QU'EST-CE QUE LE SAINT-SIMONISME
MICHAUD, ANDRIËUX, GHARDEVEL, LE DUC.
CHARDEVEL.
Sans conclusioQ? II y a la mienne, parbleu ! Le triomphe de la philosophie. Sans conclusion ? Songeriez-vous à nous en offrir une, voire religion nouvelle peut-être ?
MICHAUD
Monsieur est aujourd'hui un homme sérieux.
CHARDEVEL.
Il en a trop dit pour ne pas achever ; le vin est tiré, quMl le Verse.
ANDRIEUX
Je n'ai que deux mots à dire : si vous désirez trouver la conclusion qui vous manque^ consultez Saint- Simon.
MICHAUD
Saint-Simon 7 Vous avez dit Saint-Simon 7
CHARDEVEL.
A la bonne heure ; je savais bien qu'il avait en^ core le cœur israélite.
LE DUC
Gomment... voilà notre ÂndrieuxlU j a trente ans que nous vivons côte à côle, et c'est la première fois qu'il me prononce ce nom ; il ne (ait pas même grâce à ses plus vieux amis de sa faculté de réti* cence... Monsieur, je sais à présent ce qui ajoutait une affliction si sombre à vos regrets, lorsque la mort de votre père vous ramena de Paris auprès de sa pauvre veuve ; c'était la nécessité de renoncer k toutes vos rêveries pour Tobscure existence d'im campagnard, et je découvre ce secret aujourd'buL.» Hé bien ! qu'est-ce donc que votre saint-simonisme^ Lorsque ce système faisait du bruit, je m'en occu-^ pai peu, croyant qu'il passerait comme tant d'autres ont passé dans ce siècle où tout arrive, où rien ne reste ; puisque depuis trente ans il vous tient en sa puissance à ce point que vcms y songiez toujours sans en parler jamais, parlez-^n donc enfin I
MICHAUD
C'est moi qui vous dirai ce que c'est Chacun de nous a besoin d'indulgence, je ne l'ignore pas ; moi qui vous parle , j'ai été carbonaro et l'ennemi du trône ; il faut que jeunesse se passe ; mais,, à votre âge, dans votre position, monsieur Âudrieux.*. vous me voyez encore abasourdi de ce vieux pétard que vous nous tirez au visage sous prétexte de conclusion. FermettezTmoi donc de faire connaître* au juste cette religion k laquelle les circonstances vous ont paru redevenir propices ; je vous prends à partie et je vous conjure de juger de mon amitié à la vigueur de mes attaques.
ANDRIEUX
Faites, Monsieur.
MICHAUD
Monsieur, on définit un jour votre école : un club sous un clocher; c'était quelque chose de pire. Votre théorie sociale était un mélange de la tradilion démocratique de Robespierre, de la tradition théocratîque de Grégoire VII, de la tradition financière de Law, de la tradition économique de Turgot, avec addition du miitérialisme français, du panthéisme allemand, du sensualisme oriental ; et c'est ce monstrueux amalgamé qui se produisît sous le nom de Religion saint-simonienne , à h faveur de la révolution de 1830, la plus pure des révolutions puisque j'en étais; mais il n'en est pas de si benne qui ne déchaîne toutes les insolences de la nature humaine, et je n'oublierai jamais ce que je vis alors. Je vous vis entreprendre la conquête de la société, comme si elle était vide de pouvoirs, de lois, de croyances, comme si vous étiez en mesure de lui tout donner. Aux églises, vous proposiez je ne sais quel Dieu, résumé de tous les dieux anciens et modernes ; à l'État, vous offriez votre politique supérieure à la sienne autant que la science Test à l'empirisme ; aux classes moyennes , vous déclariez qu'elles n'étaient qu'une noblesse de seconde main, qui engraissait son oisiveté de la sueur des classes laborieuses, qui perpétuait Tanlique exploitation de l'homme par l'homme, et vous les menaciez du classement selon la capacité, de la rétribution selon les œuvres; aux ouvriers, vous djsîez que vous metlrioz
fin au prolétariat par Torgamsation du travail ; aux pères de famille, que riiérilage était aboli; aux femmes... je m'arrête. Qu'on vous eût laissé faire, vous auriez bouleversé le monde pour le refaire de la base au sommet, pour y introniser du même coup la loi du Progrès et le sacerdoce de Memphis. Messieurs, une partie de nos désordres est votre ouvrage. Je ne dis rien de Tiulluence corruptrice que votre apothéose de la chair et votre glorification des intérêts matériels ont exercée ; mais c'est vous qui, en 1830, avez posé de nouveau la question des pauvres et des riches ; vous avez à répondre de ces utopies subversives de la propriété que iSliS a jetées à tous les vents. Eh I que m'importe que vous n'ayez jamais prêché le communisme, si vous avez ressus* cité Babœuf, si vous avez enseigné comment on peut surexciter l'esprit révolutionnaire eu l'associant aux appétits grossiers des masses, en leur montrant l'appât chimérique d'un paradis terrestre? Néanmoins, tandis que, sans le vouloir, vous trempez dans les conspirations souterraines de la plèbe, vous ne laissez pas que d'être les fauteurs du despotisme d'en haut et les courtisans des coups heureux de la force ; il n'y a que la liberté dont vous fassiez toujours bon marché. La sociélc vous a ouvert les bras après vous avoir désarmés, et a bien fait. Les saintsimoniens valaient mieux que leurs idées, les disciples que leur maître. La plupart d'entre eux sont devenus des citoyens utiles, quelques-uns des personnages éminents. Entre nous, c'est ce qui reste de plus net de votre système qui ne contenait que
— SBbien peu de -vérités en proportion de son alliage, si toutefois on peut nommer système une nouvelle édition de ces rêveries qui sont depuis des siècles la pâture des cerveaux creux, l'aliment des mauvaises passions, la terreur des gens sages. Oserai-je vous le dire? Ce n^était qu'une enseigne arborée par des jeunes gens doués de talents véritables , d'intentions excellentes, et faisant émeute à leur façon pour obtenir Tadjonction de leurs capacités. On a brisé leur enseigne, on a fait leur fortune, votre religion n'a pas eu d^autre martyre. Que prétendez-vous donc aujourd'biu? votre religion est morte et ses prêtres sont bien vivants; elle a eu tout le succès qu'elle pouvait obtenir, renoncez à l'exhumer^et laissez* voHS retirer de ces déplorables erreurs, indignes d'un homme tel que vous !
CHARDEVEL.
J'aime cette poussée de verve bourgeoise, j'ap-précie votre tour oratoire , mais vous êtes toujours trop vif; s'il y a des saint-simoniens dans le camp de l'autorité, il s'en trouve aussi dans le camp de la liberté; et vous ne sauriez méconnaître leur fidélité à leur principe,
MIÇHAUD.
J'accorde l'exception de grand cœur.
LE DUC
Monsieur Michaud, je vous ai écouté avec intérêt ; mais ètes-vous sûr que les saint-simoniens aient été d'impertinents mystificateurs, des ambitieux sans conviction? J'imagine qu'ils n'ont pu se faire accepter du public que par une exaltation sincère ; auraient-
ils laissé trace dans le monde s'ils n'y avaient mis l>eaacoup du leur?
CHARDEVEL.
Il s'y étaient mis corps et biens ; un grain de folie et une fièvre superbe. Je ne les crois pas meilleurs aujourd'hui que cette humanité qu'ils se promettaient de régénérer ; cependant de leur passé il leur reste à tous sans exception, obscurs ou illustres, pauvres ou millionnaires, une idée qui s'est logée dans les recoins de leurs cerveaux, qui a pénétré jusques dans la moelle de leurs os, qui est, pour ainsi parier, le point vital de Torganisation actuelle de chacun d'eux : c'est ridée de rémancipation des prolétaires que tout le monde avait oubliés en 1830, qui s'étaient oubliés eux-mêmes, et qu'ils vinrent rappeler, selon le mot de M. de Ballanchc; c'est leur honneur à tous, Ah ! c'est surtout l'éternel honneur de Saint-Simon, que vous rabaissez au-dessous de ses disciples et qui valait mieux qu'eux. Saint-Simon est le penseur le plus profond du dix-neuvième siècle, tenez- vous le pour dit.
MICHAUD
Oh t sur ce point je ne concède rien. Saint-Si* mon... je m'expliquerai sur lui quand il m'aura été répondu.
CFIARDEVEL.
Saint-Simon est un pur philosophe qui a été rîdi» culement travesti par ses disciples sous le rapport religieux ; soit, je leur pardonue d'avoir déserté la philosophie; on savait comment les religions finissent il fut bon de voir comment elles commencent et se
font de main d'borome. Ce mystère fut dévoilé par leur invention en plein dix-neuvième siècle d'un révélateur, d'un apostolat, d'un sacerdoce selon tontes les règles. Vous observâtes irès-fldèlement la poétique des religions, mon cher Andiieux; maisquoi? la vôtre ne put naître par la raison que les autres ne pouvaient vivre, c^est ce qui vous avait échappé, et votre fidélité à cet essai malheureux serait inexplicable sans votre isolement rustique où, faute d'autre aliment, vous avez ruminé ces souvenirs. Quoi qu'il en soit, prêchez ; cela nous rendra nos vingt ans.
LE DUC
Mon pauvre Ândrieux, le temps ne vous a donc rien appris?
Le temps a profité à nos idées eu les vulgarisant, à Jious-mêmes en nous contraignant à y réfléchir. Durant le tiers de siècle qui s'est écoulé depuis la dissolution de notre école, chacun de nous a voulu acquérir, avec le sang-froid et le discernement de la virilité, les opinions qui avaient pris possession de sa jeunesse ; c'est aussi ce que j'ai fait, ce que j'ai voulu (aire du moins, dès que j'en ai eu le loisir. Mon père mort, j'avais des devoirs à remplir, un métier à apprendre ; je rompis avec mes doctrines, avec mes projets d'aventures, en me faisant une violence dont la bonté de M. le duc soupçonna la douleur, sans en connaître la cause; je n'avais pas à parler de ce que je voulais oublier. Lorsque j'eus atteint le but que je m*étais proposé, je me repris à mes idées
comme à ud bien dont j'avais acquis le droit de jouir; mais je me défiais de moi-même, je ne méditais qu*en doutant et je n'aurais pu m'exprimer sans hésitation de langue/ je dus encore me taire. Aujourd'hui, quelles qu'elles soient, mes pensées sont nettes, je n'ai plus aucun motif de persister dans le silence que je m'étais prescrit ; la question religieuse Tient d'être posée entre nous^ il me parait bon de vous dire la portée véritable du saint-simonisme, et tout d'abord, afin de cesser de scandaliser deux amitiés précieuses, M. le Duc et M. Michaud, je déclare que le saint-simonisme n'est pas une religion nouvelle.
LE DUC
Gomment ?
CHARDEVEL.
Reviendriez-vous à la philosophie? nous tuerons le veau maigre, Taute de mieux.
Vous avez doue abjure celte religion nouvelle? Mais vous retournez au catholicisme , je le gagerais«
ANDRIEUX
Non, Monsieur, au christianisme.
CHARDEVEL.
Au christianisme... j'aurais dû le prévoir. Votre religion de l'avenir n'ayant pas réussi, vous vous donnez la satisfaction d'en faire la dernière hérésie de la dernière religion du passé... La chute est malheureuse, le christianisme s'en va et vous redevenez chrétien?
ANDRIEUX
Ce qui s^en va, c'est une forme vieillie ; le fond est impérissable, et le salnt-simonisme est lioe nouvelle réforme du cbristianisme^ rien de plus, mais rien de moins.
MICHAUD
C'est encore trop. Qu'est-ce que Saint-Simon peut avoir à réformer après Lutlier 7
ANDKIEUX.
Luther, Monsieur, — Luther et la Papauté. Il n'est venu ni perfectionner la réforme du seizième siècle ni restaurer T Église romaine, mais transformer le christianisme, conformément aux vœux que nous avons entendu exprimer par une bouche catholique. M. de Maistre avait pressenti cette régénération, Saint-Simon dit comment elle s'accomplira ; M. de Maistre est le précurseur de la réforme religieuse du dix-neuvième siècle; le réformateur, c'est Saint- Simon.
MICHAUD
Voilà, voilà à quoi sert ce prophète savoyard que rSglise a négligé de mettre à Tindcx ; les novateurs se font commanditer par les prophètes et Saint-Simon par M. de Maistre... Savez-vous que je vous aimais beaucoup mieux avec votre religion nouvelle dont on pouvait rire? je vous l'aurais passée.., mais une transformation du christianisme, de la religion éta-* blie, de la foi de nos pères ; vous êtes Tennemi de tous les chrétiens.
LE DUC
Vous le voyez, nous sommes naturellement émus lorsque vous nous appelez à discuter la transforma tion de notre croyance ; veuillez donc vous expliquer. Le rang que vous assignez à Saint-Simon est fort glorieux, mais il est modeste en comparaison du rang qui lui fut précédemment attribué; il ne serait donc plus à vos yeux ce révélateur supérieur au Christ lui-même 7
ANDRIEUX
Il n*y a de révélation que par le Christ. • .
CHARDEVEL.
Le Christ... Je n*ai pas T hydrophobie de la religion , mais je ne la tolère qu'à Tétat de possession , je ne Taime pas à l'état de prétention ; je n*en suis pas inquiet, j'en suis agacé, comme on l'est d'un contre-sens, d'un solécisme, d'une fausse note. Quoi ! c'est un saiut-simonien qui se charge de la réhabilitation du Christ que nous avons couché sur un lit d'aromates, mais si bien mort celte fois qu'il né saurait ressusciter? Vous vous mettez en hoslîllté avec tous les philosophes.
ANDRIÈUX.
Il n'y a de révélation que par le Christ, aî-je dit ; mais M. de Maistre, parlant d'une nouvelle effusion de l'Esprit-Saint ou d'une nouvelle explosion de la toute-puissante bonté en faveur du genre humain, nomme un tel événement une révélation de la révélation ; cette expression caractérise la parole de Saint-Simon qui est une interprétation neuve du principe moral évangélique.
LE DUC
Et quel est le signe de sa mission ? Il n*a janoais appartenu à F Église ?
ANDRIEUX
S'il eût été de Rome, aurait-il été accepté par Genève, et sMl eût été de Genève. •• Il est du monde.
LE .DUC
Sans doute, la réforme et le catholicisme sont deux plaideurs qui n'ont pas encore trouvé d'arbitre, la philosophie n'étant qu'un troisième plaideur qui les condamne à son profit ; pour nous mettre d'accord, il faudrait avoir la science du Christ plus que nous, Saint-Simon est du monde, et il serait cet homme !
MICHAUD
Je n'y peux plus tenir. Laissez-moi vous dire enfin ce que c'est que Saint-Simon, le penseur profond de ceux-là, le réformateur religieux de ceux-ci, le révélateur de quelques autres. Il ne fut pas sans génie peut-être ; mais tranchons le mot, ce ne fut qu'un fou qu'il faudrait plaindre si on ne l'avait ridiculement exalté. Tout chez lui dénote un défaut de suite dans les idées, l'absence du bon sens le plus vulgaire. Nourri dans l'encyclopédie du dixhuitième siècle, c'est ce philosophe matérialiste qui imagine de faire une religion nouvelle ; la révolution nous avait donné le culte delà Raison, le décret deFÊtre suprême, la théophilanthropie; lui, il invente la religion de la science, sauf à inventer, quinze ans après, la religion de l'industrialisme ; il est toujours dans les extrêmes. C'est ainsi qu'il
tombe en pleine démocratie, tout en se vantant de sa descendance de Cbarlemagne, et que, malgré sa noblesse, il spécule sur les biens nationaux. Devenu riche, il dissipe sa fortune; redevenu pauvre, il mendie cyniquement , comme sMl avait des trésors dans ses projets, et tout accuse son impuissance. Il entreprend de bâtir des palais et ne bâtit que des portcs-cocbères ; il est toujours en travail et n'ac* couche jamais que de brochures ; il recrute partout des disciples, et il est renié par tous... J'oubliais de vous dire qu'il se maria, mais que celui pour divorcer, afin d'offrir sa main à l'illustre fille de Neckcr, donnant aiuhi à ses successeurs l'exemple de chercher la femme-messie. Un jour, après avoir fatigué de ses chimères les savants, les fabricants, les banquiers et les rois, réduit à la misère par son imprévoyance, il se tira un coup de pistolet dans la tète, et, comme si tout chez lui devait être bizarre, il en fut quitta pour la perte d'un œil ; enfin, c'est dans les bras d'un Juif, son disciple fidèle, que le disciple de d'Âlembert rend ledernier soupir... Voilà le réformateur prédestiné du christianisme, le voilù !
CHARDEVEL.
Gomme ces hommes graves s'entendent à la caricature de leurs adversaires !
MICHAUD
Quand ses vues seraient excellentes, il ne serait pas assez pur pour être le promoteur d'une réforme. Et qui donc d'entre nous consentirait à discuter du christianisme avec ceux qui inventèrent les fameuses théories sur la -Réglementation de l'adultère et le
pontificat de la chair ? Votre reli^n a été le Uormonisiiie de l'Europe.
CHARDEVEL.
Mais Saint-Simoû n'est pour rien dans ces théories I Ne chargez pas le vieux maitre des péchés de ses disciples.
LE DUC
Attdrieux, il y aurait beaucoup à faire pour justifier votre Saint-Simon.
ANDRIEUX
Le réformateur ne vient pas du côté où vous Tattendiez ; vous vouliez qu'il vînt de l'Orient et vous doutez de lui parce qu^l vient de l'Occident ; pourtant le signe de la mission du réformateur religieux au dix-neuvième siècle, c'est d'être laïque*
MICIIAUD.
Formule inventée pour les besoins de la cause.
LE DUC
Nous ne nous comprendrons jamais. L'esprit souffle où il veut ; mais si la réforme a pu s'accommoder de docteurs laïques, les uns austères comme Calvin, les autres infâmes comme Henri YllL..
MICHAUD
Permettez, Monsieur le Duc, permettez.
C'est de son sein que l'Église est accoutumée de tirer ses lumières.
MICHAUD
Encore une fois permettez 1 L'Eglise serait la mal venue à nous reprocher d'avoir tiré nos lumières du
monde, lorsque depub soixante ans c'est le monde qui lui a fourni ses défenseurs les plus accrédités» MM. de Chateaubriand et de Bonald, M. de Maistre surtout, votre oracle suprême, le chef de votre école. Ce sont des laïques qui ont été la force et la gloire du catholicisme de notre temps ; les nouveaux pères de F Église sont du monde; vos évêques du de^ dans rencontrent dans des journalistes et des oratenrs des évêques du dehors plus puissants qu'eux quel* quefois; et cette influence dès laïques dans les questions religieuses n'est pas un fait accidentel, c'est un fait nécessaire qui provient de ce que le monde a constitué en lui-même une sorte de clergé de savants, de littérateurs, de philosophes, etc. , héritier de l'ascendant perdu par le pouvoir clérical ; de façon que l'Église est aujourd'hui réduite à pratiquer ce qu'elle incrimine dans la réforme.
ANDRIEUX
Après ce que vous venez de si bien dire, permettez au réformateur de notre temps d'être un laïque.. . De grâce, ne protestez pas contre vous-même. Déjà M. le duc avait fait observer que Dieu fait son œuvre par les gentils à défaut des Juifs, par le monde à défaut de l'Église ; le réformateur ne pouvait donc naître dans l'Église qui fait profession d'ignorer ce que le monde veut connaître, de repousser ce que le monde recherche, qui conserve sans féconder; la vie est dans le monde, le réformateur en est sorti pour le rattacher à la tradition chrétienne» et telle est la conclusion du débat dont la querelle du catholicisme et de la réforme n'est plus qu"" l'expression étroite»
qui a toute sa laideur dans la querelle finale de relise et du monde.
MICHAUD
Allez, mon amitié ne vous abandonnera pas.
LE DUC
Yoici donc oti nous en sommes. Les catholiques ne vont pas à la réforme, la réforme ne vient pas à nous ; nous sommes tous sollicités par un mouvement qui ne part ni des uns ni des autres ; d'où que nous venions, nous nous retrouvons tous au bord du même Rubicon pour le passer ensemble, si ce réformateur laïque... je ne l'attendais pas de sitôt, je Tavoue, et vous nous iH*enez à la gorge. Hélas! à peine avons-nous appelé le nouveau, nous reculons à son aspect en nous demandant si cette apparition vient de Dieu ou de Satan.