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les autres avec une audacieuse clarté, en Allemagne » en France, en Italie, en Angleterre, en Russie, dans le Nouveau-Monde?
Le maitre avait dit : « L'être n)ème, c'est la définition métaphysique de Dieu;' mais l'être en tant qu'être,. n'est que le néant, ^ l'être pur n'est qu'une pure abstraction;^ Dieu n'est Dieu qu'en tant qu'il se connaît, et il ne se connaît qu'en tant qu'il a conscience de lui, dans Vhommé. »
Les disciples ont repris :
« Non-seulement la substance universelle n'est pas sans les individus , mais elle n'a d'être et de réalité que dans et par les individus. Prise à part, elle n'est ni cause ni principe de l'être; elle n'est qu'une abstraction de l'esprit.*»
ce Dieu n'est donc, ajoute un autre, que t'ombre projetée par l'homme sur le cieL^ »
Aussi, s'écrie un troisième, « ma tache est d'affirmer l'homme, nié pendant près de deux mille ans par les sophistes religieux et scholastiques. La science, la conscience qu'un homme a de son Dieu n'est autre chose qu'un nom pour désigner la science qu'il a de son mot. Son Dieu , c'est son âme manifestée : l'homme s'adore lui-même et ne peut pas ne pas s'adorer.* »
(f) Hegel Ioy.g85. (2) Ibid. g 86.
3; Ibid. § 87. — Voyez VEtude êur la Mophittiqut, par le P. Gratry. p. i 40.
4) M. Vacherot. Hùt. dt CEcoU éCAlemand. tom. 3. p. 479.
'bj'Elud 9ur latophitt.p. iSZ. ;'6) Fcuerbacli.
LES ANTECHRISÏS. 399
« Apprenez donc à l'homme, conclut un quatrième, qu'il n y a pas d'autre Dieu que lui-même , qu'il est l'alpha et Foméga de toutes choses, 1 être supérieur Qt la réalité la plus réelle.* »
Mais voici une profession de foi analogue, à l'usage des oreilles plus délicates : « Le mot Dieu étant eu possession des respects de l'humanité, ce mot ayant pour lui une longue prescription et ayant été employé dans dé belles poésies, ce serait renverser toutes les habitudes da langage que de l'abandonner. -Dites aux simples de vivre d'aspiration à la vérité , a la be^mté , à la bonté morale, ces mots n'auront pour eux aucun sens.. Dites-leur d'aimer Dieu , de ne pas offenser Dieu, ils vous comprendront à merveille..* Dieu^ providence^ immortalité^ autant de bons vieux mots, un ,peu lourds peut-être, que la philosophie interprétera dans des sens de plus en plus raffinés, mais qu'elle ne remplacera jamais avec avantage.' Sous une forme ou sous une autre. Dieu sera toujours le.résumé de "nos besoins suprasensibles , là catégorie de l'idéal (c'est-à-dire la forme sous laquelle nous concevons l'idéal) comme l'espace et le temps sont les catégories des corps (c'est-à-dire les formes sous lesquelles nous concevons les corps). En d'autres termes, ' l'homme, placé devant les choses belles, bonnes ou vraies, sort de lui-même, et suspei|du par un charme céleste, anéantit sa chétive personnalité, s'exalte, s'absorbe. Qu'estce cela, sinon adorer?* » .
(I) Guillauifie Marr. (2) Parce que la véritc est vraie.
• 8) Parce qae la Torité demeure : VeriUu Domini manei. (4) Etud. d'hiit. relig. par M. Renan, p. 448-419.
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Dieu est donc la catégorie de tidéal, ou bien , comme le dit encore le même écrivain , le grand son unique que rendent nos facultés vibrant simultanément. ^
Nous n'ignorons pas que les prudents de la doctrine la trouvent encore ici peu déguisée et la voudraient plus décemment^yétue, mieux voilée surtout, comme elle l'était au temps des éclectiques si pleins de respect pour le christianisme y cette grande œuvre de Yintuition humaine , de cette sublime faculté dont le caractère est l'enthousiasme, et qui a produit tous les prophètes et engendré toutes lés religions;* mais si le Sanhédrin des anciens s'effraie de l'audace des plus jeunes, le nombre de ceux que tout déguisement impatiente augmente tous les jours. La foi à l'Aumanité faite dieu excite en eux la révolte contre la foi au Dieu fait homme, au Dieu vivant, créateur, sauveur, législateur et juge du monde :
(1) Eiudês , p 418. — M. Renan n'est cependant pa^ content de M. Feuerbach. Serait-ce h cause des doctrines de son confrère d'Allemagne ? Pas précisément , mais à cause de leur forme violente et de la condamnation lancée par elles contre dix-huit siècles de l'histoire de Veiprit humain. Lhumaniti a tout fait , dit M. Renan, ef, nouêtfoulont le croire, tout bien fait. — Il semble, au premier abord, que M. Renan soit plus logique que Feuerbach, car si l'humanité est la divine révélatrice , le seul Dieu vivant, il faut adorer toutes ses pensées , les dix-huit siècles de christianisme comme tout le reste, et les faire entrer dans la grande harmonie , dans le grand son tdbrant de nos facultés. Aussi M. Renan (p. 417.) , pour n'être point sévère envers la philosophie de ^uerbach, ne veut voir dans ce qu'il y trouve de colère et de haine, qu'un malentendu. A la bonne heure 1 ^ Cependant, toute réflexion faite, la logique est du côté de la haine. Pourquoi ? Parce que Jésus- Christ ne veut pas de cette harmonie discordante du oui et du non; parce qu'il veut être adoré seul; parce qu'il refuse d'adorer l'esprit humain, comme il a refusé d'adoror l'esprit angélique révolté contre Dieu ; parce qu'il dit h l'homme adversaire , comme au démon : Vade Satana ; Dominum Deum tuum adorabi» et UU Moli tervies. — Si donc vous n'êtes pas pour lui , vous devex être contre lui , comme Feuerbach, et vos facultés vibrant plus logiquement ^ finiront par rendre le ton de la haine.
2) Relisez le cours de M. Cousin , et les OMvres de ses disciples.
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<c Tant que la raison humaine n'aura pas poussé jitôqu'aux dernières profondeurs du ciel son cri de protestation; tant que Tesprit humain n'aura pas chanté sa Marseillaise; il ne servira de rien, disent-ils, d'afifranchir les hommes.^ » — En effet, si la raison humaine est la raison divine , comme l'affirment les maîtres , si l'esprit universel ne développe le monde qu'en se développant lui-même en nottô^' les disciples ont raison de proclamer que Tessentiel est de s'affranchir de Dieu, de secouer le joug de tout ce qui est appelé Dieu , et de faire la déclaration des droits divins de l'homme.
a Commençons par renvoyer dans le ciel le Père éternel. Sa présence parmi nous ne tient plus qu'à un fil, le budget. Coupez la corde. Vous saurez ce que la révolution doit mettre à la place de Dieu.' — La révolution ne pactise point avec la Divinité.* »
N'est-ce pas un des caractères dislinctifs de noire époque, qu'elle puisse entendre de pareils blasphèmes sans s'émouvoir ? Aussi , ne les vomit-on sans ménagement, que parce qu'on sait qu'elle n'en frémira pas, et qu'ils sortent euxmêmes de l'esprit du temps.
Comment n'en sortiraient-ils pas ? L'eçprit de chaque siècle vient des classes lettrées , ce qui est surtout vrai du nôtre, où la pensée des lettrés répandue par la presse,
(!) Préface des Lettres réunies d'Eugène Sue et d^Edgar Quinet. — Edition de Bruxelles.
[T, Souvent avec paruse eiUnteur ^ dit Hegel. {Hitt. de la phihtophie. iom. 3. p. 5l8.*î«éd.)
^; Larévolution au XIX^ siecU, par P. J. Proudhoii. p. 292.
-4) Ibid. p. S94.