‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 65 sur 134 · Joan, IV, 31-32, 34 -— 2 I Tim. LA · texte numérisé non relu

Joan, IV, 31-32, 34 -— 2 I Tim. LA

reçoit, l’éclaire, la sanctifie, la transforme, et fait d’elle son apôtre : Ef eum qui venit ad me non ejiciam foras. Car « la volonté de celui qui m'a envoyé est que je ne perde aucun de ceux qu’il m'a donnés, mais que je les See » à la grâce ici-bas, en attendant « le dernier jour »', où je les ressusciterai pour la” gloire.

La Samaritaine est une des premières ressuscitées à la grâce par Jésus. Madeleine en est une autre, — mais combien plus glorieuse encore !

Erat in civitate peccatrix : « Dans une bourgade, vivait une femme de mauvaise vie ». C’est ainsi que, dans l'Évangile, débute son histoire : par l'attestation de ses désordres”. Car la profession de Madeleine était de s’adonner au péché, comme la profession du soldat est de vivre sous les armes, celle du politique de diriger les destinées de l’État. Ses dérèglements étaient notoires. Sept démons, symbole de l’abîme où elle était descendue, faisaient de son âme leur demeure.

Un jour, le Christ est invité chez Simon le Pharisien. À peine s'est-il mis à table que la pécheresse, portant un vase d’albâtre plein de parfum, fait irruption dans la salle du festin. S’approchant de Jésus, « elle se jette à ses pieds, tout en pleurs, les arrose de ses larmes, les essuie avec les cheveux de sa tête, les baise et fait couler sur eux son parfum ».

Dès qu’elle était entrée, le Pharisien tout scandalisé, s’était dit en lui-même : « Oh ! s’il savait qui et de quelle espèce est cette femme, il ne supporterait pas à ses pieds une pécheresse ! Quae et qualis est mulier, quae tangit eum, quia peccatrix est ! Décidément, ce n’est point un prophète ». « Prenant la parole, (remarquez le mot respondens, le pharisien n’avait rien dit à haute voix, mais le Christ répond à sa pensée intime), Jésus lui proposa la question que vous savez. De deux débiteurs insolvables, à qui le créancier remet leurs dettes, lequel lui montrera

. Joan. VI, 37-39. — 2. La liturgie nous fait lire cet épisode le jeudi + le dimanche de la Passion.

le plus d'amour ? — Celui, répondit Simon, dont la dette est la plus grande. — Tu as bien jugé, répliqua Jésus. — Puis se tournant vers Madeleine: « Vois-tu cette femme » ? cette femme qui est une pécheresse, en effet ; que tu méprisais dans ton cœur, « elle a beaucoup aimé », ce qu’elle vient de faire en témoigne : c’est pourquoi'« ses nombreux péchés lui sont pardonnés ». Remittuntur ei peccata multa, quoniam dilexit multum”.

Madeleine la pécheresse est devenue le triomphe de la grâce de Jésus, un des plus magnifiques trophées de son sang précieux.

Cette compassion du Verbe incarné à l’égard des pécheurs est si étendue qu’il semble parfois oublier les droits de sa justice et de sa sainteté ; les ennemis de Jésus la connaissaient si bien qu'ils vont jusqu’à lui tendre des pièges sur ce terrain.

Voici qu’ils amènent au Christ une femme adultère* ; impossible de nier le crime ou d’en diminuer la gravité : l'Évangile nous dit que la coupable a été surprise en flagrant délit; la loi de Moïse ordonnait de la lapider. Les pharisiens, sachant la bienveillance de Jésus, comptent qu’il absoudra cette femme ; ce sera se mettre en opposition avec leur législateur : Tu ergo, quid dicis ?

Mais si Jésus est la bonté même, il est aussi la Sagesse éternelle. D’abord il ne répond rien à l'injonction perverse des accusateurs ; eux insistent. Et Notre-Seigneur alors de leur dire : « Que celui d’entre vous qui est sans péché jette la pierre le premier ». Pareille réponse décontenance ses ennemis, qui n’ont plus d’autre ressource que de se retirer l’un après l’autre.

Jésus demeure seul avec la coupable. Il ne reste en présence qu'une grande misère et une grande miséricorde. Et voici que la miséricorde s’abaisse vers la misère : « Femme, où sont tes accusateurs ? Personne ne t'a condamnée » ? — « Personne, Seigneur ». — « Moi non

TD Luc. VII, 37-47. — 2. Nous lisons cet épisode le samedi après le 3° dimanche du carême,

plus, je ne te condamnerai ; va, et désormais ne pèche plus » *.

- La bonté de Jésus a paru si excessive à certains chrétiens de la primitive Église que cet épisode est supprimé en plusieurs manuscrits des premiers siècles ; mais il est bien authentique, et son insertion dans l'Évangile a été voulue par l’Esprit-Saint.

Tous ces exemples de la bonté du cœur de Jésus ne Sont que les manifestations d’un amour plus élevé : l'amour infini du Père céleste à l'égard des pauvres pécheurs. N'oublions jamais que nous devons voir en ce que Jésus fait comme homme une révélation de ce qu’il accomplit comme Dieu, avec le Père et leur commun Esprit. Jésus reçoit les pécheurs et leur pardonne: c’est Dieu même, qui, sous une forme humaine, s'incline vers eux, et les accueille dans le sein de ses miséricordes éternelles.

La révélation des miséricordes divines par le Christ Jésus est la source première de notre confiance.

Il nous arrive à tous de ces moments de grâce où nous apercevons dans la lumière divine l’abîme de nos fautes, de nos misères, de notre néant ; nous voyant si souillés, nous disons au Christ, comme S. Pierre : « Retirez-vous de moi, Seigneur, car je suis un pécheur »°?, « Serait-il possible que vous puissiez lier une union intime avec une âme que le péché a touchée ? Cherchez plutôt des âmes nobles, pures, privilégiées de votre grâce ; moi, je suis trop indigne pour demeurer si près de vous ».

Mais souverions-nous que le Christ a dit lui-même : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». Et voyez, en effet : n’a-t-il pas appelé au rang d'apôtre Matthieu le publicain, le pécheur ? Et qui a-t-il placé à la tête de son Église, comme chef de cette société

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