‹ Le ChristChapitre 8 sur 27 · CHAHDEVEL, LE DUC, ANDRIEUX, MICHAUD · texte numérisé non relu

CHAHDEVEL, LE DUC, ANDRIEUX, MICHAUD

MICHAUD

Ne rocuions pas devant les novateurs, acceptons leur dén.

CHARDEVEL.

Oui, donnons-nous le divertissement d'un petit concile.

LE DUC

Eh bien ! Andrieiix, êles-vous prêt ?

ANDRIEUX

Dès que vous le voudrez, nous examinerons dans un premier dialogue les étfolutions de la charité chrétienne; et nous en déterminerons la portée^

C'est ici que les deux commenceront à s'obscurcir.

MICHAUD

Se paie de mots qui voudra. Les évolutions me sont suspectes à régal des révolutions, et je me défie de la bénignité de3 transformations autant que de la brutalité des réformes.

ANDRIEUX

Dans le deuxième diafogue, nous traiterons de la transformation du dogme.

CHARDEVEL.

Ah ! c'est ici que la tempête grondera.

MICHAUD

Le dogme... quand je songe que de nos jours le roman touche à ces questions abstruses!

CHARDEVEL.

Le texte seul a vos amoui*s, la métaphysique a vos dédains ?

MICHAUD

Le dogme, c'est ma passion... Mais oii sera donc la stabilité si, au milieu des tluctuutions des opinions humaines, la science sacrée noi demeure pas immuable? Sans doute, il y a dogme et dogme... seront-ils tous transformés sans exception.. . Par exemple, le dogme de V Immaculée Conception^ étranger au christianisme?

LE DUC

Dogme essentiel, vous en jugerez mieux plus tard.

Parbleu t je défie bien qu'on transforme jamais ce dogme*

ANdftIRUX.

Nous traU^rôrmérdtis le Ut)giiié de la Vierge -Itlëre dans le troisième dialogue, où nous traiterons de la transfiguration de Jésùis- Christ.

CHARÏ^ÈVEi..

i?our ié toûp, c'est ici que JéS tretiibléhiehis Ah la teh'fe s'ajouteront aux tôiihérrès dii tlej... QUol (ju'il en soit, la discussion est bien brdôtiuéé, les ttbis dialogues comprenneiit tôilt \é renouvellement du christiauistiië.

LÉ DtC.

Mon cher Monsieut* Michàùd, soyei mon hôte durant ces conversations. Point d'ëxcuSe. Tout voisins que nous sommes, vous êtes à une heure du château ; d^âiliedi'S, Madame Miciiàiid est allée voir ses eti fanls, vous êtes seul chez vôiià ; Ici vous èçvet eh famille, et on cause mieux quand on peut causer à ses iiëùres, tantôt nti coin du fbu, tantôt sbus la feuiilée jaunie du parc chaque fois que lé soleil d'octobre y voudra jeter un rayoi), tantôt à table ; le soir, nous ferons un whist bu nous écouterons la

musique de chambre de nos maîtres, exécutée par un petit orchestre qui, chaque année, me visite en automne.

Du dogme et du Beethoven, de la métaphysique et de la méf amustque, c'esi tentant ; et ce n'est pas tout; dans Tintervalle de nos séances, nous chasserons le renard, nous ferons une battue de loups ; demain nous devons ibrcer lin sanglier, et je me t*éjouis à l'avance de me redonner la conscience de mon

jarret et de retrouver quelques émotions viriles en pourchassant la bète à travers les bois^ les clairières, les rochers^ les prés, les iMiisseaux..; Voilà de ces exercices qui facilitent la solution déi problèmes !

MiCtiAUb.

Mohsieiîr le Duc, j'accepte VdiiiB Itoj^pltalîîë de grand cœur, mats j'applaudirai dé loiti à Vos exploits, eîi nié préparant par la lecture de nies autéiirs atix discussions de notre coiicilé.

CHARDEVEL.

Messieurs, Messieurs, notre concile n'est pas au complet; j'y compte un catholique, un protestant^ un philosophe , un saint-simonien ; mais il nous manque un cinquième interlocuteur.

MICHAUD

Et lequel ?

CHARDEVEL.

Lequel? Votre ancêtre, Messieurs, que je voudrais voir apparaître parmi vous avec une barbe de plus de quarante siècles, trois ou quatre fois enroulée autour de son bras.

LE DUC

Le Juif. Vous songez à M. de Montcmayor?

Justement. Je ne l'ai vu qu'une seule Tois eu 1848; il venait d'acheter un château à douze kilomètres d'ici ; it|m'apportâ cent mille Trancs pour les pauvres du département^ et se retira eu me laissant frappé de la distinction de ses traits et de leur expression mélancolique.

LE DUC

C'est un homme droit, simple, austère, tout à la fois sympathique et mystérieux. Depuis qu'il a perdu sa femme et sa fille unique, il n'a plus qu'une passion, Tamour de sa race ; personne ne lui vient à l'épaule, quand il parle de la grandeur de ses pères. Satisfait de sa fortune, qu'il ne s'occupe pas d'accroître, il voyage, il s'inslruil, il médite, et je crois qu'il assisterait volontiers à nos entretiens ; mais il y a trois mois, lorsque nous nous rencontrâmes à Rome, il allait à Constantinople ; j'ignore s'il est de retour... Andrieux, le fermier de ses terres, nous le dira peut-être.

ANDRIEUX

M. de Montemayor est actuellement à Jérusalem.

CHARDEVEL.

Ce Juif-errant aurait eu un mot à dire sur votre nouveau christianisme.. . Messieurs, il n'y aura pas pour moi de drame plus intéressant que les péripéties de vos intelligences à travers tant de questions, et si vous permettez à la contradiction philosophique de s'introduire dans vos débats au lieu d'en être Taccorapagnemcnl railleur et subalterne...

ANDRIEUX

Nous ne nous priverons pas d'un collaborateur tel que vous. Les idées ne se transforment qu'après avoir été critiquées, personne ne s'acquittera de l'une de ces deiu opérations aussi bien qtie vous.

CHAltDEVKL.

Votis serez donc l'avocat du bon Dieu et moi Tavocat du diable? On tâchera de tailler assez bien

I^èur q\\6 vous ayeit peine à rccoiidr'c ; oii moilircrà la caducité du tronc que vous prétendez greffer. Cela fait, dans une dernière conférence que je solliciic, ce sera l'épilogue, on vous prouvera que le raliona* lisme a une autre destinée que de faire Tinterrègne de deux théologies; qu'il est réfractaire, et ne se laisse pas incorporer au christianisme en rajeunissant de vieux dogmes aux dépens de sa substance. Après avoir nié la religion, on affirmera la philosophie.

LE DUC

Philosophie selon laquelle toutes les croyances n'ont été que des états préparatoires que l'esprit humain a traversés avant d'éclore à la liberté et à la lumière, dont à cette heure, il salue les dépouilles flétries en papillon qui daigne ne pas rougir d'avoir été chenille ; nous , nous prouverons que nos croyances ne sauraient périr, et, sachez-le bien, je me sens plus ému à l'avance de la discussion qui les transforme que de la discussion qui les menace.

CHARDEVEL.

La charité de Monsieur le Duc m'épouvante; s'il croit voir dans le lointain l'image du Christ l'invitant à le suivre, il est capable de quitter la barque de saint Pierre, dùt-il marcher sur la mer.

MICHAUD

Et qu'augurez-vous de moi? Vous n'attendez rien de bon du bourgeois, du protestant?

Vous n'êtes ni Tun ni l'autre ; le protestant marche en usant de sa liberté d'examen^ le bourgeois marche

en tirant les conséquences de ses principes de 89; vous, vous vous refusez à tout mouvement, vous êtes le Conservateur; rond, facile, coulant dans toutes SCS relations personnelles, mais intraitable dès qu'il s'agit de rénovations sociales, pliiloi^ophiques, religieuse$, tel vous êtes; fait tout exprès pour reproduire dans nos discussions les arguments de la résistance, sauf à vous ressouvenir quelquefois que vous datez de 89 et que vous êtes fils de Calvin. Homo duplex. Si jamais vous allez à Andrieux, ce ne. sera qu'à reculons.

ANDRIEUX

Je ne prétends convertir personne, je dis tua liensée, ceç Messiieiirs y réfléchiront peut-être.

GHARDEVEL.

Pour moi, Yov^ le savez, mes réflexions sont faites ; l^pn vieil ami, c'est entre nous qu'est le duel :

Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.

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