II
Us foits inconciliables dans la doctrine rationaliste, trouvent leur harmonieuse Qiité en Jésus-Christ.
Le fait du progrès religieux accompli dans le monde par le christianisme , loin d être en contradiction avec le premier fait que nous avons constaté, n'en est au contraire que la confirmation.
Par quelle parole, en effet, Jésus-Christ condamne-t-il Terreur? Àb initio non fuit sicf^ Il nen était pas ainsi au commencement.
Comment caractérise-t-il lui-même sa mission? Non veni solvere sed a^mpUre : * Je ne viens pas changer mais accomplir, ^
Il s'annonce comme la parole primitive qui revient ellemême à rhumanité pour lui rendre la vérité négligée, repoussée , perdue , et la lui rendre avec le surcroit de lumière qui ne peut venir que de sa source, Quod fuit ab initio.., annuntiamus vobis,^
Le grand fait du culte de tous les siècles pour la religion primitive, et le fait immense du progrès de la religion accompli par Jésus-Christ , sont donc en parfaite harmonie, puisque la doctrine chrétienne n'est que la doctrine de la régénération, de la restauration de l'humanité déchue, de son rétablissement dans la voie de la perfection.
(f } Matth. 49. 8. (S) Matth. 5. 47. (8) I. Joao. 1.4.
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'Aussi y partout ou cette doctrine n'est pas reçue , les peuples De se relèvent pas. Partout où elle est repoussée: Jnclinata suntregna^^ les nations inclinent à la décadence. Le fait que nous avons constaté par l'histoire de l'ancien monde , se renouvelle dans le nouveau , et de même qu'il est impossible de trouver dans les siècles qui ont précédé l'Incarnation un progrès religieux quelconque en opposition avec la tradition première, ainsi est-il impossible d'indiquer, depuis Jésus-Christ, un progrès religieux quelconque en dehors du christianisme ou de la révélation primitive accomplie.
Où trouverait-on ce progrès en dehors du Christ? Rien depuis lui ne s'est produit hors de lui que l'islamisme et le rationalisme.' Mais l'islamisme n'a été lui-même, par rapport à l'idolâtrie , qu'un retour partiel à la foi patriarcale , et par rapport au christianisme , qu'une limite , une borne , un obstacle violemment posé' à la diffusion de l'Evangile, à la prédication de la parole chrétienne , divine et unique semence du progrès des âmes et des peuples. L'islamisme invoque le Dieu d'Abraham, mais en reniant l'accomplissement de lapromesse faite au Père des croyants, en repoussant la bénédiction offerte par Jésus-Christ à toutes les nations.^
(1) Pt. 45. 7. (S) Les hérésies ne sont que le rationalisme en germe.
(8) A Tinsu du Prophète peut-être ^ mais non è Tinsu de celui dont il était Tinstrument , de TE^prit ôe division dont nous avons déjà analysé les œuvres.
(4) « Il ne semble pas , dit un rationaliste admirateur dês religiont et de l'islamisme en particulier , il ne semble pas que Mahomet ait rien vu au delà de l'horizon de FArabie, ni qu'il ait songé que sa religion pût convenir à d'autres qu'aux Arabes. Le principe cofiftMran/ de l'islamisme est une pensée d'Omar. » (E. Renan. Mahomit et les origines ds tisiamitms.) — L'islamisme est un culte de race. Ce n'est pas le culte de la grande famille , de la grande fiimiUe des enfants de Dieu.
Qui > de bonne foi , reconnaîtra jamais cpi'un progrès religieux ait été accompli par le Coran dans ces contrées ou brillaient autrefois, au sein de chrétientés florissantes, leà lumières qui s'appelaient Ignace d'Antioche , Âthanase d'Alexandrie , Cyprien de Carthage, Chrysostôme de Constantinople, Grégoire de Nazianze, Cyrille de Jérusalem, Augustin d'Hippone ?
Et comment le progrès des âmes pourrait-il sortir d une doctrine qui assigne pour terme à la destinée humaine , pour (in aux aspirations de Thomme , un harem ou plutôt un lupanar dans le ciel où quatre-vingt-dix femmes seraient les épouses de Thomme sans jamais être mères, lui donnant ainsi, pour béatitude éternelle, le libertinage sans la paternité! — La foi, V espérance, Vamour, tous les élans de Tàme ne participent-ils pas à la nature de l'objet vers lequel ils tendent ?
Comment le progrès social sortirait-il d'une doctrine qui , en consacrant la dégradation des femmes par la polygamie, dépose le germe de mort dans Vêlement social luimême , la famille à l'image de laquelle est toujours faite la société ?^ — Et que parle-t-on de climats pour justifier le
f; «Sur le point du mariage, dit l'écrivain rationaliste déjà cité, Mahomet réclama son privilège de prophète. Contrairement à ses prescriptions (Le Coran défend d'avoir plus de quatre femmes.}, il eut quinze femmes, d'autres disent vingt* cinq. L'épisode de son mariage avec Maria la Copte est un des plus singuliers. — Ce choix provoqua une vraie sédition dans le harem à propos de laquelle Dieu, (le Dieu de Mahomet) révéla ce qui suit (dans le Coran) : 0 Apôtrt de Dieu, pourquoi dan» la vue de complaire à tee femmee , t'abêtiendraiê-tu de ce çim Dieu te permet? Le Seigneur est bon et miêéricordieux , il annule let eermente inconeidérée. H est wtre maître. Il a la science et la sagesse. (On voit que le dieu du Coran est le dieu des bonnes gens.] -^ Ainsi autorisée punir les rebelles, le prophète les répudia pour un mois. Ce ne fut que sur les vives instdocès d'Abou-bekr el d'Omar qu'il consentit à reprendre leurs Biles après les avoir admonestées par cet autre Tersel
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méprisable sensualisme de Tislam et les révélatioDs que Mahomet faisait descendre du ciel pour justifier ses désordres et ses adultères ? N'est-ce pas dans ce même Orient que le christianisme avait non-seulement relevé la famille par lunité et la sainteté du mariage, mais encouragé la chasteté conjugale par Je subHme spectacle d'une multitude d'âmes héroïquement dévouées à Dieu et à la virginité? — Le christianisme est la religion de tous les climats et de tous les temps. Jésus-Christ , en révélant de nouveau au monde l'unité de Dieu, l'unité du genre humain , l'unité de sa rédemption , a envoyé sa parole à tous les peuples , et partout elle a fait des chrétiens. Lui comparer des cultes de race qui n'ont pas même songé à l'apostolat universel , et l'islamisme en particulier qui ne s'est établi que par la prédication du sabre,* c'est pousser la passion antichré-
'du Coran) : Si vous vous opposez au prophète , sachez que Dieu se déclare pour lui. Il m tiendrait qu'à lui de vous répudier toutes, — Malgré l'usngc qui interdit aux Arabes d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs , Mahomet épousa Zeynab déjà mariée à Zeyd , fils adoplif du prophète. Quelques versets du Coran firent cesser les murmures des musulmans austères , et le complaisant Zeyd vif son nom inscrit dans le livre saint. » — « Au lieu de cette haute rigueur du supernaturalisme (ajoute le même écrivain en usant d'une comparaison pleine de blasphème) , au lieu de cette haute rigueur du supernaturalisme qui fit dire à Thomme-dieu : « Ma mère et B mes frères sont ceux qui écoutent la parolQ de Dieu et qui la pratiquent , v nous avons ici toutes les aimables faiblesses du cœur humain, a (Ernest Renan. Ibid. j — Faut-il s'étonner après cela que le même auteur ajoute : « L'islamisme n'est pas précisément une religion sainte, mais bieo une religion naturelle ^ sérieuse [Ij^ LiBÉRiLE, une religion d'hommes en un mot. » -- Et voilë les docteurs du progrès !
(f) a II fallait, dit un disciple de l'école rationaliste, il fallait (aux hommes de l'Orient) une religion de ce monde , une religion de conquête et de jouissances IMMÉDIATES , le sobrs comme instrument de prédication. » {Etudes sur Vhisloire de Vhumanité , par M. Laurent. Tom. 5. p. 506.) — C'est bien là , en effet , une reWgion de ce monde , puisque c'est la religion de la triple concupiscence. Lisez dans l'Evangile le chapitre de la Tentation du désert où Jésus-Christ nous apprend è triompher du monde et de son prince , et vous trouverez l'origine des religions de ce monde. La religion est par sa nature le lien des deux mondes , du temps et de Véternité. A ceux qui trouvent convenable aux hommes, en Orient ou ailleurs,
tienne de Tesprit , c'est-à-dire loi^ueil , jusqu'à l'aveuglement.
Les barrières que l'islamisme a opposées si longtemps à la civilisation chrétienne, cèdent aujourd'hui de toutes parts. L'Orient est agité par le seul contact de la vérité , par l'influence désormais inévitable du christianisme. Le progrès ne lui viendra que de là, comme il est venu de la partout où on le rencontre. II faut prier ceux qui en douteraient encore, de nommer le coin de terre où la civilisation est arrivée aujourd'hui sans le christianisme. L'Angleterre semblait l'avoir exportée aux Indes avec l'industrie, l'administration européenne, les machines et l'électricité, sans l'intervention de l'apostolat dont elle n'avait pas la puissance , et l'on voit aujourd'hui si toutes les autres forces réunies peuvent civiliser sans celle-là. Il en sera des peuples de l'islamisme comme de ceux du brahmanisme et du bouddhisme, l'agitation n'y deviendra la civilisation que par la diffusion de la sève chrétienne.
Le rationalisme en Chine est manifestement impuissant aussi à guérir le céleste empire de l'idolâtrie de Fo ou de Bouddha. Le philosophisme et le paganisme restent en présence sur cette vieille terre comme dans l'antiquité païenne. Les lettrés se contentent d'êtres les maitres , et quand les chrétiens rendent témoignage à la vérité au tribunal des mandarins, ceux-ci leur demandent toujours comme Pilale à Jésus-Christ : Qu'est-ce que la vérité, sans la moindre envie de la connaître et de la répandre. Us ont la conscience de leur impuissance , comme l'avaient autrefois
une religion qui s'impose par le sabre et qui propose à ses sectaires certaines jouissances immédiates , il n'y a plus rien à dire. « L'islam , dit le même écrifaio , commence par iéduirê leurs appétits matériels, et finit par los moraliser (!}. »
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Socrate el Platon , Cicéron et Sénèque. C'est que la nature dégradée, avilie, déchue, sent qu'elle ne peut se relever que par un secours surnaturel; c'est qu'il faut renaître, comme le disait Jésus-Christ : Oportet nasci denuo^^ et que la vie ne peut revenir que d'où elle est venue. Les esprits sincères en ont la conscience , lors même qu'ils ne s'en rendent pas complètement compte.
Le rationalisme en Europe est sans doute plus actif qu'en Chine, puisqu'il participe à certain degré aux lumières répandues par le christianisme , et jouit en ingrat des bienfaits de la foi; mais, sa puissance religieuse est nulle comme ailleurs. Il a senti cette nullité au dernier siècle lorsqu'il a tenté de remplacer la révélation par la raison. Instruit par l'inefficacité de celte tentative contre le sentiment religieux , contre le sens divin que Dieu a donné à l'homme pour le mettre en relation vivante avec son principe et sa lin, le rationalisme recule aujourd'hui et s'efforce de tromper le besoin de foi que nous éprouvons tous , par l'apparence de ce qu'il lui refuse. Ne pouvant obtenir de l'esprit humain qu'il cherche la religion ailleurs que dans la révélation , il espère lui fffire prendre le change en s'appelant lui-même la révélation. Vain espoir! Jamais l'humanité ne croira à Thommeen matière de religion. Sur les choses de Dieu, la raison humaine veut entendre Dieu, le témoignage, la révélation de Dieu. Tous les siècles ont cru que Dieu n'a pas privé l'homme de ce témoignage, et c'est la raison dans l'homme qui reconnaît Dieu quand Dieu lui parle. Ceux mêmes qui ne veulent pas écouter sa voix prouvent , à leur manière, qu'ils la discernent. En effets une seule
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religion sur la terre est honorée de la haine des incrédules qui ne tiennent à aucun culte. D'où vient ce fait unique? C est que tout le reste est visiblement humain , et par conséquent , ne les trouble pas. Si la religion catholique seule les irrite * c'est que le divin y perce de toutes parts , et que la vue de Dieu les tourmente. C'est ainsi que, sans le vouloir , le rationalisme confirme ce qu'il renie.
On ne trouve , d'ailleurs , chez le rationalisme , aucune idée généreuse et vraie sur le progrès de l'humanité , qui ne vienne de la foi chrétienne. Avec les mêmes doctrines philosophiques que celles des meilleurs rationalistes modernes , Platon et Âristole autorisaient et défendaient l'esclavage (et quel esclavage?) comme une institution de droit naturel , et le plus sublime de ces deux grands maîtres considérait la dégradation des femmes et l'infanticide comme des conditions d'une société parfaite.* — Aujourd'hui encore , malgré la science et la philosophie , la servitude hideuse des multitudes exploitées par une industrie sans entrailles, et la grande maladie moderne qu'on appelle paujiérismey ne trouveront leur remède que dans le réveil général de la foi. Pour amener le matérialisme du siècle à pratiquer la fraternité , il faut autre chose que des théories humanitaires, il faut la foi à l'unique révélateur delà fraternité universelle des enfants de Dieu , et il faut la crainte du jugement préparé par le Dieu fait homme à ceux qui ne voudront pas respecter les âmes qu'il a créées à son image et rachetées de son sang.
; I) Pialou Uaiis sa Ré[mbH(jne.
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La religioD et le progrès.
Nous venons de voir que Thisfoire religieuse du monde , considérée à un certain point de vue , se résume en deux grands faits : le culte universel et légitime de ce qui est primitif ^ et le progrès immense accompli par le christianisme; que ces faits sont inconciliables dans la théorie rationaliste, et que , pour garder l'un , elle se voit réduite à rejeter l'autre et à le remplacer par un vain rêve; enfin, que ces deux faits ne trouvent leur harmonieuse unité qu'en Jésus-Christ, parce qu'il est seul le Ferbe qui était au commencement, la parole primitive revenue au milieu des temps , pour rappeler au monde l'éternelle vérité et l'accomplir.
Est-ce à dire cependant, qu'il ne puisse y avoir désormais de progrès de la religion chrétienne? A Dieu ne plaise! La vraie religion doit continuer ses conquêtes et se propager de plus en plus ; la connaissance des vérités révélées doit croître dans les âmes , la science de la foi se développer dans les esprits; la justice et la charité doivent régner avec plus de plénitude dans les cœurs et dans les lois, dans les familles et dans les nations. Ce progrès dans l'intelligence , la réalisation et la diffusion de la vérité , est le progrès véritable , le développement dans l'unité.
C'est ce qu'établissait saint Vincent de Lerins par ces paroles devenues célèbres : « N'y aura-t-il donc dans l'Eglise de Jésus-Cbrîst aucun progrès de religion? 11 y en aura, certes, et un grand ; et quel est celui qui serait assez ennemi des hommes et assez haï de Dieu pour le nier? Mais à
une condition , c'est que ce progrès soit un progrès et non un changement de la foi. Il faut donc que rintelligence , que la science, que la sagesse des fidèles croisse et se perfectionne dans le cours des âges , mais seulement dans son genre, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le même sens, dans le même esprit.* »
Manifestement, il n y a progrès qu'à une condition , c'est que ce progrès soit un progrès et non un changement. Ceux qui ne conçoivent le progrès qu'à la condition de renier la foi du passé pour embrasser la foi de l'avenir, ne s'entendent pas eux-mêmes.
Pie IX, dans son bref du 17 mars 1856 aux évèques de l'empire d'Autriche, expose les paroles de saint Vincent de Lerins d'une manière bien remarquable :
<i Le progrès existe, dit-il, et il est très-grand, mais c'est le vrai progrès de la foi , ce n'en est pas le changement. Il faut que l'intelligence, la science et la sagesse de totis, comme de chacun en particulier , des âges et des siècles de toute V Eglise comme des individus, croissent et fassent de grands , de très-grands progrès, afin que l'on comprenne plus clairement ce que l'on croyait d'abord plus obscurément , afin que la postérité ait le bonheur de comprendre ce que l'antiquité vénérait sans l'entendre, afin que les pierres précieuses du dogme divin soient travaillées, exactement adaptées, sagement ornées, et qu'elles s'enrichissent de grâce, de splendeur, de beauté, mais toujours dans le même genre , c'est-à-dire dans te même docttine, dans le même sens, dans la même substance, de façon
J) Cùmmonii, it.