MARIE-MADELEINE, ZENON
ZENON
Madeleine !
Vous aimer !
MADELEINE C'est vous? Que voulez-vous encore.-'
ZENON MADELEl.XE
La chanson n'est pas neuve ; une aurore N'a pu voir se changer mes sentiments d'hier.
ZENON
Toujours ce ton glacé suivi d'un regard fier! Quel est donc l'inconnu qui vous a transformée?
Mon frémissant espoir vous nommait bicn-aiméc, Ma richesse à vos pieds rayonnait, mais soudain ' A vos expansions succède le dédain, O femme, cœur changeant qu'un souffle nous enlève, Plus mobile qu'un ciel ébauché dans un rêve !
MADELEINE Etiez-vous le premier dans mon âme?
ZENON
Non pas.
MADELEINE
De quoi vous plaignez- vous alors ? Entre mes bras J'ai serré de meilleurs que vous avec ivresse, Et si mon lier refus remplace ma caresse C'est mon droit ! Mon orgueil ne sait pas obéir, Et n'ayant rien juré, je n'ai pu vous trahir.
ZENON
Vous m'aviez écouté, j'aurais su vous attendre.
MADELEINE
Je semblais accueillante et vous me croyiez tendre ; Tant pis ! Que voulez-vous y faire ? J'ai changé.
ZENON
Mon amour est plus fort quand il est outragé. Votre vaine colère irrite ma blessure.
N'espérez pas ainsi m'éloigner....
MADELEINE
, Je suis sûre
(Ju en ne me voyant plus vous m'oublierez un jour.
ZENON Madeleine !
MADELEINE
C'est bien, j'ai pénétré l'amour Des hommes. Leurs désirs sont de feu, mais leur âme Trouve un peu d'infini caché dans toute femme ! Vous pleurerez d'abord les baisers interdits, Puis vous serez heureux ailleurs, je vous le dis.
ZENON
Non ! C'est vous que je veux ! C'est votre chevelure Qui rougeoie, et votre œil perfide et votre allure Aux ondulations belles de volupté.
Et je suis plus ardent encor quand j'ai compté Vos amants ; leur folie à tous est votre gloire ; Et leur acharnement étrange me fait croire Que votre corps révèle à leurs sens éperdus Les mystères brûlants des spasmes défendus !
MADELEINE
Je suis libre d'aimer qui je veux, je suis belle Mais l'esprit du péché peut me trouver rebelle Lorsque ma fantaisie est d'être sage. Ainsi Rien ne peut m'empêcher de vous chasser d'ici, Et d'y proclamer roi l'être à qui je veux plaire.
ZENON
Vous aimez ! Je veux tout savoir !
Votre colère, Ou vos humilités ne me changeront pas ! Tenez, cœur altéré d'amour, voyez là-bas Ces points d'or que le lac, baigné d'ombre, refîète Dans le miroir obscur de son eau violette ; Là, sous des murs de marbre entourés d'oliviers Des baisers tout pareils à ceux que vous rêviez Vous attendent; là-bas, plus d'une femme aimante Saura de vos désirs apaiser la tourmente
Et vous ouvrir le ciel en vous ouvrant les bras ! Pourquoi donc vous heurter sans cesse aux cœurs ingrat? Lt sachant qu'à mon âme un autre parle en maître, Chérir qui vous repousse et qui vous hait peut-être?
ZENON
Votre douce parole où la pitié paraît M'accable encore plus, ô femme, et je suis prêt A pleurer!
MADELEINE
Soyez moins prodigue de vos larmes !
Contre ma fermeté ce sont de pauvres armes ; Croyez-moi, ne tentez que plus tard leur pouvoir Sur des cœurs ignorants et prompts à s'émouvoir. Laissez-moi seule.
ZENON
Hélas ! votre ironie amère Redoublant mon désir, embellit ma chimère : J'ai tant à vous donner de richesse et d'amour ! Ma tendresse pour vous, femme, c'est le retour A vos illusions que vous croyiez perdues, Aux intimes douceurs qui vous sont encor dues, A la joie, aux bonheurs profonds par vous rêvés. Car je lis dans vos yeux pensifs, et vous avez L'impatient désir d'une nouvelle vie ; Traînant le lourd remords de la route suivie, Vous songez, sans nul doute, en cet instant cruel, A quelque amour unique et peut-être éternel !
Vous l'avez dit.
M.ADELEINE
ZENON
Eh bien, ô fière Madeleine Suis-je indigne à jamais de votre douce haleine Et de vos longs baisers éclos au sein des nuits?
MADELEINE
C'est V'Ous qui m'adorez et c'est vous que je fuis. Votre insistance étrange où perce la folie Trouble la solitude où je veux, recueillie, Caresser mon beau rêve en trompant mon désir. Votre obstination m'irrite, mon loisir Al'appartient.
ZENON
Ma tendresse est là qui vous supplie!
Mon appel éperdu n'est pas une folie Qui passe.
MADELEINE
Nul ne trouble ici mes volontés !
Xc me devenez pas plus odieux ; partez !
ZENON Adieu !
[Sortie de Zenon.)
MADELEINE
\'a-t-il venir enfin? Quelle nuit tiède Et bleue ! ô mon ami, mon esprit te possède Mais ton corps est trop loin du mien ; et tes beaux veux Sont plus pour mes regards que l'infini des cieux !
[Entrée du Christ.) C'est lui!
[Elle s'agenouille.)