‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 13 sur 34 · I) JOD · texte numérisé non relu

I) JOD

(S) Judith. 5. — Bergier. Traité de la orat< relig., part. l*.ch. 4. art. 4. g 8 et 9.

(8/ Mémoire de Colebrooke sur les Védas cité par Cuvier dans son Dite, sur Ut révolut. du gbbe.

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et où Moïse nous montre la religion primitive luttant encore contre les progrès de l'idolâtrie, le Rig-Véda nous rappelle cette lutte en faisant entendre des accents oii la foi primitive se reconnaît encore : « Résidant aux confîns de cet espace éthéré, dit-il à Dieu, fort de ta propre force , maître d'une intelligence invincible, ô Indra I tu as fait pour notre bien la terre image de ta puissance. Personne n'est semblable à toi , toi que le ciel et la terre ne peuvent contenir. Seul tu as fait complètement tout ce qui existe autre que' toi.* »

La religion des Hindoux nous offre-t-elle depuis lors le spectacle du progrès continu ? Le Brahmanisme est-il devenu autre chose qu'une grande fabrique de dieux et de fables d une gigantesque absurdité, qu'un cloaque de vices et d'infamies ?

Chakia-Mouni' sous le nom de Bouddha, tenta une réforme, mais comment ? En remontant aux traditions du magisme persan , les moins éloignées des traditions chaldéennes et mosaïques.** Ce qu'il y ajouta ^ loin de constituer un progrès religieux, ne fut qu'un progrès d'impiété ou d'ignorance. Les autorités les plus compétentes en cette matière, Rémusat, Burnouf, Barthélémy Saint-Hilaire, sont d'accord pour reconnaître dans le bouddhisme un système fondamentalement infecté d'athéisme et de nihilisme ou d'absorption finale de la vie individuelle dans le néant, et de principes de morale que la plume se refuse à transcrire.' Le bouddhisme, d'ailleurs, s'est misérablement

(1) F. Nôve. Essai sur le mythe des Ribhavas , cité par le docteur Lefebve de l'Uni V. de Louvainj dans sa Réfutaiion des Etudes ôe M. Laurent prof, à l'UnW. de Gand. (2) Voyez la note à la fin de cet ouvrage.

r3) Burnouf. Introd. à l*hist. du Bouddhisme indien. — Rémusat. Mélanges d'hfst, et de littér. orient. — Barthélémy Saint-Hilaire. Le Bouddhisme, sa métaphysUiue

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assimilé les fables et les hontes des différents peuples où il s'est répandu.*

La religion des anciens Perses nous offre le même spectacle de corruption progressive. Le zoroastrisme, dans le Zend-Avesta , est peut-être ce qui ressemble le plus à la vérité dans les erreurs antiques , et en le lisant, on comprend quelquefois ces paroles de Creuzer : « II serait difficile de trouver dans toute l'antiquité, si ce n est chez les Hébreux, rien qui fut comparable à la simplicité aussi sévère que sublime de la religion fondée sur le Zend-A vesta. Le sabéisme (le culte des astres) y est tellement idéalisé, le culte des éléments si épuré , tous les objets de Tadoration publique ou particulière si rigoureusement subordonnés à ridée d'un être bon, auteur, protecteur et sauveur du monde, que l'on ne saurait guères taxer de polythéisme les sectateurs de cette doctrine.* » — Qu'est devenue depuis lors la religion des mages ? Demandez-le aux Parsis.

Demandez aussi au peuple chinois et à ses lettrés ce qu'ils ont fait des doctrines de Laotseu et de Confucius qui invoquaient avant tout les traditions primitives, commç les ont invoquées tous les vrais sages. Les superstitions d'une niaise idolâtrie d'un côté , et le matérialisme sceptique de l'autre, c'est, en deux mots, le tableau fidèle de l'état religieux du céleste empire.

L'histoire de la vieille Egypte, de la Grèce et de Rome démontre à son tour l'impuissance de l'esprit humain à produire, par lui-même, le moindre progrès en religion :

et »a morale. {Journal des êocants , 1854 et 1856.} — Le docteur Lefebve. Coup d'ail tur la théorie rationaliste du progrès en religion.

(\] Voyez la note citée. (2) Relig, de Vantiq. trad. par Guigniaut.

Lucien nous apprend que les premiers Egyptiens n avaient pas d'idoles ;^ Plutarque , que les Thébains ne reconnaissaient aucun dieu mortel, et n'admettaient d'autre principe que le dieu Knef qui est éternel;* Jamblique,' Théophraste et Porphyre* parlent de même, et les travaux des savants modernes sur l'Egypte ,* tendent généralement à confirmer cette conclusion : que le culte primitif de l'Egypte fut le monothéisme. Où est-elle arrivée cependant par le prétendu progrès continu ? Cette terre classique des sciences et des arts n'est-elle pas devenue la honte de l'esprit humain par une idolâtrie qui lutta de bassesse avec celle des Indes ?

La Grèce suivit la même pente. Il est impossible d'en douter de bonne foi quand, au témoignage exprès de Platon et d'Aristote ^ sur la tradition de leurs pères relative à l'unité dé Dieu, on joint ceux d'Hérodote et même d'Hésiode sur le culte primitif des habitants de la Grèce. Hérodote nous apprend que les Pélasges ne distinguaient point de dieux et ne leur donnaient pas de noms ,^ et Hésiode bien plusancieA que lui, puisqu'il était contemporain d'Homère, dit aussi que sous Saturne les hommes ne rendaient point de culte aux dieux bienheureux qui habitent V Olympe ^^ et ailleurs , que Cœlus (le premier selon Apollodore qui ait régné sur tout l'univers) ne voulut point partager l'empire avec les Titans ou les enfants de la terre.^ Cette même

(1) Lucien. De Dea Syria. (2) De Isid. et Osirid. c. 40.

(3) De myet. Mgypi. (4) De absl. animal,

(5) Jablonski , Panthéon JEgyptiorum. •>- Maary , De» travauœ modemet «vr V Egypte, {Revue de» deuœ monde» , 4855.)

(6) Arist. De mundo. c. 6. (7) L. 2. n. 69.

8) !j» Travaux et le» Jour», v. 135. {%] Theog. y. 456.

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noiîon du Dieu unique et suprême fut celle que les Grecs avaient d'abord de Jupiter ou de Zeus, père des dieux, mais elle s'altéra à mesure que les arts firent des progrès, et finit par être abaissée dans le culte public, non jusqu'à l'idéal de Thomme parfait, mais de Thomme avili et dégradé par les passions. C'est quand la Grèce devint la reine des nations policées , le sanctuaire par excellence des lettres et des arts , que la religion y descendit au dernier degré d'infamie. Nous avons cru longtemps que les termes généraux dont se servent la plupart des auteurs pour la flétrir, recouvraient certaines exagérations, mais nous savons àujourd'hui que ces généralités n'étaient que des voiles exigés par la conscience publique formée par le christianisme , et qu'il est littéralement vrai que la dégradation qui se cache chez nous, avait chez les Grecs ses prêtres, ses prêtresses, ses temples et ses solennités! *

Les vérités traditionnelles, recueillies par Socrate et Platon , étaient comme noyées dans cet océan d'erreurs , même pour ceux qui s'en faisaient les organes, puisqu'on trouve dans les ouvrages de Platon d'incroyables turpitudes mêlées aux plus pures lumières. Tant il est certain que la vérité religieuse n'est pas une plante de la terre, et que si l'esprit humain peut en retrouver les restes , il est impuissant seul à leur rendre l'unité et la vie, à refaire de ces membres dispersés, un corps vivant, une unité vivante.

Rome, à sa naissance, ne fut point idolâtre. Plutarque nous apprend que Numa « défendit aux Romains de s'imaginer que Dieu eût la forme d'homme ou de bête; et qu'il

(1) Voyez r£ri«(. iimo. de Cantu. — Balmètf, sur la CMûal/on. — Chateaubriand. Etudts hûtoriques, — Aug. Nicolas, 1. 4. c. 6.

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n'y avait parmi eux ni statue ni aucune image de Dieu. Pendant les cent soixante premières années , ils bâtirent des temples et autres lieux saints; mais ils n'y mirent jamais aucune figure de Dieu, ni moulée ni peinte, estimant que c'était un sacrilège de représenter ^ar des choses périssables , ce qui est éternel et divin , et qu'on ne pouvait s'élever à la Divinité que par la pensée. ^ »

Varron atteste le même fait : « Si cet usage eût toujours duré , dit-il , le culte des dieux (!) serait plus pur. » Il le confirme par l'exemple des Juifs.*

Mais la Grèce devint la maîtresse de Rome en religion comme dans les lettres et les arts , et le grjind empire descendit à son tour tous les degrés de la corruption idolàtrique. Ses philosophes (nous parlons des plus dignes) protestèrent en vain au nom de l'antiquité , comme nous l'avons entendu faire par Cicéron et Sénèque.

Ces protestations, pleines de doute et d'impuissance, n'empêchèrent pas Cicéron de sacrifier lui-même philosophiquement aux doctrines et aux pratiques les plus infâmes, Caton d'en sanctionner l'usage par son exemple , Virgile , Tibulle et Horace de les célébrer dans leurs chants.

Encore une fois , la sagesse n'était plus qu'un son , un écho de la vérité absente, un amusement d'esprit, sans autorité et sans force. Et quand la vérité vivante fit tout à coup entendre sa voix importune à ce monde perdu , quand elle lui apparut dans ses premiers apôtres et ses premiers disciples , l'empire se souleva contre elle et la déclara digne de mort, non-seulement par les cris de l'amphithéâtre, mais

(f ) Pliilarque. Vie de Numa. (8j Saint Augustin. De Civit. D«i, I. 4. c. 84

DJU(s l'bistoire. S9jD

par la bouche des sages ; et afin que rien ne manquât à la condamnation du christianisme par la sagesse humaine, il se rencontra une voix, la plus grave de l'antiquité païenne, la voix de Tacite, pour justifier les supplices infligés aux chrétiens, crnivainctis, disait-il, de mériter la hadne du genre humain. Jésus-Christ Tavait prédit ; Eritis odio omnibus propter nomen meum.

Ce fut donc la grande Rome, la Rome des Césars, des philosophes, des historiens, des orateurs, des poètes, la maîtresse de l'esprit humain, qui pendant trois siècles exécuta cette sentence de sang. Tant il est vrai qu'il ne faut voir dans le christianisme que le résultat naturel du progrès continu, de la fusion des doctrines et des religions qui cherchaient alors à s'harmoniser!

Mais il est temps de conclure : U ny a pas une seule exception à ce grand fait : toujours et partout les religions ont été plus pures en se rapprochant de la religion primitive; toujours et partout, lorsque les religions se sont sépa-^ rées de te religion, cest-à-d.ire de la première, elles n'ont marché (progressé) que vers la corruption : Proficientes inpejusj^ toujours et partout les tentatives de réforme n'ont été qu'un effort pour retourner au passé , effort impuissant quand il n'a été qu'humain, et il n'y a qu'un seul exemple d'un progrès rehgieux accompli dans l'humanité , c'est celui du progrès de la révélation divine par le christianisme.*

Encore une fois,- ce fait doit-il faire rejeter l'autre?

(1)U. Tim. 8. 43.

{%} La révélation mosaïque , dans co qu'elle avait de général , n'a été qu'une seconde promulgation de la révélation primitive. — \jes prophéties annonçaient le Christ , et tout l'aocien culte en était la figure.

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