CHAPITRE m
JÉSU8-GHRIST DÂI9S LA CONSCIENCE HUMAINE.
JÉSUS-CHRIST SEUL RÉPOND AUX GRANDES QUESTIONS , AUX BESOINS ET AUX ASPIRATIONS DE l'aME.
Les Écritures et l'histoire ne rendent pas seules témoignage à Jésus-Christ. A la voix des siècles et des deux Testaments, il faut en ajouter une autre, celle de Tàme naturellement chrétienne : Testimonium animœ naturaliter ehristianœ, Tertullien , en se servant de cette expression, l'appliquait surtout à la croyance de l'unité de Dieu, et demandait aux païens si , dans leurs moments de peine inattendue, de douloureuse surprijse, chacun d'eux ne s'écriait pas : Mon Dieu! — C'est là ce qu'il appelait le témoignage ou le cri de l'àme naturellement chrétienne. Mais la vérité contenue dans cette formule est d'une application bien plus étendue. Ce n'est pas seulement le dogme de l'unité de Dieu qui , en présence des erreurs contraires , en appelle au témoignage de l'âme, c'est, d'une certaine façon , la révélation tout entière. Le comte de Maistre a dit : « Il n'y a pas de dogme dans l'Eglise catholique, qui n'ait ses racines dans les dernières profondeurs de la nature humaine , et par conséquent dans quelque opinion univer-
selle plas ou moins altérée çà et là , mais commune cependant, dans son principe, à tous les peuples et k> tous les temps.' » — II ne serait pas difficile, sans doute, avec un peu d'esprit de chicane , de faire sortir Terreur de ces paroles , de montrer que le comte de Maistre confond Tordre naturel et surnaturel , qu'il fait de la révélation une exigence et même une sorte de produit de notre nature, qu'il y renouvelle le baïanisme ou y prépare le lamennaisisme. Cependant , le grand écrivain , en se servant d'expressions dont la pleine exactitude laisse théologiquement à désirer, ne formule pas moins une vérité du premier ordre : c'est qu'il n'est pas de dogme catholique qui ne réponde divinement, surnaturellement, aux grandes questions de notre âme, aux aspirations, aux besoins, aux misères de notre nature, aux lumières et aux obscurités, au bien et au mal profondément cachés en nous. En d'autres termes, que Tbomme pris tel qu'il est, dans Yétat réel de sa nature, est une vraie pierre d'attente' de la révélation chrétienne, et que celle-ci s'y adapte avec une si divine harmonie, que
(t) Cestaveo une iotention théologique , c'est-à-dire pour prévenir les maie»tendus, que nous nous servons de ce mot : pierre taUenU de la révélation. Nous Tavons choisi 4» parce que la nature humaine n'est pas, et n'a jamais été dans l'état (possible d'ailleurs) de pure nature : Naiwrœ purœ , mais a to^Jo^m été et demeure , malgré sa chute , positivement destinée par son auteur à une fin surnaturelle , et parnneiqvenê'ifUirieuremeni préparie et diepoeée à celte fin. Dieu proportionne les moyens à la fin qu'il se propose , et ce n'est pas seulement hors de nous , mais en nous , qu'il agit en conformité de la fin qu'il nous destine. Or , les faits , pour être surnaturels , n'en restent pas moins des faits , dans l'homme comme au dehors de l'homme. Nous avons choisi cette expression i» parce que la nature humaine n'est pas dans l'état de justice primitive, mais de chute et de rédemption. De là d'autres foits intérieurs qui nous prépareni h reconnaître et k goûter la révélation , et qui lui font écho en nous dès qu'elle nous parle. — U est certains esprits olassiques qui , sous prétexte de ne pas confondre ce qui est réellement distinct, croient devoir toujours traiter séparément ce que Dieu a uni , et s'exposent ainsi i ■e plus voir l'homme oomm* Uut , ni les choses wmme «Nm tofU.
t(mte àme sincère semble se retrouver elle-même en la rencontrant.
Mais c'est la révélation qui vient à notre rencontre.: Elle prévient ceux qui la désirent et se montre à eux la première;^ et quandJésus-Christ parait , sa doctrine, sa personne , sa vie , sa passion , sa mort , sa gloire , ses œuvres , tout en lui invoque en nous ce témoignage de Tàme qui retentit dans la conscience.
Quand donc nous disons : Jésus-Christ dans les Écritures, Thistoire et la conscience humaine; nous entendons réunir trois sortes de témoignages rendus à sa divinité, nous entendons affirmer qu'elle ne ressort pas seulement de la Bible et des faits publics attestés par tous les temps , mais des faits intimes attestés par tous les cœurs.
Ces faits sont sans nombre, et nous ne pouvons ici que choisir. Indiquons en quelques-uns , avant de les analyser :
C'est, d'abord, la lutte intérieure, la guerre intestine qne nul de nous n'ignore et que Jésus-Christ seul explique ; c'est, avec la lumière qu'il répand sur le désordre de notre nature, la force surnaturelle qu'il nous communique pour en triompiher, fait intime par excellence dont on ne doute que par inexpérience, et qui inspire à tous ceux qui en font l'épreuve, cet acte de reconnaissance sorti du cœur de l'Âpôtre : Ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi; c'est le mystère de la douleur dont Jésus- Christ seul donne le sens ; c'est le mystère de la mort dans
QD être immortel, mystère de contradiction, naturel et contre nature, qui ne devient lumineux que sur la Croix; c'est enfin la grande aspiration deTâme humaine, à laquelle Jésus-Christ seul répond en Dieu.