Joan tl, +8. —— 2,1Cf, Joan. VIT, r
« tout ce qu’il nous enseigne, c’est son Père qui lui a dit de nous le révéler » : Omnia quaecumque audivi a Patre meo, nota feci vobis’. Il est « le seul chemin qui mène désormais au Père », Nemo venit ad Patrem, nisi per me®. « Jadis, Dieu a parlé, et fréquemment, par Moïse et les prophètes ; maintenant, il ne nous parle que dans son Fils »: Multifariam multisque modis olim Deus loquens patribus in prophetis, novissime, diebus istis, locutus est nobis in Filio*.
Et voyez : pour nous le faire comprendre bien clairement, Moïse et Élie disparaissent quand la voix du Père nous dit d'écouter son Fils : Ef dum fieret vox (Patris), inventus est Jesus solus*. Lui seul est désormais le médiateur unique, lui seul accomplit les prophéties et résume la Loi. Il substitue les réalités aux figures et aux prédictions ; il remplace la Loi Ancienne, toute de servitude, par la Loi Nouvelle, toute d'adoption et d'amour. Pour être enfant du Père éternel, pour arriver à « l’adoption parfaite » et glorieuse, nous n’avons qu’à écouter Jésus : Oves meae vocem meam audiunt ’.
Et quand nous parle-t-il ? — Il nous parle dans l’Évangile ; il nous parle par la voix de l’Église, des pasteurs ; par celle des événements, des épreuves ; par les inspirations de son Esprit.
Mais pour le bien entendre, il faut le silence ; il faut souvent, comme Jésus à la Transfiguration, se retirer dans un lieu solitaire, Seorsum. On trouve Jésus partout, certes, même dans le tumulte des grandes cités ; mais on ne l’entend bien que dans une âme apaisée et entourée de silence ; on ne le comprend bien que « dans la prière et l’oraison », Dum oraret ; c’est alors surtout qu’il se révèle à l’âme pour l’attirer à lui et la transfigurer en lui. À l'heure de l’oraison, pensons que le Père nous montre son Fils : Hic est Filius meus dilectus. Alors, adorons-le avec une révérence profonde, une foi vive et un ardent amour. Et alors aussi, nous l’écouterons : « lui seul a les
Ton CV ETS NT Did, XIV MMS EE DT TNT il IX, 36. — 5. Joan. X, 27. 4 de
paroles de vie éternelle »: Domine, ad quem ibimus ? Verba vitae aeternae habes:.
Écoutons-le, par la foi, par cette acceptation de tout ce qu’il nous dit : « Oui, Seigneur, je le crois, parce que vous le dites ; vous êtes toujours in sinu, Patris : vous voyez les secrets divins dans la splendeur de la lumière éternelle. ; nous, nous croyons ce que vous nous révélez. La foi est pour nous cette lampe, dont parle l’apôtre témoin de votre Transfiguration*, « lampe qui luit dans les ténèbres pour nous guider » : Lucerna lucens in caliginoso loco.
C’est à cette lumière entourée de ténèbres que nous marchons ; et, malgré ces ténèbres mêmes, nous devons
marcher avec vaillance. Écouter Jésus, ce n’est pas seu-
Le
lement l'écouter des oreilles du Corps, on écoute aussi des oreilles du cœur : il faut que notre foi soit pratique, qu’elle se traduise par des œuvres dignes d’un vrai disciple de Jésus, conformes à l'esprit de son Évangile ; ce que S. Paul appelle « plaire à Dieu » placere Deo É terme que l’Église a repris elle-même‘ quand elle demande pour nous à Dieu d’être de dignes enfants de notre Père céleste.
Et cela, malgré les tentations, malgré les épreuves, malgré les souffrances. N’écoutons pas la voix du démon: ses Suggestions sont d’un prince des ténèbres : ne nous laissons pas entraîner par les préjugés du monde : ses maximes sont trompeuses ; gardons-nous de nous laisser séduire par, les sollicitations des sens : les satisfaire n'apporte à l’âme que le trouble.
C'est Jésus seul qu’il faut écouter et suivre. Livronsnous à lui par la foi, la confiance, l'amour, l'humilité, l’obéissance, l'abandon. Si notre âme se ferme aux bruits de la terre, au tumulte des passions et des sens, le Verbe incarné s’en rendra maître peu à peu : il nous fera com-
1. Joan. VI, 60. — 2. II Petr. I, 16-18. Épître de la fête. — 3. I Thess. IV. Épître du deuxième dimanche du Carême. — 4 Tibi etiam placitis moribus dignanter deservire concedas. Postcommunion du deuxième dimanche du ‘Carême.
prendre que les vraies joies, les joies les plus profondes sont celles qu’on trouve à le servir. L'âme qui a le bonheur d’être admise, comme les apôtres privilégiés, dans l'intimité du divin Maître, éprouvera parfois le besoin de s’écrier avec S. Pierre : Domine, bonum est nos hic esse, « Seigneur, nous sommes bien ici ».
Sans doute, Jésus ne nous conduit pas toujours au Thabor, « là où il fait bon » ; il ne nous donne pas toujours des consolations sensibles ; s’il nous en donne, il ne faut pas les repousser, Car elles viennent de lui ; il faut les accepter humblement, mais sans les rechercher pour elles-mêmes, ni nous y attacher. S. Léon remarque que Notre-Seigneur n’a pas répondu à Pierre quand celui-ci proposait de dresser des tentes pour fixer une demeure stable dans ce lieu de béatitude ; non pas, dit-il, que ce fût condamnable, mais ce n’était pas l’heure. Tant que nous sommes ici-bas, c’est bien plus souvent au Calvaire que Jésus nous conduit, c'est-à-dire à travers les contradictions, les épreuves, les tentations”,
Voyez : de quoi donc s’entretenait-il sur la montagne avec Moïse et Élie? De ses prérogatives divines, de sa gloire, qui transportait ses disciples ? Non; il parlait de sa passion prochaine, de l’excès de ses souffrances qui étonnaient Moïse et Élie, autant que les éblouissait l'excès de son amour. C’est par la croix que le Christ nous mène à la vie ;,et parce qu’il sait que nous sommes faibles dans l'épreuve, il a voulu nous montrer par Sa Transfiguration quelle gloire nous étions appelés à partager avec lui, si nous demeurions fidèles : Coheredes autem Christi, si tamen compatimur, ut et conglorificemur*, Ici-bas, ce n’est pas le temps du repos, mais celui du travail, de l'effort, de la lutte, de la patience.
1. Huic suggestioni Dominus non resbondit, significans non quidem îmbrobum, sed inordinatum esse quod cuperet ; cum salvari mundus nisi Christi morte non posset, et exemplo Domini in hoc vocaretur credentium fides, ut licet non oporteret de beatitudinis promissionibus dubitari, intelligeremus 'tamen inter tentationes huÿus vitae prius mnobis tolerantiam bostulandum esse quam gloriam ; quia tempora patiendi non potest felicitas praevenire regnandi. l: ©. — 2, Rom. VIII, 17. \
Demeurons fidèles à Jésus, malgré tout. Nous avons entendu qu’il est le Fils de Dieu, égal à Dieu ; sa parole ne passe pas : il est le Verbe éternel. Or, il affirme que celui qui le suit parviendra à « la lumière de la vie » : Habebit lumen vitae’. Heureuse l'âme qui l'écoute, qui nécoute que lui, et l'écoute toujours, sans douter de sa parole, sans se laisser ébranler par les blasphèmes de ses ennemis, sans se laisser vaincre par les tentations, sans se laisser abattre par les épreuves’! « Nous ne savons pas, dit S. Paul, quel poids de gloire nous est réservé pour la moindre ee souffrances Hppor ie en union avec le Christ Jésus »°. « Dieu est fidèle »‘; et à travers toutes les vicissitudes par lesquelles passe une âme, Dieu la conduit infailliblement à cette Hans GrnaE tion qui la rend semblable à son Fils.
Ainsi notre transfiguration en Jésus se réalise peu à peu intérieurement, jusqu’à ce que vienne le jour où elle apparaîtra rayonnante dans cette société d’élus qui portent le signe de lAgneau, et que l’Agneau transfigure parce qu’ils sont à lui.
Notre-Seigneur lui-même nous l’a promis. « Le monde se réjouira, disait-il avant de nous quitter ; vous, vous serez ici-bas dans l’affliction, dans l’épreuve", comme moi-même jy fus avant d'entrer dans ma gloire » : Oportuit pati Christum et ita intrare in gloriam suam*. C’est nécessaire, c’est la voie de ma providence ; mais demeurez fermes, « ayez confiance », confidite"; je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles’. À présent, votre foi me reçoit chaque jour dans le mystère de mes abaissements, mais je viendrai un jour dans la pleine révélation de ma gloire. Et vous, mes disciples fidèles,
1. Joan. VIII, 12. — 2. Nec ideo quisquam aut pati pro justitia timeat, aui de promissorum retributione diffidat quia per laborem ad requiem, et per mortem transitur ad vitam : cum omnem humilitatis nostrae infirmitatem ille susceperit, in quo si in confessione et in dilectione ipsius permaneamnus, et quod vicit vincimus, et quod promisit accipimus. 1 ce. — Pr CM Cor V7 #4 0l Cor ul, ox, r3 300 Thess. UT, 31 7 5. Joan. XVI, 20. — 6. Luc. XXIV, 26. — 7. Joan. XVI, 33. — 8. Matth. XXVIII, 20.
vous entrerez dans ma joie, vous aurez part à ma gloire, car vous êtes un avec moi. Ne lai-je pas demandé à mon Père au moment d'en solder le prix par mon sacrifice ? « Je veux, Ô Père, que là où je suis, mes disciples, ceux que vous m'avez donnés, soient également ; qu’ils voient et partagent ma gloire, celle que j’ai reçue de vous avant la création du monde » : Pater, VOLO ut ubi sum ego, et illi sint MECUM, ut videant claritatem meam quam dedisti mihi”. Pour vous, que j'appelle mes amis ; vous à qui j'ai confié les secrets de la vie divine, comme mon Père l’ordonnait ; vous qui avez cru, et ne m'avez pas quitté, vous entrerez dans ma joie, vous vivrez de ma vie. Vie plénière, joie parfaite, parce que ce sera ma propre vie et ma joie personnelle que je vous donnerai, ma vie et ma joie de Fils de Dieu : Ut gaudium MEUM in vobis Sit, et gaudium vestrum IMPLEATUR *.
r. Joan. XVII, 24. — 2. Ibid. XV, 11.