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ché »‘, C’est l’inexorable sentence de Jésus contre la race des pharisiens.
Vous voyez combien il importe en cette matière de se défier de son sens propre, de ses propres lumières ; combien il est capital de fonder notre sainteté — non sur telle ou telle pratique de dévotion que nous choisissons nous-mêmes et qui peut être excellente, non sur telle ou telle prescription de la règle religieuse que l’on professe (son observance peut être suspendue par une loi supérieure, comme est, par exemple, la loi de la charité envers le prochain), — mais avant tout et d’abord sur l’accomplissement de la loi divine : loi naturelle, préceptes du décalogue, commandements de l’Église, devoirs d'état. Toute piété qui ne respecte pas cette hiérarchie de devoirs doit nous être suspecte ; toute ascèse qui ne se règle pas sur les préceptes et la doctrine de l'Évangile ne peut venir de lEsprit-Saint, qui a inspiré l'Évangile. « Ceux-là seuls, dit S. Paul, sont véritablement enfants de Dieu que l'Esprit de Dieu conduit » *.
La tendresse de Jésus est si étendue qu’à l’heure même où il accablait les pharisiens de malédictions terribles et leur prédisait les colères divines, l'Évangile nous le montre profondément ému; la pensée du châtiment qui doit tomber sur la ville sainte pour avoir, en écoutant « ces aveugles »°, rejeté le Messie, arrache à son cœur sacré des accents d'angoisse.
« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois n’ai-je pas voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes. et tu ne l'as pas voulu »! Et faisant allusion au Temple, où il ne devait plus entrer, car il était à la veille de la passion, il ajouta : « Voici que votre maison sera laissée déserte. Car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, à moins que vous ne
Te Matth. XV, 13 — 2, Rom. VIII, 14 On trouvera le développement de ces idées dans la conférence La vérité dans la charité de notre ouvrage Le Christ vie de l'âme. — 3. Matth. XV, 14.
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disiez : Béni, celui qui vient au nom du Seigneur »°! Tant que nous sommes ici-bas, les appels de l’éternelle bonté sont incessants : Quoties volui !... Maïs ne soyons pas de ceux qui, par le gaspillage continu de la grâce et l'habitude du péché délibéré, même léger, s’endurcissent au point de ne plus les comprendre : Et noluisti. Prenons garde de chasser l’Esprit-Saint du temple de notre âme par des résistances volontaires et obstinées ; Dieu nous abandonnerait à notre aveuglement : Ecce relinquetur domus vestra deserta. La miséricorde ne fait jamais défaut à l’âme ; c’est l'âme qui faisant défaut à la miséricorde, provoque la justice.
- Cherchons plutôt à demeurer fidèles, non d’une fidélité qui se borne à la lettre, mais plutôt prend sa source dans l'amour, et son appui dans la confiance en un Sauveur plein de bonté. Alors, quelles que soient nos faiblesses, nos misères, nos lacunes, les fautes qui nous échappent, le jour se lèvera où nous bénirons à jamais celui qui est apparu sur la terre sous des traits humains. Il venait « guérir nos infirmités », « nous racheter de l’abîme du péché » ; c’est lui encore qui « couronnera pour toujours en nous les dons de sa miséricorde et de son amour ». Benedic anima mea Domino... qui sanat omnes infirmitates tuas, — qui redimit de interitu vitam tuam, — qui coronat te in misericordia et miserationibus *.
x. Matth. XXIIL 37-30. — 2. Ps, (CII) 1,374.
(11° Dimanche du Carême.)
SOMMAIRE. — I. Le récit évangélique de la Transfiguration. — II. Signification de ce mystère pour les apôtres qui en furent témoins : le Christ veut, par la manifestation de sa divinité, les prémunir contre le « scandale > de sa passion. — III. Triple grâce que ce mystère contient pour nous : il affermit notre foi ; il marque d’une façon spéciale notre adoption surnaturelle ; il nous rend .dignes de partager un jour la gloire éternelle du Christ. — IV. Moyen de parvenir à l’état glorieux présagé par la Transfiguration : « Écouter Jésus, le Fils bien-aimé du Père » : /psum audite.
La vie du Christ Jésus sur la terre a dans ses détails mêmes une telle portée que nous ne pouvons en épuiser toutes les profondeurs ; une seule parole du Verbe incarné, de celui qui est toujours In sinu Patris’, est une révélation si grande qu’elle peut suffire, comme une source toujours vive d’eau salutaire, à féconder toute une vie spirituelle. Nous le voyons dans la vie des saints: un mot de lui a souvent suffi pour convertir totalement l’âme à Dieu. Ses paroles viennent du ciel : de 1à leur fécondité.
Il en va de même de ses moindres actions, elles sont pour nous des modèles, des lumières, des sources de grâces.
J'ai tâché, dans le précédent entretien, de vous montrer quelques-uns des aspects de sa vie publique, assez pour vous faire entrevoir ce qu’il y a d’ineffablement divin et aussi d’inexprimablement humain dans cette période de
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trois années. J'ai dû, à mon grand regret, laisser de côté bien des récits de l'Évangile, passer sous silence bien des scènes racontées par les écrivains sacrés.
H est une page pourtant, une page unique et tellement à part, un mystère si plein de grandeur et eñ même temps si fécond pour nos âmes, qu’il mérite que nous lui consacrions tout un entretien ; c’est la Transfiguration :.
Je vous ai dit souvent que rien ne doit nous être plus cher que le dogme de la divinité de Jésus : d’abord parce que rien ne lui est plus agréable ; ensuite parce que ce dogme est tout à la fois la base et le fondement, le centre et le couronnement de toute notre vie intérieure. Or la Transfiguration est un de ces épisodes où rayonnent particulièrement, aux yeux humains, les splendeurs de cette divinité. :
Contempions-le donc avec foi, mais aussi avec amour : plus cette foi sera vive, plus grand sera l'amour avec lequel nous nous approcherons de Jésus dans ce mystère, — plus large aussi et plus profonde sera notre capacité d’être intérieurement remplis de sa lumière et envahis par sa grâce.
Christ Jésus, Verbe éternel, Maître divin, vous qui êtes la splendeur du Père et l'éclat de sa substance, vous avez dit vous-même: « Si quelqu'un m’aime, je me manifesterai à lui », faites que nous vous aimions avec ferveur, afin que nous puissions recevoir de vous une lumière plus intense sur votre divinité ; car c’est là, — c’est encore vous qui nous le dites, — le secret de notre vie, de la vie éternelle : « Connaître que notre Père céleste est le seul vrai Dieu, et que vous êtes son Christ », envoyé ici-bas pour être notre roi et le pontife de notre salut. Illuminez les regards de notre âme d’un rayon de
1. L'Église nous fait lire deux fois le récit évangélique de la Transfiguration : au. deuxième dimanche du Carême, afim de nous animer à supporter les mortifications par la perspective lointaine de la gloire que le Christ nous promet par sa transfiguration ; une seconde fois, le 6 août,
solennité qu’elle consacre uniquement à honorer la manifestation de la splendeur divine en Jésus sur le mont Thabor.
ces splendeurs divines qui brillèrent au Thabor, afin que notre foi en votre divinité, notre espérance en vos mérites, et notre amour pour votre adorable personne en soient affermis et accrus !
Suivons d’abord le récit des Évangiles ; nous nous appliquerons ensuite à en pénétrer le sens.
C'est la dernière année de la vie publique de Jésus. Jusqu’alors Notre-Seigneur n’a fait à ses apôtres que de très rares allusions à sa passion future ; mais, dit saint Matthieu, « Jésus commença dès lors à découvrir à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrît beaucoup de la part de ses ennemis, qu’il fût mis à mort et qu'il ressuscitât le troisième jour. » Et il ajouta : « Plusieurs de ceux qui sont ici ne verront point la mort qu’ils n’aient contemplé le Fils de l’homme apparaissant dans l’éclat de son règne ».
Quelques jours après cette prédiction, notre divin Sauveur prend avec lui quelques-uns de ses disciples. Ce sont ses trois apôtres de prédilection : Pierre, à qui, peu de jours: auparavant, il promettait de fonder sur lui son Église? ; Jacques, qui devait être le premier martyr du collège apostolique ; Jean, le disciple de l'amour. Déjà le Christ Jésus les avait choisis pour être témoins de la résurrection de la fille de Jaïre ; à présent, il les conduit sur une haute montagne pour être témoins d’une plus profonde manifestation de sa divinité. Vous savez que la tradition voit dans cette « haute montagne » le Thabor. Elle se dresse à quelques lieues à l’est de Nazareth, isolée, élevée d'environ six cents mètres, couverte d’une riche végétation ; de son sommet, le regard s'étend dans toutes les directions.
C’est là, sur cette cime éloignée des bruits de la terre, Seorsum*, que Jésus se rend avec ses disciples. Et selon son habitude, il entre en oraison ; c’est S. Luc qui relève
1. Matth. XVI, 21, 28. — 2. Ibid. 18. — 3. Ibid. XVII, x ; Marc. IX, r:
ce détail : Et facta est, dum oraret, species vultus ejus altera”, « il se transfigura pendant qu’il priait ». Sa face brille comme le soleil, ses vêtements deviennent blancs comme la neige ; il est tout entouré d’une atmosphère divine. ÿ
Quand Jésus avait commencé sa prière, les apôtres s'étaient laissés aller au sommeil ; mais voici que l'éclat de la lumière les éveille, ils le voient resplendissant, et, à ses côtés, Moïse et Élie, qui conversent avec lui. Et Pierre est rempli d’une telle joie à la vue de la gloire de son Maître, que tout hors de lui, «.ne sachant pas ce qu’il disait », il s’écrie: Bonum est nos hic esse? Maître, « nous sommes bien ici ». O Seigneur, il fait bon d’être avec vous ; que c'en soit fini des luttes avec les. pharisiens ; des fatigues, des courses et des voyages ; des humiliations et des embüûches ; restons ici, nous ferons trois tentes : une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie, et nous, nous demeurerons avec vous. — Les apôtres se croyaient là comme dans le ciel, tant la gloire de Jésus était resplendissante, tant sa vue rassasiait leur cœur.
Tandis que Pierre parlait encore, une nuée lumineuse es couvrit, et de cette nuée sortit une voix qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ». Tout aussitôt, remplis de saisissement et de révérence, les apôtres se sont LA en adoration devant Dieu. :
Mais Jésus les toucha l'instant d’après et leur dit:: « Levez-vous et n'ayez pas peur ». Eux, élevant les « yeux, ne virent plus que Jésus seul » : Neminem viderunt nisi solum Jesum”'. Ils virent . Jésus, comme ils Pavaient vu quelques moments auparavant, lorsqu'il faisait avec eux l'ascension de la montagne; ils virent le Jésus qu’ils étaient accoutumés de voir.; le Jésus, fils de louvrier de Nazareth ; le Jésus qui, dans quelque temps, mourrait Sur une croix. f;
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1. Luc. IX, 29. — 2. Matth. XVII, 24 ; Marc. IX, 4-5 ; Luc, IX, 33. — 3. Matth. XVII, 5-8 ; cf. Marc. IX, 6-7 ; Luc. IX, 34-96. :
Voilà le mystère tel qu’il est décrit dans le saint Évangile. Voyons maintenant quel en est le sens.
Car tout, dans la vie de Jésus, Verbe incarné, est plein de signification. Le Christ, si je puis ainsi m'exprimer, est le grand sacrement de la Loi Nouvelle. Qu'est-ce qu'un sacrement ? Au sens large du mot, c’est le signe sensible d’une grâce intérieure ; on peut donc dire que le Christ est le grand sacrement de toutes les grâces que Dieu a faites à l'humanité. Comme nous le dit l’apôtre saint Jean, «le Christ est apparu au milieu de nous comme le Fils unique de Dieu, plein de grâce et de vérité » ; et il ajoute aussitôt : « Et c’est à cette plénitude que nous devons tout puiser »’. Le Christ Jésus nous donne toutes les grâces comme Homme-Dieu, parce qu’il nous les a méritées, et que le Père éternel l’a constitué pontife unique et médiateur suprême ; il nous donne ces grâces dans tous ses mystères.
Je vous l'ai dit : les mystères de Notre-Seigneur doivent être pour nous un objet de contemplation, d’admiration, de culte ; ils doivent être aussi comme des sacrements qui produisent en nous, dans la mesure de notre foi et de notre amour, la grâce qui y est marquée.
Et cela est vrai de chacun des états de Jésus, de chacun de ses gestes. Car si le Christ est toujours le Fils de Dieu, si en tout ce qu’il dit et fait, il glorifie d’abord son Père, il ne nous sépare jamais non plus de sa pensée ; à chacun de ses mystères, il attache une grâce qui doit nous aider à reproduire en nous ses traits divins pour nous rendre semblables à lui.
Voilà pourquoi le Christ Jésus veut que nous connaissions ses mystères, que nous les approfondissions, avec révérence sans doute, mais aussi avec confiance ; et que surtout, en notre qualité de membres de son corps mystique, nous vivions surnaturellement de la grâce intérieure