‹ Le Christ; drame sacré en cinq tableaux, avec une mélodie originale de Clément LippacherChapitre 2 sur 30 · L.A VIERGE · texte numérisé non relu

L.A VIERGE

Mon fils !... Notre maison, — hélas! qui n'est plus nôtre Je l'aperçois d'ici, tout là-bas ; c'est un autre Qui bêche notre champ et récolte nos fruits ! Nous serons malheureux si je vous y conduis.

LE CHRIST Restons.

LA VIERGE

Nous avons tout quitté pour votre gloire.

Pour la mienne ? Qu'avez-vous dit ? vous devez croire

Que j'ai tout entrepris pour celle de mon Dieu !

Mais je ne me plains pas, et si j'ai dit adieu

A mon pays natal, à mes rêves de joie.

C'est qu'un devoir plus haut a fait de moi sa i)roic

Et qu'à l'ordre divin mon âme a répondu.

Oui ma mère, c'est vrai, nous avons tout perdu,

La petite maison, des sages désirée.

Et les douceurs sans nom d'une vie ignorée ;

Qu'importe ! Il faut saigner aux pierres du chemin.

Préférer au passé les douleurs de demain,

Et, demeurant debout quand même on désespère,

Marcher droit vers le but sous les regards du Père !

LA VIERGE

Mon enfant !

Si je rêve un moment, laissez-moi ; Cet instant d'abandon n'ébranle pas ma foi ; Ce retour fugitif aux choses délaissées Rafraîchit doucement l'ardeur de mes pensées; C'est comme l'oasis ombreuse où va s'asseoir Le voyageur poudreux et surpris par le soir.

LA VIERGE

Soyez heureux ! Pour moi, lorsque je vous écoute Je sens finir la peine et se fondre le doute ; Rêvez ; votre bonheur sera toujours le mien ; Et si mon ignorance est un faible soutien. Mon amour, acceptant l'heure paisible ou sombre Suivra docilement vos pas, comme votre ombre !

LE CHRIST (rêvant)

O jours évanouis ! ô souvenirs lointains !

Travaux d'enfant, joyeux atelier, doux matins

Quand, parmi les grands lys où pleurait la rosée,

J'allais par les sentiers déserts, l'âme apaisée

Adorant en secret mon Dieu, l'esprit pareil

A la sérénité des champs pleins de soleil !

O crépuscules doux sur la terrasse aimée

Quand la fraîcheur des nuits descendait, embaumée.

Et que montaient de l'ombre, au ciel splendide à voir,

Les propos de famille et les hymnes du soir !

{Entrée de Nathaniel et de Zacharie.)

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