LE TEMPOREL, LE SPIRITUEL ET LA CHARITÉ
ANDRIEUX, LE DUC, MICHÂUD, GHARDEVEL.
MICHAUD
Napoléon I'"" et Saint-Simon, •• Voilà donc ce qua<* trième couple pour lequel on a inventé tous les au« très; je le voyais venir, je le repousse des deux mains. Est-ce que Saint-Simon a qualité pour figurer parmi les réformateurs, lui qui n'a pas été mêlé aux événements comme Luther, Hildebrand, Atbanase, qui n'appartient à l'histoire que par une célébrité posthume? Quant à Napoléon, je veux bien qu'il soit le premier des capitaines anciens et modernes ; mais je maudis l'ambitieux qui épaisa le sang des peuples aux jeux du hasard et de la force ; je flétris ce fils ingrat de la révolution qui fit pis oncore que d'être un despote, qui fit école de despotisme ; ce n'est pas moi que la gloire fascine, et je prie le del d*épai^ner à mon pays le funeste présent de ces grands boDuneBtt .
— lu -*
CHAKDEVEU
Qui jettent les assemblées délibérantes par les fenêtres I
mCHAUD.
Permettez.», ce n'est pas de son 18 brumaire que je lui fais un crime^ moi.
CHARDEVEL.
Ah I il vous fallait un coup d'Ëtat, et vous lui re-* prochez son despotisme ?
MICHAUD
Monsieur, Tordre était mis en péril par le Directoire, cette queue ridicule de la Terreur, et ne pouvait être sauvé que paruneépée intelligente...
CHARDEVEL.
Ah I il vous fallait une épée, et vous lui reprochez son amour de la guerre ?
MCHAUI).
Son génie politique n'égalait pas son génie mili-* taire ; il n*a lait que passer, et n'est rien de plus que le symbole de là guerre, auquel on accole Saint- Simon qui inventa la paix perpétuelle après Tabbé de Saînt-Pierre. Tels sont les fondateurs de la fameuse époque organique du dit-neuvième siècle : un rêveur stérile... et un sanglant météore !
CHARDEVEL.
C'est faire injure à Saint-Simon, l'homme de l'avenir, que de le placer côte à côte de Bonaparte, l'homme du passé , le plagiaire des potentats ses devanciers, affectant comme eux de servir l'idée pro* gressive qui n'avait pas besoin de lui^ ressuscitant Tempereur par haine de la révolution, le pape par
peur de Tidéologie ; il nous a reculés de cent ans peut-être l
Nous prononçons aujourd'hui sur les événements et les hommes en les rapportant à lUdéal d'ordre, de liberté, de paix que nous nous proposons ; e*est une heureuse habitude ; mais jusqu'à présent tous nos progrès sont chèrement achetés, et c'est un pur rêve qu'une paix générale qui n'ait pas sa$» racine» im^ le sang, qu'un ordre nouveau qui ne soit pas précédé du renverseqient de l'ordre anoicin, qu'npp §i^t«nsion dé Ig liberté qui ne provoqua pu» m d^^PQtisiqe, Or, toMie dictature est proportionpeUc^ à l£} ri^voln^ tiou qui la suscite. Il fallait à notre révolution, la plus vaste qui fût jamais, un bomm gr»ud cpmpie elle, capable de la maîtriser s|u fleddP^, (\q la défen^Jr^l au dehors; ce fut Napoléoo, politique et capitaiue du ffvemkf rang »qus le nom d'empereur, iiqu) npuvequ popr la France. Mai^ la Frïince ^^erç^it pn^ magistrature dans le monde par la fréqqeqcp dfi se» interventions; »a révolqtion, en phraRlant mx 8on sol les bases mêmes du vieil prdre européen, la contraignait h m accomplissement formidable de sa
fonction qui réclamait )e tUre f|e l'autQrité I4 plusi générale, le titre d'empereur, et César est nécessaire tout à la fois k l'intériepr, ^ l'extérieurt H relève le trôna afin de se faire antique en s'y as^çyant^ sauf ^ rojenniP Ip chose surajoutant à sa personne; il réagit
Gpntrp r^pjjfpbie jusqu'à snpprwer toute liberté; il retire le popvoir de toutes le» mains pour le concentrer entre les sienne» ; il ^'empare de tputes le» am-
bitiens et de toutes les cupidités décbafnéeSt il tend tou6 les ressorts cUune nation électrisée, et paraît FeicpreBsioii même de la France qui se seqt vivre dans cette unité comme elle s'était sentie vivrp dans la foule de ses tribuns, qui prend plaisir à opposer aux royautés de droit divin une majesté parvenue dans laquelle ^lle s'applaudit couronnée et foudroyante. Sa carrière sera brève ; }l n'a dompté la révolution que pour ep faire passer en kii^mème Télan et le v(|rtige ; il faut qu'il aille comme elle allait, sous d'autres ^umQ^f muis lariic le même emportement ; il pousse r^mpire h bout, et lui aussi a ^n 9^ thermidor, terme fatal de tous les excès, Uénormité de son despotisme a donné fayeur h cette présomption que les ay;»pis^mepts de h civilisation condarnoopt la faculté du gouvernement in s'oblitérer ; il nous paraît plus sag^ de p^epser quç les notions , devenues jalouse;» de leur$ libertés, en imposeront le res* pect 4Mf bommeii supérieurs h qui il est donpé de dl&çerper les nécessités générales d'une société et d'y ^tjs&ire, qui se perpétueront jusqu'à la fip des siècles, qui sprviepnept quelquefois sans être attendut;*.. Cbose remarquable qu'à l'heure qù le de;stin des races impériales semblait accompli» un Cbarlepidgne soit issu de 1^ révolution I
LE DUC
Preppns garde. Vous avez besoin de prêter quelque$*ups des triaits du vieil empereiir nu nouveau pour en fcdre l'un des promoteurs de votre époijue organique ; pourtant se ress^mbleraieqt-ils pour s'être faits tous deux sucrer par le pontife ? Le pre-
mier croyait, le second était de la religion de Votaire et de Rousseau ; le premier s'appliqua à relier les peuples par une Église indépendante ; le second ravit au pape la souveraineté de Rome, ce présent de son devancier^ et volontiers il lui aurait assigné la captivité d'un autre Avignon, afin d'avoir sous la main le président de ses futurs conciles ; il termina par la violence sa parodie des respects du fils de Pépin pour le successeur des apôtres ; aussi le système de Gharlemagne dura , soutenu qu'il était par une institution commune; le lien religieux a manqué au système de Napoléon, et il en a vu la dissolution du haut de Sainte-Hélène.
ANDRIEUX
Si Napoléon estmoins catholique que Gharlemagne, il est plus chrétien. 11 copie son prédécesseur lorsqu'il rend hommage à Rome qu'il tente de réconcilier avec la révolution ; mais cette Église que le vieil empereur avait trouvée militante et unie, qu'il plaça audessus de la chrétienté pleine des divisions féodales, aGn de faire ployer toutes les inégalités devant l'Évan' gile, le nouvel empereur la trouve épuisée et critiquée ; ce n'est plus à la tête qu'il doit prendre le christianisme, c'est dans les peuples eux-mêmes où les doctrines d'égalité, de liberté, de fraternité se sont faites chair. Le premier avait pourvu à ce que la semence fût répandue ; les résultats sont produits à l'heure où le second paraît; il ne copie plus, il obéit à sa propre inspiration lorsqu'il s'emploie à les affermir en France, à les propager en Europe, et c'est pour cela qu'il est l'un des promoteurs de Té-
poqiie religieuse future. , C'est lui qui légalise les principes de la révolution, qui en consacre les intérêts en affermissant sous les pieds de la bourgeoisie et du peuple la propriété des biens de la noblesse et du clergé; il la laisse si profondément implantée qa'après lui personne n'y touche sans avoir à s'en repentir. Aujourd'hui il nons est aisé de prétendre que la démocratie se serait passée de lui; comme toute chose nouvelle, elle avait besoin d'une sanction tirée de la force, du pouvoir, du souverain. De même que les rois ses prédécesseurs avaient été les princes de la classe moyenne, il se fit le prince d'une nation dont toutes les classes étaient égales devant lui. En un mot , il est le plus chrétien des Césars, parce qu'il a cru plus qu'aucun d'eux à Tunité de l'espèce humaine; quoique nul politique n'ait fait verser plus de sang et n'ait plus demandé à la force, ce titre lui restera, si on veut réfléchir, d'après ce qui se passe sous nos yeux, à l'opi-^ niâtreté du droit ancien qui ue se tient pas encore pour vaincu, qui alors fut plus souvent provocateur que provoqué. Certes, les nations européennes ont souffert ; mais, sans se faire Tapologiste des abus de la victoire, il est permis de reconnaître que le niveau de leur civilisation a été élevé par ces guerres de la république que Napoléon a si vigoureusement continuées; l'ère de la démocratie y a été avancée de cent ans, la France a payé l'escompte.
C'est en faisant l'Europe à l'image de la France, en la lui donnant pour centre, que Charlemagne en avait constitué l'unité ; mais, depuis le seizième
siècle, l'Europe avait perdu le sentiment fédéral. Chaque peuple avait fait ses affaires au mieux d&ses intérêts, nonobstant le système de l'équilibre qui maintenait les iniquités établies telles que la domination^ de r Autriche en Italie, qui n'empêchait pas de nouvelles iniquités telles que le morcellement de la Pologne, qui ne s'opposait pas à l'usurpation de la domination des mers par l'Angleterre. Napoléon entreprit de reconstituer l'Europe en se servant aussi de la France, et elle n'a pas péri cette unité dont son empire n'était que la forme transitoire ; elle, a été créée par la diffusion des principes dé 89, par la consécration de la solidarité humaine, par la perspective d'une confédération efficace. Voilà l'œuvre religieuse à laquelle la France à donné ses idées, son braià, son sang, à laquelle Napoléon a donné son ambition, son génie, et ses vœux jusqu'au dernier soupir. Un autre de ses prédécesseurs, Charles- Quint, demeura dans son monastère de Saint-Just (^sédé du fantôme de l'empire, du remolrds de l'équilibre dont il avait fait éclore l'œuf moins volontairement que Luther n'avait fait éclore l'œuf de la réforme; il expira sans s'être transfiguré, et longtemps son âme a comme entrepoussé les débris de sa monarchie à se ressouder, au péril et au dommage de tous ; Napoléon grandit à Sainte-Hélène au-dessus de lui-môme. Il entrevit dans un lointain lumineux les gloires de la France libre et désarmée au sein tte l'Europe paciliée et confédérée; il dit avant de mourir : « Toute guerre européenne est une guerre civile^ lo et l'aocomplissement de ses des-
seins, trop vastes pour ne pas excéder les forces d'un seul homme, se poursuit, se poursuivra à la joie de ces populations qui veulent devenir des nations comme les pi-olétaires ont voulu devenir des citoyens ; ce dernier deô Césars est le meilleur de tous.
LE DUC
Allons, je redoutais une épopée, vous n*avez fait qu'une plaidoirie. Puisqu'il faut opiner, Napoléon I" est de la lignée des Constantin, des Charlemagne, des Charles-Quint ; la liste n'est pas complète si son nom y manque. Passons à Saint-Simon.
CHARDEVEL.
Un mot auparavant. Dans le système d'Andrieux, l'impulsion part d'époque en époque de l'empereur, personnification du monde, du réformateur, person-^ nification de l'Église, et trois couples convenablement assortis nous ont été présentés ; mais l'homme d'action et l'homme de pensée. Napoléon et Saint- Simon, sont du temporel l'un et l'autre; ils sont du même sçxe ; il n'y a ni quatrième couple ni quatrième époque.
MICHAUD
Le système est démoli! On voulait que le réforma* teur fût laïque^ il l'est trop à cette heure.
LE DUC
Andrîeux, est-ce donc ainsi que vous entendiez la réconciliation de l'Église et du monde ? Si le monde produit à lui seul l'empereur et le réformateur, il contient tous les éléoïents vitaux de la chrétienté,
TEglise n'est plus rien que la gardienne d'une tradition qu'elle ne peut vivifier ?
ANDRIEUX
Le inonde ne retournera plus à l'Église ; l'Église ira au monde pour enseigner le respect de la tradition et pour apprendre comment cette tradition doit être régénérée. Voilà la volonté de la Providence manifestée par l'existence de l'empereur et du réformateur dans le même milieu ; une société unique est en voie de formation, les deux initiateurs out une base commune d'opérations.
Jusqu'à présent, nous n'avons parlé de Saint- Simon qu'en l'isolant et il vous a paru peut-être une sorte d'aventurier philosophique dont on pouvait au besoin faire le drapeau d'une guerre au christianisme. Le doute ne vous est plus permis sur le caractère de son apostolat; il est inséparable des grands ouvriers chrétiens que nous avons cités; il est leur associé, leur collègue, leur continuateur dans ce que nous avons nommé l'Evangile de l'humanité faisant suite à l'Evangile de Jésus; sans eux il ne pouvait rien, mais sans lui tous demeurent inachevés, et la tradition est rompue. Vous ne prendrez pas ses devanciers que vous ne le preniez, vous ne le prendrez pas que vous ne preniez ses prédécesseurs ; il s'est de luimême à sa dernière heure classé dans la famille du Christ, il n'eu sera arraché ni par les croyants ni par les philosophes. Vous étonnerez-vous de ce qu'il ait été de son vivant obscur et dédaigné? Au commencement de cette quatrième époque plus qu'à toute autre époque, la division de la théorie et de la
pratique doit se trancher; tel est Tétat de la société qu'il y faut à la fois pourvoir au présent et préparer Tavenir. Jamais mission ne Tut plus éclatante que Tune, plus profonde que Tautre. Napoléon donne à la France une organisation provisoire; il se hâte de reconstituer Tordre social en mêlant les matériaux du présent avec les matériaux du passé; il rétablit le culte catholique; il pense avoir fermé l'abîme des révolutions; Saint-Simon veut aussi mettre un terme à la révolution, et c'est pour cela qu'il médite une réorganisation définitive de l'Europe et une religion nouvelle, parce que dès lors il considère la religion comme la seule nature (f institution politique tendant à f organisation générale de F humanité. Napoléon s'applique à combiner la tradition du pouvoir et le principe de la révolution, c'est un autocrate; Saint- Simon s'applique à combiner la philosophie et la tradition religieuse, il débute en théocrate ; l'un et l'autre ont le tempérament de l'unité.
Oui, SainuSimon est un sublime amant de l'unité, et cet amour est l'un des puissants ressorts de sou génie. H a besoin de tout systématiser en vue de \gi réorganisation de la société. Et tout d'abord le disciple de d'Alembert voit dans les théories scientifiques, produites chez les diverses nations de T Europe par une communauté de recherches, le lien nouveau des peuples; il voit dans les corporations savantes le pouvoir spirituel légitime. Détaché de l'idée de Dieu qu'il nie alors sans la transformer, il s'attache avec enthousiasme au principe le plus général qui ait été découvert, à la loi suprême de
Funivers, à la loi de la gravitation, doDt il pense qu'une philosoptiie nouvelle doit sortir pouf engendrer un nouveau système politique. S'il n'est encore que l'apôtre de Newton, c'est déjà avec un sentiment religieux qui le pousse à socialiser la science. Le premier manifeste de cette préoccupation > est, comme nous l'avons dit, un opuscule intitulé : Lettres cTun habitant de Genève è ses contemporains ^ écrit en 1802, dans l'un de ces moments décisifs où tout grand homme sent son rayon de feu ou voit son buisson ardent ; là, sans se laisser troubler par l'ascendant du jeune César , il pronostique la fin de la guerre, la paix perpétuelle, le changement de la terre en un paradis par le travail et par l'union des peuples. Cette période de sa vie se termine par la publication de deux mémoires; l'un sur Ja Science de f homme j l'autre sqr la Gravitation écrit en 1813, entre nos désastres de la veille et ceux du lendemain, tandis que le pape est captif à Fontainebleau; et, à cette heure de crise, il invite Napoléon à réorganiser la société européenne par les sciences; il ^omme les savants, qu'il veut croire gens de cœur autant que gens de tête, de se constituer en corps sacerdotal pour ramener le calme en Europe, en élisant le premier pape de la nouvelle théorie scientifique. Ces labeurs ne sont pas infructueux. Il fait revivre la pensée d'une philosophie des sciences; il établit la nécessité de confier aux savants le pouvoir spirituel de la société ; il conçoit profondément l'unité d'une méthode commune à toutes les branches du savoir humain ; il crée enfin la méthode historique
6d verlu de laquelle la politique devient une science positive^ puisque TexamBU de la double série croissante et décroissante des faits du passé permet de prévoir les actes de Tavenir. Saint-Sipjkon ne s'ar-* rétera point là; mais sa phase exclusivement pbi<^ losopbiquê se per{)étuera par Auguste Comte qui, en partant des données du maître^ affecte d'écarter toutes les questions métaphysiques et théologiques ; qui fait prédominer le procédé d'Aristote sur le procédé de Platon et rend de notables services de coordination ; qui marque la plupart des esprits philosophiques de notre temps de l'empreinte de son positivisme scientifique.
L'Empire était tombé, le congrès de Vienne machinait déjà la Sainte-Alliance; en octobre 181A, Saint-Simon fait une première application de cette science politique qu'il a tirée des dossiers désordonnés de rbistoire. Aidé de la plume d'Augustin Thierry, dont il devine le génie comme il a deviné celui d'Auguste Comte, il publie un mémoire sur la Réorganisation de la société européenne. Il entreprend d'en reconstituer, par un conseil ampliyctiouique^ l'unité vainement essayée et détruite par les armes ; il propose un parlement international composé de deux chambres, discutant les affaires générales de la confédération des nations européennes et maintenant la paix par un arbitrage permanent. C'est le principe de l'association remplaçant le principe de l'équilibre; c'est la transformation do l'influence pacificatrice de la papauté durant le moyen 1^, conformément au système représentatif
des temps modernes. Vaines paroles alors ; mais voici que de nos jours la pensée du philosophe est le programme des politiques intelligents, la réponse de la France aux menaces de résurrection de la Sainte- Alliance.
La paix étant rétablie, Saint-Simon fait alors la deuxième application de sa science politique. Naguère, entre sa caitipagne sous Washington et la révolution, comprenant déjà que Thonmie doit approprier son habitation à ses besoins par de vastes travaux, tour à tour il proposait au Mexique un projet de communication entre les deux Océans ; il s'offrait à l'Espagne pour l'exécution d'un canal qui aurait relié Madrid à la Méditerranée ; aujourd'hui il s'enflamme pour l'industrie, toute son originalité éclate. Avant lui, on avait exalté la science et les savants jusqu^à voir en eux le pouvoir spirituel de l'avenir; on n'avait pas encore dit quel était le pouvoir temporel; il fait ce qui n'avait pas été fait, la philosophie de IHnduslriey il crée le système in^ dustrieL Personne, plus que ce descendant d'une vieille race, n'a préconisé la classe des industriels, grands ou petits; élément anti-féodal, émancipé par l'Eglise et s'émancif»ant lui-même; devenu Télément le plus fort de la société puisqu'il en représente les vingt-quatre vingt-cinquièmes, le plus habile sous le rapport administratif, le plus moral par son amour du travail, de la paix, de la liberté, de l'égalité, de l'ordre. Il s'applique à éclairer, à échauffer ce monde de productions, d'échanges, d'institutions de crédit, etc. ; il sent que le triomphe
de rindustrie établira un lien entre toutes les classes de travailleurs, entre toutes les nations, et sMl n'a pas vu ces réseaux de voies ferrées qui abrègent les distances, de fils électriques qui donnent à la pensée la rapidité de l'éclair et le privilège de l'ubiquité, il les a préparés peut-être. C'est alors que Saint-Simon entre dans le Forum ; tant qu'il habitait le sanctuaire de la science, il ne se communiquait qu'à un petit nombre d'intelligences dans le demijour d*une publicité discrète ; maintenant il parle à tous, il n'est plus que l'apôtre de lui-même, et, comme vivifié par son inspiration et par son auditoire, il s'élève à la philanthropie chrétienne.
Son idéal social se présente donc à lui avec ses deux grandes ailes, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, l'un et l'autre renouvelés; mais il approchait de sa fin, et le couronhement manquait à l'édifice. Il se reprend au christianisme, qu'il avait condamné pour n'être à ses yeux que la transfiguration de la philosophie platonicienne qui asservissait le monde de la matière au monde de l'esprit ; aujourd'hui il eu découvre l'essence dans le principe de la charité. 11 déclare que ce principe renferme tout ce qu'il y a de divin dans cette religion, qu'on doit actuellement en déduire les institutions spirituelles et temporelles à la fois; parole d'une simplicité et d'une profondeur incomparables, qui résume tous les efibrls du passé et développe l'ordre social en le faisant procéder du principe chrétien. C'est ici qu'il trouve le principe unique qu'il avait passionnément cherché afin de doter le monde d'une concep-
tuelle de la foi est pire qu'au temps de Luther, [.es peuples disent : < Un Christ s'est Tait connaître à <r nos pères au^ heures du péril, nous sommes dans c un douloureux travail de rénovation , et de ce a Christ nous n'apprenons rien qui vienne à point à « nos nécessités; il ne vit plus sans doute ! » Et leur oreille s'incline vers les philosophes qui leur répètent : a 11 est mort ! j» Ne vous le dissimulez pas, cette négation aura plus de crédit que votre affirmation, parce que vous n'affirmez le Christ qu'en niant l'avenir social et que les philosophes affirment cet avenir en niant le Christ. Or, un homme, le dernier représentant de la philosophie du dix-huitième siècle, a conçu le nouvel ordre social ; il a montré tout ce que contient la charité enseignée il y a dîxhnit cents ans, et d'efforts en efforts il s'est élevé jusqu'à la réconcilijsition des doctrines philosophiques et de la tradition chrétienne ; il est donc en ce siècle le seul témoin solennel du divin Maitre. Ceux qui ne veulent ni condamner la loi des développements de l'humanité ni renoncer au Christ le trouveront sur leur chemin, et ne se détourneront pas de lui ; vos petits-fils, Monsieur Michaud, salueront en lui l'apôtre que vous repoussez.
LE DUC
Hâtez- VOUS de nous indiquer les changements dogmatiques qui accompagnent ce changement social, c'est ce qu'il nous tarde de connaître.
MICHAUD
On nous servira la religion saint-simonienne réchauffée.
ANDRIEUX
Nous avoDS à dire comment la charité transforjnera la théologie pour en Taire l'expression de la solidarité de toutes les parties et de tous les habitants de l'univers; après avoir vu la transfiguration de Jésus Christ concorder d'époque en époque avec les évolutions de la charité , nous avons à voir comment une transfiguration complète de Thomme-Dieu correspond à la plénitude de notre principe moral ; de telle sorte qu'à l'issue de cette crise, oh tous les pouvoirs ont été nivelés pour être renouvelés, un pacte nouveau soit scellé entre lui et nous ; mais n'anticipons pas. Il me reste à vous présenter un résumé de mon exposé.
LE DUC
Quoi que vous ayez à dire, je vous renaercie d'avoir nettement établi l'enchaînement des évolutions de notre charité ; c'est elle qui s'organise dans une quatrième époque. Le monde antique s'est transformé , un monde nouveau se suscite, le plan divin s'accomplit !
MICHAUD
Le Christ nous a appelés au royaume des cieux, voilà le plan divin.
LE DUC
Non, ce n'en est que la moitié. A la voix du Christ, nous avons renoncé à notre patrimoine dont nous ne jouissions qu'en impies parce que nous ne nous aimions pas assez entre nous ; notre patrimoine nous est rendu pour que désormais nous en jouissions plus saintement ; béni soit donc le Christ qui nous a
appelés au royaume des deux afin que nous devinssions dignes de transporter son royauniç dans ce monde où il peut régner maintenant selon sa parole, voilà le plan divin dévoilé tout enlier, et le Christ Itti-mème ne veut plus que nous opposions le ciel et la terre^ ce sont nos deux patries.
mCHAUD.
Uessence du christianisme, c'est leur séparation.
LE DUC
Le spirituel et le temporel ont-ils dit chacun leur mot pour persister dans leur désunion?
MICHAUP.
Mais leur réunion, c'est le chaos.
LE DUC
C'est la ^n du divorce.
MICHAUD
Vous matérialisez le christianisme. Oui, vous sacrifiez à la matière, à la machine, au veau d'or, à Fftge d'or, à toutes ces idoles qu'il faut terrasser par un mâle retour au spiritualisme chrétien, aBn de nous relever de rabaissement moral oii le règne de l'industrialisme nous fait tomber ; nous sommes en plein paganisme !
LE DUC
Bassurez-vous, mon cher Monsieur, l'industrie n'est pas païenne. Depuis que nous avons appris par une longue cohabitation de notre pensée avec le ciel ce qu'il y a de divin en nous, nous pouvons reprendre impunément possession du monde que nous aviens délaissé pour en désapprendre F idolâtrie ; en
Youlanl que notre planète ne circule à travers l'espace que pétrie à notre usage, qu'embellie pour le plaisir de nos yeux, nous nous savons le eoadjuteur de Dieu dans nos entreprises, et c'est la création noême que nous continuons par ia transformation de la nature. L'industrie ne matérialise donc pas l'homme, elle humanise la matière; elle soumet tout ce qui nous est livré brut, inculte, sauvage, au génie même de la science métamorphosé en agent merveilleux, elle y imprime le sceau de la convenance humaine; elle est, en un mot, le triomphe du christianisme, parce qu'elle est à la fois la victoire de l'esprit sur la matière, la victoire de Tactivité productive et pacifique sur l'activité qui détruit et tue. Non, ce n'est pas l'industrie qui est païenne, ce sont les industriels qui ne sont pas encore assez chrétiens. Les bourgeois n'ont abattu notre féodalité que pour instituer la leur, et, tout bienfaisants qu'ils soient, ils défendent on régime dont ils sont les gros bénéâciaires en dénonçant tes réclamations des petits bénéficiaires comme un débordement de matérialisme; ils lancent l'anathème aux appétits grossiers du haut bout de la table; la plèbe, de son côté, nourrit son envie d'espérances de bouleversement. Il est temps de faire pénétrer l'inspiration chrétienne chez tous. Nous nous relèverons alors de notre abaissement, qui résulte moins de la passion universelle du bien-être que du dérègle-* ment de tous les égoïsmes ; ae nous piquons pas tant de la surélévaticoi de notre spiritualisme, aiittOBS-nous davantage, c'est là qu'est le remède,
aimons-nous, dis-je, et bâtons-nous de consentir à l'organisation de l'industrie qui refera le miracle de la multiplication des pains.
MICHAUD
Que devient en tout cela la doctrine salutaire de Texpiation? M. de Maistre n'a jamais dit un mot de r organisation des intérêts matériels !
LE DUC
M, de Maistre est un voyant de l'ordre spirituel; selon lui, le monde était fait pour être perpétuellement régi par des mains de fer, et il se préoccupa de lui rendre le bienfait d'un pouvoir moral dans une Église rehaussée, dans TËglise qu'il eut à cœur de régénérer par le contact delà science sacrée avec la science laïque. Mais s'il découvrit à travers nos ruines la suite des progrès scientifiques, il ne discerna point Tavénement de ce temporel qui surgit de la société moderne pour la renouveler, comme l'avènement du spirituel rajeunit la société antique. •• Oui, ce qui renouvelle, ce qui transforme radicalement notre société, c'est moins l'agrandissement du domaine de Tintelligence depuis les conquêtes des sciences d'observation que l'avènement du temporel immonde et purifié, violent et lénifié, tel que le cbristianisme l'a déjà fait. Mais quoi ? est-ce à moi catholique, à réhabiliter auprès de vous cette puissance qui a grandi par la réforme ? Est-ce à moi, le descendant de l'une de nos races militaires, à préconiser auprès de l'un des fils de notre vaillante bourgeoisie la légitimité et la magnificence de ce temporel nouveau qui est son ouvrage, devant lequel notre
vieux temporel mit bas les armes? Ce temporel nouveau qui répudie les privilèges, le despotisme, la guerre, et professe la fraternité, la liberté, la paix, il ne vous reste plus qu'à l'organiser, afin de faire jaillir toutes les sources de la production et de réconcilier la plèbe et la bourgeoisie par Tassociation de tous les travailleurs ; c'est là rachèvement de votre victoire sur nous. Faites, Monsieur, faites, et rendez justice à Saint-Simon qui a embrassé Tordre social tout entier de son regard, qui a tout compris, le spirituel et le temporel, qui a déclaré Tindustrie sainte autant que la science, et qui, par la grâce du Christ, a provoqué une large évolution de la charité, cette effusion du Saint-Esprit que M. de Maistre avait si divinement pressentie ! Saint-Simon continue l'œuvre des grands réformateurs avec un sens humain incomparable; c'est par lui que le chris tiauisme va s'implanter profondément dans le sol ; c'est par lui que s'édifiera sur la terre même la véritable cité de Dieu dont l'époque organique de (iharlemagne et de Grégoire YII ne fut que l'cbauche et la figure I
MICHAUD
Le catholicisme rajeuni absorbera la réforme, et tout sera pour le mieux.
LE DUC
Hélas I le catholicisme, après avoir été attaqué
dans l'univers, est menacé dans la Ville; depuis
longtemps déjà la dynastie pontificale, tout en se re«
commandant par des vertus privées, ne se montre
plus à la huulcur de ses devoirs publics, et l'Eglise
a aussi ses papes fainéants. Les trônes sont occupés, les fonclious sont vacantes. Le Christ a rappelé tous les pouvoirs à lui, si Ifien que Rpme répète les échos du verbe ancien et que le verbe nouveau éclate dans le monde ; et vous avez peur, lorsque c'est le monde qui est le foyer de la rénovation dans laquelle toutes les églises ont un droit égal d'intervenir? Envisagez sans trouble la nécessité d'un cbristianisme nouveau. Sur les dix -neuf siècles deVâge chrétien, les sept premiers mis à part, les réformés condamnent nos huit siècles de catholicisme comme une époque de dégénération et de tyrannie, tandis que nous catholiques nous condamnons vos quatre siècles de la réforme comme une époque d'anarchie et de décadence. Voulons-nous que des églises chrétiennes coexistent toujours à l'état d'équilibre au lieu d'en venir à s'associer, qu'elles se contre-balancent incessamment en prémisses infécondes d'oii ne sortira aucune conclusion? Les disciples de Grégoire VII et les disciples de Luther ne se donnerontils la main qu'en passant, avec le parti pris de marcher éternellement au rebours les uns des autres ? Pourquoi nous borner à tempérer nos haines au lieu de les envelopper et de les fondre dans un sojennel renouvellement des agapes ? La tolérance n'est-elle pas le prélude de la concorde ?
MICHAUD
Écoutons le résumé de M, Andrieux. Je doute que j'accepte la quintessence d'un système que je repousse ; mais je saurai mieux alors ce que je dois répondre.
ANDRIEUX
Messieurs, vous Tavez remarqué peul-être, sous ces dénominatioDS du spirituel, du temporel, de la cbarité, nous n'avons fait autre chose qu'exposer le jeu de l'intelligence, de la puissance, de l'amour, divinement personnifiés dans le Fils, le Père,le Saint- Esprit, Jusqu'à ce jour, les vieux chrétiens se sont trop préoccupés de la lutte de l'Église et du monde, de l'orthodoxie et de la réforme, pour aller jusqu'au fond de leur histoire et en dégager les principes ; la vue nette leur manque, de là leur impuisciance à découvrir la fin de leurs débats. C'est en ramenant tous les faits aux trois grands modes de la vie, le Penser, TAgir, l'Aimer, que les nouveaux chrétiens répondent de la rénovation et de la perpétuité du christianisme. Les trois facultés ne se sont éprouvées que pour se réconcilier ; la civilisation la meilleure résulte de leurs libres développements sous la condition de l'harmonie. En un mot, la Trinité se résout graduellement en une organisation so; ciale qui amène la concorde entre l'intelligence et la puissance en assignant le premier rang à Tamour.
Le catholicisme est le premier essai de la réalisation sociale de la Trinité. Sous ce régime, l'antiquité ne se continue qu'en se transformant, c'est donc tout d'abord une antiquité retournée; ce qui prédominait, la puissance, est subalternisé ; ce qui était subalterne, l'intelligence, prédomine. Voilà le dualisme du temporel et du spirituel qui contenait les trois termes ; la charité est avec l'esprit dont elle légitime la prépotence. Ce n'est pas alors qu'on aurait pu dire du
pape et de l'empereur les deux moitiés de Dieu; le pape était le savoir et l'amour tout ensemble, l'image même de Dieu ; l'empereur n'était que le prince des princes dans le monde bnital du pouvoir. La vie se concentre dans les facultés intellectuelles et affectives, afin d'obliger les facultés actives à se modifier; il en résulte que la pensée elle-même est retenue dans la sphère métaphysique. Cette première organisation imparfaite n'a pas les caractères de la durée.
Alors se produit un autre essai d'organisation sous le nom de réforme. Si le régime du moyen âge avait été le correctif du paganisme, le régime nouveau est un correctif du mysticisme catholique; l'antiquité réapparaît transformée. Tout ce qui avait été repoussé s'est rendu plus digne d'être adopté par la chal'ité qui passe du côté du temporel, de la puissance, de la force dont elle légitime la prépondérance et explique la fécondité. L'humanité concentre sa vie dans les facultés actives et affectives ; c'est à ce mouvement principal que se subordonne la faculté pensante qui multiplie les découvertes dans la région des phénomènes physiques^ sans abandonner les méditations métaphysiques qu'elle poursuit au détriment de la science sacrée.
Mais chacun des deux régimes qui se sont succédé est un dualisme, dont l'un des termes tire sa prééminence de Tadjonction du terme sympathique. Le premier est une revanche contre les abus de l'Agir; le second est une revanche contre les abus du Penser; aucun d'eux n'est une organisation régulière de la Trinité; ce sont deux nianichcismes trau-
sitoires. La Trinité sera réalisée lorsque riiUelligence et la puissance seront coordonnées par la Taculté centrale, Tamour, qui sera préservée d'une inclination vicieuse vers l'une ou vers Tautre des facultés collatérales par sa sympathie égale pour toutes les deux.
Voilà la Trinité bien Taite ; Tordre social proposé par Saint-Simon y est conforme ; il est donc contenu dans le christianisme comme son expression dernière, et il promet à la nature humaine un épanouissement magnifique.
CHARDEVEL.
Religion à part, cela est juste. Le cœur d'abord à droite^ puis à gauche, maintenant au milieu ; on ne peut nier la chose, à moins de nier le cœur. Monsieur Michaud, que dites-vous de ce résumé?
MICHAUD
Je n'ai pas été insensible au système néo*chrétien joué sur la lyre aux trois cordes ; mais j'aimais encore mieux peut-être ces quatrains du commencement dont je n'ai oublié ni la concision ni la cadence.
ANDRIEUX
Puisque vous aimez mes quatrains, voici le quatrain final qui confirme les premiers, et fera une dernière fois ressortir Tenchatuement de nos quatre époques :
Le Pwuer et 1' Aimer se séparent de VAgir; L'AiHEB et le Penser se combinent avec VAgir despotiqaement ; L'Agir s'insurge et met dans sa révolte le Penser et PAimeb; UAiMER associe VAgir et le Penser^ tout est à sa place.
Et puisque M. Michaud a tant de goiit pour la conclsiorif tioM mettrons le quatrain on distique :
UÀHotm procède d*abord du Savoir , ensuite du Poutoir, enfin de l*un et de l'antre ;
Le christianiBine passe de sçs organisations partielles à une organisation complète.
CHARDEVEL.
Monsieur Michaud aime-t-il le distique plus que le quatrain ?
C'est le résumé du résumé. L'histoire tout entière de Tâge chrétien est contenue dans ce distique^ qui répond à la formule de la Trinité : le Saint- Esprit procède du Père et du Fils.
ANDRIEUX
Et c'est pourquoi le christianisme est mieux qu'une religion; il est la religion même, parce qu'il est fondé sur la Trinité, vivante dans l'homme et en Dieu ; il est l'héritier de toutes les religions passées et présentes; si bien que, depuis sa naissance, aucune religion nouvelle ne s'est produite. L'islamisme n'est que Tun de ses rameaux; Y Asie ^ celte mère féconde des systèmes théologiques, est demeurée stérile une fois que cet arbre de vie eût été planté.
MICHAUD
Monsieur le duc, je vous ai promis une réponse ; la voici. Et moi aussi je sais tout ce que le christianisme contient de bienfaits, autant que vous je voudrais que notre pauvre humanité en eût la jouissance ; mais, hélas ! elle a perdu par sa faute tout ce que la bonté de Dieu lui réservait de bonheur et de gloire sur cette terre, nos espérances ne sont qu'un vain mirage. Tout nous échappe, parce que e péché originel affecte nos facultés de perturba*
lions qui ne sauraient se dissimuler sous les formules rectilignes d'une loi du progrès. Entre la faute, notre point de départ, et le ciel, notre point d'arrivée, nous trébuchons dans une vallée de larmes dont vous ne ferez jamais le royaume de Dieu, à moins d'abolir le dogme de la chute, de diviniser l'homme, de le précipiter dans le panthéisme...
Tandis que votre vie future s'évanouira dans les hallucinations de la métempsychose,
MICHAUD
De la métempsychose ! . . . Voilà donc où nous conduirait le fanatisme de la charité qui fait, défait, refait sociétés et dogmes, et bouleverse tout !
LE DUC
Ce qu'il y a de souverain, c'est la charité ; ce n'est pas à elle de se resserrer entre les limites des dogmes, c'est à eux à se mettre à sa mesure. Dogmes et doctrines philosophiques, tout doit obéir à la dilalatio)^ de la vie divine. Cependant, je l'avoue, on n'en vient pas à écarter l'expression vieillie d'un dogme, à en chercher l'expression rajeunissante, tâche pleine d'hésitations et d'angoisses, on n'en vient pas à ce point, hélas ! qu'on ne jette un soupir vers les temps oii on s'abandonnait à croire, comme les enfants croient, avec simplicité et quiétude.
DIALOGUE DËllXItME