SCÈNE I
MARIE-MADELEINE seule
Le soleil rouge et bas s'endort sur les eaux calmes ;
Nul frisson : les cactus, les cèdres et les palmes
Reposent ; c'est l'instant exquis et parfumé
Où l'amoureuse en fièvre attend son bien-aimé.
Viendra-t-il ? Sa promesse a remué ma vie ;
Sans l'avoir possédé je lui reste asservie,
Et mes yeux enchantés, par son charme éblouis.
Se ferment pour le voir dans la tiédeur des nuits.
Sainte douceur d'aimer ! Redoublement de sève !
Mes sens inassouvis font cet éternel rêve
De l'avoir attentif, sans cesse, à mes côtés '
Il domine à jamais toutes mes volontés,
Mes amours d'autrefois ne sont plus rien ; j'oublie
Ce qui fut l'éphémère et coupable folie ;
Mon cœur régénéré sourit sous les cieux clairs
Comme ces muguets blancs par l'avril entr'ouverts !
Jusqu'en sa cruauté mon attente m'est douce ;
Si mon impatience amère se courrouce,
Je bénis cependant l'amour inapaisé
Qui remplit mon présent et détruit mon passé.
... Le soleil s'est éteint dans l'eau morne et sanglante
11 ne vient pas encore ! Ah ! comme l'heure est lente !
Comme son cœur remplit le mien ! Le voici !.. Non..
Non ! Ce n'est pas celui que j'attends ! C'est Zenon !
{Entrée de Xcnoyi.)