‹ Le ChristChapitre 15 sur 27 · ANDRIEUX, MICHAUD, LE DUC, CHARDEVEL · texte numérisé non relu

ANDRIEUX, MICHAUD, LE DUC, CHARDEVEL

MICHAUD

Monsieur le duc, nous n'avons plus rien à chercher, nous avons à garder ce qui nous a été enseigné;, autrement nous allons au panthéisme qui est moins ridicule que je n'espérais, qui n'en est que plus dangereux. Après avoir supprimé le péché originel pour nous douer de l'innocence native, le panthéisme supprime l'éternité des peines pour nous procurer à tous la sanctification finale; ces séductions de la métempsy chose ne seront vaincues que par la simplicité antique de notre foi. Commençons par retrancher le purgatoire, innovation funeste de l'Église; il n'y a point trois lieux, il n'y en a que deux : la béatitude céleste et les feux éternels, rien de plus, rien de moins. Ensuite, interdisons aux méchants la latitude de la réparation au delà de la tombe, en vertu d'une suite de repatriements sur la terre ou de pérégrinations dans les astres ; l'ordre moral serait sané garantie si l'épreuve qui décide de notre sort

pour réteroité n'était pas bornée à la vie présente. L'homme, au lieu d'appliquer résolument son librearbitre au bien, s'abandonnerait au mal en comptant sur les bénéfices d'une expiation ultérieure ; Gain dirait à Abel : c un jour nous serons dans le sein de Dieu, exœquo. » A quelques siècles d'intervalle, mais que sont des siècles dans l'éternité, le bien et le mal arriveraient au même but ; autant vaudrait en proclamer l'identité. Il n'en va point ainsi. On est mort dans le mal, ou y reste, sans pouvoir se repentir, puisque la grâce et la liberté se retirent; Theure a sonné, la justice apparaît seule. De quoi vous plaindrez-vous? les conditions vous sont faites. Si vous voulez entrer, entrez; si vous voulez demeurer, demeurez. Il ne tient qu'à vous de posséder le royaume des cieux; sinon, « retirez-vous^ maudits^ pour le feu éternel. * Cela est écrit.

CHARDEVEL.

Damner l'univers par respect d'un texte... vous êles effrayant.

MICHAUD

Rassurez-vous. Les principes font frissonner, je l'avoue ; mais nous les appliquons avec tant de mansuétude! Nous ne nous réglons pas sur cette parole: ^11 y a beaucoup d'appelés et peu délus^ » que Massillon prit mal à propos pour texte de son fameux sermon soufilé par les Jansénistes. Jamais l'Eglise ne s'est prononcée sur le grand ou le petit nombre des élus, et aujourd'hui nous sommes d'avis que les élus sont en majorité, sachez-le bien! Est-ce que nous damnerions les pauvres qui sont étrangers à

Torgueil de la richesse, de la sciçnce, du pouvoir t eux qui portent tous les joqrs la croix de Jésu9? Ils ^ont sauyé^I et nous aussi nous aimpn^ la classe la plqs nombreuse. Ce n'est pas tout. La statistique a constaté que le tiers des enfants qeurt entre la première et la septièn^e année, plqs dç la moitié entre la première et la quatorzièqie ; de telle sorte que ceux-ci sont soustraits à la crise de^ passiqps, que ceux-là vont au ciel, ou, faute du baptême, daps les limbes ; il y a sous ce fait un mystère de bénignité. DieUy pour avoir moins à damner, charge la mort de moissonner la troisième partie du genre humain avant Tftge du mal ; Tange exterminateur est le bras droit de sa miséricorde I

CHARDEVEL.

G*est le massacre des innocents organisé provideotiellement

MICHAUD

Donc, les élus sont en majorité. J*irais jusqu'à répondre du salut des neuf dixièmes du genre humains.. • parce que nous ne damnons pas les inGdèles... oui, des neuf dixièn^és... Nous démocratisons le ciel. Quantau dixième restant, c'est leur faute. Après tout, leurs peines ne sont pas éternelles, c'est une calomnie, puisqu'elles ont un commencement; elles sont graduées suivant la culpabilité des iodividus ; nullement intolérables... Dieu est si bon que je crois qu'ils s'y font. . . et ces expressions de TËvangile : le ver rongeur qui ne meurt point çt le feu qui ne s'éteint pas^ » se peuvent prendre dans un sen3 métaphorique et lénitif... Non, l'enfer n'est pas ce qu'un vain

— aai —

peuple pense ; ce sont les Janséntstis qui avaient peint les choses en noir, ce sont les Jansénistesl

CHARDEVEL.

Tous dorez la pilule» vous, et vous chantez gaiement le Dies irœ afin de soutenir la concurrence des utopistes de Tautre monde. Cependant on vous objectera qu-entre une vie d^homme et la durée du châtiment la disproportion est forte.

MICHÀUD.

Qui le nie? Il m^est arrivé à moi-même de penser que Tenrer serait équitablement remplacé par une sorte de pénitencier où les méchants se rendraient dignes d^ëtre admis en grâce; c'était une pensée phi<p lanthropique et détestable. Gomment supprimer l'éternité des peines sans supprimer Téternité des récompenses? Rémunératoire ou pénal, Fin fini n^est proportionné ni aux mérites ni aux forfaîts d'une existence humaine ; l'avantage que nous fe* rions aux scélérats mettrait les honnêtes gens en perte. Leur espérance est de satisfaire* leur soif de perfection et de félicité, de voir perpétuellement Dieu face à face ; s'ils sont frustrés de ce bonheur^ autant vaudrait pour eux abonder dans le panthéis* me dont le Dieu est partout et n'est nulle part. Dieu toujours inconnu de ses adorateurs. Parbleu 1 j'avais aussi pensé qu'à moins d'un égoïsme odieux les éluii ne pourraient pas jouir de la béatitude paisiblement tandis que les damnés seraient livrés aux tortures, aux grincements de dents , aux pleurs. Lâche sensi* bilité indigne des élus qui, une fois revêtus de leurs corps transfi|;urés, ne connaissent plus de ces mouve*

inems de sympathie féminine qui résultent de la grossièreté de la cbair; ils sont alors tellement pénétrés de Tamour du bien et de T horreur du mal qu'ils contemplent avec une joie virile le supplice des damnéset la satisfaction de la justice divine ; leur bonheur est parfait. Il n'y a donc rien à chercher en dehors de nos textes, tout est pour le mieux. L* enfer «Ml le ciel après une épreuve unique; le ciel, avec les anges auxquels je crois; Tenfer, avec Satan qui est un épouvantait à utiliser, qu'on y croie ou non ; voilà ce qu'il faut loger carrément dans Timagination des peuplés pour le maintien de Tordre public et privé, en rendant le ciel accessible au grand nombre^ afin de détourner notre siècle -relâché de Tappât offert par les novateurs.

LE DUC

Mon cher Monsieur, ce dualisme du ciel et de Tenfer me parait correspondre au dualisme des principes du bien et du mal. Alors la récompense du bien s'égale à la durée de Dieu, le mal demeure inexpiable comme Satan ; alors il y a deux humanités, l'une élixir réservé au ciel, l'autre sorte de caput mortuum bon à jeter aux flammes éternelles. Le Christ n'a point aboli notre croyance aux deux principes ; il a dit simplement ce que nous pouvions porter, sans attendrir la dureté de nos cœurs ni dissiper les ténèbres de nos esprits par un miracle ; il nous a Idissé le mérite d'aller au delà de la lettre en nous conformant à son esprit. Et c'est ce qui fut fait par l'Église, lorsqu'elle s'inspira de quelques paroles du Sauveur pour ajouteraux deux lieux qu'il

avait désignés, l'enfer et le ciel, un troisième lieu qui créa entre les réprouvés et les élus la classe intermédiaire des éligibles, qui admit des peines tem* poraires et fructueuses à côté des peines stériles et éternelles; le purgatoire fut le tempérament d'un régime effroyable, et nous avons à la glorifier d'avoir alors cherché. Que se passe-t-il ensuite? Le monde réforme sa pénalité, il en vient à ne considérer comme légitime que le châtiment qui amende le coupable ; il se convainc qu'il est possible de maintenir l'ordre sans questionner, rouer, écarteler ou brûler les gens ; enfin * il s'indigue des châtiments qu'on prêche au nom de Dieu, et il reproche à l'Église de persévérer dans la barbarie dont il s'affranchit, d'être moins chrétienne que lui. Rome demeure muette ; mais notre grande Eglise fourmille de petites Églises. Nos théologiens, poussés par l'opinion publique, élargissent la voie du paradis et travaillent à faire un sentier du grand chemin de la perdition ; quelques-uns plus hardis, émus des inspirations laïques sur ce thème de la vie future, les transposent dans le ton sacerdotal... Tout le monde va donc cherchant, n'est*ce pas qu'il y a quelque chose à trouver? Et moi aussi je cherche ; à l'âge où je suis, le présent touche moins que le passé ou l'avenir. Nous avons beau ignorer où, comment, sous quelle forme nous persistons au delà de lu tombe, nous voulons être immortels ; nous nous demandons ce que nos morts sont devenus, ce que nous deviendrons nous-mêmes, ce que Dieu réserve à tant de générations qui viennent et s'en vont, paraissent et

disparaissent, mais qaf ne périssent pas. Allez, cher philosophe, allez! ce qui finit reconiinence ; nous sommes aujourd'hui, nous serons demain. Notre essence ne se noie pas dans Tombre, elle ne s-abtme pas dans la lumière, ce qui a une fois aimé aimera toujours.... Mais je reviens à vous. Monsieur Ml« chaud.

De g^râce, ne m'attribuez aucune prédilection pour les méchants ; pcxmettez-moi seulement de ne pas voir en eux des êtres à part, marqués du sceau de la réprobation ; ce sont des êtres inférieurs, appartenant encore à Tâge de* l'humanité bestiale, et Ils en sortiront, dussent-ils y être forcés par des châtiments qui leur fassent crier merci. En combien de tours du cadran, Dieu le sait. La limitation de répreuve à une seule existence est un simple règlement disciplinaire de l'Eglise, qui semble actuellement injurieux h l'ind^lassable miséricorde de Dieu et au bon sens. Quoi ! Dieu est le bien même, et Dieu voudrait la perpétuité du mal, puisqu'il ôterait la faculté du repentir aux trépassés, puisqu'il scelle* rait leurs âipes dans l'impénitence sans fin et les en« sevelirait dans leur crime à tout jamliis? Lé mal n'est que la négation du bien, comme saint Augustin l'a dit , et il plairait à Dieu d'en faire quelque chose de réel en lui attribuant l'éternité? Chose étrange ! L'homme est lent à faire son éducation, et on brusque sa destinée; Dieu est éternel, et on le fait avare du temps; et quel est le prétexte de cette justice précipitée et inexorable? Une sorte de roman sur le libre-arbitre et la grftce ; la grâce qui provoque

le libre-arbitre et épaise ses avances, lé Ubre-arbH tre qui tantôt conspire avec la grâce, tantôt se dérobe à elle et la répudie ; Dieu accepté sauve. Dieu reftisé perd , et ce drame terrible s'accomplit selon . la règle des vingt-quatre heures, pour tous indistinctement. La bonté de Dieu ne désespère pas des désespérés eux-mêmes. Vivants ou morts, ici ou ailleurs, nous sommes tous appelés à nous améliorer, c'est la fin de Têtre humain; tous, dis-je; lln^y a qu'une seule espèce d'humanité, nous sommes tous responsables les uns des autres, tous solidaires ; si un seul est damné, tous le seront ; mais si un seul est sauvé, tous le seront, tous doivent l*etre !

MICHAUD

Tous? Non, Monsieur le duc; les neuf dixièmes. On ne peut pas mieux.

LÉ DUC

Si un dixième du troupeau demeure abandonné à Satan, le bon Pasteur s'attriste, lui qui chercha la brebis égarée. Eh quoi ! nous voulons que la maison paternelle nous fête après un long voyage, et que le Père soit consolé lorsque nous lui dirons : « Nous étions dix au départ, nous ne sommes que neuf au retour ; celui qui manque n'a cessé d'ajouter à nos périls des pièges et des meurtrissures ; il est tombé dans l'abîme, justice est faîte. • N'entendez- vous pas le Père? « Vous étiez neuf pour empêcher votre frère de périr, et vous, de la race d'Abel, vous avez consenti à la perte de la race de Gain? Depuis le Christ, Caïn a été donné en garde à Abel. Ma maison est en deuil, retournez sur vos pas et revenez dix. » '

MICHAUD

11 faut dooc quMls recommencent leur voyage ? Vous acquiescez au système du renouvellement des épreuves, de la transmigration des âmes, de la mé-* tempsychose ?

LE DUC

Je ne veu^L pas de réternité des peines, et je ne veux pas davantage de Téternité des récompenses ; Tune est le pendant de Tautre, c'est toujours la conséquence de la doctrine des deux principes. Il ne nous appartient pas plus de ravir le bien absolu que de choir dans le mal absolu, de posséder Dieu que d'être possédés de Satan. Posséder Dieu, le voir face à race... Ambition immense de l'homme qui n'a pas encore le sentiment de l'infini I Ne nous suffit-il pas, pour prix de nos mérites, de pénétrer de plus en plus dans les mystères de l'intelligence, de la puissance, de l'amour de Dieu? Plus nous sentirons Dieu en nous-mêmes et dans les autres, plus nous verrons de Dieu tout ce que nous pouvons voir de lui... Mais je m'arrête. J'ai moins besoin de parler que d'écouter ; je voulais seulement m'excuser d'être curieux sur un tel sujet comme nous . le , sommes tous. C'est par ce côté de nos âmes que nous demeurons accessibles au sentiment religieux ; nous avons beau nier une foule de choses, nous nions le néant, nous affirmons la vitalité de la vie, nous attendons un aliment solide à nos espérances, c'est le pain dont nous sommes affamés, et les vrdis docteurs sont reconnaissables à ce signe qu'ils ne donnent pas une pierre quand on leur demande du pain.

MICHÂUD.

Vous êtes en plein panthéisme !

ANDRIEUX

Oui, les généreuses paroles de notre noble ami dépassent la négation de Satan; elles n'ont de solide fondement que TafBrmation de Dieu vivant en tous. Personne n'a la plénitude de la vie divine, personne n'en est privé, chacun la développe conformément à la loi éternelle, voilà Taccomplissement de la charité chrétienne.

MICHAUD

Vous profanez les mots les plus saints^ votre système n'est propre qu'à tout corrompre. Quelle espèce de gens séduirez-vous eu flattant notre désir efiFréné de revivre? Les honnêtes gens, une fois affranchis de leur corps, rougiraient de le reprendre dans sa grossièreté terrestre ; ils ne se plaisent à le revêtir qu'à l'état spiritualisé, tel qu'il ne puisse plus leur servir à rien, et ils sont heureuse de le conserver toute l'éternité comme un luxe, une décoration, un signalement de leur personnalité. A qui donc vous adressez-vous? Aux méchants et aux vicieux, tous gens affolés de leur chair, qui ne se lasseront jamais de Tendosser pour recommencer à en faire un usage infâme ou terrible, et qui ne demandent pas mieux que de revenir sur la terre, que de se promener d'étoile en étoile ; ces gens-là ne sont pas moins affolés du mouvement et de la nouveauté, et vous leur rendez perpétuellement l'occasion de se démoraliser, de démoraliser le prochain, tandis que nous...

ANDBIEUX.

Vous les brûlez, et tout est dit. Permettez-nous de les réintégrer daus la société qui se moralise peu h peu dans chacun de ses membres ; ceux qui ont abusé de leur chair apprendront à en user dignement» c^est pour cela que nous les ramenons à Tépreuve^ entendez-vous bien. Non, nous ne faisons pas les affaires des vicieux qui ne veulent point rectifier leurs instincts dépravés, développer leurs bons penchants; où quMls allient, quoi qu'ils soient, ils sont sous Tœil et entre les mains de Dieu. Votre enfer, à vous, est si exorbitant que les hardis le méprisent et que les lâches se flattent de l'éluder, tout en faisant le mal, par de cauteleuses transactions et d'humbles recours en grâce ; la foi à l'impunité ne triomphe à cette heure qu^en raison du discrédit de votre enfer. Quant aux honnêtes gens, qui ont hâte de dépouiller un corps terrestre et de se reposer de leur vertu d'un jour dans une béatitude éternelle, nous leur déclarons, dussions-nous révolter leur pruderie et leur orgueil, qu'il reste beaucoup à faire à la plupart d'entre eux, mais qu'ayant déjà fait tant de pas, ils se réjouiront de continuer leur route. Si donc notre doctrine devient un jour populaire, ce ne sera pas parce qu'elle entre dans les mauvaises passions de l'humanité, mais parce qu^elle fait appel à son amour du vrai, du juste, du bon ; aucune autre ne provoque plus impérieusement le libre-arbitre à entrer en jeu, n^avertit plus sévèrement le genre humain de la nécessité de faire son éducation; cette doctrine du perfectionnement continu a ses joies délicieuses et

ses magnifiques espérances^ mais elle a ses austérités ; c'est la doctrine de rbumanité yjrile.

MICHAUD

C'est de Torigénisme. Vous êtes hérétique au pre« mier cbefi origéniste I

ANDRIEUX

Oui, Origène, le doux et puissant rêveur que nous rencontrons sur la question de fin comme sur la question de commencement, soutenait que les âmes revenaient sur la terre pour y mériter, par les victoires réitérées de Tesprit sur la chair, la jouissance d'une immortalité immatérielle ; F Eglise condamna judicieusement le sacrifice de la chair et fit prévaloir le principe de Tuniou indissoluble du corps et de Tâme. Mais, faute de connaître la loi du développement continu^ nos vieux chrétiens enchaînèrent Tâme à un seul corps, sans deviner que l'énergie de l'âme usait autant de corps que cela importait à son progrès; faute de savoir que la terre est l'un des tabernacles du ciel, ils ne voulurent nous laisser ici-bas qu'un moment ; faute d'avoir appris que Dieu agit toujours et que nous avons à agir toujours à son exemplCi ils ne donnèrent qu'un jour à l'œuvre, ils réservèrent l'éternité à la contemplation dans le repos. L'Église en est encore au même point ; elle a un principe fé* cond dont elle n'use que pour embellir le corps de l'âme élue et torturer le corps de l'âme réprouvée. C'est nous, chrétiens nouveaux, qui multiplions les oorps sous l'âme toujours en mouvement, comme des chevaux de rechange sous le cavalier qui ne s'arrête jamais, et qui de la sorte témoignons de notre foi à

la puissance de Tàme. Nous développoDS Torthodoxie en la réconciliant avec le système liérétique de la transmigration des âmes; nous modifions Origène par l'Église, r Église par Origène dans une doctrine supérieure à l'un et à Tautre. C'est notre procédé, tous le savez.

MICHAUD

De Torigénisme amalgamé avec le panthéisme, voilà votre doctrine. Mais les panthéistes ont le souci de l'humanité collective et n'ont cure des individus; l'individualité périt dans votre série interminable de transmigrations; le Moi ne peut garder la conscience de son identité à travers tant de travestissements; la personne s'évanouit sous la perpétuelle mutation de masques. Respect au Moi !

ANDRIEUX

Mou cher Monsieur, c'est vous qui faites trop bon marché de Tindividualité en lui attribuant une existence unique pour prendre possession d'elle-même et se définir, en la condamnant à jouer sa destinée sur un seul coup de dés. Nous en avons un plus juste respect, nous qui la relevons des angoisses d'une échéance à bref délai et lui accordons sous sa responsabilité la liberté qui résulte de la multiplicité des épreuves; nous qui lui dispensons une série d'existences, afin qu'elle arrive à s'accuser à ses propres yeux et aux yeux de tous. Si la destination de chacun de nous est de réaliser en lui le type humain dans sa perrection, une vie est bien courte; il en faut plusieurs avec la diversité des conditions de milieu, de telle sorte que les aptitudes encore la

tentes soient provoquées a paraître et que celles qui ont jeté leur éclat soient remises au repos, comoie un fond acquis qui ne peut plus se perdre; que le cliamp soit ouvert à la vertu qui n*a pas trouvé d'issue; jusqu'à ce que Torganisation soit heureusement équilibrée.

Combien sont morts pleins de jours en se disant : « Nous n'avons point fuit ce que nous projetions de faire; nous nous étions tracé une voie et nous en avons été divertis, nous ne sommes point ce que nous voulions être ; nous n'avons point réalisé cet idéal que nous nous étions proposé aux jours de notre jeunesse, et voici que nous mourons^ nous n'a* vous point assez vécu. » Chez les meilleurs, en effet, certaines facultés sont comme amoindries par le surcroit d'exercice des autres. II est des vertus extrêmes qui supposent des vices, des surabondances qui correspondent à des lacunes, des reliefs qui veulent des creux. Aucun homme ne se peut compléter sans avoir passé par toutes les situations ; personne ne se connaît bien s'il n'a été expérimenté sous toutes les faces. Tel a su être pauvre, aurait-il su être riche? Tel a su être riche, aurait-il su être pauvre? Celui-ci a dignement supporté l'humilité, aurait-il échappé à l'enivrement du pouvoir? Celuilà a vécu sur le sommet d'une colonne, comment aurait-il vécu sur la place publique? Un autre a régi sa chair dans un cloître, Taurait-il aussi bien gouvernée au milieu des amorces du monde? Et véritablement ont-ils été hommes, ces saints qui n'ont jamais connu le pudique amour d'une fommo ni son

IG

liiûdetiicé vîvîfiaiuti? Ne lîiaiique-i-il mrt feriflft à ceà méiaphyslciens qui tt'ont jdttiaîs admiré l'Univers, à \^s physiciens qui railleiU les problèmes de là métaphysique, aux savants et aux industriels qui pi'ôfes^ sent un mépris réciproque de l'industrie et de là science, sauf à mépriser en commun la poésie? • Mais sortons de l'exception. Vous semble-tHl que tes générations qui se sont succédé dans la misère, dans l'igrtorance, et dans tous les vices iiésdeTin* tiîgtînce do l'esprit et du corps, aient donné la inesurede ce qu'elles peuvent êirè? Kt que n'nitlions-nous pas à dire de la masse des populatiôhs étRiiigères à la famille chrétienne? Qu^ ti'aurloiîs*lious pas à dire surtout de ceux qui meurent à la lleur de l'âge, entre la naissance et b puberté? De celte multitiide d'enfants et d'adolescents que vous évaluez à un tiers de Tespède humaine, dont la plus grande partie, privée du baptême, est vouée au j}onheur négatif dans les limbes, ce quatrième lieu T|ue l'Église inventa pour abriter tant de morts encore innocents? Dieu a donc créé le tiers du genre humain pour le pétrifier dans l'enfance? Dieu, le Dieu vivant leur a donné l'être pour les réduire à Tétat <ravortons pendant l'éternité? Il y a par siècle des centaines de millions d'individus qui n'ont été que des ébauches de l'humanité, tandis que tant d'au^ très, avec leurs appétits de brute ou de bôtè sau*vage, n'ont passé parmi nous que comme des monstres... Messieurs , tooiis vous conjurons d'avoir pitiiî d'eiix. ' -' '

'■ Le vieux christianisme n'a rien trouvé d'efflcacfe

pô«r ie rctoiir dns cxccpltbftS à la règle éomWiltic, pour le redressement du grand nombre^ pouc le perfectionnement des meillcuî'S. Le ciel et l'enfer, qu'on notis ptlise rift5t|)rés]siO!ï tHvtole, sont deux culs-desac ^ le bien i^'ârrËté dans Tan^ le mal ddus Tautre» Quant ait ptirgatoire, t'est un pénitencier qui ttd fb(Vrhit pas dtt repentir les moyens de la réparation, qui laisse rétention de mieux agir san$ elTet; commô si lu vie sfe régénérait par la contemplation et par la solitiule isentement, ic;ommi3s'it n'y Aillait pds l'acte et le toniact ! Dieu vent que chaeuii de nous atliève sa <^réalfon par luHneitie et par le concours de ses IVèreSi Dieu Vêtit que tant d'individualité» iûdécîses, molles, flottantes encore à cette heure^ aequlë* rcntlcMir consistance et se fassent une effigie, que tant d'autres individualités tiandiées, rndesv blesisantcs, îsoîent polies et cultivées. Dieu veut ansM que les meilleurs ne cessent de s'améliorer. Et à ce sujet, Monsieur Michasid, permettez-moi de déplo^ rer l'expédient que vous avez imaginé pour avoir la permission de conserver l'enfer; vous ouvrez le ciel aux neuf dixièmes du genre liumain, sans vous douter que vous faites du communisme en matière de paradis. Qui a monté doit monter encore; qni est dans l'infimité s'élèvera; du plus petit au plus grand, chacun de nous a son desideratum. Chacun de nous, en portant la main à sa tête ou sur son cœur, doit se dire qu'il y a là quelque chose qui h'est point encore sorti. Oui, chacun de nous naît avec un péché originel qu'il doit corriger , avec des méîHtfes originels qu'il doit développer, et c'est

pourquoi Dieu nous accorde à tous le bienrait d*une vie toujours nouvelle,

MICHAUD

Cliimères ! Â vous eu croire, chacun de nous ici aurait traversé je ne sais combien d'existences, moi tout le premier; hé bien! je vous donne ma parole d'honneur que je n'ai souvenance d'ahcune. Pylba* gore avait bu de Teau du Léthé moins que moi puisqu'il se rappela avoir été Euphorbas au sicge de Troie; car notons en passant que cette inno* vation est renouvelée des Grecs , sans parler des druides , nos ancêtres , qu'il serait peu décent de ne pas citer. Tout cela est destructif de l'individualité.

ANDRIEUX

Lorsque notre doctrine sera admise, il nous arrivera de voir plus disliucteinent en nous. Quelquefois, vous le savez, nous pensons reconnaître des lieux auxquels nous faisons une première visite ; d'autres fois, en apprenant une science, nous pcn*sons ne faire que la rapprendre ; d'autres fois, nous nous sentons comme interrogés jusqu'au fond de nous-mêmes par le récit d'un événement, et nous répondons : a Nous étions-là ! > Un jour nous aurons des traits de lumière plus pénétrants sur ce que nous fûmes. Jusqu'à présent nous sommes forcés d'avouer que nos existeuces antérieures ue nous laissent aucune réminiscence; mais qu'eu pouvons-nous conclure contre leur réalité? Chacun de nous doit revenir sur la terre dans la plénitude de sa liberté pour y obéir à des inspirations nouvelles, à de nou«

velles attraclions ; à moins d'une interruption de nos souvenirs, notre présent aurait à subir l'obsession de notre passé. Cependant, de même qu'il nous est donné de revivre avec le bénéfice de Toubli, il y a sans doute des instants où, dans ta limite de ce qui importe à nos progrès, nons constatons notre identité sous les formes diverses que nous avons revêtues, de telle sorte que le Moi se perd et se ressaisit à travers ses transmigrations comme il se dissipe et se retrouve à travers les vicissitudes du sommeil et de la veille, de la nuit et du jour. Est-ce à dire que nous sommes condamnés à cette dérectuosité à tout jamais? A mesure que nous nous élèverons dans la hiérarchie des ètres^ la mémoire se développera en même temps que nos autres Tacultés; nous aurons une conscience plus nette de notre histoire. Alors nous lirons en nous-oiêmcs le livre qui contient nos gestes, ce livre que nous écrivons page par page, souvent en effaçant, souvcpt eu arrachant ce que nous avons tracé et ce que nous voudrions abolir ; tous ces Teuillets revivront sous nos yeux, et nous saurons d'oii nous sommes partis, quels chemins nous avons suivis, quels événements, quelles stations ont marqué notre itinéraire ; au point où nous serons i)arvenus, nous lirons tout sans honte, sans douleur, sans efifroi, tout aura été glorieusement réparé, et nous porterons notre livre de vie comme une excitation et non comme un fardeau. Le Moi ne se possède pas qu'il ne se sache ; mais nous sommes encore trop imparfaits pour être déjà si favorisés ; soyons patients et méritons.

- tifi -•

Maiûtenaot, est-eci no chagrin que d*9 voir ¥éett1 puisque mm uous prometlou» uue immqrtDlilé m delà de la tombe, m uouâ déuioos p^^ uoe imsuor^ talité eu deçà du berceau. Poui^quoi refuserions^nous de reparaîtiie sur celle terre oii nous samiues aus3Î près de Dieu que dans tout autre coin de Tuoivei^s ? Nous esMI si doux de croii^ que nos morts se désin-^ téressent de notre globe, et les almous-uous mieux à l'état d'ombres, de simulacres, de fantômes qu'i réiat actif et militant? L'Église a consacré entre les vivants et les morts une réciprocité d'io&uence$, uous ne foisons que développer ces liens en affirmant que nos relations sympathiques, au lieu de s'exercer à distance, s'exercent par uue communication immè» diate. Tout est plus réel que nous ue pensons ; nous croyons trop anx abstractions, pas assez à. la vie. € Le sang des martyrs était tme semence et chrér tiensy » a-t-on dit ; cela est vrai ; mais n'est-ce pa; que tous ces martyrs, que la piété populaire voyait monter au ciel en tuniques blanches et le$ palmes aux mains, rcvivaieut dans leurs frères pour les animet de leur courage éprouvé, pour vaincre dans ce grand combat de la persiécution auquel ils g'étafeut immolés? Nous disons aussi qu^a» ne tue jmsies idées; ne nous expliquons<-nous pas mieux la chose en supposant que les générations auxquelles ces idées étaient chères ressuscitent pour les défen* dre par elles-mêmes ou par les leurs? Oui, les morts reTie&iienty les vivants out pratiqué h mort ; après «voir terminé t'oppositîoii du ciel et de la terre^ nous terminons l'oppositioiii du monde mysti^îeux et

dà mondé visible. Croyo&s» croyoM fereieiiie&t qpttout homme est nxx résumé crexi&teReeft antérieure )( il* est lui-même la longue suite de ses^ aocêims et les ^cies de sa Tie. présente sont rengendix^meiiti d'un rejeton qui s'ajoute à son arbre géndalogi^ que. En un mot, tout homme se compose de nombreux personnages qui n'en font quN^n, qui sont d'autant plus lui qu'il a été soumis à de nom* breuses épreuves, d'autant plus responsable qu*U a eu les occasions do s'éprouver. Chacun de nous se fait sa destinée; chacun de nous revit avec son doit et son avoir; il dépend de lui d'avoir un lourd passif ou un gros actif, et de faire à* 1^ honte ou a sa gloire son inventaire et sa \U quidation.

MIGHAUD. '•

Soit 3 un temps viendra où nous aurons: de la mé-* moire; el vous voulez que nous attendions patiemment lorsque, faute de mémoire, nous ne pouvons plus* retrouver les objets de nos aflections ? L'espérance des moribonds, la consolation des survivants, c'est que ceux qui se sont aimés se re verront dans Tautre vie et s-y reverront pour s'aimer; vous, vous ajoutez aux angoisses du trépas^ aux tristesses du deuil, lorsque vous enseignez que nous renaîtrons sur cette terre eu devenant étrangers les uns aux autres au point de nous y rencontrer sans nous reconnaître, de ne nous y rencontrer jamais même si nous renais* sons aux antipodes les uns des autres. Pour ma part, je ne voudrais pas de, la résurrection à ce prix, non, et pour en ve)iir à une interrogation plus préaise,

que faitcs-Tous. de Pbilémoii et de Baucis^dê Rodrigue et de Cbimène, d'Héloîse et d'Abeilard? Vous les rendez iofidèles les uns aux autres.. • Il n'e^t point d'éternelles amours dans votre système, je le repousse.

ANDRIEUX

Heureux qui aime, heureux qui est aimé! Pour-» tant le divorce des âmes profite souvent à leur édu< cation. Tel couple est assorti par ses côtés arriérés ; telle amitié résulte d'une complicité de vices; telle union de famille n*est que Tégoisme d'un clan ; il faut que raffection soit arrachée aux aveugles et brutales complaisances du sang, qu'elle se rectifie, s'élargisse et s'épure dans des milieux nouveaux. Mais rassurez-vous, aucun lien ne périt, toute chose se retrouve à son heure, et le développement de la sympathie générale ne ruine ni les attaches personnelles ni les afllnités électives. Nos amitiés sont nouées pour Téternité, voilà la douceur; ce qu'on ne peut éterniser, c'est la forme sous laquelle elles persistent. Tantôt, ainsi qu'on l'a dit, le mort se choisit pour tombe l'un des vivants qui le pleurent; tantôt il vit non loiu d'eux ; d'autres fois il se dérobe à leurs regrets et ne trahit sa présence que par une voix intérieure, une lueur fugitive, un arôme. Aimons et fions-nous à Dieu. Notre hypothèse a été justifiée du point de vue de l'individualité, il nous reste à la justifier du point de vue social.

MICHAUD

Au nom de l'individualité, je proteste; il n'est point d'éternelles amours dans votre système.

CHARDEVEL.

D^autant moins que la méteanpsychose peut aller, si je ne me trompe, jusqu'à la métamorphose .. Oui, on dit qu'il arrive à la Femme de renaître la barbe au menton, à un bonnète citoyen de s'endormir homme et de se réveiller femme.

MIOHAUD.

Est-ce possible? moi, je serais exposé à ce progrès... Brisons là. Monsieur Andrieux, je me proposais de vous accuser d'excitation au suicide. Sans doute... on est mal dans sesafiiiires, on a des peines de cœur, quoi de plus simple que de se lancer dans l'autre monde, si on a la certitude de revenir dans celui-ci en perdant le souvenir de ses ennuis et de ses dettes? Mais vous me répondriez que le suicide est un déserteur qui sera ramené à Tépreuve; mettons que je n'ai rien dit. Voici, voici l'objection capitale. Votre système n'est pas approprié à l'humanité qui vent arriver au gtte, bon ou mauvais, d'une seule traite. Beaucoup peuvent appréhender un jugement définitif sur une seule épreuve, et ne demanderaient pas mieux peut^trc que de recommencer la partie; néanmoins il faut de ta vigueur pour se faire des vôtres. Gomment? nous nous sommes fatigués à ramer contre la tempête, à manœuvrer entre les écueils, et lorsque nous entrons dans l'autre vie comme dans un port, il nous faudrait reprendre la mer? Je ne parle pas pour moi. Qu'on me rendit mes vingt ans, parbleu I je saurais bien qu'en faire; ce n'est pas moi qui m'épouvanterais de me remettre à la besogne, j'aurais liième plaisir à prendre

certaines revanches..^ waia un système ne se fait pas pQur le^ exG^piiQU^, il 4oit çtre m lïapporl aisec la ip«ûo*'Ué* H0 bien! que faîteâ-YOUs? Vqusi dwssei^ dovîint nqu3 uoe <;*chelle de Jar >qb dwt il fîjut quû> mm griii vissions It^$ degrés s^nsi qu'il noua sGiit jamais possible de nous arrêter î m se croit k iiiie belle hauteur; plus hsiat, plli3 haut, toujours plus hs^Utt et dp la sorte pend^int réterQité^>. Vous voulez qne uQtis devçnioii^ des ai^ges, bous^ ne sonnnes que dos bomn)es» Après une vie bopnètQ^ i\ nous est agréable de prendre noire retr^Uo, ^l dej^uir, datt$> h conlyempl^itLpu des merveilles de Pieu et daits ta cQmfQUQioa de toutes 1^ bonnes gêna At la terre^. d'nne société féconde m ense^nements divers^ cbarmée par le^^ affections sainte» qui ont embelti. nQtrçevi^Oacesiublonaii^Jnépuisableen déUces. IL n'fi$t p%s jiisqn'à do$ corps, ees yieux coûÉpagnons de uoti^ vaynge iei^bass qui ne aoiis soiest rendus avec ume beauté surnatureUe, dans djos proportions éié^ gantas qui feront disparaître rembonpoint sphériquo des uns, h maigreur anguleuse des autres , los^ sta« tnres de géant et de myrmidon; ils seront dignes d'nnmiisée. Voilà ce que nous autres, vieux obré-* tie^s et vieux baui^;eois, naus aimons à nous promettra; tm eiapyrée oii on soit i^ais. Quant aux méelmnt^ incorrigibies , c-est le plus petit nombro lieureusement ^ que voutexTVoos ? Ils iront en enfer et y i^esteront» maisi songez quHl n'y aura qn^un dhîèuio da genre btimain qoi tombera daii& la gé:^ h^nne inextii^uible ; un dixième, pas davantage.

p}iUfin|hFppique q^ia je cquBaisse ; i^ me tar^^H cio yo.i*s en féliciter. Qu'est-ce que ce di^^lèaie rc, préscDto? A supposer qu'il falUa iin &ièçle pouir {'cxtioetioa de tûulo la pppuIatioQ de aotre globe» ce oe sept que ceut u>il||pas de d^ipQi^ par ceiU ao^, et| s; iiotre globe a uiie dvirée de vingt-fjnq p^llo !^Ki^> cela qe fera ]aiu<iis qu'une çQ^lec^iQU de Yiog|-cipq milliards de daoAuég» eoii)i»e résidu <)q ia tei're. Çç n'est rien, dis-jç ; un tel raliaig. scand^liT ^raît le$ jaitséniates. Ms^îs reçidaa^ }a parole k A^ut

' ANPIEUX, I4E nUG, CHARDEYEL, MKIIAUD»

AîJ[imiKux.

Nous qi^avQiis «encore tilen vécu, ni e&tre aims ni ftvec ftpire planète* C'était dans \m ciel iaçorrupiible QM se formait la ^OQlété durable ; iei*ba& tout était traa^tQlre, xm^ passions ^^qnjme des voyageur^ impatient» d'^mver ^u ternie de la course* oet nouant fmtre m»» ^ae de^ \\m^ épbéanèresi,. baletaats da dé^rdenoii$îprécipilerdaA»reiapyrée*AnjQurd')iaii aaelle» que mmS m^ destinées allérieure»» bous s^vaa» k caa^titaer uae société sur notre glQbe» à y fioqapQliaer Paaiié de nptre espèi^» et la tbéorie de

la fie éteraeUe M\ âlre ea rappart avec cet idéal

Or, s'il est adaris que les génératioas du passé revivent dans les générations présentes, qui revivront dans les générations futures, rtiumanité n'est plus comparable ni à une succession de flots qui vont s'engloutir dans rOcéan — ni à Tarbre qui se dépouille et reverdit sans que le printemps se pare des Teuilles tombées en automne — lii au corps qui se renouvelle insensiblement dans ses molécules, demeure semblable à lui-même, et u a rien retenu de ses éléments primitifs; non; Thumanité se rajeunit incessamment et ne perd rien de sa substance ; les relations de ses membres sont diversiflées par leurs transformations, jamais interrompues ; sa solidarité ne souffre d'aucun déficit ; aux heures solennelles où elle évoque ses ancêtres et sa postérité, où elle jure par leurs cendres et par leurs germes, elle sent vibrer en elle tous les anneaux d'une chaîne vivante. Donc, croyons l'humanité unie à ses pères, unie à ses fils, afin qu'elle accomplisse sa mission avec une vaillance inconnue. Ses pères $ont en elle comme un sénat qui l'avertit et qu'elle entraîne ; ses fils comme une plèbe qui la pousse et qu'elle modère. Heureux ceux qui naîtront après nous, heureux nous-mêmes , lorsque tous seront pénétrés de cette foi ! Chacun de nous saura qu'il est déjà venu ici et qu'il y reviendra; qu'il n'y est pas un hôte campant sous une tente qu'on dresse aujourd'hui et qu'on abat demain; qu'il y doit fonder son avenir par ses travaux , par ses amitiés , par son attachement h la dté, et personne ne se préoccupera de se faire à la hâte un bonheur égoïste dont il ne retrouverait

plus que les débris au retour* Semons ici- bas, c'est ici-bas que nous récolterons ; bâtissons ici-bas, c'est ici-bas que nous habiterons ; mettons le gland en terre, nous nous asseoiroas à Tombre du chêne. Mais pratiquons la justice, ou craignons d'être un jour jugés par nos victimes. Tout ce que nous prendrons nous sera 6!bé ; tout ce que nous donnerons nous sera rendu. Nous ne pouvons rien pour nous- mêmes qu'à la condition de vouloir pour tous, et nous ne nous élèverons dans une sphère plus lumineuse qu'avec cette humanité à laquelle Dieu nous associe. La migration des âmes satisfait aux exigences sociales; disons plus; si nous ne faisions intervenir cette histoire secrète dans Thistoh^e publique., la loi du progrès contiuu ne serait pas justifiée. Quelle que soit la prééminence de notre civilisation actuelle, l'immobilité de quelques populations, la décadence de quelques autres sont des anomalies incontestables; nous les résolvons par notre hypothèse. Voulons-nous en juger ? Représentons-nous notre globe il y a dixneuf cen^s ans. C'est la civilisation chrétienne qui va en devenir le faite, et, de ce point culminant au point le plus bas, il y a des points intermédiaires» Que se passe-t-il alors ? notre milieu attira et relient tout ce qu'il y a ailleurs d'ames préparées. De même qu'il y a manifestement une invasion do barbares pour ruiner le vieux monde et en renouveler le sang, de même il y a un afflux occulte des intelligences poli^ cées de T Egypte, de Tinde, de la Perse, de la Grèce, de l'Italie, des Gauk's, etc., pour s'incarner parmi nous; déjà la solidarité humaine y reçoit une con-

lëcnaUt)» mystérit^ifôC4 Ge))endànt le dë)^lâbèn)ûÀt de ces ihlcHîç^stltres occasionné siiHes points tjti'felteë ont dc^seriife utt vîdë ^«i déter&iîné iëît là proun^^ tîon des esprits lîlféHeiirs, soit IMlnnlîgrâtîbH «'ëS* piilis appropriés à ces étals isocîîinx ; dfe telle ibfVé i^ti'und aiscie^nstoi) îéntiatne une iséiie d'gscettsit^M^ Du degré ié pins iMftimé m degré !ë plus éteH^, i\ ^ a un soulèvtttîent en vertii de rinfluencé attiracHVé qm s'est opérée Sur Tessence tnénie dé ÏA ttatarfe litnnaine , louîes les âlnes en sotit étiiUes * et là titi lîous voyons les apparences de rîinhîobflité et dfe ]|[l décadence, il y A progrèis; la pHse rtè poîsscsfebh de ces positions a été uttè bdilite foHûné pour les occupaîùs. tôt où tard âii tntàUVeHàëhl de concenlratioh qui s'est opéré danS la iclîrélîènlé sttccédera un mou veinent d'expansîott pour ptô^ vot|ncr toutes les niaiions à s' exhaussei' jusqu'à liotH iiiVcau.

Enfin osons porter nos regards au delà dé la let*rte. tes habitants de nôtre planète font jparlîe d'iia groupe que nous nommerons l'Immanité solaire; ce groupe iti'est lui-même qu'une fraction de l'Iiùmanltë sidérale. Toutes ces populations, quelles que soient leurs organisations diverses, ne composent ati foi^d qû'iin seul peuple, le genre humain, qui comprend tous les degrés de l'intelligence, de l'activité, de l'àmour, depuis le rang où il confine ^encore à la bête jusqu*au rang oit il revêt là nature angéliquè. Sahs mil doute il est des' hiondes supérieurs au tiôlrc, d'autres satis doute liu sont inférieurs. S'est-il formé pimi iious de si hautes ^drtiis, s'y èsl-il diéveloppé

db si liatilcs IbcÙltés qi^tellc^s àîcnt elé jti^ës digne* d*urtë àisompUôiî dans désastres pWvilégîés? y a-t-ll eu parmi nous des âmes si criminelles qu'elles ateht dû descendre dans un lieu d'épreuves plus formidable? serait-<îc là une trénsformation du ticî et de Tènfer des chrétiens? D'une autre part, nous est-il IpbnfiiS dfe supposer que notre ferre à été tisitéè J)ar des amcs appartenant à des mondes ineîlletifs, qtfl ont voulu remplir parmi nous un apostolat de lutoicte ou de charité, payé d'ingratiiiule peut-être? Un stijct si nouveau sonlève bien des conjectures, ^)rovoquo bien des divinations ; nous lîous bornerons à allirmer, au nom du Dieu vivant, quie lés nattons de l'univers ne sont pas destinées à demeurer étrangères les unes aux autres; Un jbur peut-être elles ct)lnmuîiiquér6nt librement entre elles. CepehdMit il nouft semble qu'actuellement les peuples du groiipb solaire sont encore dans dès conditions d'affinité î5t3éciale qui restreignent nos excursions à l'orbite du système. Regardons led planètes, steurs de la tiDrre, comme leurs habitants regardent la nôtre; he ïîont-ce pas les stations diverses de toutes les âmes qui forment l'humanité dans ce feoin du del? Arrêtons-nous ; tous ces points de vue de la vie étcrneïlfe ont été illuminés par Jean Reynaud.

CHARDEVEL.

La candeur me touche, et son livre, Terre et Ciel, est l'un des beaux livres de notre langue, je l'avoue. Jamais la science et la théologie ne furent associées par un souffle plus puissant et ravies aux hautes aspirations par un plus vigoureux coup d'aile.,. 11 y a

là de Taigle de Pathmos tombant dans rAcadémic des sciences et reprenant Tessor vers tes cieiix«.. 0 cher rêveur 1

ANDRIEUX

11 sut, il aima, il fut pur, il esl grand!

CHARDEVEL.

Oui; mais, vous autres, vous gâtez tout avec votre panthéisme sentimental.

L*adjcc(ir n'y fait rien, tout panthéisme m'est odieux... Et vous, monsieur le philosophé, pourquoi ne croyez-vous pas à une vie future? Qu'avez- vous à dire à ce sujet?

CHARDEVEL.

Rien. J'ai cru utile de ruiner l'hypothèse du pé« cbé originel ; l'hypothèse ancienne de la vie future est suffisamment décriée par les hypothèses nouvelles, par les chrétiens eux-mêmes. Un mot seulement sur ce qui me concerne. Je crois à l'immortalité de l'espèce, à l'éternité de ses développements, à ses aspirations infinies, et chaque fois que, par ma pensée ou par mes actes, je m'associe à cet infini, à cette éternité, à cette immortalité, je me fais mon ciel ; imitez-moi, vous jouirez de votre vie future dans votre vie présente.

MICHAUD

Permettez... et mon Moi après la dissolution des organes, que devient mon Moi ?

CHARDEVEL.

Ce que devient le son d'une lyre quand la lyre se brise.

' LE DUC

GbardevcU il est des hypothèses dont on se passe diflicilement, et vous, dont personne ne connaît mieux que moi les attachements fidèles. • •

CHARDEVEL.

On pleure, on saigne, la plaie se cicatrise; on vit avec le souvenir de ses morts bien-aimés, il n'y a pa3 autre chose.

. Je prévoyais que Thomme privé me répondrait en stoïcien; mais c'est au philosophe politique que je m'adresse, et voici ce que je vous dis : Qu'est-ce que Ja solidarité du genre humain si, à chaque instant de sa vie, il ne comprend pas dans les générations présentes toutes les générations passées et Tutures? Oii est l'unité de l'espèce si elle se compose d'une succession de tranches que la mort anéantit lesunes après les autres? Qu'est-co que votre loi du progrès si nous ne satisraisons à cette loi que dans les limites d'une existence éphémère, si la plupart meurent à l'état d'apprentis sans espérance de devenir maîtres? A quoi bon nous annopcer que le jour qui suivra vaudra mieux que le jour présçnt, si vous déclarez que le soleil du l^ndemain ne se lèvera point pour nous? Cessez, cessez de nous montrer dans l'avenir une terre promise et de nous y appeler, si, comme Moïse et tous ceux qui moururent au désert, nous ne devons pas passer le Jourdain sous la con^ duite de Josué. Quoi ! ce paradis terrestre auquel tous auront travaillé appartiendra exclusivement aux ouvriers dQ la dernière heure, le patrimoine coni*

imun est dévolu aiiK héritiers exirèmes, et vous ne Voulez pas ({tieje noitime vdtrc loi du progrès une loi dMftJqulté, de déception, de prîvifégc? Ëst-cé ainsi que vous popularîsereis la doclrine d'un ordre social nouveau? Pensez-vous exaller notre courage en nous prêchant le néant? soulèvei^ez-vous les montagnes îku nom du Dieu qui connaît les Vivaiftsctne connaît pas les morts ?

MÏCHAUD.

Voilà une botte vigoureuse poussée à M. le philo- Mplte.

jfefté saîiS pas dissimuler. Ouï, fauté de cette hypothèse dé la pérpétûifé de la vie, la solMarité humaine est entamée, la loï du progrès contrariée. Ces hommes tiritiques, qui burent avec délices te sang de leufs eniiemis du jdtir dans le crâne de tenrs ennemis de la veille, se sont éteints à l'âge de cîvili- SâttortdePolyphème. Ces populations qiii occupèrent le dernier rang du système dés castes sont ensevelies dans la poudre oit elles rampèrent. Ces esclaves, qui tournèrent la meule et le pressoir desr citoyens de ftome, n'ont jamais mangé le blé eivil, jamais bu le Vin civil; ils portèrent le Taix de la liberté du peuple, ils s'entrégorgèrent pour l'amusemeut de leurs maîtres, et tout a été dit. Oii àoni-ils, mes pères du moyen âge? La glèbe à laquelle iïs étaient attâciiés verdofe encore, îl ne reste rien d'eux. Où seront bientôt ces millions de prolétaires qui rêveut d'un nouveau monde ? Ils auront respiré les parfums de la terre prochaine, ils n'y aborderont pas. Toutes ces

générations sont parties ; elles ont marqnc les élapeà de la carrière commune, aucune n'atteindra au but; elles se sont succédé comme des degrés qui condui*^ sent au triomphe final ; mais on arrire par les degrés et les degrés n'arrivent pas. L'iiuraanité de la dernière heure jouira seule des labeurs de toutes les humanités ses sœurs, pareille à un colosse qui nh* sorbe en lui toute leur force vitale, leurs sueurs, leurs sucs, leurs moelles, et foule tranquillement aux pieds leurs cendres.

Ah ! san^ doute la présence de toutes les généralims à ce banquet suprême attesterait la solidarité de notre espèce; leur permanence sôits des fornics progressives attesterait niagnîfiqûement la loi du progrès, et je voudrais pouvoir dire: « Esclaves de ranlîquilé, vous êtes libres aujourd'hui , vous aVez une face d'homme et un nom. Serfs, vilains et talquants (lu moyen âge^ vous êtes aujourd'hui les rganx des barons qui vous tondirent et vous vendirent comme un vil bétail. Prolétaires du jour, ayez confiance! vous avez faim, et vous serez rassasiés; vous êtes nus, et vous serez vêtus; vous êtes ignorants, et vous saurez; vos filles vendent leur beauté aux riches, et vos filles connaîtront la pudeur et l'amour en devenant encore plus belles. » Oui, je voudrais pouvoir penser que tous ceux qui ont souffert dans le passé espèrent aujourd'hui, que tous ceux qui espèrent dans le présent jouiront dans l'avenir; que tous ceux dont les facultés se sont atrophiées dans des crânes étroits revivent ou revivront avec ce front qu'un cerveau dilaté élargit et

fait rayonner ; que tous ceux qui ont souillé leurs mains de sang tendront un jour à leurs Trèrcs une main fraternelle... Et moi-môme, je voudrais pouvoir m*endormir avec le mot de Gœlbe sur les lèvres, de la lumière y encore de la lumière ^ et, de sommeils en sommeils, de réveils en réveils, arriver à ce point où la lumière nous est donnée dans la plénitude... Cependant je ne veux pas boire au philtrc des hypothèses, je ne veux le verser à personne ; j'obéis à la raison , je subis la nécessité , et je Tais ce que je dois sans espoir, sans crainte. Après tout,notre moralité à nous autres philosophes vaut bien celle des chrétiens qui ne donnent pas une goutte d'eau qu'ils ne soient certains d'en être rafraîchis toute l'éternité.

Messieurs, l'humanité n'aura sa dignité que lors* qu'elle renoncera à ces illusions de l'cgoïsme cl fora le bien sans eu calculer le salaire ; notre race sera héroïque , lorsque chaque génération travaillera pour sa postérité comme si elle travaillait pour ellemême, avec la consolation que sa mémoire sera entourée de la reconnaissance dont elle paie le legs de ses devancières. N'y a-t-il donc aucune douceur à se dire avec le poëte :

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage; C.ela même est un fruit que je goule aujourd'hui.

Soyez-en sflrs, Thumanité est assez grande pour que nous lui fassions virilement l'abandon de notre part de bonheur. Nous avons hérité de nos pères, nos fils hériteront de nous, et lorsque rhumauitc sera ar-

rivée à son apogée, croyez qu'elle aura dans son pan** tbéon des autels pour tous ses initiateurs, grands ou petits; elle aussi aura son jugement dernier^ et, pour tous ceux qui n'auront pas de place dans son ciel, parce qu'ils n'auront pas fait d'œuvres qui aient laissé trace, elle aura son chant d*action de grâces aux anonymes qui travaillèrent pour tous ; elle fera ses libations solennelles aux fleuves qui ont épanché sur la terre leurs nappes fécondes , et elle couronnera aussi sa coupe en l'honneur de ces eaux souterraines, sans source, sans cours, saus nom, qui ont fertilisé le sol dont elle boira le nectar.

LE DUC

JMiouore la grandeur de ce désintéressement qui fait le bien pour le bien, Ghardevel ; mais ne remarquez-vous pas que votre magnanimité consent à la calamité de tous ? Vous vous enfermez rigoureusement dans ce qui se voit et se démontre, et votre tlicoi ic est en faute, parce que vous refusez de faire la part du sentiment qui se venge en infligeant Ter^ reur à la raison.

MICHAUD

Oui ! qu'est-ce qu'une fraternité qui ne se réalise jamais? C'est du mysticisme. Si j'avais à choisir, j'inclinerais vers le système de M. Andrieux. Mon Moi ne s'évanouit pas et cette perspective d'un voyage dans les étoiles... Maintenant qu'il est constaté par les analyses du spectre lumineux que les éléments constitutifs de notre planète se retrouvent dans le soleil et d'autres astres, ma foi, il y aurait plaisir à voir de près comment la matière cosmique y est organisée.

Gepeodaut, je le répète, ce syslèiiie ne we séduira jamais ; il ne garantit pas la durée des affections les plus légitimes ; i! ne perpétue pas les relations de ceux qui se sont le plus aimés ; yqus n'allez pas au cœur, vous ne nous prendrez pas. Âb ! si je ne craignais d*êtrc indiscret, je vous adresserais un ^rgnmem ad hominem. Tenez, il faut que je parle. Mon cher Monsieur AndrieuK, il ya trente ans que vous avez perdu votre père, dont le duc et tout ce pays ent gardé pieusement la mémoire ; ne vous serait-il pas doux de songer que vous le retrouverez pour ne plus le quitter, au lieu d'eu être réduit à penser qu'il fera son progrès d'un côté tandis que vous le ferez d'un auti^ ? Vous vous taisez. Mettons que je n'ai rien dit et recevez mes excuses.

ANDRIEUX

J'accepte votre question, mais vous aurez à me pardonner de parler de moi.

MICHAUD

Ne sommes-nous pas vos amis? Parlez de vous tout à votre aise.

ANDRIEUX

Monsieur, il nous faut remonter bien haut. Vous savez quels furent les rêves de ma jeunesse, vous avez été l'un des témoins du mouvement qui m'entraîna à la suite de tant d'autres ; mais je fus l'un des moins sages. Vers la fin de 18S2^ déjà sorti de Ménilmontanty poussé par un besoin fiévreux d'aventures, une confiance téméraire dans mes forces, une ridicule am))ition de gloire, je formai le projet d'aller fonder upe société de l'avenir sur une terre

viar^e^ d'y ouvrit' un as|le aqx liommes 4e toutai lea Dations que le dégoût de la vieille Europe disposerait h çberclier une patrie meilleure, et d'y b^tir le pre^ mier temple de la religion nouvelle. Je ne nie dissi* iiiulais pas que inoq départ serait un coup terrible pour i|ia faiiiilley le fan^ti^me l'eipportait, le fana^^ tismOi et« puisqu'il (aut tout dite, uu ajnour iui«fis^ qui s'associait à ina fuite. J'allais doue partir clan« destineiuent pour reconnaître le poiqt que j'avaii choisi dans l'océan Paciûque; je dormais ma dernière nuit à Paris quand je fus brusquement éveillé. Je ne vi^ rien, mais j'entendis une voii^ qui me disait { «Retourne près de ta mère, elle est seule. » Le lendemain je reçus une lettre avec un cachet noir ; je qe rouvris pas, je retournai près de ma mère qui était fiieule, et en deuil ; j'avais entendu la yoi^ de mon père à Paris à l'heure où il expirait ici. Mon de-* voir était tracé, il fallait restef... Mais au prix dç^ quei désespoir... je le dirai puisqu'il le faut... I^ai mort me tenta.

MICHAUP.

La mort vous tenta? Ah l ce n'était pas^ hm » ce n'était pas bien.

LE DUC

Qtioi? Lorsque je faisais tous mes efforts pour vous arracher votre secret? j|e m*y suis donc bien mal pris?

ANDRIEUX

Mon orgueil surpassait votre bonté. Monsieur le duc; je ne voulais pas rougir devant vous. Vous le voyez, j'étais bien malade. Le souvenir de» paroles

de mon père et de ses exemples me ranimait quelquefofs ; cependant je succombais... Ah ! si mon père eût pu revivre, il m'aurait entouré de ses bras, ser^ ré sur sa poitrine, contre ses joues ; il m'aurait à force d'étreintes communiqué sa vie héroïque... Dieu le vouljiit, il me la communiqua en se donnant tout entier à moi. 11 fut en moi-môme. Je n'étais encore qu'un enfant, il me fit homme; je n'étais quVin ré* veur, il marqua un but pratique à mon activité ; j'étais impropre à tout, il me mit la main à la charrue ; il ne me dit pas « Marche, > il marcha avec moi; il ne me dit pas ^Ingrat» en me montrant ma mère; il tomba à ses genoux avec moi, et nous nous relevâmes en essuyant nos larmes pour un rude travail qui a prospéré au delà de mes espérances. On m'a souvent félicité de mon énergie, de mon esprit de conduite, de ma justice, de ma mansuétude; j'y suis pour quelque chose, mais je périssais, et mon père m'a régénéré après m'avoir engendré... il m'a aussi donné ses amis dans ce pays, et je vous remer-

cie, Monsieur Michaud, de m'avoir obligé à dire tout haut tout ce que je lui dois.

LE DUC

Embrassons-nous, Andrieux.

MICHAUD

Et volrc père , ce brave homme de père , est-il toujours avec vous? Il ne vous a pas quitté, n'est-ce

pas?

ANDRÎEUX.

11 est à côté de moi aujourd'hui, je le revois dans l'aîné de mes enfants.

CHARDEVfiL.

Hé bien, Monsieur Michaud^ la métempsycbose a miss! ses douceurs; cette hypothèse en vaut bien une autre.

MICHAUD

Hypothèse... vous avez des mots affreux... Monsieur le duc, dites, dites enfin ce que vous pensez de tout cela.

Il me semble que je n'ai jamais pensé autre chose. Oui, nous avons été, nous sommes, nous serons. Le Christ n*a-t-il pas dit lui-même, à deux reprises, qu' Elle avait reparu dans Jean-Baplîste, le prophète dans le précurseur? Oui, nous mourons pour renaître; nous ne sortons de la vie car la porte de la mort que pour y rentrer par la porte de la naissance ; notre destinée est de vivre. Dieu vit et (( travaille toujours, » et nous aussi nous ne vivons qu'en travaillant. Est-ce donc un peuple de vivants que ces élus voués à une inertie béate? ce sont des trépassés embellis, des cadavres aériformes drapés dans leurs suaires, c^est un peuple de momies. Ah! sans doute ce ciel oii les élus admirent Dieu dans ses œuvres, s'aiment en Dieu, communient entre eux par un mutuel amour, est le symbole bénissable du perrectionnement humain , l'image immobile et comme endormie de ce qui doit devenir une vérité éveillée ; c'est ce ciel que nous avons à transporter sur la terre ; mais qu'on ne dise pas que c'est la fin des choses. Notre histoire ne se peut terminer par un bout à ce ciel qu'elle ne se termine par l'autre

bout à Tenfcr, et, pour avoir le droit d'aOTraucliir ^os damnés dp la tortuFe dans riQaetien , il fouf , ô Biop Plei), que nms Tmonçiqm au privilège de r|ii« acliou dans la rélicitc, dans Tamour même !

L'cufer, rimmobililé dans le châtimenl; le ciel, rini^obilUé daqsî la réiBu^ératiQU ; eu baiit, o|ï ne peut p}ii§ manier ; e^ b^s, on ne peut plus desceOT dre ; la rédemption a ses bornes. Le Christ ^ dît ; a J'attirerai loiit a moi, » et tout est stagnant, relu Qt le reprouvé* Ne ¥pus ^emble-tril pas que eelte ordoop^itoe vé$ulte d@ la coqspir^ilion de notre thQolp** gie 9vec le vieiu système du monde? 11 faut p^or répéter que la création n'est qn'uue circpp^tance dp réteruitOt qu'un acddeiit de rimmensité ; que notre planète est le centre de l'univers; que Tunivers et notre planète s'évanouiront demain peut-être» aprè^ deniain sans doute; il faut sioulenir que la vie avec ses effusiouâî et ^es irradiations n'est qn'ua songe, qu'il n'y a de réalité que ^ans le recn^illenieul eontemplutif ; silor^ il sera permis de prétendre que Iq mort iioui^ l'esitttu^ k potr^ d^tiqée véritable, que Dieu piçt $% joî^ à se conoeplt^er dana Iq repo^ 4*011 il ^t>it soFli pussAg^^nsent» aia )»onté à oonoentrer l«si pqrs en lui-iD^e au sein dQ la quiétude sans fin» Mai^qi^pil I)ieiie$(^il le ûieti solitaire» enfermaut av€c jalousie les trésors de sa pui^aaoe, de sa sa^ gesse, dQ son amour, et ne permettant h sea élu& qw de les admirer en lui ? Dieu oe se las^ pstf d'atteste^r sa vie, que feroas-nous si nous n'altestoos pas la nfttre ? Dieu ne se repo^ jamais, et nous nous, reposertons ? Ësit-ce qw tans sea secrets nous «eronl U-

yrés pour prix d'une seule existence méritoire sur la terre, saos que nous fassions etfort pour nous y initier? Rêve d'enfants à qui il manque do savoir que Dieu ne nous a pas doués de la faculté d'agir pour nous clouer à Tinaction, de la faculté de penser pour éteindre dansses illiiminatioos éblouissantes la lainpe qu'il a mise dans ses temples vivants! Nous avons soif de l'infini, notre soif ne sera pas trompée; mais l'in*fini ne tient pas dans une coupe où nous n'ayons qu'à porter nos lèvres; il déborde incessamment dans l'espacfs et dans le temps sans bornes, il nous faut le chercher toujours, le trouver toujours, et le chercher encore d'éternités en éternités. Nous avons fait Dieu à notre mesure, c'est nous actuellement qu'il faut faire à la mesure de Dieu 1

Nous avons été, nous sommes, nous serons. Si nous avons failli, revivons pour nous relever. La re^ naissance, voilà la consolation de tant de carrio^ res manquécs, de vocations étouffées, de servitudes et de misères qui sont retombées sous le poids qu'elles tentèrent de soulever^ de tant de facultés dépravées ! Laissons, laissons revenir ceux qui ont tout offensé, tout sali, tout meurtri parmi nous, qu'ils reviennent, ils sont à nous pour que nous les sauvions» pour que nous nous sauvions nous-mêmes par leur salut. Hé* las ! Sommes-nous bien sàrs de les avoir assez aimés pour les vaincre par notre amour en les terrassant par notre justice? Question terrible que nous ne nous adressons pas assez souvent. Et si nous avons été saints, revivons pour nous sanctifier encore. SouveQt, souvent je demeure atterré à voir ce qpe la

liqueur la plus pure contient de la lie qui ne devrait Aire qu'au Tond, tandis que la lie recèle souvent une goutte de Tambroisie du haut ; ô hommes, nous sommes tous frères. La renaissance, voilà pour les meiU Itïurs la condition de Tachèvement de leur vertu, qui se Tait admirer sous une Tace, qui laisse à désirer sous une autre ; ce Truit ne mûrit pas que tous les côtés ne se soient successivement tournés au soleil. La renaissance, voilà Tespoir de toutes les bonnes ambitions : savoir davantage, pouvoir davantage, aimer davantage et davantage... 0 ma lyre! je sais quelles cordes te manquent, mais la mort ne nous brise pas, nous renaîtrons, et nous aurons une corde de plus!

Ne craignons pas de vivre, ne craignons plus de mourir; nous jouissons de Timmortalité avec de brèves intermittences... brèves et terribles, je l'avoue. Angoisses de l'agonie, déchirements de la séparation, deuil de l'isolement, qui ne vous a connus, et qui ne frémit en voyant les nations multiplier les coups de la mort sur leurs champs de bataille? Race de pécheurs que nous sommes ! Il faut que nous donnions la mortct que nous la subissions; comme si, pour être dégagés de nos inextricables attaches à une nature inférieure, nous avions besoin de passer et de repas* ser sans relâche par le glaive exterminateur ; comme si nos âmes grossières devaient venir s'aiguiser sur la meule qui tourne, et ne donnaient une étincelle qu'à ce prix ! 0 mort ! ne te vaincrons-nous jamais? Tu es le signe de notre subalternité ; ce n'est que par toi que nous nous élevons d'un degré, il

faut que nous te cédions noire forme pour renaître avec une forme plus digne de notre âme en progrès.

L'âme alors laisse sur sa dépouille Fempreinte d'une beauté nouvelle, qui Ta vue ne Toublie pas ; le marbre insensible est comme la statue couchée de Têtre qui se transfigure ; ce marbre tombera en pous^ sière, mais Tâme , qui lui fait ses adieux en . le marquant du reflet de sa grandeur morale, s'é^ teindra-t-elle? Non, c'est la vie rayonnante' qui se continue, qui se transporte peut-être dans un mondo dont les habitants, vainqueurs du mal, se meuvent naturellement dans le bien. Là, peut-être, la mort telle que nous la connaissons est inconnue. L'homme n'est plus contraint, pour dépouiller le passé, de faire alliance avec les ombres, et, pour renaître à l'a-» venir, de redevenir l'humble grain qui germe en perdant la conscience de soi-même. Heureux, heureux ceux que leurs vertus ont rendus dignes de monter dans ces hautes régions, où Thumanité pour* suit sou œuvre sans reprendre haleine dans les as* soupissements de la vieillesse, oii, plus pénétrée de la vie divine, elle réalise ce que nous croyons des chœurs célestes des anges !

Est-ce vers ces étoiles radieuses que nous tournerons nos regards et nos vœux, 6 mes amis? Jouissons du spectacle de ces mondes qui ne sont pas des lumières seulement, qui sont des voix, qui Ion t éclater dans toutes les régions de Tunivers le verbe divin que depuis longtemps, sans doute, vous avez entendu, ô Pascal, serviteur passionné de notre Christ, et vous ne dites plus que le silence des espaces infinis

Vùii^ effraye! Oui, saluons avec amour toutes ces populations qui coftime nous, mieux que uous, connaissent, aiment et pratiquent Dieu; mais attachonsnous d'un mftie courage à notre terre. Non que je croie que la terre épuise les destinées de l'humanité^ mais c'est ici qu'elle se prépare pour des grandeur^ incounues. 0 terre, sois bénie! nous ne te renonçons pas. Le Christ est descendu parmi nous, il y a pris la Torure de l'esclave, comme nous il y a bu le calice^ connue nous il y est mort, et depuis ce jour notre planète s'est élevée dans la hiérarchie des astres. De même que la fin des révolutions violentes de notre globe Tut marquée par l'apparition d'Adam, la fm de tous les douloureux enrantements de la société a été marquée par l'apparilion du Fils de l'homme; le serpent a été vaincu ; le vieux monde moral a expiré, un monde moral nouveau est né, il se conlinucrajusqu'à ce que la cité de Dieu, telle qu'il uous est donné de nous la promettre, se soit établie sur la terre ; cité où le sang ne coulera plus, où le péché sera vaincu, où la mort ralentira ses coups ; où tous ceux qui auront vécu seront présents, où les réprouvés seront remontés de l'enfer et les élus descendus du ciel pour s'embrasser en frères, et alors, alors, ôcieux, entr'ouvrez-vous ! laissez, laissez passer le Christ lui-même emportant l'humanité tout entière vers je ne sais quel monde meilleur, sans qu'aucun de ceux qui mêlèrent leurs cendres à la poudre de notre planète soit laissé en arrière !

CHARDEVEL.

Notre cher duc ne veut oublier personne. A de-

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main, Ândrieux; nous parlerons de voire Christ enfin.

MICHAUD

Réveillons-nous, Monsieur le duc. Nous avons magnifiquemenl rêvé, vous me faîtes rêver avec vous, mais réveillonsrnous; derrière tout cela il y a le panthéisme... Cen est Tait ; si nous ne nous rattachons pas à la Toi de nos pères sans marchander, nous serons la proie du panthéisme !

DIALOGUE TROISiÊNË

TBANSFIGDRATION DE JÊSOS-CHRIST

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