. S. Jean le Précurseur a été sanctifié dès le sein de sa mère, et les Pères de l'Église nous disent qu’il fut confirmé dans la grâce divine ; il en est de même des Apôtres, après qu’ils eurent reçu le don de l'Esprit au jour de la Pentecôte.
À tous Dieu donne une part de cette confirmation en grâce ; et cette part se mesure, comme je l’ai dit, à notre
1. Gloria de la messe. — 2. Ephes. IV, 13. — 3. Ibid. 7. — 4. II Cor.
VITE Gen XVII 2 6. Antienne de la fête de l’Immaculée Conception.
vie de foi. Une âme qui, par la foi, vit habituellement dans la contemplation de Dieu, puise continuellement à cette source de vie: Quoniam apud te est fons vitae” elle participe à l’union du Christ avec son Père : Ego in eis, et tu in me ; et dès lors aussi à l'amour que le Père porte à son Fils Jésus : Ut dilectio qua dilexisti me in ipsis sit, et ego in ipsis”.
C’est pourquoi Dieu a pour elle de véritables complaisances ; il la protège ; il la rend peu à peu invulnérable. Tous ses ennemis peuvent l’attaquer ; « mille tomberont à sa gauche et dix mille à sa droite, et elle ne sera pas atteinte » ; elle foulera aux pieds les démons ; tout l’univers peut se soulever autour d'elle, se déchaîner contre elle ; « elle dira à Dieu : Vous êtes mon protecteur et mon refuge, et Dieu la délivrera de toutes les embüûches et de tous les dangers >» : Quoniam in me speravit, liberabo eum*. :
L'Église, qui est pleine de sollicitude pour ses enfants, qui sait à quels périls ils sont toujours exposés ; qui connaît, d'autre part, quelles grâces puissantes de vie nous apportent les mystères du Verbe incarné et notre union à lui, nous rappelle chaque année, au début du carême, le mystère de la tentation de Jésus. Elle veut que durant quarante jours, nous vivions comme lui dans l'esprit de pénitence, de retraite, de solitude et d’oraison. Pour nous aider à bien passer ce temps, pour produire en nous les sentiments qui doivent nous animer, elle nous fait lire, à l’entrée de cette sainte quarantaine, le récit du jeûne, de la tentation et du triomphe du Christ.
Elle met en même temps sur nos lèvres le psaume 90° tout entier, qui débute par ces paroles que je viens de vous expliquer : « Celui qui habite dans l'asile de la divinité, demeurera sous la protection du Dieu du ciel ». C'est le psaume par excellence de la confiance au milieu de la lutte, de l'épreuve et de la tentation.
Les promesses magnifiques qui y sont contenues s’ap-
DB EX XV, 10, 17, Aoan XVIT, 23, 26.-— 3. 0Ps. XC, 207,741
pliquent d’abord au Christ Jésus, et ensuite à tous les membres de son corps mystique dans la mesure de leur vie de grâce et de foi.
C'est pourquoi l’Église ne se contente pas de nous le faire lire en son entier à la messe du premier dimanche du carême ; mais elle en extrait, pour son office canonial, des versets qu’elle nous fait réciter chaque jour de cette longue période, pour nous mettre sans cesse devant les yeux les attentions de notre Père céleste. « II a commandé à ses anges de te garder dans toutes tes voies » : Angelis suis [Deus] mandavit de te : ut custodiant te in omnibus vis tuis ; « c’est lui qui délivre mon âme du filet de l’oiseleur et de la parole amère qu? abat » : Ipse liberavit me de laqueo venantium et a verbo aspero ; « il te couvrira de ses ailes, et tu trouveras en lui un refuge plein d'espérance » : Scapulis suis obumbrabit tibi et sub pennis ejus Sperabis ; « sa vérité t'environnera comme d’un bouclier, et tu n'auras à craindre aucune terreur. nocturne »: Scuto circumdabit te veritas ejus ; non timebis a timore nocturno .
Quelle confiance ne font pas naître dans une âme de telles promesses rappelées chaque jour ! Quelle assurance ne lui donnent-elles pas pour marcher dans le chemin du salut : Ecce nunc dies salutis”, si entouré qu’il soit de pièges, si rempli qu’il soit d’ennemis ! Dieu est avec elle ; et « si Dieu est avec nous, dit S. Paul, que pourront ceux qui sont contre nous »°? Car, ajoute-t-il, « Dieu ne permettra jamais que nous soyons tentés ou éprouvés au delà de nos forces ; mais il nous protégera et, par sa protection, il nous donnera de dominer l'épreuve, de surmonter la tentation, de lui marquer notre fidélité, source de mérite et de gloire » : Cum tentatione proventum.
Vous voyez combien est invincible l'âme « qui habite dans le sanctuaire de la divinité ».
1. Ps. XC, 3-5, 11. — 2. II Cor. VI, 2. — 3. Rom. NES ER RAT Cor X;,113.
Mais n’oublions .jamais que nous n'y atteignons que par la foi en Jésus-Christ, notre chef et notre modèle.
En effet, le psalmiste dit que, pour nous protéger contre les dards de l’ennemi, « Dieu nous entourera de sa vérité comme d’un bouclier »: Scuto circumdabit te VERITAS EJUS. — C’est également la pensée de S. Paul, quand il détaille les armes dont le chrétien doit se munir pour la lutte spirituelle : IN OMNIBUS sumentes Scutum FIDEI, é? quo possitis OMNIA fela nequissimi ignea exstinguere*. « En toute rencontre, armez-vous du bouclier de la foi par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés de l'esprit malin ». S. Pierre, non plus, ne parle pas autrement : « Le démon rôde sans cesse autour de vous, cherchant une proie à dévorer ; mais c’est par la vigueur de votre foi que vous lui résisterez : Cui resistite FORTES IN FIDE *.
Vous avez remarqué que pour repousser le démon, le Christ Jésus fait chaque fois appel à la parole divine. C'est la même tactique qui nous conduira au triomphe.
Quand donc le démon vous tente, par exemple, contre la foi, rappelez-vous le témoignage du Père éternel proclamant que Jésus est son Fils bien-aimé ; rappelez-vous que « ceux-là seuls viennent de Dieu qui croient en Jésus, Fils de Dieu »°; — quand il vous pousse à la défiance, redites-vous la parole du Christ : « Il ny a de bon que Dieu >»: Nemo bonus nisi solus Deus‘; ou encore : « Venez à moi, vous qui êtes accablés, et je vous soulagerai‘.. Je ne rejetterai point ceux qui viennent à moi » : Et eum, qui venit ad me, non ejiciam foras* ; — s’il cherche à vous accabler sous le souvenir de vos fautes et de vos péchés, répondez-lui par la parole du Sauveur : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs »°:; —- s’il vous suggère des pensées d’orgueil ou d’ambition : « Tous ceux qui s'élèvent seront abaïis-
OEDR AVR OZ PET ON NO Na ENToan Vire Luc.
XVIII, 10 ; cf. Matth. XIX, 17 ; Marc. X, 18 — 5. Matth. XI, 28. — 6 Joan VI, 37... 7 Matth. .IX, 13; Marc. Il,.17 ; Luc. V,. 32,
sés »°; — s’il vous excite à la vengence : « Bienheureux les doux »*; — s’il fait miroiter à vos yeux les joies trompeuses : « Bienheureux les purs »°.….
En toute occasion, 17 omnibus, armez-vous de la parole du Verbe : c’est un bouclier contre lequel tous les traits viendront se briser et se perdre.
La foi est l’arme par excellence. « Je tiens pour certain, écrivait sainte Thérèse, que Dieu ne permettra jamais au démon de tromper une personne qui, se défiant d'elle-même en tout, est si ferme dans la foi que pour la moindre des vérités révélées, elle serait prompte à affronter mille morts »*
C’est la foi qui, à l'heure de l’épreuve, au moment de la tentation, nous rappelle les droits souverains de Dieu à l’obéissance de sa créature, sa sainteté infinie, les adorables exigences de sa justice, les souffrances indicibles par lesquelles Jésus a expié le péché, la gratuité de la grâce, la nécessité de la prière, l’éternité des peines dont Dieu punit le pécheur mort sans repentir, la béatitude sans fin dont il récompense magnifiquement une fidélité de peu d'années. Toutes ces vérités, la foi nous les redit ; et, si redoutables que soient les flèches de l'ennemi, si violentes que soient ses suggestions, si prolongé que soit le combat, l’âme dont la foi est vive trouve dans cette foi et dans l'union au Christ, qu’elle engendre, le meilleur appui de sa résistance, le principe même de sa stabilité dans le bien, le véritable secret de la victoire.
« Heureuse l’âme, — c’est Dieu même qui nous le dit — heureuse l’âme qui subit ainsi la tentation, sans s'y être exposée ; qui passe par le feu, les yeux de sa foi fixés sur les paroles et les exemples du Christ comme sur les promesses divines ; elle triomphera dès ici-bas ; elle recevra plus tard le prix de sa générosité et de son amOur »: BEATUS vir qui suffert tentationem : quoniam cum probatus fuerit, accipiet coronam vitae guam repromisit Deus diligentibus se'.
ï Matth. SAT re Luc XIV TT XVIII, 14. — 2. Matth. V, 4. — 3. Ibid. 8 — 4, Vie ÿar elle-même, ch. 25. — 5. Jac. I, 12.
Car, dit S. Paul, le Christ n’abandonne pas ses disciples dans la lutte; « pontife compatissant qui a souitert la tentation, il connaît ce qu'est l'épreuve, et il peut nous soutenir au milieu du combat »’. Il nous secourt par sa grâce, il nous aide de sa prière. Il refait alors pour nous cette demande qu’il a adressée à son Père au moment où il allait subir, mais pour en sortir victorieux, les derniers assauts de l'enfer : « Père, je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du mal »°...
Et parce que nous croyons en son Fils Jésus ; parce que nous ne voulons pas nous détourner de lui ; parce que, défiants de nous-mêmes, nous mettons en lui seul, par la prière, notre espérance ; parce qu’il nous voit et nous aime en son Fils, Quia tui sunt*, le Père nous « gardera du mal » ; il enverra ses bons anges « s’approcher de nous invisiblement pour nous servir ».
C’est d’ailleurs la promesse magnifique qu’il nous a faite lui-même par la bouche de l’écrivain sacré, dans ce beau psaume 90° que je veux encore citer en terminant cet entretien : « Puisqu’il s’est attaché à moi, dit le Seigneur, je le délivrerai ; puisqu'il me reconnaît comme le Tout-Puissant, je le protégerai ; il m’invoquera, et moi je l'exaucerai ; je serai avec.lui dans la détresse pour le délivrer et le combler de gloire ; je le rassasierai de jours, et je lui ferai voir — pour qu’il en jouisse à jamais, — le salut que seul je puis donner » : Clamabit ad me, et ego exaudiam eum ; cum ipsO Sum in tribulatione ; eripiam eum et glorificabo eum ; longitudine dierum replebo eum, et ostendam illi salutare meum”.
1. Hebr, II, 18 ; V, 2. — 2. Joan. XVII, 15. — 3. Hbid. 19, 478P5 XC,; 14-16.
(Temps de Carême)
SOMMAIRE. — Variété des aspects de la vie publique de Jésus. — I. Témoignages par lesquels le Christ établit sa divinité. — IL. Comment ces témoignages fondent également notre foi en Jésus-Christ. — III. Les gestes humains du Verbe incàrné déclarent les perfections divines ; la bonté humaine dans le Christ, révélation de l’amour éternel. — IV. Conduite miséricordieuse du Christ à l'égard des pécheurs : l'enfant prodigue, la samaritaine, Madeleine, la femme adultère. — V. La miséricorde du Sauveur est la source première de notre confiance ; comment cette confiance est affermie par la pénitence. — VI. Conduite sévère de Jésus à l'égard de l’orgueil hypocrite des Pharisiens.
< Si l’on voulait, dit l’apôtie S. Jean à la fin de son Évangile, rapporter en détail beaucoup d’autres choses que Jésus a accomplies, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu'il faudrait écrire »
Au moment d'aborder la contemplation de la vie publique de Notre-Seigneur, nous devons reprendre la même pensée. Si nous voulions commenter en détail chacune de ses paroles, considérer chacun de ses gestes, expliquer chacun de ses actes, toute notre existence n'y suffirait pas.
Cette contemplation constituerait assurément une bien douce occupation pour nos âmes. Ne pouvant nous arrêter à chaque page de l'Évangile, nous ne retiendrons de cette période de la vie du Sauveur, que quelques traits carac-