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dire, réclame de Dieu l’entière approbation de sa conduite *.
-Ce qui rendait nombre de pharisiens méprisables, c’est que cet orgueil se doublait d’une profonde hypocrisie. Par suite de la multitude de prescriptions; qu’ils établissaient, et que Notre-Seigneur lui-même déclare « intolérables »*, beaucoup d’entre eux n’arrivaient à réaliser la sainteté dont ils se targuaient qu’en dissimulant habilement leurs fautes et leurs défaillances, qu’en faisant subir au texte de la Loi de déloyales interprétations ; de la sorte ils pouvaient enfreindre la Loi, tout en sauvant les apparences aux yeux du vulgaire qui les admirait.
Car leur autorité et leur influence étaient considérables; ils étaient regardés comme les interprètes et les gardiens de la Loi de Moïse ; affichant un profond respect pour toute pratique extérieure de leur observance, ils imposaient à la foule, qui les considérait comme des saints.
Aussi s’offusquaient-ils de tout ce qui pouvait diminuer cet ascendant. Dès le début de la vie publique de Jésus, ils commencent à lui faire opposition. Outre que le Christ ne rattachait pas son enseignement à leur école, la doctrine qu’il prêchait, les actes dont il la soulignait étaient à l’antipode de leurs opinions et de leur conduite. La condescendance extraordinaire du Sauveur envers les publicains et les pécheurs, rejetés par eux comme impurs, son indépendance à l'égard de la Loi du sabbat, dont il se disait le maître souverain‘, les miracles par lesquels il s’attachait le peuple ne pouvaient manquer de les émouvoir. |
S’enfonçant peu à peu dans leur aveuglement, malgré les avertissements de Jésus lui-même, ils lui tendent des embüûches ; ils lui demandent un « signe du ciel >‘ pour preuve de sa mission ; ils lui amènent la femme adultère pour le mettre en opposition avec la Loi de Moïse‘ ; ils
1. Dans une autre série de conférences, (Le Christ idéal du moine, ch. XI, L’humilité) nous avons commenté en détail cette parabole qui éclaire d’une lumière puissante les caractères que doivent revêtir nos
rapports avec Dieu. — 2. Matth. XXIII, 4; Luc. XI, 46. — 3. Ibid. XII, 8; Marc. IL, 28; Luc. VI, 5. — 4. Ibid. XVI, 1. — 5. Joan. VIII, 3-6.
lui demandent insidieusement s’il faut payer le tribut à César’. Partout, à chaque page de l'Évangile, vous les verrez, pleins de haine contre Jésus, tâcher de ruiner son autorité auprès de la foule, de détourner de lui ses disciples, de tromper le peuple afin d'empêcher le Christ de remplir sa mission de salut.
Plus d’une fois Notre-Seigneur avait averti ses disciples de se garder de leur hypocrisie* ; mais à la fin de son ministère public il voulut, en bon pasteur qui apportait la vérité à ses brebis et allait leur donner sa vie, démasquer complètement ces loups qui se présentaient sous des dehors de sainteté pour duper les âmes simples et les conduire à leur perte.
Dans son sermon solennel sur la montagne, le Christ avait étonné son auditoire juif par la révélation d’une doctrine qui allait à l'encontre de ses instincts invétérés et de ses préjugés séculaires. Il avait proclamé devant tous que les heureux de son Royaume, sont les pauvres d'esprit, les doux de cœur, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim de la justice ; il avait déclaré que ce sont les miséricordieux, les âmes pures, les pacifiques qui sont les vrais enfants de son Père céleste, et que la plus profonde des béatitudes est d’être en butte à la persécution à cause de lui*.
Cette doctrine qui forme la « grande charte » évangélique des pauvres, des petits, des humbles, est l’antithèse de celle que prêchaient les pharisiens par leurs paroles et leurs exemples. |
C'est pourquoi nous entendons Notre-Seigneur prononcer contre eux une série de huit malédictions qui forment le pendant, par contraste, des huit béatitudes.
Lisez-les en entier dans l'Évangile où elles tiennent toute une page‘; vous verrez avec quelle indignation le Christ, Vérité infaillible et Vie des âmes, met la foule
1. Matth. XXII, 15-17 ; Marc. XII, 13-14 > Luc. XX, "20-22. — "2. Ibid. XVI Mrzr2 Luca XIL, hr." 3, Matth." V, 03-17. —"4N Ibid. XXII, 13-33.
et ses disciples en garde contre un enseignement et une conduite qui détournaient du royaume de Dieu, cachaïent la cupidité et le faux zèle, altéraient la vérité et les prescriptions de la Loi, établissaient une religion toute d’apparence, se contentaient d’une pureté toute de surface, sous laquelle se dissimulaient la corruption et la haïne persécutrice.
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez le royaume des cieux aux hommes: vous n'y entrez pas vous-mêmes et vous empêchez les autres d'y entrer »:.
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui dévorez les maisons des veuves, sous prétexte d’y prier longuement. Votre jugement n’en sera que plus terrible ».
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui prenez soin de payer la dîme pour une feuille de menthe, d’aneth et de cumin, et qui négligez ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde, la bonne foi. I1 fallait faire l’un et ne pas omettre l’autre. Guides aveugles, qui filtrez votre eau pour ne pas avaler un moucheron, et qui engloutissez un chameau »°!
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qui au dedans êtes pleins de rapines et d’impureté »*.
« Serpents, engeance de vipères, comment éviterezvous la damnation de la géhenne » ?
Quel contraste, chez Notre-Seigneur, entre ces dénonciations foudroyantes, ces véhémentes invectives, — et son attitude à l'égard des plus grands pécheurs, la Samaritaine, Madeleine, la femme adultère, auxquelles il par-
1. En encombrant le chemin du ciel par la multitude de leurs intolérables prescriptions, et surtout en détournant les âmes du Christ. — 2. La loi défendait de manger tout animal impur ; les Pharisiens exagérant cette prescription ne buvaient rien qui ne fût scrupuleusement filtré, mais, d'autre part, ils négligeaient d’autres prescriptions de la Loi. — 3. Les Pharisiens évitaient avec un soin ridicule les moindres souillures purement légales, mais ne se souciaient pas d’éviter le péché, qui souille l’âme.
donne sans un mot de reproche ; à l'égard de criminels comme le bon larron, auquel il promet le ciel!
D'où vient donc cette différence ? Pourquoi le Christ Jésus, si plein de condescendance envers les pécheurs, accable-t-il publiquement les pharisiens de si terribles anathèmes ?
C'est que toute forme de faiblesse, de misère, lorsqu’elle est humblement reconnue et avouée, attire la compassion de son cœur et la miséricorde de son Père : Quomodo miseretur pater filiorum, misertus est Dominus timentibus. se: quoniam ipse cognovit figmentum nostrim *?.
Tandis que l’orgueil, surtout l’orgueil de l’esprit, semblable au péché des démons, excite l’indignation du Seigneur : Deus superbis resistit *.
Or, l'esprit des pharisiens est le résumé de tout ce qu’il y a d’odieux et d'hypocrite dans l’orgueil. Ces « superbes dans la pensée dé leur cœur », ces riches de leur propre estime sont chassés pour toujours, les mains vides, de ia présence de Dieu : Divites dimisit inanes *.
Il est à remarquer que le Pharisaïsme revêt bien des formes. Notre-Seigneur n’accablait pas seulement les pharisiens à cause de leur orgüeil hypocrite qui cachait la corruption sous un manteau de perfection : « Sépulcres blanchis qui paraissent propres à l'extérieur, mais qui au-dedans sont remplis de corruption et d’'iniquité »°.
IH leur reprochait aussi d’avoir substitué un formalisme d'origine humaine à la loi éternelle de Dieu. Les pharisiens se scandalisaient de voir, un jour du sabbat, le Christ guérir des malades ; ils s’offensaient de ce que les apôtres ne se soumettaient pas, avant les repas, à toute la série puérile des ablutions légales qu'ils avaient inventées et dans lesquelles ils faisaient consister toute la pureté de l’homme. Plaçant toute la sainteté dans l’observance minutieuse de traditions et de pratiques issues de
MUC: XXIIT, A3. 2 MPENCIEN T3 14 NS Tac IVe SD UPELE VEN — 4. Luc. I, 53 — 5. Matth. XXIII, 27.
leur propre cerveau, ils négligeaient jusqu'aux préceptes les plus graves de la loi divine. C’est ainsi que, d’après eux, on pouvait, en prononçant une simple parole, consacrer des biens ou de l'argent au service du Temple et les rendre du coup inviolables ; en sorte que le dévot pharisien ne pouvait plus en disposer même pour payer ses dettes, ou pour subvenir aux besoins de ses parents dans la nécessité. C'était, selon la parole même du Sauveur, « mettre à néant, par leur tradition, le commandement de Dieu »’.
Ce formalisme étroit, tout d'invention humaine, qui dénaturait et diminuait la religion, cette conscience fausse répugnaient tellement à la noblesse de cœur et à la sin- cérité de Jésus qu’il les démasquaïit et les condamnait sans ménagement. Quel jugement portait-il, en effet, sur cette casuistique ? « Je vous le dis en vérité, si votre justice et votre perfection n’est pas plus grande que celle des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » *.
Quelle révélation du caractère intime de Dieu ! Quelle manifestation de sa façon de juger et d'apprécier les hommes ! Queile précieuse lumière ces amers reproches adressés aux pharisiens projettent sur la notion de la véritable perfection !
Dans le sermon sur la montagne, le Christ nous indique les sommets de la vraie sainteté ; dans sa condamnation du pharisaïsme, il nous découvre les abîmes de la fausse piété, dont le pharisien est le type fidèle.
Il n’y a pas de piège du démon plus redoutable ni plus funeste que celui de faire passer quelque forme de pharisaïsme pour la sainteté réclamée par l'Évangile. En ceci, le prince des ténèbres s’attaque même aux âmes qui cherchent la perfection ; il obscurcit leur œil intérieur par les apparences d’une vertu toute formaliste substituée à la vérité de l'Évangile. Loin de faire des progrès dans une telle voie, on demeure stérile devant Dieu. « Tout arbre que la main de mon Père n’a point planté, sera arra-