Joan, XXI
téristiques, — assez pour admirer jusqu'à quel point éclatent la sagesse et la miséricorde éternelles dans les mystères de l’Incarnation et de notre rédemption.
Nous verrons d’abord comment le Christ Jésus proclame et établit la divinité de sa mission‘et de sa personne, afin de fonder notre foi, — nous contemplerons ensuite par quelle infatigable condescendance de son humanité à l'égard de la misère sous toutes ses formes, il révèle au monde les profondeurs et les richesses de la bonté infinie ; — cette révélation prendra, par contraste, tout son relief, si nous considérons la conduite pleine de justice que tient Notre-Seigneur envers l’orgueil des Pharisiens.
Ce sont là, entre mille autres, trois aspects de la vie publique de Jésus auxquels nos âmes peuvent s’arrêter pour y puiser des grâces de lumière et des principes de vie.
Au baptême de Jésus, qui marque le début de sa vie publique, nous avons entendu le Père introniser le Christ en qualité de « Fils bien-aimé »”.,
L'enseignement de Jésus durant les trois années de son ministère extérieur auprès des âmes n'est que le commentaire incessant de ce témoignage. Nous allons voir le Christ se manifester en ses actes ‘et ses paroles, non comme Fils adoptif de Dieu, comme un élu choisi pour remplir une mission spéciale auprès de son peuple, ainsi que l’étaient les simples prophètes, — mais comme le propre Fils de Dieu, Fils par nature, possédant par conséquent les prérogatives divines, les droits absolus de l’'Être souverain, et réclamant de nous la foi en la divinité de son œuvre et de sa personne.
Quand nous lisons l'Évangile, nous voyons que le Christ parle et agit non seulement comme homme, sem- 1. Matth. II, 17; Marc.-I, 11 ; Luc. III, 22.
blable à nous, mais aussi comme Dieu, élevé au-dessus de toute créature.
Voyez : il se dit plus grand que Jonas, que Salomon, : que Moïse’; si, comme homme, par sa naissance de Marie, il est le Fils de David, il en est aussi « le Seigneur, assis à la droite de Dieu »*, participant à sa puissance éternelle et à sa gloire infinie.
Aussi se déclare-t-il le Législateur suprême, au même titre que Dieu. Comme Dieu donnait la Loi à Moïse, ainsi établit-il le code de l'Évangile : « Dieu dit aux Anciens. Et moi, je vous dis »°... C’est la formule qui revient dans tout le sermon sur la montagne. — Il se montre tellement le maître de la Loi qu’il y déroge de sa propre autorité, quand il lui plaît, avec une indépendance entière, comme étant celui qui l’a instituée et qui en est le maître souverain,
Ce pouvoir est sans limites. Jésus remet les péchés, privilège dont Dieu seul jouit, parce que c’est Dieu seul que le péché offense. « Ayez confiance, vos péchés vous sont remis », dit-il à un paralytique qu’on lui présente ; les Pharisiens, scandalisés d'entendre un homme parler ainsi, murmurent en eux-mêmes : « Qui peut remettre les péchés si ce n’est Dieu? » Mais Jésus lit dans leurs cœurs leurs secrètes pensées ; et pour prouver, à ceux qui le lui contestent, qu’il possède ce pouvoir divin non par délégation, mais à titre propre et personnel, il accomplit aussitôt un miracle : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme peut absoudre les péchés, levez-vous, dit-il au paralytique, prenez votre grabat et marchez ».
Cet exemple est caractéristique : le Christ Jésus opère ses miracles de sa propre autorité, de lui-même. Sauf avant la résurrection de Lazare, où il demande à son Père que le prodige qu’il va réaliser éclaire les esprits qui doivent en être témoins, il ne prie jamais avant de manifester sa puissance, comme le faisaient les prophètes ;
1. Matth. XII, 41-42 ; Luc. XI, 31:32. — 2. Cf. Ps. CIX, 1.—3. Matth. N,922,:28," 32,034, 301044 ibid: IX, 2-4, 6; Marc. II, 5-7, o ; Luc. V, 20-22, 24.
mais d'une parole, d'un geste, d’un seul acte de sa volonté, il guérit les boïiteux, il fait marcher les paralytiques, il multiplie les pains, il apaise les flots en furie, il chasse les démons, il ressuscite les morts.
Enfin son pouvoir est si grand qu'il viendra sur les nuées juger toute créature ; « toute puissance lui a été donnée par son Père sur la terre et dans le ciel »°; comme son Père, il promet « la vie éternelle à ceux qui le suivent »*.
Ces paroles et ces actions nous montrent en Jésus l’égal de Dieu, participant au pouvoir suprême de la divinité, à ses prérogatives essentielles, à sa dignité infinie.
Nous possédons des témoignages plus explicites.
Vous connaissez l'épisode dans lequel Pierre confesse sa foi en la divinité de son maître. « Heureux es-tu, Simon, fils de Jona », lui dit Jésus aussitôt après ; car « ce n’est pas en suivant tes propres lumières naturelles que tu es parvenu à cette connaissance de ma divinité, mais c’est mon Père céleste qui te l’a révélée ». Et pour marquer la grandeur de cet acte de foi, le Sauveur promet à Pierre de faire de lui le fondement de son Église".
À l'heure de sa passion, devant ses juges, Notre-Seigneur, avec plus d'autorité encore, proclame sa divinité. En sa qualité de président du grand conseil, Caïphe dit au Sauveur : « Je t’adjure au nom du Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ? « Tu l'as dit, répond Jésus ; vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Dieu tout-puissant venir sur les nuées du ciel ». Vous savez que « s’asseoir à la droite de Dieu » était regardé par les Juifs comme une prérogative divine, et que s’arroger cette prérogative constituait un blasphème punissable de mort. C’est pourquoi à peine Caïphe a-t-il entendu la réponse de Jésus qu’il déchire ses vêtements en signe de protestation et s’écrie : « Il a blasphémé ; qu’avons-nous encore besoin
1. Cf. Matth. XXVIII, 18. — 2. Ibid. XIX, 28-20. — 3. Ibid. XVI, 17-18.
de témoins » ? Et tous les autres de répondre : « Il mérite la mort »*. — Et plutôt que de se rétracter, le Christ a accepté sa condamnation.
C’est surtout dans l'Évangile de S. Jean * que nous rencontrerons sur les lèvres de Jésus des témoignages qui établissent, entre lui et son Père, une union telle qu’elle ne peut s'expliquer que par la nature divine, nature qu’il possède indivisiblement avec le Père et leur commun Esprit.
Vous remarquerez que, sauf quand il enseigne à ses disciples la façon de prier, le Christ Jésus ne dit jamais : « Notre Père » ; toujours, en parlant de ses rapports avec Dieu, il dit : « le Père, mon Père », et en s'adressant à ses disciples : « Votre Père ». Notre-Seigneur a bien soin de marquer la différence essentielle qui existe, à ce sujet, entre lui et les autres hommes : il est Fils de Dieu par nature, eux ne le sont que par adoption.
C’est pourquoi, avec le Père, il a des relations personnelles d’un caractère unique, qui ne peuvent résulter que de son origine divine. L
Un jour, il disait devant ses disciples : « Je te rends grâces, Ô Père, de ce que tu as caché ces choses aux savants et que tu les as révélées aux petits. Il en est ainsi, Père, parce que tel a été ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père. Et personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, ni personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui auquel le Fils veut bien le révéler »°. Par ces paroles, le Verbe incarné nous indique clairement qu'entre lui et son Père, il y a une égalité parfaite d’une connaissance pour nous incompréhensible. Ce Fils qui est Jésus est si grand et sa filiation si ineffable que seul le Père, qui est Dieu, peut le connaître ; le Père est d’une telle majesté, sa paternité un mystère si sublime que seul je Fils peut savoir ce qu’est le Père ;
1. Matth. XXVI, 63-66 ; Marc. XIV, 61-64, — 2. Beaucoup de ces
témoignages se lisent aux messes du carême, surtout après le dimanche de l4 Passion. — 3. Matth. XI, 25-27.
cette connaissance surpasse tellement toute science créée qu'aucun homme ne peut y participer que s’il lui en est donné une révélation.
Vous voyez comment Notre-Seigneur établit son union divine avec le Père. Mais cette union ne se borne pas à la connaissance ; elle s'étend à toutes les opérations accomplies en dehors de la divinité.
Voici que Jésus guérit un paralytique, lui disant d’emporter son grabat ; c'était le jour du repos. Aussitôt, les Juifs, tout scandalisés, reprochent au Sauveur de ne pas observer le sabbat. Et que répond Notre-Seigneur ? Pour montrer qu’il est, au même titre que son Père, le maître suprême de la Loi, il réplique aux Pharisiens : « Mon Père agit jusqu’à présent, et moi aussi, j’agis comme lui et avec lui ». Les auditeurs comprennent si bien que, par ces paroles, il prétend être Dieu qu’ils cherchent à le faire mourir ; parce que « non content de violer le jour du repos, il disait que Dieu était son Père, se faisant par là son égal ». Loin de les contredire, Notre-Seigneur confirme leur interprétation : « En vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il peut seulement ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait >‘... Lisez, dans l'Évangile, la suite et le développement de ces paroles : vous verrez avec quelle autorité le Christ Jésus se proclame en toutes choses l’égal du Père, Dieu avec lui et comme lui.
Tout le discours après la cène et toute la prière sacerdotale de Jésus en ce moment solennel sont remplis de ces affirmations qui montrent qu'il est le propre Fils de Dieu, ayant la même nature divine, possédant les mêmes droits souverains, jouissant de la même gloire éternelle : Ego et Pater unum sumus *.
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Si maintenant nous recherchons pourquoi le Christ at- 1. Joan. V, 16-20. —:2,. Ibid. X, 30.
teste ainsi sa divinité, nous verrons que c’est pour fonder notre foi.
C'est là une vérité que vous connaissez déjà ; elle est si importante que nous ne devons cesser de la contempler. Car toute notre vie surnaturelle et toute notre sainteté a la foi pour base, et notre foi elle-même repose sur les témoignages qui établissent la divinité du Sauveur.
S. Paul nous exhorte à « regarder Notre-Seigneur comme l’apôtre et le pontife de notre foi » : Considerate apostolum et pontificem confessionis nostrae Jesum :. « Apôtre » veut dire celui qui est envoyé pour accomplir une mission ; et S. Paul dit que le Christ est l’apôtre de notre foi. Comment cela ?
Le Verbe incarné est, selon l’expression de l’Église, Magni consilii angelus *, « l'Envoyé du conseil suprême » qui se tient dans les splendeurs de la divinité. Et pourquoi est-il envoyé ? Pour révéler au monde « le mystère caché en Dieu depuis des siècles », le mystère du salut du monde par un Homme-Dieu. « Telle est la vérité fondamentale à laquelle le Christ doit rendre témoignage » : Ego in hoc natus sum et ad hoc veni in mundum, UT testimonium perhibeam veritati*.
La grande mission de Jésus, surtout durant sa vie publique, est donc de manifester sa divinité au monde : /pse enarravit”. Tout son enseignement, toute sa conduite, tous ses miracles aboutissent à l’établir dans j’esprit de ses auditeurs. Voyez, par exemple, au tombeau de Lazare. Avant de ressusciter son ami, le Christ lève les yeux au ciel. « O Père, dit-il, je vous rends grâces de ce que vous m'avez toujours exaucé ; mais j'ai dit cela à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est vous qui m'avez envoyé » : Ut credant quia tu me misisti®.
Sans doute Notre-Seigneur n'insinue que peu à peu cette vérité ; afin de ne pas trop heurter de front les idées monothéistes des Juifs, il ne se révèle que par degrés ;
WOHCbT LIT Tr 22 JTntroit de la troisième messe de Noël : à . — 3. Joan.
XVILI, 373 —14 Ibid, Lors e—STbid, XI, 41-42.
mais avec une sagesse admirable, il fait tout converger vers cette manifestation de sa filiation divine. A la fin de sa vie, quand les esprits droits sont suffisamment préparés, il n'hésite pas à confesser sa divinité devant ses juges, au péril de sa vie. Jésus est le roi des martyrs, de tous ceux qui par l’effusion de leur sang ont professé leur foi en sa divinité ; le premier, il a été livré et immolé pour s'être proclamé le Fils unique de Dieu.
Dans sa dernière prière, il rend compte, pour ainsi dire, à son Père, de sa mission, et il résume tout en ces mots : « Père, j'ai accompli l’œuvre que vous m’aviez imposée ». Et quel en est le fruit ? « Et eux, mes disciples, ont accepté, de leur côté, mon témoignage ; ils ont su avec certitude que je suis sorti de vous, ils ont cru que vous m'avez envoyé » :.
Aussi cette foi en la divinité de son Fils est-elle, selon la parole même de Jésus, l’œuvre par excellence que Dieu réclame de nous : Hoc est opus Dei, ut credatis in eum quem misit ille?.
C’est cette foi qui apporte à de nombreux malades leur guérison : Secundum fidem vestram fiat vobis* ; à Madeleine, le pardon de ses péchés : Fides tua te salvam fecit, vade in pace *. C’est elle qui mérite à Pierre d’être établi le fondement indestructibie de l’Église ; qui rend les apôtres agréables au Père et fait d’eux l’objet de son amour : Pater amat vos, quia vos me amastis, et credi-
distis ”.
C'est cette foi encore qui « nous fait naître enfants. de Dieu »: His qui credunt in nomine ejus°; qui fait « jaillir dans nos cœurs les sources divines de la grâce de l’Esprit-Saint » : Qui credit in me, flumina de ventre ejus fluent aquae vivae”; qui « dissipe les ténèbres de la mort » : Veni ut omnis qui credit in me in tenebris non
1. Pater, opus consummarvi, quod dedisti mihi ut faciam…. et ibsi acceperunt et cognoverunt vere quia à te exivi, et crediderunt quia tu me misistà, Joan. XVII, 4, 8 — 2. Ibid. VI, 29. — 3. Matth. IX, 29 ; cf. Marc. V, 34; X, 52: Luc, XVII, 19. — 4. Luc. VII, 50. — 5. Joan. XVI, 27. — 6. Ibid. 1, 12. — 7. Ibid. VII, 38.
maneat* ; qui « nous apporte la vie divine, car Dieu a aimé le monde à ce point qu’il lui a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent point, mais possèdent la vie éternelle » : Ut omnis qui credit in ipsum non pereat, sed habeat vitam aeternam”.
C'est parce qu'ils n'auront pas eu cette foi que les ennemis de Jésus périront : « Si je n'étais pas venu et que je ne leur eusse point parlé, ils seraient sans péché ; mais maintenant leur péché est sans excuse »°; et c’est pourquoi « celui qui ne croit pas en Jésus, Fils unique de Dieu, est dès à présent jugé et condamné » : Qui autem non credit, jam judicatus est: quia non credit in nomine Unigeniti Filii Dei“. {
Vous voyez comment tout se ramène à la foi en Jésus- Christ, Fils éternel de Dieu ; elle constitue la base de toute notre vie spirituelle, la racine profonde de toute justification, la condition essentielle de tout progrès, le moyen assuré pour arriver au sommet de toute sainteté.
Prosternons-nous aux pieds de Jésus et disons-lui : O Christ Jésus, Verbe incarné, descendu du ciel « pour nous révéler les secrets que, Fils unique de Dieu, vous contemplez toujours dans le sein du Père », je crois et je confesse que « vous êtes Dieu comme lui, son égal » ; je crois en vous ; je crois « en vos œuvres » ; je crois en votre personne ; « je crois que vous êtes sorti de Dieu » :; que « vous êtes un avec le Père », que « celui qui vous voit, le voit » ; je crois que vous êtes « la résurrection et la vie ». — Je le crois et, le croyant, je vous adore et consacre à votre service tout mon être, toute mon activité, toute ma vie. Je crois en vous, Ô Christ Jésus, mais augals ma foi ! Credo, Domine, sed adjuva incredulitatem mea !