LES MÊMES, LA VIERGE
LA VIERGE
Mon enfant !
Ma mère bien-aimée !
l.A \IERGI':
Qui l'accuse ? Son âme est pure ; elle est fermée Au mal. Je le connais si bien ! C'est mon enfant ! Je dis la vérité quand ma voix le défend ; J'ai vécu près de lui fidèlement. Nous sommes Pauvres, il n'a pas fait de tort aux autres hommes ! Il a toujours souffert sans l'avoir mérité l'^t jusqu'en sa détresse il garde sa bonté ! Pitié pour lui !
MARIE-MADELEINE Pitié!
LA FOULE Non ! La mort le réclame !
MADELEINE
Faut-il, pour votre honte à tous, peuple sans âme. Qu'il n'ait plus pour l'aimer que sa mère et que moi !
PILATE
Peuple, le temps s'écoule ; il faut juger. Le roi Veut que devant vous tous je rende en ce jour même, Dans cette cause aux longs débats, l'arrêt suprême. Deux accusés sont là, que la justice attend ; Barabbas, le bandit au passé révoltant, L'homme hideux, chargé de crimes innombrables, Et le plus odieux de tous les misérables ; L'autre est Jésus, rêveur naguère vénéré ; Or, vous pouvez, selon l'usage consacré Arracher l'un ou l'autre au terrible supplice ;
LA FOULE
Rendez-nous Barabbas I Que la loi s'accomplisse Pour Jésus !
PILATE
Songe bien, Peuple, que l'innocent Dont l'injustice humaine aura versé le sang Causera l'éternel remords de la Judée ; Si Jésus est coupable, il ne l'est qu'en idée ; L'autre est un assassin farouche et conscient !
LA FOULE
Rendez-nous Barabbas !
PILATE
Peuple, il est effrayant De penser qu'une haine à ce point aveuglée Puisse affoler ainsi l'âme d'une assemblée ! En juge impartial, je le dis hautement, Je regarde Jésus avec un œil clément ; Obéir au courroux sans nom qui vous soulève, C'est frapper un rêveur qui n'a commis qu'un rêve !
LA FOULE Mort au Christ !
PILATE
Je dis vrai lorsque je le défends !
Son sang retombera sur vous et vos enfants. Je m'en lave les mains !... Tu l'as voulu, Caïphe, I.e remords saignera dans ton cœur de Pontife ! Moi, je suis l'instrument des prêtres et du roi I/esclave du pouvoir et la main de la loi ! La sentence de mort fait frissonner mon âme ; Jésus de Nazareth c'est le supplice infâme Que réclame pour toi tout ce peuple insensé : Ma pitié reste vaine et ton règne est passé ! Oui, forcé par Hérode et par la foule hostile J'obéis en tremblant et j'ordonne aujourd'hui Que Jésus-Christ soit mis en croix hors de la ville Entre deux malfaiteurs, condamnés comme lui !
LA FOULE Vive Pilate !
LA VIERGE Hélas ! Le ciel nous abandonne !
PILATE
Peuple ! Garde ce crime où je ne suis pour rien ! Faites votre devoir comme j'ai fait le mien, Soldats'... Ne tardez |îIus.... et que Dieu nous pardonne
(lùitrée de 'Judas.)