I^ DUC
Saint Augustin Tut manichéen, saint Paul lui-même fut juif jusqu'à participer au meurtre des disciples du Christ, et je pardonne à Saint-Simon d'avoir été un philosophe; cependant encore faudrait-il qu'il eût eu son chemin de Damas !
ANDRIEUX
Tout ordre temporel est la pratique d'un ordre spirituel, tout ordre spirituel est la théorie d'un ordre temporel ; après la ruine du régime du moyen âge et de sa doctrine, que devait-il se passer? — C'était à cette doctrine à se régénérer la première et à enfanter un régime nouveau, ou c'était à la conception d'un régime nouveau à précéder la régénération de cette doctrine et à la déterminer. — L'Église était sans initiative ; le monde éUiit à l'état actif, obligé par sa révolution à se chercher «ne asiHette |»ro-
visoire et une organisation définitive ; c'était donc le problème social qui devait se poser le premier* Voyez les conséquences ! La théologie ne se transformera qu'en vertu d'une transformation de la société ; le monde, après avoir été fait à l'image de rÉglise, entreprendra à son tour de faire l'Église à son image, et le réformateur est nécessairement un laïqne qui arrivera tardivement à la foi religieuse; il n'aura sa lumière qu'en achevant son œuvre.
Saint-Simon se tourne d'abord vers les sciences d'observation ; c'est sur une théorie comprenant les progrès de la science de l'univers et de la science de l'homme qu'il veut baser son organisation sociale; la religion ne lui apparaît alors que comme une ins^ titution politique imaginée par les cwporations sar vantes. Et déjà il ébauche la transformation de la société; il désigne l'équivalent du vieux pouvoir spi« rituel en transférant les attributions du sacerdoce aux laïques qui ont remplacé une théorie scientifique vieillissante par une nouvelle théorie , et il s'efibrce de communiquer sa passion de l'humanité aux savants : « Le temps presse^ leur dit-il , au milieu des désastres de 1813, le temps presse^ le sang covde! 1» L'empire tombe, la paix se rétablit ; Saint- Simon se tourne vers l'industrie. Dès 1820, il faisait la préface de tout ce que nous avons vu s'accomplir^ et signalait le véritable pouvoir temporel des temps nouveaux. C'est dans la puissance fécondante de rinduslrie que réside le secret de l'amélioration du sort des masses; il n'hésite donc pas à placer l'âge d^or dans l'avenir, et il tâche d'exalter la philanUiro^
pie des industriels, non moins indifférents que les savants ne Font été. Alors il comprend que, pour faire concourir la science, rindustrie, les beaux-arts à une réorganisation sociale, il faut prendre son point d'appui dans la faculté sympathique, et il rattache son plan au principe de la charité chrétienne ; il réconcilie le réalisme théorique et pratique des temps modernes avec l'idéal moral du moyen âge. Voilà le nouveau christianisme.
Dès ce moment Saint-Simon est le réformateur religieux du dix-neuvième siècle. Il a entrevu la cité de l'avenir; il est au bout de son chemin de Damas, il confesse Dieu. Et pourquoi douteriez-vous qu'il fut sincère ? Messieurs, ne supposez pas qu'il soit possible à ces architectes sublimes de nier Dieu ; qui détruit nie, qui bâtit croit. Tant qu'il ne fit que chercher et disposer les éléments de l'édifice , il n'admît que des lois ; l'édifice achevé , il replaça la vie dans le grand ordre de choses. On n'est pas impunément créateur. Le génie le plus ferme, quand sa pensée prend un corps et palpite, ne se défend pas de ce frémissement intérieur qui le met en communion avec le tout dont l'humanité fait partie, et comment, en achevant son œuvre éminemment philanthropique; n'aurait-il pas ressenti la solidarité divine de tous les êtres? Il eut alors la plénitude de son sens moral ; c'est pourquoi , dans son dernier écrit, il atteste ta protection divine accordée à son entreprise d'une manière spéciale ; avant de fermer les yeux, il dit à ses disciples : « Je jouirai de vos travaux. » Enfin , prévoyant que le nouveau
christianisme sera difQcilement compris, il prononce cette parole suprême recueillie par Olinde Rodrigues, ce Juif fidèle , le plus grand de sa race dans ce siècle qui la porte si haut : « £n attaquant le système c religieux du moyen âge, on n*a réellement prouvé « qu'une chose , c'est qu'il n'était plus en harmonie « avec le progrès des sciences positives; on a eu « tort d'en conclure que le système religieux devait a disparaître en entier ; il doit se mettre d'accord « avec le progrès des sciences. » Vous l'entendez, Messieurs ; malgré quatre siècles de décomposition, il refusa de croire plus longtemps à la mort du christianisme, et ne se laissa plus abuser par le parallèle des temps actuels de l'âge chrétien et de la période finale de l'âge antique, parallèle spécieux. Quelles que soient les analogies de ces deux crises, la catastrophe y prend un autre tour. Le monde religieux de l'antiquité n'avait pas dans sa raison d'être une vertu réparatrice de sa décadence ; le monde chrétien a reçu dans le principe inamissible de la charité un principe inépuisable de régénération qui, durant l'époque analytique ou critique, aussi bien que durant l'époque synthétique ou organique, ne cesse pas d'agir, et par là ce monde se dégrade et s'accroît, vieillit et rajeunit, meurt et renaît; en un mot, le christianisme est immortel parce que la charité est son essence. Voilà ce que Saint-Simon avait enfin compris lorsqu'il résumait sa doctrine dans la transfiguration du principe moral chrétien, lorsqu'il proposait dans la conception de son ordre social le type d'après lequel la théologie et
— eâ —
la science doivent se transformer ; ce fàt Tobjet des trava nx de ses disciples.
MICHAUa
Bites que ses disciples inventèrent nne religion à laquelle ils ne crurent jamais !
CHARDEVEL.
Eux? J'ai constaté chez eux le même état patbo^ logique que chez tous les croyants de profession, la même candeur de fanatisme, la même pontificalité ; savez-vous qu'ils ont eu leurs prophéties et leurs extases? Le temps seul leur a làanqué pour avoir leurs miracles.
MICHAUD
Cette religion ne fut fabriquée dans votre cénacle d'économistes, de rationalistes, d'algébristes, de physiologistes, que pour amuser le vulgaire et servir dMnstrument à vos ambitions folles; vous en avez ri les premiers, vous pouvez bien l'avouer aujourd'hui, nous ne sommes qu'entre amis.
ANDRIEUX
Monsieur Michaud, voici ce qui se passa. Tandis que la science, la philosophie et l'économie sociale nous préoccupaient, la question théologique s'imposa peu à peu à notre attention ; il litllait nier ou affirmer ; l'histoire des évolutions régulières du genre humain nous raconta la gloire de Dieu plus éloquemment que l'ordre des deux ; la Providence nous fut dévoilée par la loi du progrès, et cette école pétrie de scepticisme eut une effusion d'enthousiasme; un cri s'éleva parmi ces athées; Dieu le veut. Lisez les lettres d'Eugène Rodrigues, premier témoignage de
notre foi, rbymne pénètre son argamentation et s^y mêle, vous en seriez encore ému. Lisez... Hais quoi? Si quelques hommes obscurs osèrent aJ9n*onter la moquerie dn monde, c'est quMis croyaient à ce point que le monde étonné leur laissa tout dire; ils croyaient aussi ceux-là qui, déjà mûrs, s'étudièrent à dépouiller le vieil homme, à changer ta violence en douceur^ la superbe en modestie ; et ne croyaient-ils pas ceux que nous vtmes mourir si jeunes et confesser la vie éternelle par une fin paisible ; hélas ! ils emportaient je ne sais quelles moissons dont nous n'eûmes que les prémices. . . Et maintenant que trente années ont passé sur nous qui leur survivons, pas un ne médit de ces jours de travaux incessants, d'espérances enivrantes, de douleurs saignantes et cachées, parce que ce ne fut ni une illusion ni une imposture, jours comme on n'en voit qu'une ibis dans sa vie; tons, quoi que nous soyons, ott que nous sovons, nous vivons encore de cette renaissance religieuse.
LE DUC
Andrieux, je veux que Saint-Simon ait couronné sa vie par un sentiment i^eligieux digne de ses travaux, je ne suspecte plus la sincérité de ses disciples ; mais par quel vertige firent-iis de leur maître l'auteur d'une religion nouvelle? Le Christ, sa divinité à part, fut un Révélateur parce qu'il appela tous les hommes à pratiquer la Traternité, parce qu'il fit élection de tous les peuples pour être le peuple de Dieu ; c'est pourquoi il surpassa Moïse ; mais à quel titre placiez-vous au-dessus de lui Saint-Simon qui ne produisait pas un principe plus large, dont le mérite
était de découvrir que toutes les conséquences du principe moral ne sont pas épuisées, dont la bonne nouvelle tfest qu'un appendice de TÉvangile? Il relevait du Christ, et vous Tauriez confessé si vous n'aviez été des fils de Tanarchie jui^ques dans vos efforts contre Tanarcbie du temps, ardents à détrôner Tautorité traditionnelle pour introniser une usurpation dans laquelle vous vous exaltiez vousmêmes, pleins de Torgueil philosophique jusqu'à prétendre dater de vous I De vous et pourquoi? Il n'y a qu'une charité qui a mis une larme sur les fers de l'esclave, un baume dans la résignation du serf, une promesse dans le cœur enhardi de nos prolétaires ; et il n'y a pas deux Christs, il n'y a qu'un Christ qui pleura avec l'esclave, espéra avec le serf, osa avec le prolétaire en même temps qu'il forçait le maître à la pitié, le baron à la compatissance, le bourgeois à l'accolade fraternelle. 11 n'y a qu'un lien qui rap^*. procha les deux espèces humaines de l'antiquité, qui associera les deux classes de nos temps modernes^ et il n'y a pas deux Christs, il n'y en a qu'un qui associe après avoir rapproché, et c'est lui que vous traitiez en roi vaincu dont ou peut voler le manteau, comme si vous aviez découvert à l'humanité uu chef plus digne de l'être que le maître en âmour... Maître si divin qu'à cette heure même les opprimés tendent les mains vers lui, et que tous ceux qui se dévouent à la cause des faibles et des petits, prêtres ou philosophes, princes ou tribuns, marchent à sa lumière ou dans son ombre; que tous obéissent, qu'ils le confessent ou non, à sa voix qui depuis dix^buit
^icctcB produit Icb édlficatiotiB 6ubliittes de l^aniour i Les disciples de Salni- Simon Tont irréparableuient compromis à nos yeux en tournant à une religion nouvelle ou à une philosophie irréligieuse. Que voulez-vous? Tous ses sectateurs se sont i^garés, est-ce à ce trait que nous devons reconnaître en lui le réformateur suscité de Dieu et notre guide? Il voulait réconcilier la tradition chrétienne et la sagesse du monde, que ne Timi liez- vous?
ANDBIEUX.
Le dernier mot du maître est rarement le premier mot des disciples*
LE DUC
Vous deviez commencer comme il avait fini.
ANDRIEUX
Nous finirons comme lui , mais c'est comme lui que nous commentâmes. Nous venons de lui, sa vie se répète dans la nôtre. La première lignée de ses disciples s'arrêta à la philosophie, la deuxième à une religion nouvelle; la troisième ira jusqu'au bout de sa pensée et sera Tinterprète du nouveau christianisme. Chaque chose vient à son heure. En 1830, il y avait encore en nous je ne sais quel conflit orageux de Tesprit révolutionnaire et de Tesprit religieux ; nous crûmes dépasser le mattre en abolissant le christianisme, nous n'alteignimes pas à sa grandeur accomplie et sereine. Pourtant, sommesnous sans excuse? Si nous méconnaissions la tradition chrétienne, vous méconnaissiez la, sagesse du monde ; nous avions la poutre dans l'œil, mais vous aviez la paille dans le vôtre; vous étonnez- vous de
çc qupUQMS ayuu^étevé autel contre autel? Paulc heui*eu$e, nprès tout! Ce fut une échappée décrive 911 delà de l'ère de la critique, un premier pacte eutre la philosophie et la religion.
MICHAUD
Il est bien vieux, yotre inaîlre, pour avoir eilcore une ppstétité.
AN1)KIEU){.
Trente ans ne vieilli^^pt pas les esprits de cet ordre^ ils mûrissent leui*s auditeurs.
MICH4U0
Yoilà bien Torgueil des sectaires \ Il Taut que toute indépendance s'abdique devant Tintelligence suprême dont ils soat les![Sal^lUte$*.. Tenez, ne parlons plus de la transformation du christianisme qui dareca bien sans cela, ni de la transformation de la dociété qui ne se laissera pas reniauier d'après des fdaas préconçu^... Mon Dieul le progrès va d'un Pfas mseiisible dans le moude, comme raiguilie de gatte pendule cliemine sansi bruit sur le cadran...
ANDRIEUX
Oui ; mais les heures scmneot à cette pendule ; le pro^r^ a aussi ses moments décisifs.
MICHAUa
Laissons les choses avancer modestement de gênératian en génération, mettons de côté ces prétendus colosses qui touchent à la fais à I4 religion et à I:i société ; c'était bon pour le moyeu âge. — Les idées encyclopédiques, cela est mythologique. — Les doctrines générales , c'est de la tyrannie ; s- il vous semble que je parle comme le vulgaire, c'est que ) ai la
prélentioo d'en être; j'ai F horreur de la syiuhès^i, le rrisson du système, Taversion de tous ces engreosiges Qù 00 ne met pas le doigt que la tête n'y p^sse ; ep conséquence^ mon bon Mousiieur Andrieux, je vous touche h main avec une cordialité chrétiepne, et je vous déclare que je ne yeux ni de Saint-Simon» ni des saint-simoniens, ni du saiut-simoui^me.
ANDRIEUX
Monsieur Michaud, il est un peu tard pour prétendre vous passer du saint<simoqisiue. Essayez d^ l'éviter, vous le trouverez à volrc droite, k VQlrp gauche, en avant de vous , en vous-qaème, que yoqs le sachiez ou non. Il y a trente ans, ce n'était qu'iioe doctrine enfermée dans une école; on crut anéantir Tune en bridant l'autre, la doctrine est entrée dans le monde; comment l'en retirer ou comment yousy soustraire? Ses idées ont pris possession de l'atmos^ pbère morale de l'Europe; elles pénétrent, 611^9 s'ittGltrent, elles s'insinuent chez les hommes et dans les choses; elles exercent une influence aortoire sur les entreprises de l'industrie, le développement àes améliorations sociales, les événements politiques. Ses formules circulent auwiii des masses et siègent quelquefois dans le langage officiel des gouvernements; ses inspirations animent plus d'une production éminente des arts, et, quoique publiquement excommuniées, elles sont consultées dans l'ombre par les docteurs de l'Église. H n'en pouvait être autrement. Le saint-simonisme est le corps de doctrine le moins incomplet de toutes les aspirations des facultés humaines^ et, depuis qu'il est
ÉoUinis au cootacl du monde» il s'est laissé t^â mener an sentiment de la mesure qui lui avait souvent manque; il a déposé ce fanatisme du principe de Tautorité quMl avait réhabilité jusqu*à la limite du despotisme, cette intempérance de religiosité qui Tavait jeté hors de la tradition chrétienne, cette fièvre d'innovations qui l'avait emporté à des excentricités plus faites pour altérer IMuimanité que pour la régénérer; il avait besoin de mûrir, il a mûri; le fruit est plus digne d'élre cueilli, et de jour en jour le saint- simonisme devient un fait vivant dont vous pouvez chicaner la portée, dont Texistence est audessus de toute atteinte. 11 n'est plus nôtre. Messieurs, il est vôtre. Et à force d'en prendre quelque chose ostensiblement ou à la dérobée , vous pren* drez tout, et vous finirez par glorifier Saint-Simon. Vous avez pu le méconnaître à cause de ses tâtonnements et de ses défaillances; cependant Dieu mesure ses envoyés aux besoins du temps et non pus aux ombrages de la médiocrité. Jugé de son vivant par les titulaires de la gloire , il fut déclaré fou, et sa pensée s'irradie dans les cerveaux des hommes de llicarie et de pratique pour féconder leur originalité propre; il est mort pauvre, et sa pensée a mis des milliards en mouvement ; il n'a laissé que peu de disciples, et sa pensée va se disper^ sant chez un nombre considérable d'héritiers. Quels autres signes voulez- vous de sa mission divine ?
Messieurs, je vous ai indiqué la transformation de la société, j'attendrai votre consentement pour vous cntictenir de lu transformation du dogme» et
je me borne à votis dire que nous déduisons leâ institutions spirituelles aussi l)ieu que les institua tions temporelles du pdncipc de la charité. Nous n'avons pas deux principes, nous n'en avons qu'un ; c'est avec cette simplicité que le maître, procède. Et, en effet, la théologie telle qu'elle résulte des travauv des apôlres, des pères de l'Église et des conciles, cet ensemble de toutes les solutions des problèmes inhérents à la nature humaine , ce corps de doctrine où la sagesse des juifs et la sagesse des gentils se sont ramassées, comment tout cela s'est-il Tormé si ce n'est sous l'inspiration de la charité? Ce qui a été créé par elle ne peut être développé que par elle. Cependant l'esprit humain n'a cessé de déployer son énergie, et, à l'heure qu'il est, la théologie officielle est comme débordée par les accroissements prodigieux de la science laïque et de la philosophie profane. Nous ferons ce que flt l'Église, qui ne repoussa pas la philosophie antique dont le citristianisme ne fut pas la ruine^ comme on l'a si bien dit, mais f apothéose; qui traita avec les idées contemporaines; et nous aussi nous nous appliquerons à réconcilier les idées modernes avec les idées chrétiennes. Le dogme sera reconstitué par une combinaison des doctrines de l'Église et des doctrines du monde, grâce à la charité qui sera le critérium et le lien, qui présidera à leur transGgUration commune. Il n'en peut être aAilremeut. Si la religion exclut quoi que ce soit de l'univers ou de l'homme, si elle ne peut tout embrasser, elle demeure une doc** trinc sans unité, sans assiette solide, sans équilibre,
ei elle péril ft ; îiii conlt^alro, (tii'H hie soit pHis permis à la philosophie de la nier comme une aspiration qui âê produit au mépris du reste, mais siiiipletiient comme une aspiration qiti, comprenant tout, va plus loin que la raison, elle est immortelle. On a assez enseigné comment les dogmes finissent, Saint-Simon eni^cigne comment les dogmes recommencent.
CHARDEYEL.
Vonis n'avez encore rien dit de Jésus-Christ que vbus avez à transfigurer pour renouveler le christianisme; or, si vous proressez toujours le panthéisme, vôtre Chiist ne saurait être qu'un homme ; vous le défigurez, vous ne le transfigurez pas.
LE Duc.
Ândrieux, oii nous meîiez-vous? Si le panthéisme est la vérité pour vous, le dogme du Verbe incarné n'est qu'une fable; Jésus n^à été qu'un homme déifié, c'est la destruction du christianisme. N'est-ce ptis Id divinité du Christ qu'on attaque comme la pierre angulaire de la religion? n'est-ce pas à la tête sacrée du Sauveur qu'on tente d'enlever l'auréole, afin que les peuples, le voyant décôùronhé, en viennent à se dire : « Puisque le Christ n'est pas Dieu , toute croyance n'est que chimère ! » Son titre de révélateur lui sera-t-il même laissé? Ah I pensez-y bien ! noiis avons une invincible attache à rHomme-Dicu, dont les plus grands de la terre n'auraient pas élé dignes de dénouer les cordons de souliers, et qui a laVé les pieds des pauvres; Depuis dix-huit siècles, il est le type devant lequel lés Taibles se relèvent^
les forts s'humilient, lés affligés espèrent^ les iieiireut consolent^ les mécliants se repentent, les bons ne se croient jamais assez b()ns; il est Tobjet de notre imitation et Tidéal de la nature humaine ; il en participe et il en dépasse les proportions : nous lui appartenons et il nous appartient; nous sommes siens et il est nôtre. Personne, personne ne nous ravira notre Christ par qui Dieu s*est communiqué à nous pour nous élever à lui, avec qui nous travaillons d*âge en fige à Tormër une famille divine ; voilà notre ami, notre maître, et vous voudriez nous ar-racher à lui pour nous livrer à Saint-Simon?
ANDRIEUX
11 n'y a qu'un maiire, c'est le Christ. Ses apôtres se succèdent depuis dix-huit siècles avec des missions diverses, selon les temps; mais aucun d'eux ne conduit à lui-même parce que ce n'est pas de lui qu'il part, il part du Christ, et c'est au Christ qu'il ramène; mais aucun d'eux n'impose sou propre nom cl ses disciples parce que ce n'est pas eu sou nom qu'il instruit; les disciples d'Apollos, de Cephas et de Paul ne poinent tous qu'un meiUG nom, le nom du Christ. L'apôtre de ce siècle, Saînt-Simon, ne fait pas aulremeut que ses devanciers, il ne dit pas à ses disciples : « Soyez saiut-sinio nicns, » il dit : « Soyez chrèlicns. » 11 ne leur dit pas : c( Suivez mon précepte et gardez-le ; ^ il proclame l'intelligence supérieure et reconnaît le caractère surhumain de Celui qui, antérieurement à tous nos progrès scientiGques, produisit dans la charité le principe régulateur de f espèce humaine. JPuisque
— laie Glu ist appartieiu à la tradition luêiits de rhuiriauité dont il n'est pas rinitiatcur d'un jour, dont il est l'initiateur sans fin, sa transfiguration ne sera pas une déchéance. Si donc le Christ est notre maftre autant quMl est le vôtre, reruserez-vous de voir ce qu'il y a entre mus, de vous convaincre que la pensée suprême de Saint-Simon, le nouveau chris^ tianisme, doit être, tôt ou tard, représentée par une troisième lignée de disciples; répondrez-vous que vous ne nous conniissez pas?