‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 71 sur 134 · Ps. II · texte numérisé non relu

Ps. II

Fils Jésus. C’est Notre-Seigneur lui-même qui nous le dit: « Le Père vous aime, parce que vous avez cru que je suis sorti de lui »’, que je suis son Fils. Et quel bonheur pour une âme d’être l’objet de l'amour du Père, de ce Père « d’où descend tout don parfait »* qui réjouit les cœurs !

C'est être aussi très agréable à Jésus. Il tient à ce que nous proclamions sa divinité, à ce que nous ayons en elle une foi vive, forte, profonde, à l’abri de toute atteinte : « Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé en moi »*; qui, — malgré les abaissements de mon incarnation, les obscurs travaux de ma vie cachée, tes humiliations de ma passion, les attaques et les blasphèmes dont je suis sans cesse l’objet, les luttes que doivent supporter ici-bas mes disciples et mon Église, — demeure ferme dans sa foi en moi et ne rougit pas de moi.

Voyez les apôtres durant la passion de Jésus : leur foi était faible ; ils se sont enfuis. Seul, S. Jean a suivi son divin Maître jusqu’au Calvaire. Et nous savons qu'après la Résurrection, quand Madeleine et les autres saintes femmes sont venues dire de la part du Christ lui-même qu’elles l'avaient vu ressuscité, ils ne l’ont pas cru ; ils ont dit que c'était des histoires de femmes, des racontars.

Voyez encore les deux disciples qui se rendaient à Emmaüs ; il faut que Notre-Seigneur se joigne à eux, et, leur ouvrant le sens de l’Écriture, leur montre qu’il « était nécessaire que tout ce qui était écrit de lui dans la Loi de Moïse, dans les Prophètes et les Psaumes s’accomplît >‘, avant qu’il entrât dans sa gloire.

Croyons donc fermement à la divinité de Jésus ; ne laissons jamais entamer cette foi ; rappelons-nous, pour la soutenir, le témoignage du Père éternel à la Transfiguration : notre foi y trouvera un de ses meilleurs appuis.

L'oraison de la fête nous dit ensuite que « notre adoption comme enfants de Dieu a été admirablement marquée par la voix divine qui est sortie de la nuée lumineuse ».

HoToan, AVI, 27 — #2 /Jac, dl 27. — 3 Matth, eXT,,6 ; Luce VIT, 23: — 4. Luc. XXIV, 44

Le Père éternel nous fait connaître que Jésus est son Fils : mais, vous le savez, Jésus est aussi « le premier né d'une multitude de frères »’. Ayant pris notre nature humaine, il nous fait partager, par la grâce, sa filiation divine. S'il est le propre fils de Dieu par nature, nous, nous le sommes par grâce. Jésus est des nôtres par son Incarnation ; il nous rend semblables à lui en nous conférant une participation à sa divinité, en sorte que nous ne faisons plus avec lui qu’un seul corps mystique. C’est là l'adoption divine : Uf filit Dei nominemur et simus*.

En proclamant que Jésus est son Fils, le Père proclame que ceux qui partagent, par la grâce, sa divinité, sont également, quoique à un autre titre, ses enfants. C’est par Jésus, Verbe incarné, que cette adoption nous est donnée : Genuit nos verbo veritatis’. Et en nous adoptant pour ses enfants, le Père nous donne le droit de partager un jour sa vie divine et glorieuse. C’est « l’adoption parfaite », Adoptio perfecta.

Du côté de Dieu, elle est parfaite : car « toutes ses œuvres sont marquées du sceau d’une sagesse infinie » : Domine, omnia in sapientia fecisti*. Voyez, en effet, de quelles richesses Dieu comble ses adoptés pour rendre ce don incomparable : la grâce sanctifiante, les vertus infuses, les dons du S. Esprit, les secours qu’il nous octroie chaque jour : tout ce domaine qui constitue ici-bas pour nous l’ordre surnaturel. Et pour nous assurer toutes ces richesses, l’Incarnation de son Fils, les mérites infinis de Jésus, qui nous sont appliqués dans les sacrements, l'Église avec tous les privilèges que lui confère son titre d'Épouse du Christ. Oui, cette adoption, du côté de Dieu, est parfaite.

Mais de notre côté ? — Ici-bas, elle ne peut l'être. Elle va toujours se développant depuis le jour où elle nous a été donnée par le baptême ; c’est un germe qui doit croître, une ébauche qui doit s'achever, une aurore qui doit parvenir à son plein midi. La perfection, nous l’atteindrons quand, après que nous aurons été persévéram-

D 'ARONN LR 20 Ion, III, 3. Tac: TL, 78. — 3. Ps (CII 24

ment fidèles, notre adoption s’épanouira en gloire : Si filii et heredes, heredes quidem Dei, coheredes autem Christi’.

C’est pourquoi l’Église termine l’oraison de la fête en demandant pour nous « de parvenir à l’adoption parfaite qui ne se réalise que dans la gloire du ciel » : Concede propitius.. ut ipsius regis gloriae nos coheredes efficias et ejusdem gloriae tribuas esse consortes.

Nous voyons, en effet, dans la Transfiguration, la révélation de notre future grandeur. Cette gloire qui environne Jésus doit devenir notre partage. Pourquoi cela ? Parce que l’héritage qu’il possède comme propre Fils de Dieu, il nous donne comme à ses membres le droit d'y participer.

C’est la pensée de saint Léon. « Par ce mystère de la Transfiguration, une providence non moins grande a fondé l'espérance de l’Église ; le corps tout entier du Christ, (c’est-à-dire les âmes qui forment son corps mystique), peut reconnaître à présent quelle transformation lui sera accordée ; les membres peuvent s'assurer qu’ils seront un jour rendus participants de l'honneur qui a brillé dans leur chef »*.

Ici-bas, par la grâce, nous sommes enfants de Dieu ; mais « nous ne savons pas encore ce que, par suite de cette adoption, nous serons un jour » : Nunc filii Dei sumus ; et nondum apparuit quid erimus * ; ce jour viendra quand, « les foudres ayant illuminé, secoué et fait trembler la terre jusqu’en ses fondements »“, « les justes, selon la parole de Jésus lui-même, ressusciteront pour la gloire » : Tunc justi fulgebunt sicut sol in regno Patris eorum. Leurs corps seront glorieux à l'instar du corps du Christ sur le Thabor : c’est la même gloire qui rejaillit sur l’humanité du Verbe incarné et qui transfigurera nos

1, Rom. VIII, 17. — 2. Sed non minore providentia spes sanctae Ecclesiae fundabatur, ut totum corpus Christi agnosceret quali esset commutatione donandum, et ejus sibi honoris consortium membra permitterent qui in capite praefulsisset. 1. ©. — 3. I Joan. III, 2. — 4. Illuxerunt coruscationes tuae orbi terrae, commota est et contremuit terra. (Introït de la fête). — 5. Matth. XIII, 43.

corps. S. Paul nous le dit expressément : Reformabit corpus humilitatis nostrae, configuratum corpori claritatis suae:.

Nous ne devons sans doute pas croire que le Christ, sur la sainte montagne, avait tout l'éclat dont son humanité resplendit présentement dans le ciel; ce n’en était qu’à peine un rayonnement, mais si éblouissant qu’il ravissait les disciples.

D'où lui venait donc cet admirable rayonnement ? — De la divinité. C'était un écoulement de la divinité sur la sainte humanité, une irradiation du foyer de la vie éternelle qui se cachait ordinairement dans le Christ et faisait à cette heure resplendir son corps sacré d’un éclat merveilleux. Ce n’était pas une lumière d'emprunt, venant du dehors, mais bien un reflet de cette incommensurable majesté que le Christ contenait et comprimait en luimême. Par amour pour nous, Jésus, durant son existence terrestre, cachait habituellement, sous le voile d’une chair mortelle, la vie divine ; il l’empêchait de déborder dans une continuelle lumière qui eût aveuglé nos yeux infirmes; mais à la Transfiguration, le Verbe a donné congé à la gloire éternelle ; il l’a laissée projeter son éclat sur l’humanité qu'il avait prise.

Cela nous montre que nctre sainteté n’est autre chose que notre ressemblance avec le Christ Jésus, non une sainteté dont nous pouvons être nous-mêmes la source première, mais qui est l'écoulement en nous de la vie divine.

Par la grâce du Christ, cette sainteté a commencé de « poindre en nous »* dès le baptême qui inaugure notre transformation à l’image de Jésus. La sainteté n’est, en effet, ici-bas qu’une transfiguration intérieure modelée sur le Christ : Praedestinavit nos [Deus] conformes fieri imaginis Filit sui. Par notre fidélité à l’action de l'Esprit, cette image grandit peu à peu, se développe, se perfectionne, jusqu'à ce que nous arrivions à la lumière éter-

L'NPMNDP TL 21, — 2, CENIT, Petr.tao. 45. Rom. MIE 20.

nelle. Alors la transfiguration apparaîtra aux yeux des anges et des élus. Ce sera la ratification suprême de « l'adoption parfaite », qui fera jaillir en nous une source intarissable de joie.

Tel est l’état glorieux qui nous attend, parce que c’est là l’état glorieux de notre chef Jésus,- dont nous sommes les membres, état admirable que la Transfiguration sur le Thabor nous fait entrevoir et propose à notre foi comme un objet d'espérance.

Mais, me direz-vous, que devons-nous faire pour y parvenir ? Quel chemin faut-il suivre pour arriver à cette bienheureuse gloire dont nous contemplons un rayon dans la Transfiguration de notre divin Sauveur ?

Il n’y en a qu’un, et c’est le Père qui nous le montrera. Le Père, qui nous adopte, qui nous appelle à l’héritage céleste pour partager sa béatitude, pour participer un jour sans fin à la plénitude de sa vie, le Père nous indique lui-même le chemin, et il nous l’indique dans ce mystère même : « Voici mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances ».

Il est vrai que nous avons déjà entendu ces paroles au baptême de Jésus ; mais à la Transfiguration, le Père ajoute une parole nouvelle qui contient tout le secret de notre vie : Ipsum audite. « Écoutez-le ». C’est comme si, pour nous faire arriver à lui, Dieu s’en remettait à Jésus. Et telle est, en effet, l’économie des desseins divins.

Étant le Fils de Dieu, qui vit toujours au sein du Père, Jésus, le Verbe incarné, nous fait connaître les secrets divins : /pse enarravit*. I est la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ; où elle brille, il n’y a pas de ténèbres ; l'écouter, c’est vraiment écouter le Père qui nous appelle, parce que la doctrine de Jésus n’est pas sa doctrine, mais la doctrine de celui qui l’a envoyé” ;

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