ARTICLE PREMIER
JÉSUS-CHRIST DONNE SEUL LE SENS DE LA LUTTE INTÉRIEURE DONT L^flOlUIE EST A LUI-MÊME LE THEATRE.
II y a deux doctrines sur l'homme : la première dit que l'homme est bon par lui-même , et que le mal vient du dehors , des préjugés et des injustices d'une société universellement appuyée sur l'erreur. Elle dit que le bien consiste à suivre les instincts de la nature, que laissés à euxmêmes les penchants de cette nature sont droits , ses mouvements justes , ses élans sublimes.
La seconde dit que le mal vient du dedans , et que la société serait sans préjugés, sans erreurs, sans iniquités, sans troubles , si l'homme était bon ou plutôt n'était que bon par lui-même. Elle dit que tout est mélangé en nous, que notre cœur est le théâtre d'une lutte entre deux forces , ou entre une force et une puissante faiblesse , qu'il faut, avec l'aide de Dieu toujours préparé et toujours accordé à qui l'implore, combattre l'une par l'autre et vaincre pour conquérir la paix.
La première de ces doctrines est un chimère; la seconde est un fait , une réalité trois fois certaine..
Ce n'est pas que nous traitions de chimère tout ce qu'on dit de la grandeur, de Télévation de notre nature. A Dieu
ne plaise! Non, notre nature n'a pas tout perdu. Elle conserve des restes glorieux d un état plus parfait. Créée image vivante de Dieu , elle tient toujours de la noblesse de son origine. Faite à la ressemblance de Celui qui est le principe, la raison, Tidce incréée, le modèle éternellement vivant de tout ce qui est et peut être , elle semble se retrouver et se reconnaître dans toutes les œuvres de Dieu , dans ce miroir des créatures où se réfléchissent les perfections divines dont elle porte en elle-même une plus complète image. De là ce tressaillement intérieur, cette harmonie qui s'éveille dans Tàme, ce mystère de poésie qui ne trouve pas de langue pour se traduire, en présence des spectacles de la nature et des grandeurs morales de l'hu* manité.
11 ne faut donc pas dire que tout soit mauvais dans l'homme. Non , la lumière naturelle n'y est pas éteinte , le sentiment du vrai , du juste, du beau , du bon , n'y est pas mort, rétincelle divine y dort sous la cendre, et le souffle de Dieu peut en faire jaillir de célestes flammes.
Mais il ne faut pas non plus fermer les yeux sur le prodigieux mélange qui est au fond de cette nature. Il faut dire avec saint Augustin :
« Qui ne sait dans quelle ignorance de la vérité et dans combien de passions mauvaises, qui commencent déjà à paraître au sortir de l'enfance, l'homme vient en ce monde, comme d'une racine que tous les enfants d'Adam ont en eux-mêmes dès leur naissance , de sorte que si on le laissait vivre à sa fantaisie , il n'est presque pas de dérèglement où il ne se portât?... » L'expérience « montre clairement à
326 lÉSUS-^RRIST '
quoi la nature se porte de son propre poids et de quel secours elle a besoin pour s'en retirer.^ »
II faut dire avec Bossuet :
ce Vous vous trompez , ô sages du siècle. L'homme n'est pas les délices de la nature puisqu'il l'outrage en tant de manières : Thomme ne peut non plus être son rebut » puisqu'il a quelque chose en lui qui vaut mieux que la nature elle-même. D'où vient donc une si étrange disproportion? Faut-il le dire ? Et ces masures si mal rapprochées avec ces fondements si magnifiques , ne crient-ils pas assez haut qite l'ouvrage n'est pas dans son entier ? Contemplez cet édifice, vous y verrez des marques d'une main divine, mais l'inégalité de l'ouvrage vous fera bientôt remarquer ce que le péché a mêlé du sien. Dieu I quel est ce mélange? J'ai peine à me reconnaître. Est-ce là cet homme fait à l'image de Dieu , le miracle de sa sagesse et le chef-d'œuvre de ses mains ? C'est lui-même, n'en douiez pas. D'où vient donc cette discordance ? C'est que l'homme a voulu bâtir à sa mode sur l'ouvrage de son Créateur, et il s'est éloigné du plan. Ainsi , contre la régularité du premier dessein, l'immortel et le corruptible, le spirituel et le charnel, l'ange et la bête, en un mot, se sont trouvés tout à coup unis. Voilà le mot de l'énigme, voilà le dégagement de tout embarras. La foi nous a rendus à nous-mêmes, et nos faiblesses honteuses ne peuvent plus nous cacher notre dignité naturelle.^j»
Oui, la foi nous a rendus à nous-mêmes, puisque c'est le dogme de notre chute originelle qui nous explique l'énigme que nous sommes , et qui a inspiré à Pascal ce mot viclo-
(1 ) Dé Ciwi. Dêi. (t) i*f Serm. pour ia Pentec.
Tienx: L'homme serait plus inconcevable sans ce mystère ^ que ce mystère n'est inconcevable à Vhomme,
Mais ce n'est pas le mot de Pascal qui est victorieux , c'est la vérité qui est victorieuse , la vérité de la dégradation humaine, universelle parce qu'elle est originelle, et dont nous sommes nous-mêmes à nous-mêmes la preuve toujours vivante.
Manifestement, quatre choses sont en nous : le désordre d'abord , la révolte des sens et des passions contre la loi de la raison ; Tinûrmité de l'âme dans la répression de ce désordre ; sa complicité même, son inclination au mal , à la rébellion , à l'indépendance :
Nitimur in vetitwn semper, cupimusque negata;
enfin , une sorte d'obscurité ou d'aveuglement intérieur qui sert dévoile à ce désordre, à cette infirmité et à cette malice. — Sommes-nous ainsi sortis des mains de Dieu? L'apparition de notre nature sur la terre a-t-elle été celle d'une créature troublée et en révolte contre elle-même, d'une intelligence aveuglée, d'une âme malade ? Non ; Dieu n'a pas donné à l'homme la royauté de ce monde pour couronner ses œuvres par une ruine. Il a créé l'homme juste et droit : Fecit hominem rectum; * il ne lui a donné la puissance sur la nature qu'après la lui avoir donnée sur lui-même et sur ses passions , et après l'avoir enrichi de tous les dons de la sagesse. Comment se fait-il donc que le désordre de la concupiscence, l'ignorance, l'infirmité et l'orgueil naissent avec nous et soient si difficilement vaincus?
(1)Eocl.7. 80.
Nous avons entendu les traditions universelles, ces échos plus ou moins altérés de la révélation primitive, donner à cette question une réponse identique qui constate la vérité de notre déchéance originelle; mais cette grande vérité que nous rappelait tout à l'heure un mot célèbre de Pascal , n'est mise dans tout son jour que par la révélation consommée en Jésus-Christ. C'est après lui avoir prêté une oreille ^lus attentive , que nous resterons convaincus par le témoignage même de la conscience^ que Tàme incrédule aux enseignements de Jésus-Christ, ne s'écoute pas , ne s'entend pas elle-même.
La révélation nous apprend que l'homme ne parvient pas à sa fin comme un automate. Dieu a voulu que le chefd'œuvre de ses mains devînt heureux avec mérite et par choix , en travaillant lui-même à l'accomplissement de sa destinée. Il ne créa donc pas seulement le père et la mère du genre humain dans la justice, mais dans la liberté, et les destina à mériter la gloire par l'amour , la gloire de Dieu par l'amour de Dieu , par la libre soumission à la volonté de leur Père : Detis ab initio constitua hominem, et reliquit illum in manu consilii sui. Adjecit mandata et prœcepta sua : Si votueris mandata servare conservabunt te. . . Apposuit tibi aquam et ignem : ad quod volueris porrige manum tuum. Ante hominem vita et mors, bonum et malum : quod placuerit ei, dabilur illi : quoniam multa sapientia Dei.^ — Tout était en harmonie chez nos premiers parents comme dans toutes les œuvres de la création. Ils ignoraient la lutte intérieure des pas-^ sions contre la raison, et leurs sens étaient soumis à leur
(4)Eccli. 15.14-19.
esprit parce que celui-ci Vêtait à Dieu. Mais la liberté de rhomme devait être éprouvée. Dieu permit qu'elle le fût par range tentateur.
II est des esprits créés avant l'homme et dont les relations avec rhomme nont été méconnues d'aucun âge, d'aucun peuple, d'aucune philosophie, •sinon à l'âge de la philosophie du mépris que notre siècle renie enfin. Parmi ces esprits- créés comme nous dans la justice et la liberté, les uns restèrent fidèles à Dieu , les autres se laissant éblouir par la grandeur des dons divins , voulurent en jouir avec indépendance en ne s'appuyant que sur eux-mêmes, et furent précipités par leur orgueil dans l'abîme naturel à tout esprit séparé de Dieu : f^idebam Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem.^ L'ange déchu tenta d'orgueil aussi cette nature humaine qu'il voulait entraîner dans sa révolte et dans sa chute. Il insinua d'abord le doute, cette première révolte de l'esprit : c\}Kprœcepit vobis Deus? Il porta ensuite à la révolte ouverte par l'orgueil et l'incrédulité : «Nequaquam moriemini. • . . Aperientur oculi vestri : et eritis sicut du scientes.,.^ — Ne craignez rien, vous ne mourrez pas; vos yeux s'ouvriront, et vous saurez comme des dieux. » Voilà toute la tentation : Vous jouirez de la lumière de la science , de la vie , de la perfection de votre être, dans Vindépendance de votre principe, par vous-même, comme des dieux! Satan veut inoculer à la nature humaine le mal qui l'a perdu : Similis ero Allissimo!^ Séduite la première par l'esprit d'orgueil et de , curiosité, la femme engagea le chef même du genre humain dans sa désobéissance. L'homme trouva aussitôt ce qu'il
(lyLuc. 40. iS. f2;Gen. 3. 1, 4,5. (3) Is. l'i. 14.
. 330 ; J£SUS-GHRIST
avait cherche : f7 fut laissé à lui-même. Ayant rompu le lien de la grâce qui rattachait à Dieu de la manière la phis intime et Ta plus ^evée^il sentit se troubler aussitôt en lui toute rharmonie de son être : la révolte de son esprit fut châtiée par celle de ses sens ;- Tunion de son corps et de son âme menacée d une dissolution prochaine; et sa nature déjà dépouillçe deîs divins privilèges de la grâce et de Timmortalité, fut encore blessée par sa chute et affaiblie dans ses propres puissances. L'humanité se trouva clone gâtée tout entière dans sa source, et le grand fleuve des générations ne roula dès son origine, que des eaux impures. Les misères* entrèrent dans le* monde avec le désordre, le malheur avec le mal , la mort qui sépare le corps dé lame , avec le péché qui sépare Tàme de jPjeu, Il était impossible que- le' père de la nature humaiiie transmît désormais à sa postérité les privilèges que cette nature avait perdus, et c'est ainsi que nous naissons tous pour mourir et sans cette justice originelle , sans cette grâce sanctifiante dont la privation constitue surtout la déchéance ou la tache originelle de notre race.* Mais si la faute du premier homme affecta
• nécessairement tous ses descendants, la miséricorde de Dieu qui répondit dès l'origine à notre. misère, n'a manque non plus à aucun de nous. Â côté el au-dessus du vieil homme , du chef de l'humanité tombée , Dieu , dans ses conseils éternels, avait placé le nouvel homme, chef de l'humanité déifiée, Sauveur de l'humanité déchue. Père de
. l'humanité régénérée. A côte du premier Adam source de la nature, apparaît donc le second Adam source de la
. grâce et de la rédemption ; et si , par la loi même de notre • nature qui est une dans tous ses membres , nous souffrons de la révolte et de la dégradation d'un seul et nous naissons tous avec la tache de notre père, l'amour et l'obéissance
d'uD seul a fait* rejaillir à son tour la grâce sur toutes leâ générations humaines, parce que c'est l'amour de Celui qui est notre père aussi et à bien plus forte raison que tout autre , puisque c'est de lui seul que toute paternité descend. Antérieur à tous les temps, il a voulu et pu seul faire participer tous les hommes aux mérites' du sacrifice accompli au milieu des temps. Nous appartenons aifisi tout à la fois à l'ordre de la chute et à l'ordre de la rédemption ^ ou plutôt au désordre de la chute et à l'ordre de la grâce. ^ LcL grâce perdue est rendue à notre nature y mais à notre \ nature blessée, troublée, incKnée au mal. De là cette lutte-' qui doit remplacer en nous le travail facile de l'obéissance primitive. Le travail devient une guerre pénible mais nécessaire pour vaincre la nature révoltée en nous et hors de nous. Il faut que l'homme gagne désormais. la vie temporelle et éternelle à la sueur de son front : In sudore vultus tut vesceris pane. ^
La conquête du royaume des cieux doit être accomplie par la victoire de l'homme sur lui-même : Si quis vult venirepost me abneget semetipsum, et tollat crucem suam et sequalur me.^ C'est la grande lutte de l'àme, et celui qui triomphe dans cette lutte est le plus grand des vainqueurs, le seul qui soit véritablement héros devant Dieu : Qui. dominaturanimo suo melior est expugnatore urbium.^ Il souffre et nul ne le voit souffrir; il combat jusqu'à la mort sans que le monde assiste à celte guerre, invisible, et* l'ennemi qu'il doit vaincre, c'est une partie de lui-même 1 — Ahl je comprends marinte.naqt l'amour infini de celui qui, par l'agonie de Gethsémani et le délaissement du
(4) Gen. 3. 49. (2J MaUb. 16. 24. (3) Prov. 46. 99.
Calvaire, nous a revêtus de sa force en prenant sur lui notre faiblesse.
Mais il faut entendre le témoignage de l'âme sur ce grand mystère de Thomme intérieur dont Jésus-Christ seul donne la clef.
Ce mystère, en effet, n'est pas seulement un dogme, mais un fait de conscience qui n'est ignoré totalement de personne.
Est-il un seul homme de bonne foi qui ne se reconnaisse dans ce mot célèbre :
Video meliora , proboque , détériora seqtwr ?
et dans cette autre parole plus célèbre encore : ti Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas : je sens dans les membres de mon corps une loi qui combat contre la loi de mon esprit et qui me rend captif P » — C'est donc un fait attesté par toutes les consciences que la vie des sens résiste en nous à la vie de l'esprit , et que l'esprit qui doit régner sur les passions en devient l'esclave. L'homme sent par l'esprit que c'est un désordre, voit par son intelligence que c'est une honteuse tyrannie , mais il y cède et s'avilit en rougissant. L'homme raisonnable cède ainsi l'empire à l'homme animal.
Voilà le fait. D'où vient-il? Répondez, vous qui n'êtes pas chrétien ; ou plutôt avouez que nul rayon n'éclaire pour vous l'obscurité de cet abîme. — D'où vient , encore une fois , la révolte de l'homme contre l'homme , de la vie ani-
(t)Roin. 7. 19, 23.
maie contre la vie morale, et Tiocapacité de l'esprit à ressaisir son pouvoir , à régner en paix sur ses puissances inférieures ?
Ecoutez donc la révélation chrétienne, et aussitôt l'écho puissant de la vérité se réveillera dans votre àme, et il ne tiendra qu'à vous de faire l'expérience décisive de la divinité de Jésus-Christ :
Dieu , dans notre création , avait uni en nous trois vies diverses et subordonnées , et n'avait rendu la vie animale • docile à la vie morale ou spirituelle, qu'à la condition de la soumission libre de celle-ci à la vieju£ûalure]]e ou divine qui n'était elle-même que la vie spirituelle à un degré suprême de lumière et d'amour. Dieu n'a donc soumis les sens et les passions à l'esprit qu'à la condition de la soumission libre de l'esprit à la lumière de la révélation et à l'action de la grâce divine sur notre àme. C'est parce qu'il s'est révolté contre cet ordre, que l'esprit de l'homme a été châtié, qu'il est devenu infirme et esclave de son esclave. Pour retrouver son empire , il doit s'élever de nouveau par la prière qui obtient la grâce , à cette vie supérieure ou surnaturelle dont nous ne perdons jamais la conscience, parce que nous y avons été destinés et élevés dans notre création , et que Dieu nous y porte^ toujours.
Quand l'homme ingrat vmt diviser ces trois vies que Dieu a unies, se contenter des deux premières, mépriser la plus haute , résister à la grâce qui l'y attire , il tombe au-dessous de lui-même. Voilà le fait, et en même temps le mot de l'énigme. Celui qui compte pour rien les plus
[\ ) Par la gr&ce actuelle.
précieux des dons de Diea , mérite de perdre les moindres. Celui qui néglige les richesses de la grâce , ne conservera pas dans leur intégrité les vertus mêmes de la nature. Propter quod et tradidit illos Deus in desideria cordis eorum inimmwnditiam} Jésus-Christ nous Ta dit dans la parabole de l'Enfant prodigue , cette divine histoire de la conscience humaine. Le fils ingrat veut vivre de son bien dans rindépendance de son père , et il tombe dans la misère et l'a dégradation jusqu'à désirer la pâture des animaux
• immondes. Du fond de cet abime, il se souvient, gémit et ' se. relève. Qui n'a entendu cette voix intérieure, ce gémissement de l'esprit qui aide le nôtre à retrouver ce qu'il a perdu : Postulat pro nobis gemitihus in&narrabilihusP C'est la voix de Celui qui nous a créés pour une vie .toute divine d'amour et de grâce, et qui nous l'offre encore en ouvrjint notre cœur à la prière qui la fait revenir.
Uaspiration de la nature humaine à une vie supérieure
• ou surnaturelle ; le besoin qu'elle ressent de la lumière d'en haut pour être éclairée sur cette vie, du secours d'en haut, de la grâce de Dieu pour y être élevée, et en même temps
. pour être guérie de sa faiblesse , de son infirmité ; la réalité enfin et l'efficacité de cette grâce qui guérit , fortifie, élève, sont encore des faits de conscience dont on ne persiste à douter qu'en refusant de les vérifier dans la vie pratique.
Un gr^nd esprit que M. Cousin appelle /e plus profond métaphysicien qui ait honoré la France depuis MaMebranche,^ et dont M. Rôyer-Collard disait: C'est notre maître à tous, Maine de Biran , passa* de longues années
(1) Rom. 4.94. (2) Rom. 8. 96.
(8) OSucret philotophiqtM de Maine de Biran.
sans faire cette expérience de la lumière et de la grâce de Dieu. 11 la fit enfin, et en parle ainsi dans son Journal intime :
« Une certaine lumière qui vient de nous, de notre* activité, peut éclairer notre esprit sans que nous aimions ce qu'elle nous fait voir : mais toute lumière qui éclaire d'en haut Tintelligence-, porte avec elle Taltrait et Tamour pour ce qui luit ainsi dans Tin telligence. L'àmesent alors cette force supérieure et étrangère qui peut diriger notre force propre de pensée et de volonté, Texciter, Télever quelquefois au-dessus d'elle-même.
» L'illusion de la philosophie (de la philosophie séparée de la vérité religieuse) est de regarder le principe de la vie spirituelle comme exclusivement propre au moi , et, parce qu'il s'affranchit jusqu'à un certain point des objets sensibles , de le considérer comme indépendant de celte autre influence supérieure, d'où lui vient toute cette lumière qu'il ne fait pas.
» J'ai été autrefois bien embarrassé, pour concevoir comment l'esprit de vérité pouvait être en nous, sans être nous-mêmes , ou sans s'identifier avec notre propre .(esprit, notre moi. J'entends maintenant la communication inté-. rieure d'un esprit supérieur à nous, qui nous parle, que nous entendons au dedans, qui vivifie et féconde notre esprit sans se confondre en 1m; car nous sentons que les bonnes pensées, les bons mouvements ne sortent pas de nous-mêmes. Cette communication intime de /'Esprit avec notre esprit propre,, quand nous savons /'appeler ou lui préparer une demeure au dedans, est un vÉarrABLE fait PSYCHOLOGIQUE, et non pas de foi seulement. »
336 JÉSUS'GHRIST
Voilà une grande âme qui n'a pas craint de rentrer en elle-même, et d'y constater les faits surnaturels qui font peur aux libres penseurs , ces esclaves qui ne connaîtront la liberté que le jour où ils auront osé regarder en face toute la vérité : Feritas liberabit vos.^
« Les forces vivantes , ou les vies que rexpérience intérieure apprend à distinguer , et que le sens intime ne permet pas de confondre, sont trois et non pas une seule, dit encore Maine de Biran , quoiqu'il n y ait logiquement qu'un seul homme, et psychologiquement qu'un moi unique.
» Il y a donc trois catégories de faits psychologiques : la première comprend les phénomènes de la vie animale,
» La deuxième renferme les faits relatifs à la vie propre de l'homme, sujet sentant et pensant ^ soumis aux passions de la vie animale, et en même temps libre d'agir par sa propre force, et en vertu de cette force seule, personne morale, moi qui se connaît et connaît les autres choses, exerce diverses opérations intellectuelles qui ont leur principe commun dans la conscience du moi, ou dans la force active, qui le constitue.
» La troisième , la plus importante de toutes , est celle que la philosophie (séparée) a cru jusqu'à présent devoir abandonner aux spéculations du mysticisme, quoiqu'elle vienne se résoudre aussi en faits (T observation.
» Elle comprend les faits , ou les modes et actes de cette vie spirituelle dont les caractères se trouvent si visiblement
(1j Joan. 8.32.
empreints, pour qui sait les voir, dans le premier, le plus beau , le plus divin , le seul divin des livres de philosophie , dans le code des chrétiens , dans toutes les paroles de Jésus- Christ conservées dans les Evangiles , et les écrits qui nous les ont transmises avec l'esprit qui les inspira. »
Vous entendez le témoignage de l'dme du premier métaphysicien de son temps, du maître des penseurs modernes, au jugement de M. Cousin et de Royer-Collard. Le cri de sa conscience sincèrement interrogée devient un acte de fc», et la libre recherche de toute sa vie le jette à genoux aux pieds de Jésus-Christ , dès qu'il demande à cette voix divine la réponse qu elle donne seule à la grande question de l'homme :
c( La religion résout seule, dit-il , le problème que la philosophie pose. Elle seule nous apprend où est la vérité; elle seule nous dit aussi que , jugeant les choses sur le rapport des sens ou d'après nos passions, ou même d'après une raison artificielle ou de convention , nous vivons dans une illusion perpétuelle. C'est en nous élevant vers Dieu , en cherchant à nous identifier avec lui , par sa grâce, que nous voyons et apprécions les choses comme elles sont. Il est certain que le point de vue des sens et des passions n'est pas du tout celui de la raison humaine, et encore moins celui de cette raison supérieure qui , assistée du secours de la religion, plane sur toutes les choses de ce monde.* »
Si la lumière qui vient d'en haut et luit dans Vàme qui la cherche en Jésus -Christ , est un véritable fait psychologique, et non pas de foi seulement, il en faut dire autant de
(1 ) Journal intime.
l'efficacité de ta grâce qui gaérit notre iDfirmité morale et nous élève au-dessus de Dous-mèmes. De tous les faits de conscience celui-ci est le plus facile à vérifier. <c Éprouvez j. dit TEsprit-Saint, et vous verrez : Gtistate et videte.^ » — a Je suis la vigne, dit Jésûs-Christ , et vous n'en êtes que les branches, » De moi vient la sève de la vie divine. Sans elle vous ne pouvez produire aucun des fruits de cette vie-là. «Sans moi vous ne pouvez rien faire. Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. Je donne Veau qui seule désaltère, je donne le vin qui fait les âmes chastes, je donne le pain qui fait les forts. Je suis ce pain vivant descendu des deux. Si vous ne mangez de ce pain vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui s'en nourrira viwa de la vie éternelle» »
0 parole qui a'avez jamais trompé personne , comment se fait-il qu'il y ait des âmes qui refusent de faire l'épreuve de votre divine fidélité? II est trop manifeste que si elles refusent la vie , c'est qu'elles craignent la lutte ; et que si elles renoncent à goûter dès ce monde le commencement de la vie éternelle , c'est parce que cette vie ne germe que dans la mort féconde des passions : Nisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet, si autem mortuum fuerit multum fructum affèrt.^ Mais quiconque veut se donner la peine de vivre de la vraie vie, la trouve infailliblement en Jésus-Christ, et sait alors par expérience tout ce que signifient ces paroles surhumaines : ce Celui qui demande obtient : Omnis qui petit accipit;^ Celui qui mange ce pain aura la vie : Qui manducat hune
(4) Ps. 88. 9. {%) JoAD. 42. U (8) Matth. 7. 8.
panem vivet;^ » et transformé comme l'Apôtre, il s'en va répétant aveclui : «Je vis^ ou plutôt ce n'est plus moi qui viSj mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi.^ »
Jésus-Christ n'explique donc pas seulement notre ruine, mais il la répare , et en vrai maitre de la vie , il la rend à ceux qui l'ont perdue : Feni ut vitam habeant et abundantius habeant.^
ARTICLE II
jisUS-CHRlST SEUL DONIVE LE SENS DE LA DOULEUR ET BK FAIT GOUTER LE FRUIT.
La lumière que Jésus-Christ répand seul sur la source do mal de l'àme , et le remède efficace que seul encore il lui donne , ne constituent pas Tunique fait qui rende en nous témoignage à la divinité du Christ.. Â la révélation de la nature de notre mal et de son remède, Jésus-Chrîst ajoute le don de l'intelligence de la douleur, et la grâce d'en goûter le fruit , grandes et divines choses qu'on ne trouve qu'en lui , et qu'on ne garde qu'avec lui.
Dans la lutte contre les passions, nous avons vu Dieu tendre la main à l'homme, et l'aider de sa force; mais il vient aussi au secours de la faiblesse de l'àme par l'infirmité du corps, infirmité qu'il transforme encore en remède, en préservatif, et en source de mérites.
La douleur des sens , les souffrances physiques , n'expient pas seulement le désordre , jnais éteignent ou amortissent le foyer des passions. Les peines morales produites eu nous
M) Joan. 6. 50. {%) Gai. 3. SO. (3) Joan. iO. 40.
par les inconstances du monde et de la fortune > par les injustices , loubli , l'ingratitude des hommes , nous éclairent et nous détachent de la gloire si bien appelée vaine, des affections fausses et désordonnées , et de tous les rêves qui nous empêchent d'aller à Dieu.
Dieu n'aime pas à voir souffrir l'homme ; Créateur et Père, il ne laisse un libre cours à sa justice qu'à l'égard des obstinés , et ne veut jamais pour elle-même la peine de sa créature. Mais il aime trop son enfant pour lui épargner le remède au plus grand des maux, au seul mal essentiel, au seul qui, par notre propre volonté y puisse devenir éternel. Ce remède, c'est la douleur. C'est dans la douleur que l'homme s'humilie et fait l'aveu qui commence tout bien dans un cœur coupable : Je l'ai mérité : Digna factis redpimus}
Mais quand est-ce surtout que cette parole de justice et de vérité sort de notre cœur? C'est quand , à l'exemple du pécheur qui l'a prononcée, nous regardons Jésus-Christ souffrant pour nous , et que les yeux fixés sur la grande victime innocente et volontaire , nous sentons qu'il est bon et nécessaire de souffrir par justice avec Celui qui n'a souffert que par miséricorde : Hic vero nihil mali gessit.^
Nous avons souvent entendu de grandes voix dire de sublimes choses sur la patience , mais jamais elles n'ont dit si bien que le pauvre prêtre exhortant le pauvre peuple à mettre ses peines aux pieds de la Croix.
Que les savants des instituts des deux mondes viennent donc à l'école d'un de ces pauvres , d'un de ces hommes
(1) Luc. 23. 41. '2)Ibid.
qu'ils traitent de mystiques , mais chez lesquels ils trouveront la clef de la science qu'ils ignorent, Tintelligence du fait qui domine la vie , dû grand mystère de la douleur :
c( La terre est un lieu de mérites , voilà pourquoi c'est un lieu de souffrances. Le Verbe s'est incarné pour nous apprendre par son exemple à supporter avec patience les croix que Dieu nous envoie. In hoc enim vocati estis : quia et Christus passu^ est pro nobis^ vobis relinquens exemplum ut sequamini vestigia ejus,^ Jésus-Christ voulut souffrir pour nous encourager dans les souffrances. Le prophète Tappelle Vhomme de douleurs : Finim dolorum^^ parce que la vie de Jésus-Christ ne fut qu'une longue souffrance.
» De la même manière que Dieu a traité son Fils bienaiméjil traite encore ceux qu il aime et qu'il reçoit pour ses enfants : <iQuem enim diligit Dominus, castigat: flagellât autem omnem filium quem recipit.^ Ne vous découragez donc pas dans la souffrance. Dieu vous traite en cela comme ses enfants. Quel est l'enfant qui ne soit pa^ châtié et corrigé par son pèref — Que si nou^ avons du respect pour les pères de notre corps ^ lorsqu'ils nous châtient, combien plus devons-nous être soumis à celui qui est le Père des esprits, afin de jouir de la vie.^ »
» Dieu n'envoie jamais d'affliction sans la récompenser de suite par quelque grâce.
» Les plus grandes grâces que Dieu accorde à ceux qui le cherchent, c'est, d'abord, de ne point pécher; puis, de
{f)I.Petr.2. 21. fS) Is. 53. 3.
(3)Hebr. <î.6. (4) Ibid. 7-9.
faire le bien^ et c'est, déjà plus; enfin, de souffrir pour son amour, et c'est le comble des faveurs divines en ce monde.
» L'étal d^s justes sur la terre est de souffrir en aimant, celui des saints dans le ciel d'aimer en jouissant. Pour s'animer à souffrir, il faut écrire au pied de son crucifix : Çest ainsi qu'on aime. Ce n'est cependant pas la souffrance , mais la volonté de souffrir pour l'amour de Jésus- Christ, qui est la marque la plus certaine qu'on l'aime. Quoi de plus désirable , disait sainte Thérèse , que d'avoir quelque certitude qu'on plait à Dieu !
» Ah ! si les hommes connaissaient tout le prix des souffrances, elles seraient bientôt comme un objet de rapine, tant ils .chercheraient à s'enlever les uns aux autres les occasions de souffrir.
» Pour arriver à l'union avec Dieu il faut passer par le creuset de l'adversité : c'est dans ce creuset que Dieu détruit ce qu'il y a de mauvais en nous.
» Saint Françpis de Sales se trouvant plongé dans de grandes tribulations , disait : ce Depuis quelque temps les » oppositions et les contradictions que j'éprouve , me font » goûter une paix incomparable ; elle me présage l'union » prochaine et stable de mon âme avec Dieu.^»
C'est ainsi que parlent et écrivent les âmes véritablement éclairées, les savants dans la science de Dieu. C'est ainsi que vivent les vrais sages. Ils savent ce que savait l'Apôtre, quand il disait : « J'ai compté pour rien toute science hor-
(i ) SiCint Alphonse de Ligiiori PrcUiqw dt Vanumr tnvtrt Jéiui»Chri9î. c. 5.
mis la science de Jésus-Christ j^ et tout me semble une perte au.prix de cette sublime connaissance^ >> Que sait-on, en effet, quand on ne sait pas souffrir, quand on ignore le mystère de la croix qui esl le mystère de la vie? Et comment peut-on vivre en ce monde où la douleur règne en souveraine, si on ne se soumet à sa puissance qu'avec le murmure de Tesclave? Mais vous venez de len tendre : Tempire de la douleur n'est pas une tyrannie. Ce n'est pas même de la justice sans mélange , mais de la justice pleine de grâce : la douleur expie, la douleur guérit, la douleur détache ,:la douleur élève et sanctifie. Elle expie le péché , guérit les passions, détache du monde, élève à Dieu et enrichit lame des plus sublimes vertus. Elle est la grande preuve et le grand attrait de Tainour. Deux choses révèlent l'amour : les bienfaits, et les souffrances volontairement embrassées ; inais les souffrances le révèlent bien plus sûrement et plus ardejnment que les bienfaits. Quand nous lisons sur la croix : Cest ainsi que Dieu a aimé le monde, ^ il y a dans notre cœur quelque cho$e qui répond : Et c'est ainsi qu'en ce monde il faut aimer Dieu.
La douleur est donc reine ici-bas , mais elle n'y exerce sa puissance que pour nous rendre libres , libres du péché , libres des passions, libres du monde et de ses illusions; et son calice plein d'aïAçrtume est aussi plein d'amour et de vie.
Il est impossible, sans doute, d'aimer la peine pour elle-même, mais il est possible de l'aimer comme remède, comme expiation , comme preuve d'amour , comme moyen de le témoigner à Celui qui nous a aimés jusqu'à la mort et la mort de la croix. Oui , on peut aimer la douleur, et on
(4) I. Cor. i. s. (S)PhU.8.8. (S) Joaiî. 3. 46.
Tairae, en effet, comme lavare aime la charge d'or qu'il porte avec peine et avec joie. — « Je vous conseille , dit le Seigneur , (T cacheter de moi pour vous enrichir, de Vor éprouvé par le feu : Suadeo tibi eme^^e a me ammm ignitum probatum, ut locuples fias A » Cet or éprouvé par le feu , c est Tamour éprouvé par la souffrance. C'est la plus grande des grâces de Dieu , c'est la plus féconde des sources de la gloire.
Le livre de Job où éclate si vivement le christianisme primitif et l'altenle du rédempteur, est déjà plein de cette sublime doctrine. C'est là qu'on voit l'innocent accablé sous le poids de la douleur , non en proportion de ses péchés, mais afin d'être éprouvé et sanctifié davantage, et de rendre plus de gloire à Dieu par un amour plus parfait : Ut manifestentur opéra Dei in illo^
C'est à cette sublime philosophie de la croix qu'il faut renvoyer les esprits égarés qui expliquent les inégalités de la vie actuelle par le degré de notre culpabilité dans une vie antérieure ! Comment ne voient-ils pas qu'ils tuent par cette doctrine le respect du à la douleur et la compassion pour ceux qui souffrent ? '
Aurait-il du moins compris et goûté la science de la croix , celui qui a dit de la religion chrétienne : « Cette puissante religion qu'on appelle le christianisme , exerce
(l)Apoiî. 3. 18.
(2) Joan. 9. 3. — Nous appliquons ici aux souffrances de Job et au miracle de la grâce qui les transforme , ce que l'Evangile dit de T Aveugle-né et du miracle de sa . guérison.
(3) C'est la doctrine de M. J. Reynaud et de bien d'autres adeptes de l'erreur de la métempsycose ou de la migration des Ames. M. Laurent les a suivis dans ses Etude» , lom. 4. p. 451-453. — Voyez l'Appendice h la fin de cet ouvrage. •
sur le monde une domination continue, et elle le doit, entre autres motifs, à un avantage que seule elle a possédé entre les religions : cet avantage, savez- vous quel il est? C'est d'avoir seule donné un sens à la douleqr.^ »
L'écrivain homme d'État qui parle ainsi, n'a fait qu'entrevoir le grand fait qu'il signale. Il ne s'est pas suflisamment arrêté en sa présence, et ne l'a pas assez bien regardé. Avec un peu plus d'attention , il n'eut pas dit que le christianisme a donné un sens à la douleur ^ comme si le christianisme n'était qu'un système, une heureuse pensée, une consolante hypothèse de Tesprit humain, mais qu'il a donné le sens de la douleur ^ qu'il nous en a donné l'intelligence.'
(f ] M. Tliiers. De la propriété.
(S) Le contexte de ce passage fera voir que neas ne Jouons pas sur les mots :
c Cette puissante religion qu'on appelle le christianisme , exerce sur le monde une domination continue, et elle le doit, entre autres motifs, à un avantage que seule elle a possédé entre les religions : cet aifantage , savez-vous quel il est ? C'est d*avoir donné seule un sens à la douleur.... Ainsi, tandis que le paganisme n*a pu résister à un seul regard de Tesprit humain , le christianisme dure après que Descartes a posé le fondement de la connaissance humaine (posé?) , après que Galilée a découvert le mouvement de la terre (139 ans après Nicolas de Cusa qui V enseigna à Rome vers l'an 4425 , et fut ensuite élevé au cardinalat par le Pc^pe Nieolat V.) , après que Newton a découvert l'attraction , après que Voltaire et Rousseau ont renversé les trônes, et tous letpolitiqwt taget , sans juger ses dogmes qui n'ont qu'un juge , la foi , souhmtent qu'il dure, o
Le christianisme , malgré ses dogmes qui , apparemment , n'ont aucune relation avec le sens de la douleur , a donc eu l'heureuse idée de consoler les pauvres gens en peine , et la sagesse politique , toujours si embarrassée de la foule qui souffre , doit souhaiter qu'il dure I
Nous avouohs que le respect des sages pour une doctrine qui , k leurs yeux , ne peut être jugée, ne nous inspire pas une plus grande confiance que la protection des politiques qui font au christianisme l'honneur de souhaiter qu'il dure. Sa durée, heureusement , ne dépend pas de leurs vœux , et sa doctrine ne demande qu'à être jugée. M. Thiers parait ignorer que si la grâce de la foi est une lumière que Dieu offre à notre intelligence , l'acte de foi que cette lumière nous demande est en même iempe un acte de raison , et que si notre intelligence croit , c'est-à-dire adhère aux
Mi) JÉSUS-CHRIST
Si pour faiYe accepter et embrasser la douleur , il eût suffi de lui donner un sens, on Teùt fait, sans aucun doute, depuis longtemps, et à défaut de Platon , Epicure y eût pensé. Mais non, la sagesse humaine est* si naturellement muette devant cette énigme, que lorsqu'elle a voulu en deviner le mot, elle a fourni la preuve la plus frappante de son impuissance en recourant à la fable de la métempsycose , cette négation puérile et audacieuse de la conscience universelle. Qui est-ce, en effet, qui se souvient d'une existence antérieure ? Et comment expier des fautes personnelles dont on n'a nul souvenir ?
Non , Jésus-Christ n'a pas donné un sens à la douleur, mais il a révélé le sens de la douleur , et il l'a révélé seul , parce qu'il est seul ce qu'il a dit de lui-même : Je suis la vérité.
ARTICLE ni.
jéSUS-CHRIST SBDL DONNE L*INTELLI6ENCE DU VTSTÂRE DE LA HORT , ET EN FAIT GOUTER LA DIYINE AMERTUME.
Le mystère de la mort ! diront les hommes de la science. Quel mystère y a-t-il à mourir ? Le corps ne tend-il pas à la dissolution ? Quoi de plus naturel et de plus simple que ce prétendu mystère ?
C'est bien le cas de s'écrier : 0 sagesse hnmdiine. toujours courte par quelque endroit! La mort n'est pas seulement la
vérités révélées , c'est qu'elle juge qu'il faut les croire , parce qu'elle les «oit appuyées sur le fait même de la révélation , sur le témoignage manifeste de Dieu. C'est avec bonheur que les chrétiens ont entendu M. Thiers exprimer avec un rare talent ce qu'il a entrevu, mais ils seraient bien plus heureux s'ils le voyaient recon> naître la vérité tout entière , et l'embrasser par la foi , ce divin talent qui sauve les sages et les simples.
dissolation du corps, mais la défaite de l'homme après une lutte suprême et inutile. Le eorps n'est pas tout Thomnae. S'il était tout rbomme, il mourrait sans agonie comme la .plante qui se dessèche ouïe fruit qui se corrompt. La plante qui végète oppose aussi, il est vrai, une certaine résistance à la mort, mais cette résistance n'est pas une lutte proprement dite , parce qu elle est privée de sentiment. Partout où il y a lutte contre la mort , il y a une âme. Cette lutte n'est encore qu'une lutte d'instinct chez l'animal dont l'âme n'est que sensilive, mais elle est réfléchie chez l'homme dont l'âme est tout à la fois sensitive et raisonnable , intelligente, immortelle. L'homme est un esprit, une intelligence unie à un corps dans l'unité d'une même nature , et il éprouve par conséquent pour, la mort l'horreur d'un être qui se sent créé pour rimnK)rtalité. Nature unique dans ses deux substances , l'homme ne veut pas être immortel à demi. Et quand la mort approche son calice de nos lèvres , nous entendons tous au fond de notre âme , le cri de l'humanité : Transeat calix istef Oui, l'homme veut vivre, vivre toujours et tout entier dans l'union personnelle du corps et de l'âme. Et cependant il sait à n en pouvoir douter, qu'il va être arraché à cette vie commune de la .manière la plus lamentable, et il ne peut faire un pas sans rencontrer la grande ombre de la mort, qui du terme de la vie domine cette vie tout entière. N'est-ce pas là une contradiction mystérieuse dans l'œuvre de Dieu? Comment at-il pu unir la mort à l'immortalité , et donner pour tabernacle à un esprit presque angélique^ un corps destiné à la corruption? Comment a-t-il pu nous donner non-seulement l'instinct de notre conservation, mais la volonté réfléchie
et invincible de vivre , en nous plaçant en même temps dans la nécessité invincible de mourir? Comment le Créateur tout-puissant de Thommeet Tauteur de Tordre universel nous laisse-t-il ainsi en guerre avec nous-mêmes , et dans rinexorable certitude d'être à la fin vaincus?
N'est-il donc pas la bonté par nature : Cujits natura bonitas? Tout ne nous parle- t-il pas de son amour de Père : la terje qui nous offre ses ombrages , ses parfums et ses fruits ; la splendeur du jour qui nous éclaire , le silence ' des nuits qui nous repose, la majesté des cieux qui nous élève-, les harmonies infinies de la création qui nous ravissent, le chef-d'œuvre des mains créatrices surtout, ce corps qu'elles nous ont formé et dont l'organisation naerveilleuse mise avec un art.infini en rapport avec la nature entière, nous fait voir que la terre est l'empire de l'homme et qu'il en est créé le roi. , . .
■ Oui , toutes choses nous disent que c'est une puissance bienfaisante qui nous a faits , et que c'est l'amour qui nous a donné l'être. D'où vient donc que toute créature humaine est gémissante ,^ et que la vie des liommes n'est qu'une longue crainte de la mort , comme la journée de ces esclaves qui redoutent pour Je soir l'arrivée du plus impitoyable des maîtres : Qui timoré mprtis per totam vitam obnoxH erant servitutiP
N'y a-l-il pas là , encore une fois , une mystérieuse contradiction? Et quand l'esprit humain a prétendu l'expliquer seul , quand il ^ voulu pénétrer sans Dieu dans ces sombres profondeurs , n'en est--il pas remonté plein de trouble
'•!; Rom. 8. 21. — Omniê crtatura ingemiicit. ^ii Hehr. 8. 13.
et en rêvant des blasphèmes? D'où est sortie la doctrine sacrilège des deux principes -. éternels , lun bon, lautre n^auvais, sinon de l'impuissance de la raison humaine à se rendre compte (lorsqu'elle n'écoute qu elle-même) de l'horrible guerre qui ne finit jamais entre le bien et le mal , entre la vie et la mort?
Mais ce n'est là qu'un premier mystère de contradiction. Il n'apparait pas seulement dans l'union delà mort avec un. être immortel, et dans la relation de cette cruelle mort avec la bonté divine, mais aussi dans sa relation avec l'espérance humaine. L'homme sait que toutes ses aspirations , tous ses rêves de bonheur, tous. les efforts de sa vie, aboutiront infailliblement au tombeau , et que tout finira par être jeté avec lui dans une fosse. Comment se fait-il donc que la vue de cette malédiction finale ne lui ravisse pas l'espérance?
Il est de fait que si la mort triomphe de la vie , l'espérance cependant résiste à la mort , et qu'au sentiment de l'immortalité de l'àme s'unit partout dans l'homme le pressentiment qu'il revivra tout entier. L'apothéose n'a été qu'une des formes de ce vague pressentiment qu'on retrouve au fond de l'attente où nous sommes tous de revoir ceux que nous avons aimés.
Mais qui nous montrera le double lien qui unit entre elles ces choses qui se heurtent violemment : l'horreur de la mort avec la foi à la bonté divine, la victoire de la mort avec l'espérance qui ne sait pas mourir?
Allons, sagesse humaine, si bornée et pourtant si superbe, montrez-nous ce double lien, dites-nous corn-
ment la mort et ses horreurs se concilient avec le divin instinct de notre immortalité' et la foi à la bonté de Dieu, et comment le triomphe final de la mort se concilie avec l'invincible espérance?
Mais nous avons interrogé en vain les oracles philosophiques de rOrient, de la Grèce et de Rome, pour entendre le mot de ce double mystère, et il n'est pas une voix des temps modernes qui ait rien dit de plus sur ce point que la sagesse antique.
C'est , encore une fois , que <c la révélation résotd seule le problème que la philosophie pose, ^ » et que Dieu se réserve la réponse à la grande question de l'-humanité.
Tournons-nous donc du côté de Dieu , du côté de celui qui seul a dit : Habeo claves mortis:^ Je tiens les clefs de la mort : lui seul nous en dira les secrets.
Le premier secret de la mort , c'est que Dieu ne Ta pas faite : Deus mortem non fecit.^ Il n'avait donné la vie à l'homme que pour la lui garder : Creavit enim ut essent omnia.^ Le second, c'est que l'homme Ta faite. Le corps, nous l'avons reconnu, tend par lui-même à la dissolution. Le privilège de l'immortalité ne lui fut accordé qu'à cause de son union avec une âme immortelle unie elle-même à Dieu par l'amour. L'immortalité du corps , toute surnaturelle qu'elle est, entrait ainsi dans les conditions de la parfaite harmonie de notre nature avec sa destinée positive. L'homme, par le péché, troubla cette harmonie. En brisant
,t; Maine de Biran. yourn<i/in/it»e. (3) Apoc. I. 18. 3 Sap. 1. H. (4)tbid.
0ANS LA CONSCIENCE HUMAINE. 8dl
le lien qui rattachait à Dieu , il atteignit en même temps celui qui unissait sa double substance, et en sç séparant par l'orgueil de la source première de sa vie , il posa le principe de la séparation du corps et de Tàme et mérita d'entendre la terrible sentence : Tu es poussière et tu retourneras en pou^ière.^ La mort, œuvre de Thomm^e, puisqu'il se Test donnée par Y aiguillon du péché ^ ^ en est donc devenue le châtiment, ' et ici comme dans ses autres actes, la justice divine, pour punir l'homme, s'est bornée à le laisser à lui-même. L'enfer , cette seconde mort que Dieu n'a pas faite non plus : Mors secwnda,^ n'est encore, dans son fond, dans sa peine principale, qu'une séparation, la séparation définitive de l'âme et de Dieu , de Tàme obstinée que Dieu laisse enfin à elle-même, comme elle l'a voulu, parce qu'en la sondant , l'œil du souverain juge y a vu l'éternité du péché.
Mais le châtiment de la première mort transformé en expiation par le nouvel homme, par le désiré des nations, par la victime immolée , dans les conseils de Dieu , dès l'origine du monde, est désormais destiné à nous préserver
[h] Gen. a. 49. (i; I. Cor. 15. 56. (3) Rom. 6. 23.
(4) Apoc. 2. 1 1 . Quivictritf non lœdBtur a morte 99cunda. — Nous disons que cette mort éteroelle n'est, dans ton fondy que la séparation définitive de l'ftme et de Dieu, parce que c'est du déêordre qui sépare r&me de Dieu , que sortent toutes les autres peines de l'enfer. En traitant ce sujet, Bossuet a dit : « Ne nous flattons pas de l'espérance de l'impunité , pendant que nous portons en nos cœurs Tinstrument de notre supplice: Producam ignem de mediotuiqui comedat te. (Ezech. 28. 18.) Je ferai sortir du milieu de toi le feu qui dévorera tes entrailles. Je ne r.enverrai pas de loin contre toi , il prendra dans ta contcience , et ses flammes s'élanceront du milieu de toi , et ce seront tet péchés qui le produiront. » [3« Dim; de l'Avent.} — Or , de môme qu'après la résurrection , la gloire des &mes sera communiquée réellement à leurs corps : ainsi le feu des &mes coupables , le feu qui prend dans les consciences, se communiquera rfslbmtnl aux corps des réprouvés.
de la seconde mort, si nous acceptons la première en Jésos- Christ. Celle-ci elle-même doit être un jour absorbée * dans la victoire du Christ, qui mortem nostram mariendo destruxit et vitam resurgendo reparavity^ parce que notre âme retrouvant par la grâce de la rédemption la vie divine qu elle avait perdue, doit rendre un jour à son corps la vie immortelle qu elle lui a enlevée.
Cette vérité est comme cachée dans le sentiment général qui fait descendre Thomme dans la tombe avec espérance;' mais elle n'est pleinement révélée que par celui qui a fait sortir la vie d'un tombeau. Si donc vous voulez apprendre le dernier secret de la mort, et pourquoi Tespérance humaine n'est pas ensevelie avec elle dans la même tombe, écoutez le grand Apôtre dont toute la science était de savoir Jésus-Christ : *
« Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, et il est devenu les prémices de ceux qui dorment. Ainsi parce que la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit aussi venir par un homme. Car comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ, et chacun en son rang , Jésus-Christ le premier comme les prémices de tous , puis ceux qui sont à lui , qui ont cru à son avènement. Et alors viendra la consommation de toutes choses. ^— Mais quelqu'un me dira : En quelle manière les morts ressusciteront-ils, et quel sera le corps dans lequel ils reviendront? Insensés que vous êtes, ne voyez-vous pas que ce que vous semez ne prend point de vie s'il ne meurt auparavant? Et quand vous semez, vous ne semez pas le
(1)1. Cor. -1 5. J6. («) Office de VEglite:
(3; Ps. <5.9. (4) I. Cor. 8. «.
DAI9S LA GONi$GIEI«GE HUMAINE. 3S3
corps de la plante qui doit naître , mais la graine seulement, comme du blé on de quelqu'autre chose. Mais Dieu lai donne un corps tel qu'il lui plaît y et il donne à chaque semence le corps qui est propre à chaque plante. — Il en arrivera de même dans la résurrection des niorts. Le corps commejone semence est maintenant mis en terre plein de corruption , et il en ressuscitera incorruptible. Il est mis en terre tout diflforme , et il en ressuscitera tout glorieux. Il est mis en terre privé de mouvement, et il ressuscitera plein de vigueur. Il est mis en terre comme un corps animal, et il ressuscitera comme un corps spirituel. — Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de Tipcorruptibilité , et que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité. Alors cette parole de TEcriture sera accomplie : La mort a été absorbée par la victoire. 0 mort! où est ta victoire! 0 mort! où est ton aiguillon? Or, le péché est laiguillon de la mort. — C'est pourquoi rendons grâces à Dieu qui nous donne la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ.* »
Voici donc tous les secrets du mystère de la mort : elle est un châtiment terrible , sans doute , mais ce grand châtiment n'est plus que la grande expiation si , à l'exemple de Jésus-Christ et avec son secours humblement imploré et jamais refusé, nous disons comme la grande victime des pécheurs : « Père^ s'il est possible, que ce calice s'éloigne de mois cepe^idant, non ce que je veux, mais ce que vous
(I) I. Ck>r. 45. — L'Apôtre dit, aux v. 50-51 : « La corruption ne posêéderapas cet hériiagt inoorruptible. Nous renutciterons toui , maii» noui m ierofu p€U tout ehangéi. » — «r<es uns ressusciteront pour la gloire, dit aussi le prophète, les autres pour la honte éternelle : Qui dormiunt in terr<$ pulvér$ efngiltibunt : aiii in vitam atemam , et aiii in opprobrium ut vidêantsemper. » (Dan. 42. S.)
voulez /' J*ai résisté à votre volonté sainte pour me rendre esclave de mon orgueil , de mes sens et de mes passions ; maintenant, je veux mourir pour satisfaire votre justice, je veux être obéissant jusqu'à la mort : que votre volonté soit faite ! Acceptez en expiation de mes offenses le sacrifice d'une vie dont j'ai trop abusé. Je veux mourir avec Jésus- Christ pour vivre éternellement avec Jésus-Christ. »
La voilà donc changée, cette terrible mort, en sacrifice d'humilité , de repentir , d'obéissance et d'amour !
La mort est encore le grand dépouillement de l'homme. Elle lui enlève tout ce qu'il possédait en ce monde. Mais en Jésus-Chrisrt, l'impitoyable ravisseuse devient une céleste libératrice : elle brise les chaînes de nos passions, nous délivre du poids de ce corps corruptible , du fardeau de nos péchés , du danger d'y retomber encore.
La mort est la grande séparation , la grande division , puisqu'elle va jusqu'à nous diviser nous-mêmes. Mais en Jésus-Christ elle devient le grand moyen de l'union parfaite avec Dieu.
Il est donc vrai que Jésus-Christ seul donne l'intelligence de la mort. Il est vrai , comme le disait saint François de Sales, que vue à travers la croix, cette terrible mort change de face. C'est par la croix, en effet, et par elle seule, que la mort, cette suprême douleur, devient aussi l'expiation suprême ; que le dépouillement universel devient l'universelle délivrance, et que la séparation finale devient l'union qui consomme tout. II est vrai enfin que si nous mourons
'4)MaUh.36. 39.
unis à Jésus-Christ, les amertames de la mort n'empêche^ ront pas que , dans notre àme , la justice et la paix s'em^ brassent^ à notre dernière heure. *
Mais pour obtenir cette grâce qui couronne la vie , il faut s'y préparer; pour s'assurer une telle mort, il faut s'habituer à mourir en faisant souvent à Dieu l'offrande du sacrifice qui se consommera plus tôt que nous ne pensons. Chaque soir donc , quand approche le sommeil , cette image quotidienne de la mort, demandons à la Mère de la vie, à celle qui , debout au pied de la croix , vit mourir le chef des élus , qu'elle nous obtienne de dire de cœur , maintenant et à l'heure de la mort, la prière du cœur de Jésus-Christ, prière de tous les jours, mais du dernier jour surtout, prière du dernier sacrifice qui nous unira à celui de la croix , expiera nos péchés , nous délivrera du mal , accompfira la volonté de Dieu et consommera toute justice, nous fera trouver la vie par la mort , nous ouvrira le ciel pour nous faire régner dans la gloire du Père qui nous l'a préparé et qui nous y attend.
Mais à vous qui me lisez , pourquoi ne vous dirais-je pas ceci comme je me le dis à moi-même ? Voulez-vous faire une épreuve de plus de la divinité de Jésus-Christ? Eh bien I allez à sa Mère. Offrez à cette Mère du nouvel homme, à la nouvelle Eve, à votre Mère par conséquent, offrez-lui chaque jour la prière des anges et des hommes, le salut du ciel et la plainte de la terre : Je vous saluée, Marie, pleine de grâce /. . . . priez pour nous maintenant et à t heure de la mort; et offrez-la lui pour trouver par elle la grâce de dire chaque jour aussi en esprit et en vérité, cette autre
(I) JiutUia étpax oicutoi» aunt. (Ps. S4. 1 U
prière qui résume tout rEvangile : Notre Père qui êtes aux deux! Prière divine! elle vous révélera Celui qui seul a pu , en quelques mots d une inépuisable fécondité, exprimer tout ce que l'homme, dans les situations les plus diverses de Tàme , peut avoir besoin de dire ou de demander à Dieu, mais ce qu'il aura surtout besoin de dire et de demander à l'heure suprême.
ARTICLE IV
ii9US-€BRIST SEUL RÉPOND EN DIBU À LA GRANDE ASPIRATION DE L*AIIB.
Nous ne pouvons nous séparer de cet inépuisable sujet , sans reconnaître encore que Jésus-Christ seul répond en Dieu à la grande aspiration de la nature humaine.
Nous appelons ainsi le désir du bonheur, désir qui s'élève si véritablement du fond de notre àme, qu'il l'emporte, pour ainsi parler, tout entière avec lui. C'est qu'il est l'inclination même de l'homme à sa fin , et que l'inclination à la fin est le grand ressort de la vie de toute créature.
Vouloir vivre et vouloir vivre heureux , c'est vouloir la même chose, puisque le bonheur est dans l'amour véritable, et que le véritable amour est la vie : Qui non diligit manet in morte.* .
Or, cette volonté, ce grand désir de l'àme, Jésus-Christ seul l'appaise en Dieu. Seul il répand dans nos cœurs l'amour qui donne la paix.
(4)I.Joan. 3. U.
Isaïe disait du Christ, en le montrant à travers les siècles : « Il sera appelé l'Admirable , le Conseiller, Dieu , le Fort , le Père du siècle futur, le Prince de la paix.^ »
Les anges , à sa naissance , firent entendre ce céleste cantique : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux , et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.* »
Lui-même, avant de soufTrir, dit à ses disciples : «Je vous kisse ma paix^ je vous donne ma paix^, non comme le monde la donne.' »
La première parole qu'il leur adresse après sa résurrection , c'est encore : « La paix soit avec vous ! * » salut divin qui donne ce qu'il exprime, et qu'il leur redit jusqu'à trois fois, pour leur montrer là plénitude de ce don ineffable.
Enfiq , ses apôtres revêtus de son Esprit pour annoncer l'Evangile à toutes les nations , commencent toujours par ce mot qui résume toute l'œuvre du Christ en ce monde : « Que Dieu notre Père, et Jésus-Christ Notre-Seigneurvous donnent' la grâce et la paix.^ »
Cette psux est la révélation intérieure de la divinité de Jésus-Christ au cœur de l'homme. Il ne lui a pas suffi de nous la révéler par sa parole , par son apostolat , par les Écritures, par les prophéties accomplies, par l'harmonie manifeste des deux Testaments, par ses œuvres, par sa résurrection, par l'établissement de son Eglise, par le miracle subsistant de la catholicité qui prouve, à lui seul,
(<)ls.9.6. («jLuc.î. U.
(8)Joan. <4.27. (4) Joan. 20. 49.
(5; Rom. 4.7.— Saint Pierre, saint Paul , saint Jean , commencent ainsi-leur» Epttres.
la vérité de tous les autres ; non ; à eelte surabondaace de preuves (Testimofdatua credibiHa facta $unt nimis.^) , il a voulu en ajouter une autre encore, la plus douce de toutes, Texpérience intérieure du don que Thomme ne peut faire à Thomme : a Si scires donum Dei : Si tu savais le don de Dieu, disait-il à la Samaritaine (cette image cl)oisie de Tâme égarée) , si tu savais le don de Dieu , et qui est Celui qui te demande à boire , tu le lui demanderais toi-même , et il te donnerait de l'eau vive, — non de cette eau-ci qui n'étanche pas la soif, mais de celle que je donne et qui 1 elanche, parce qu'elle devient à celui qui la cherche, une source qui jaillit à la vie éternelle.^ »
Ce qui jaillit à la vie éternelle , c'est la foi , l'espérance et l'amour, mais l'amour surtout , car la foi cessera dans la vision , et l'espérance dans la possession , mais l'amour qui commence sur la terre, loin de finir dans les cieux, s'y épanouira éternellement : Fiet in eo fons aquœ saUentis in vitam œtemam.
C'est lui qui , dès ce monde , peut seul apaiser l'àme : Pdx a Deo Pâtre et a Christo Jesu Filio Patris in verttate et earitate^^ parce qu'il n'y a de paix que dans l'amour et la vérité , ou dans l'amour véritable.
C'est lui qui donne la paix dans la lutte , la paix dans la peine , la paix dans la mort ; nous l'avons clairement reconnu tout à l'heure, et l'expérience la plus décisive le fait voir tous les jours.
Les âmes encore infirmes distinguent l'amour du devoir. On les voit placer l'amour d'un côté et le devoir de l'autre.
(\}Pb. 92. 6. rS) Joan. 4. lO-U. (3; H. Joan. 8.
Le devoir et l'amour ne sont cependant qu'une même chose, puisque Taccomplissement du devoir est Tacte d'amour par excellence , celui qui gagne le cœur de Y Amour même : « Deus charitas est .* »
Dieu n'est pas une puissance vague, une grandeur abstraite, une maj^té tellement cachée derrière le voile de la création, qu'elle ne nous ait donné aucun autre signe d'amour personnel. Le vrai Dieu est le Dieu vivant , le Dieu qui aime et qui possède infiniment ce qui attire l'amour et l'enflamme., Tout ce qu'il a donné de tendresse au cœur de ses créatures est nécessairement en lui : Qui planiavit aurem non audiet? 4ivi qui finxit oculum, non considérât P Celui qui donne n'a-t-il pas tout ce qu'il donne? Il a donc l'amour d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une sœur, d'un époux, d'une épouse, d'un enfant même , puisqu'il a fait le cœur de l'enfant aussi , et qu'il n'a pas dédaigné d'être enfant lorsqu'il s'est uni personnellement à la nature humaine.
Celui qui n'entend pas, qui ne voit pas que Dieu a nécessairement, ou plutôt qu'il est nécessairement, et à un degré infini de perfection , tout ce qu'il a communiqué à ses œuvres (Quod factum est in ipso vita erat.) n'est encore qu'une intelligence malade , blessée, aveuglée, ou par l'orgueil, ou par les passions.
L'homme, de son côté, n'est tout ce qu'il est que pour s'attacher à Dieu. Il n'est le chef-d'œuvre des mains créatrices, le roi de la nature, la ressemblance vivante, l'enfant de Dieu, que pour vivre de la vie de son Père : fïto Dei.^
[i) I. Joan. 4. 8. (2) Ps. 93. 9. ^3) Eph. 4 48.
Et quelle est cette vie sinon Vamour mémeP Malheur à rbomme , s'il résiste à la loi de sa destinée , à Tinclination divine qui le porte à sa fin , car rien au inonde ne pourra calmer son àme bouleversée dans toutes ses puissances. Le corps, en nous, est fait pour rame; dans 1 ame, Tintelligenceest faite pour éclairer et en même temps pour servir la volonté; mais la volonté pourquoi est-elle faite, sinon pour aimer? Vouloir est-ce autre chose qu'aimer? Que veut-on, sinon ce qu'on aime? Encore une fois donc, malheur à l'homme s'il n'aime pas ce pour quoi il a un cœur, s'il n'aime pas Celui même qui lui a donné le cœur : «^ous nous avez faits pour vous ^ Seigneur, disait saint Augustin, et notre cœur sera dans l'inquiétude, jusqu'à ce qu'il se repose en vous! »
C'est que rien , sur la terre , ne peut suiBre à la flamme que Dieu a mise au cœur de l'homme. Elle rencontre, sans doute, ici-bas, des objets d'amour légitime et dont l'amoar se confond avec le devoir , avec la volonté même de Dieu; mais si l'homme sépare ces affections de leur principe et de leur fin , le vide se fera dans son cœur , et il n'échappera pas à l'inexorable ennui qui punit tous les infidèles.
L'amour divin est la vocation universelle. Pèlerins sur la terre, nous n'y somjmes tous que pour aller à Dieu. Or, c'est par l'amour qu'on y va. L'amour est le mouvement de l'àme.
Mais nous entendons dire quelquefois par des âmes faibles : Comment aimer Dieu , puisqu'on ne le voit pas? Elles ne réfléchissent pas que ce qu'elles ont le plus aimé sur la
(4 I. Joan.4. 8.
terre, elles ne l'ont jamais vu. Qui ne s'aime soi-même? Et cependant, qui a vu cet être invisible, ce moi qui a un corps mais qui n'est pas le corps, cette âme qui pense, qui veut et qui aime en nous? Qui n'a aimé une mère, un père, une âme amie? Est-ce ce qui était visible que nous aimions en eux? Mais quand ils ont vieilli , quand leur enveloppe mortelle s'est flétrie , ne les avons-nous plus aimés ? Quand leur corps est tombé en dissolution , quand ils l'ont quitté, quand ils sont partis, ne les avons-nous plus aimés? Manifestement, ce que nous avons le plus aimé en ce monde , nous ne l'avons jamais vu , c'est la bonté , la beauté de ces âmes que nous ne verrons face à face, comme nous ne verrons la nôtre, qu'en arrivant en face de Dieu : Nunc filii Dei sumus; et nondum apparuit quid erimus. Scimus quoniam quum appuruerit, similes ei erimus quoniam videUmus eum sicuti est.^ Miroirs vivants des perfections de Dieu, nous réfléchirons alors directement sa lumière, nous serons pénétrés de ses splendeurs, et c'est par lui que nous nous verrons : In lumine tuo %ndebimus Ivmen.'^
Mais ces âmes invisibles que nous avons aimées, nous ne les eussions pas aimées, si nous ne les avions bien connues. Nous en avons aimé la bonté, parce qu'elle s'est manifestée d'une manière sensible. C'est ainsi que Dieu se fait aimer. Il est invisible , mais les preuves de son amour nous touchent de toutes parts. Mon Dieu, disait encore saint Augustin , tout ce que je vois sur la terre et au-dessus de la terre, toutes vos créatures me disent de vous aimer, parce que vous les avez faites par amour pour moi : Cœlum
(IJI.Joan. S.î. (S>P8. 85.10.
ta
et leiTa et omnia quœ in eiê sunt, mihi dicunt utamem te.^ La providence divine à l'égard de riiomme est si roaDÎfeste dans rensenïble de ses oeuvres, que l'oubli de Dieu dans Thomme est un prodige d'aveuglement qui ne s'explique que par la blessure faite à notre intelligence par notre chute.
Mais ni ces preuves générales de la bonté de Dieu , ni les soins maternels dç sa providence spéciale dont chacun de nous se souvient , ne suffissent à l'attente dont Dieu luimême remplit nos cœurs. Elle y est comme un souvenir des communications familières qui existaient entre Dieu et l'homme dans l'état d'innocence, ou plutôt comme iin besoin de cette familiarité divine à laquelle le Père du genre* humain l'a accoutumé en conversant avec lui , à tous les âges du monde iMultifariam y multisque modis olim Deus loquens patribus in prophetis; novissime, diehus istis locutus est nobis in Filio.^ Dieu a toujours parlé à l'homme. 11 a parlé à nos premiers parents dont la parole est elle-même un don de Dieu , aussi manifeste que le don de la vie ; il a parlé aux patriarches ; il a parlé aux prophètes par lui-même et par ses anges ; il a parlé par ses prophètes ; il a parlé aux apôtres , et il a dit en fondant l'apostolat perpétuel qu'il parlerait en lui jusqu'à la fin des temps^.
Avouons-le donc, la grande aspiration du cœur de l'homme, aspiration qui est elle-même une grâce de Dieu , ne trouve pleinement son objet que dans ces relations divinement humaines où nous jouissons de l'intimité de Dieu. Le paganisme n'a été que la profanation de cette aspirait) Co»/: 1. 10. c. 6. (2) Hebr. 4. 4-2.
DANS LA CONSCIENCE HUMAINE. 3(>tt
tion, de ce désir , et le christianisme n'en est que la plus parfaite réalisation en ce monde.
La majesté et l'amour ne vont pas ensemble ; l'amour nait de la similitude ou du moins la produit; et voilà pourquoi, après nous avoir créés à sa ressemblance, Dieii, par un amour infiïii, a voulu prendre la nôtre. Le .Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous l'avons vu plein de grâce et de vérité. Or, de même que la création n'est pas un acte passager, mais permanent^ en ce sens que Dieu opère toujours* en soutenant* son œuvre; ainsi l'incarnation , ce don suprême de Dieu à la nature humaine, est un don qui ne passe pas, Jésus-Christ le Dieu fait homme étant vivant pour toujours;^ toujours vivant pour intercéder, pour s'offrir à Dieu pour nous^ sur la terre et dans les cieux;* toujours vivant pour se donner à nous sur la terre et dans les cieux,*^
Ce n'était pas assez pour Dieu de se donner à la nature humaine en général par l'incarnation. Ce n'était assez ni pour le cœur de Dieu , ni pour le cœur de l'homme. Dieu nous fait désirer davantage , parce qu'il veut nous donner davantage. Comme il sera tout à tous dans la glaire, et tout à chacun des élus , bien plus réellement que le soleil n'est réfléchi tout entier dans l'Océan et tout entier dans chaque goutte d'eau , ainsi se donne-t-il tout entier à chacun de
(4) U$qu9modoopiratvr, (Joan.'5. 17.)
(2) Omnia in ip»o constant. (Goloss. L 17.) '
(3) Chrisius resurgens ex mortaîsjam non moritur. (Rom. 6. 9.)
(4) Semper rivens ad int^peUandum pro nobis. (Hebr. 7. 25.) In omni loeo tacri^ ficatur et offertur nomini meo oblalio munda. (Mal. f . -H .}
[5; Panit qu$m ego ddbo caro mea est pro mundi vita, (Joan. 6. !iî.;
nous en cette vie^ comme le gage véritable de la vie éternelle , mais sous le voile du temps, selon l'exigence de notre condition actuelle.
Cependant, de tous les voiles du temps, aucun n'était plus digne de couvrir la face de Dieu, que le voile eucharistique. Ce signe admirable exprime, en effet, tout ce qu'il cache. Il nous dit par le symbole de l'aliment terrestre , que Dieu est la vie éternelle de l'homme : «Je suis lepainvivant descendu des deux; celui qui mange ce pain vivra éternellement;^ ^^ il nous dit parla séparation des espèces sacramentelles, que c'est par sa mort, par l'efTusion de son sang, que Jésus-Christ nous a mérité la vie que son cœur nous apporte ; il nous dit toute l'ardeur , toute la tendresse de ce cœur , puisque celui-ci , ne se donne à nous sous la forme d'aliment, que pour nous faire mieux comprendre combien est étroite l'union qu'il veut contracter avec nous. L'union de l'aliment et de celui qui s'en nourrit n'est-elle pas la plus intime de toutes , une véritable union substantielle? Jésus-Christ veut nous montrer par là, non qu'il se transforme en nous , puisqu'il est vivant , impassible , immortel, éclatant de gloire, et plus délié mille fois que la lumière , mais qu'il veut nous transformer en lui , nous faire vivre de sa vie divine en répandant lui-même cette vie dans nos âmes.
Ne sentez-vous pas , demandait saint Vincent de Paul , ne sentez-vous pas, après la sainte communion, le feu divin qui brûle dans vos poitrines ? Cette question de l'homme de Dieu est la révélation de la vraie source de toutes ses œuvres : Jésus-Christ vivait en /ut.'
(IjJoan. 6.5f.51. (2)6al. S.SO.
C'est qae Jésus-Christ n'est pas seulement un objet d'amour, et un modèle d'amour, mais une source d'amour. La charité qu'il nou^ commande, c'est lui-même qui la donne, et l'amour qu'il veut de nous, c'est lui-même qui l'enflamme en nous, si nous y disposons nos cœurs. Nul n'en doute que celui qui n'a pas le courage d'entrer dans ces dispositions, et de faire cette divine expérience : De quo nuUus dubitat nisi itiexpertas.^
Ce défaut de courage ne lui donne cependant pas le droit de douter, car l'expérience qu'il ne veut pas faire est faite devant lui , et se prouve par ses incomparables fruits.
Nous l'avons montré ailleurs ,* et nous ne nous répéterons pas ici , mais nous demanderons aux èmes distraites en présence des miracles subsistants de Jésus-Christ, si l'amour qu'il veut et si l'amour qu'il donne ne prouvent pas tous les deux sa divinité ?
Il n'est dans tous le cours des siècles qu'une seule voix qui ait prononcé sur la terre ces paroles étonnantes : <( Si vous m'aimez , gardez mes commandements. — Celui qui m'aime garde mes commandements.' Celui qui m'aime sera aimé de mon Père; et nous viendf'ons en lui et nous fe7*ons en lui notre demeure.^ Celui qui ne renonce pas à tout pour moi, n'est pas digne demain» — Evidemment, ces paroles sont divines , ou elles sont coupables. Mais com* ment douter de leur source adorable, en présence de leur miraculeux accomplissement?
H} Saint Thomas d'Aquin. (2; Le libre Eœamen, 5» Enlrelieii.
'3; Joan. 14. 15 et 911. . 4 Ibid. 23. (5) Luc U 33. — Malth. 37. 36.
Jésus-Christ seul a demandé, a voulu Tamour du monde ; Jésus-Christ seul a dit de lui-même qu il attirerait cet amour des hommes et des siècles : Et Ego si exaltatus fuero a terra ^ omnia traham ad meipsum;^ Jésus-Christ seul a été aimé des hommes et des siècles comme il Ta voulu. Quel est, dites-moi, le grand homme, l'insigne bienfaiteur de ses'frères qui ait été aimé des siècles, après sa mort? — Aimé et célébré comme on Test par la postérité et par l'histoire j à la bonne heure ; mais aimé comme on est aimé de ceux qu'on aime, aimé des cœurs et des âmes, de cet amour qui est lui-même l'àme de la vie, — qui le fut jamais après sa mort, hormis Jésus-Christ seul? — Lui seul a aimé le monde * comme Dieu seul sait aimer : In hoc cognovimus charitatem Dei, quoniam Ille animam mam pro nobis posuit;^ et lui seul a été aimé du monde comme Dieu seul mérité de l'être. Le sang des martyrs, l'apostolat perpétuel , la pénitence des déserts , la plume de feu des docteurs , l'amour ineffable des vierges , les larmes du repentir versées aux pieds de Jésus-Christ depuis Marie- Madelaine jusqu'à nous, la prière répandue devant les tabernacles , les flammes qui s'allument dans la communion et produisent ensuite de si humbles et de si grandes choses , tout manifeste dans l'Eglise seule l'accomplissement unique, surhumain , visiblement divin , de la parole unique , surhumaine, visiblement divine, que l'Eglise répète à ses enfants , en leur montrant la Crèche; la Croix et l'Eucharistie :. « Lorsque f aurai consommé mon sacrifice, f attirerai tout à moi. »
Voilà l'amour dont notre cœur a soif. Voilà l'amour que Jésus-Christ seul commande et obtient en Dieu. Aurons-
:i ; Joan. ^2. 82. (2, Ibid. 3. 16. (3) I. Joan. 8. 16.
nous toujours des yeux pour ne pas voir? Si Jésus-Ghrist est manifestement Dieu , parce que lui seul a fait attester sa divinité par les deux témoins que Dieu seul peut prendre : le passé et l'avenir '^ s'il est manifestement Dieu , parce que lui seul s'est rendu le maître, le roi des siècles, et parce qu'il est seul la clef du grand secret des temps;' n'est-il pas manifestement Dieu encore, parce que lui seul s'est rendu le maître des cœurs ?
Oui, les temps et les cœurs vaincus nous parlent de lui avec la même puissance que la grande voix des Ecritures , et l'hymne à sa Divinité sort trois fois sublime de l'harmonie des deux Testaments, de la conscience de l'homme, et de tous les âges de l'humanité.
•il; Voyez le chapitro l**' de cet ouvrage. (Sj Voyez le chapitre 2«.