‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 23 sur 34 · LES ANT£GHRfSTS · texte numérisé non relu

LES ANT£GHRfSTS

circule comme le sang dans toutes les veines de la société. Cette .pensée elle-même est puiséç aux sources de renseignement public, et celui-ci depuis un demi-siècle. est livré au panthéisme. Le panthéisme y domine la philosophie, rhistoire, lessciences politiques elles-mêmes. De là viennent les prophètes de la religion de l* avenir où toutes les révélations du dieu-humanité se confondront dans une unité supérieure.^

Mens agitât molem : Un esprit remue le corps du monde antichrétien. Ses membres le sentent sans pouvoir encore s'en rendre exactement compte. Mais les Chrétiens savent ce que sera cette révélation de Tesprit attendu qui doit relier tous les cceurs;^ ils savent que les sectes se fondront un jour dans la grande unité de la négation contre la seule unité véritable, Yunité de la foi. La catholicité ne disparaîtra jamais. L'Eglise qui seule , dans ses trois états d'Eglise primitive, mosaïque et chrétienne, embrasse tous les temps malgré la diversité des âges, apparaîtra toujours seule catholique, c'est-à-dire la même partout, malgré la diversité des lieux, et fera à jamais seule 1q même acte de foi

(1) « Mahomet , 4it M. Laurent , est un prophète, un révélateur pour l'Orient , comme Jésys-Chriet l'a été pour le monde occidental (Ck)mme si Jésus-Christ n'avait envoyé Tapostolat universel eC perpétuel qu'h l'Occident!). Il y a.'eu hostilité jusqa'ici entre Mahomet et Jésus-Christ, mais ils finiront par se rencootrer d»D8 ut» unité supérieure. -^ Le plu& grand obstacle è l'harmonie , c'est la prétention des chrétiens et des mahométans è une riviîation. divine exclusive , cet obstacle tombera. Dans le monde oîccidental , le dogtM, de Vinnamation fait place K la croyance éfum rMIaihn oontinuê^ progreeeive, par l'bumaMitb. Dans le monde oriental que nous nous imaginons entièrement immobile , il y eut de bonne heure des protestations contre la divinité du Coran. » {Etudes, tom. 5. p. 479-480.) — Pourquoi donc M. liaurent ne veut-il pas de Feuerbacb qui dit si bien : « Ma t&che est d'aifirmor Fhommê nié par les sophistes religieux et scbolastiques ? • — Qu'il avoue, comme M. Renan , qu'il n'existe entre eux qu'un malentendu.

(S) E. Quinet. Uunk E. Suc

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dans toutes les langues : Credo in unum Deum, Patrem^ Filium et Spiritum Sanctum. — Et unam, Sanctam, Catholicam et apostolicam Eccleriam. — ConfUeorunum. bapiUma in remismnem peceatorum, et expecto resur-reetionem mortuorùm, et viiam venturi seeculi. — Mais à côté de cette grande unité de la foi , de l'espérance et de la charité, apparaîtra un jour la grande unité négative de la baine du Dieu vivant, ce grand obstacle à rharmonie, et qui,, disent-ils, doit être renversé !

C'est la semence de cet arbre-là que saint Paul voyait germer à l'origine de l'Eglise , c'est cet arbre lui-même dont nous avons vu s'étendre les branches par les hérésies des premiers siècles, par l'arianisme, par le schisme d'Orient, par le mahométisme qui a envahi une partie de l'Asie , de TAfrique et de l'Europe ; par le protestantisme qui a divisé le Nord et le Nouveau-Monde; par le rationalisme enfin qui résume et consacre toutes les révoltes en divinisant le révolté. On ne peut nier que tout soit disposé pour nous faire comprendre la possibilité , et pour nous faire entrevoir par les seules données humaines , la probabilité de la division du monde en deux camps. Pendant que toutes les erreurs se confondent , les nations se mêlent et les distances s'effacent. La vérité et le mensonge se croisent d'un bout du monde à l'autre avec la rapidité de l'éclair , à ia lettre désormais , et sans métaphore. Supposez donc à la doctrine en vogue une personnification puissante, chose qui n'a manqué aux grandes erreurs dans aucun siècle, et vou» saurez ce que ce nouveau maître pourra dire :

f( Dieu est Dieu, dira-t-il aux Juifs, et Moïse fut son prophète; Dieu est Dieu, dira-t-il aux musulmans, et

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Mahomet fut son prophète; Dieu est Dieu, dira-t-il aux Indiens, aux Chinois, aux Tartares, et Brahma et Bouddha furent ses prophètes ; Dieu est Dieu , dira-t-il aux chrétiens de toutes les nations , et comparant avec blasphème le Roi des siècles aux hommes vaincus par le temps, Dieu est Dieu, leur dira-t-il, et Jésus fut son prophète! — J'apporte au monde la bonne nouvelle de la paix, mais pour la lui donner , je viens déclarer la guerre à ceux qui ne voudront pas de la grande unité dont je suis la source. Je suis l'Esprit des christs et des prophètes ; qui n est pas pour moi est contre moi. »

L'entendez-vous le révélateur du mensonge? L'entendez' vous le faux christ, l'envoyé du grand mot vide qu'il appelle Dieu? Grand mot vide, sans aucun doute, puisqu'il exprime toutes les contradictions de l'esprit humain , toutes les prétendues révélations du moi divinisé; grand mot vide, manifestement, puisque semblable au panthéon de Rome païenne , il reçoit tous les dieux , même le Dieu vivant , pourvu qu'il se place au niveau des morts! C'est qu'au fond, l'Ântechrist, véritable fondateur de la dernière idolâtrie, ne s'appuiera sur le nom de Dieu que pour prêcher le mépris de Dieu : Extolletur contra omne quod dicitur Deus^ et renouvellera la grande théocratie païenne par la confusion des deux puissances , et Vapothéose de l'homme seul : Ostendens se tanqtmm sit Deus, donnant ainsi au panthéisme cette personnification puissante , théurgique et populaire qui lui manquait encore. — Le voilà donc l'antichristianisme dans sa dernière forme. — En Jésus-Christ, dit saint Paul , il n'y a pas le oui et le non, pas de contradiction , mais l'unité, la grande unité positive de la vérité toujours la même dans tous les temps (Au commencement

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était le Verbe, et le Verbe s'est incarné ,* et il n'est pas venu changer mais accomplir.*) , et avec la grande unité de la vérité, la grande unité de l'amour, la fraternité universelle de tous les enfants de Dieu. Dans TÂntechrist, au contraire, il y aura la grande unité de négation de toute foi positive, et la grande unité de la haine de tout ce qui croit, adore, aime autre chose que l'homme révolté contre le Dieu vivant ^ autre chose que l'esprit humain, les passions humaines, la puissance humaine.' C'est au nom de cette trompeuse unité négative, et de cette fausse union de la haine , qu^ le chef du dernier empire antichrétien fera partout la guerre à la vérité, qui seule lui résistera. Ne l'entrevoyez-vous pas , la persécution universelle de la seule ËgUse universelle , au nom de la prétendue tolérance universelle? ♦

Il nous est donc bien permis de dire avec l'Apôtre que le mystère de l'iniquité est en travail, et que son œuvre avance toujours. — Mais afin que notre époque ne laisse rien à désirer pour nous convaincre par elle-même de la possibilité et de la probabilité du retour de l'idolâtrie, elle joint à la doctrine qui divinise l'homme, la manie des pratiques superstitieuses. C'est que l'homme, malgré son orgueil, sent sa faiblesse, et que dans sa révolte, il invoque comme instinctivement, un rebelle plus puissant que lui.

Je n'oublierai jamais la réponse que me fit à Vienne en 1847 , un savant distingué auquel je faisais cette question : c( Le protestantisme se dissout dans le rationalisme,

(4) Joan. i . 1 , 1 4. (2j Matth. 5. 47.

(8) La bote et le dragon qui aura donné sa puissance h la bêle.

(4) Le libr$ EœaiMn. 3« Entr.

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et le rationalisme ne peut devenir populaire. Quel sera donc désormais le culte de Terreur pour ceux qui ne voudront pas de la vérité ?» — « Tout indique, me réponditril, Tavénement de quelque nouvelle forme de la théurgie et de la superstition. Le panthéisme populaire, sera une sorte de nouveau paganisme. » — Le souvenir de cette réponse que je rapprochai des paroles écrites dix ans plus tôt ^ et que je citais tout à l'heure, sur la fin des philo^ophies, me frappa et dut me frapper, quand la fièvre des Esprits s'empara des deux mondes. Cette fièvre , il est vrai , semble vouloir se calmer de ce côté-ci de l'Océan, mais le fait éclatant de son apparition suffît, on ne peut le nier, pour nous faire reconnaître avec évidence la possibilité du retour de ridolàlrie dont saint Paul nous a parlé , et dont il a dit encore :

« L'esprit de Dieu dit ouvertement que dans les derniers temps, plusieurs abandonneront la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques : Spiritus manifeste dicit quia in novissimis temporibus discedent quidam a fide, a^tendentes spiritibus erroris, et doctrinis dœmoniorum.^yi

Enfin , un dernier phénomène de notre âge nous aide à concevoir ceux qui nous sont annoncés pour le dernier âge. Ce n'est pas seulement la tendance instinctive à la superstition' ou au culte des esprits, chez les âmes éloignées de Dieu, mais la prétention formelle à la réhabilitation de Satan.

(l)I.Timoth.c. 4:

(2) La superstition peut exister dans le culte, lorsqu'il est faux, et dans l'objet du culte, lorsqu'on rend aux créatures le culte qui n'est dû qu'à Dieu, comme on le fait par ridolfttrie, la divination , etc.

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C'est sérieusement, magistralement, qu'on donne TaLncien serpent pour le père de la liberté et du progrès, et on ne dit plus seulement que Mahomet et Jésm-Christ finiront par se rencontrer dans une unité supérieure,^ mais que le CJirisl et Satan s'y rencontreront à leur tour :

Et quand ils seront près *de's .degrés de lamière

Par nous seuls aperçus , Tous deux seront si beaux, que Dieu dont fœil flamboie Ne pourra distinguer', père ébloui de Joie ,

Bélial de Jésus f

Ces paroles sont tombées des lèvres autrefois ohrétiennes d'un grand poète* apostat, et la justice de Dieu les a laissé passer.

Aucun siècle chrétien n'a retenti de pareils chants. Us ne sont pourtant pas ce que le nôtre a entendu de plus infâme. Satan est annoncé par des voix plus fermes et plus dévouées encore. En voici une qui parlait naguères dans les assemblées souveraines d'un grand peuple :

(( It y a plus de dix-huit siècles, un* homme tenta, comme nous faisons aujourd'hui , de régénérer l'humajnité: Â la sainteté de sa vie ^ à sa prodigieuse intelligence , aux éclats de son indignation , le Génie des révolutions, adver-

[i) Etude» , etc., par M. Laurent , loc. cit. '

{%) Nous gardons encore les professions de foi écrites par sa Jeune &me à la nôtre. Ov'est-il arrivé depuis ? Est-ce Jésus^Chrikt qui a cessé m d* être lé jour?» ceiie lumière du ciel qu'aucun • flambeau» ne remplace ? N'est-ce pas plutôt l'œil de l'Ame qui n'a plus su en supporter l'éclat? -r D9 Jsorde exeunt cogitationes màlœ. — N'est-ce pas aussi que, voulant plaire K la foule,.c6tte àme sonore a voulu répondre h toutes les voix? Quomodô votpoteetis crfdere^ quigloriam ab invicem accipUit, et ghriam qua a eolo Deo «<(, non quœritie^

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saire de V Eternel, crut reconnaître un fils. II se présenta à ses yeux et lui dit , en lui montrant les royaumes de la terre : Je te les donne tous, si tu veux me reconnaître pour ton auteur, et m'adorer. — Non, répondit le Nazaréen : j'adore Dieu, et je ne servirai que lui seul. — L'inconséquent réformateur fut crucifié. Après lui, pharisiens, publicains, prêtres et rois reparurent, plus oppresseurs , plus rapaces , plus infâmes que jamais, et la révolution vingt fois reprise, vingt fois abandonnée, est restée un problème. A moi, Satan, qui que tu sois, démon que la foi de mes pères opposa à Dieu et à V Eglise ! Je porterai ta parole, et je ne te demande rien.

» Je sais que ceux qui demandent ce que nous mettons à la place du gouvernement , ne manqueront pas de nous demander encore ce que nous mettons à la plagie de Dieu.

» Je ne recule devant aucune difficulté. Je déclare même, dans la sincérité de ma conviction, à la différence des anciens athées, que tel me partit être, en effet, le devoir de la philosophie. Je conviens que de même qu'il ne suffit pas d'abroger le gouvernement , si on ne le remplace par autre chose , de même nous ne viendrons à bout d*expuiser Dieu, qu en dégageant Vinconnue qui , dans l'ordre des conceptions humaines et des manifestations sociales, lui succède.* »

Quel sera donc ce successeur de Dieu dans rantichristianisme? Mais on vient de vous le dire : c'est celui que le Christ eût dû écouter et adorer , celui qu'il faut opposer à

1) La Révolution au XlX^tiidêf par P. J. Proudhoo. p. S00-29K

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Dieu et à TEglise, celui dont on porte la parole et qu'on invoque ainsi :

c( Viens , Satan , viens ^ le calomnié des prêtres et des rois y que je t'embrasse > que je te serre sur ma poitrine! H y a longtemps que je te connais, et tu me connais aussi. Tes œuvres , ù le béni de mon cœur , ne sont pas toujours belles ni bonnes ; mais «Iles seules donnent un sens à l'univers et 1 empêchent d'être absurde. Que serait sans toi la justice? un instinct; la raison? une routine; l'homme? une bête. Toi seul animes et fécondes le travail , tu anoblis la richesse, tu sers d'excuse à l'autorité, tu met:s le sceau à la vertu. Espère encore , proscrit ! Je n'ai à ton service qu'une plume; mais elle vaut des millions de buHetins.' »

Le père de l'idolâtrie que la magie invoquait en secret depuis la chute des idoles , obtient donc de nouveau des hommages publics ; et nous avons eu raison de dire que l'homme, malgré son orgueil, sent sa faiblesse / et que dans sa révolte, il invoque comme instinctivement, un rebelle plus puissant que lui.

(f) La iuêiice danê la révolution ^ etc. — C'est dans le môme ouvrage que M. Proudhon qualifie ses doctrioes à'€Uhithiiite8 , tendant h éliminer Dieu comme inutile. Il y signale encore les prêtres comme les ennemie du genre humain, renouvelant ainsi dans les termes mômes cités par Tacite , l'accusation portée contre les chrétiens , tors des sanglantes persécutions de Tempire idolâtre. Comment le premier écrivain de la révolution ne verrait-il pas dans les chrétiens des ennemie du genre humain , quand il ne voit en Jésus-Christ qu'un traître à sa mission , un infidèle h V Esprit qu'il refusa d'adorer ?' L'Oraison dominicale n'est-elle pas la révélation du cœur de l'Homme-Dieu, le divin résumé de PEvangile? Eh bien! cette prière qui dit tout K tous , en exprimant ce que tous doivent dire è Dieu , M. Proudhon rappelle un tissu d'idées niaises ^ contradictoires , immorales même et impies, un incompréhensible galimatias: M. Proudhon est invariablement fidèle à la logique de VEsprit qu'il sert. Rien de plus incompréhensible, en effet, rien de plus insupportable pour cet esprit que ces paroles: PaUri sanctifieeiur nomen Iwm, adveniat regnum («um, fiât toluntas tua! Rien de plus niais, k son sens, qae

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De là viendra un jour, quand la justice de Dieu le permettra, la puissance surnaturelle de l'Antéchrist et de ses apôtres.

M^is il n'y pas de surnaturel, nous a dit un membre de rinstitul de France, celui-là même qui appelle Dieu : Le grand son unique rendu par nos facultés vibrant simultanément.

Qu'il n'y ait pas de surnaturel pour celui qui tire Dieu du sein de sa nature, comme le son d'une lyre, cela se conçoit;' mais pour le reste du genre humain, il en est tout autrement. La nature humaine croit au surnaturel par

celle-ci : Pantm notirum quolidianum da nohis hodie\ rien de plus contradictoire à son orgueil et à ses desseins que celte humble prière : Dimitle nobu débita nostroj ticut et nos dimitlimus debitoribus nostris , et ne nos inducas in ientationem, sed libéra nos a malo. Amen. — Les bldsphèmes de la grande secte moderne n'auraient cependant pas la force d'émouvoir les sages de la politique , s'ils n'outrageaient que Dieu ; mais de Dieu , ils descendent droit à eux , et la grande plume révolutionnaire ajoute : Que la société n*a pas le droit de punir le coupable: que tassassin devant ses juges peut lui dire qu'il rejette leur code^ parce qd'il ne croit PAS EN LEUR DIEU et en leur société, dans laquelle il n'a peu reçu sa part. — Fautil espérer que la logique de la révolution portera enfin les hommes d*Etat & apprendre leur Far«r?

(4) «Que si vos facultés, vibrant simultanément, n'ont jamais rendu ce grand son unique que nous appelons Dieu, je n'ai plus rien à dire , vous manquez de l'élément essentiel et caractéristique de notre nature. — A ceux qui, se plaçant au point de vue de la substance , me demanderont : Ce Dieu est-il ou n'est -il pas? — Oh ! Dieu I répondrai-je , c'est lui qui est et tout le reste qui parait être, n {Etudes, par BJ. Renan, p. 448.) — Voilé comme on se tire d'aiïaire. Après avoir dit : Dieu n'est qu'un «on, un mot exprimant la catégorie de Vidéal, une abstraction en soi , qui n'a de réalité que dans le monde et en nous, on sent l'objection venir : Mais alors, Dieu n'existe pas ? — Et on répond : Mais si, c'est lui qui est tout et le reste n'est rien. Et l'on se frotte les mains comme si on n'avait pas redit la môme chose : C'est nous qui sommes Dmu, hors de nous pas de Dieu .' Dieu est tout , le reste rien , c'est-àdire, hors du monde rien n'est Dieu.

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cela seul qu'elle croît au Dieu vivant, créateur de toutes choses y visibles et invisibles. Rien n'est surnaturel pour Dieu , parce que rien ne lui est supérieur. Ce qui est surnaturel pour l'homme , c'est ce qui dépasse indubitablement les forces de sa nature; et ce qui est surnaturel pour, toute créature, c'est ce qui dépasse les forces de tout être créé.* Ce qui est surnaturel pour l'homme , ne l'est donc pas toujours pour des natures supérieures à l'homme.

Existe-t-il de ces natures? Que sont-elles? Que peuvent-elles?

«Qu'il y ait dans le monde, dit Bossuet, un certain genre d'esprits malfaisants, que nous appelons des démons, outre le témoignage évident des Écritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance , ce sont certains effets extraordinaires et prodigieux qui ne pouvaient être rapportés qu'à quelque mauvais principe et à quelque secrète vertu dont l'opération fût maligne et pernicieuse. Les histoires grecques et romaines nous parlent en divers endroits de voix inopinément entendues , et de plusieurs apparitions funèbres arrivées à des personnes très-graves , et dans des circonstances qui les rendent très-assurées ; et cela se confirme encore par cette noire science de la magie, à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les parties de la terre. Les Chaldéeos , et les sages d'Egypte , et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes , étonnaient les peuples par diverses illusions, et par des prédictions trop précises

(*)Voyez ci-d«»sua, p. 242>243.

pour venir purement par la ôonnaissance des astres. Il faqt y ajouter encore certaines' agitations et des esprits et des corps , que les 'païens mêmes attribuaient à la Vertu des démons. Ces oracles trompeurs et ces mouvements terribles des idoles , et les prodiges qui arrivaient dans les entrailles des animaux, et tant d'autres accidents, monstrueux des sacrifices des idolâtres, si célèbres dans les auteurs profanes, à quoiies attribuerons-nous, Chrétiens, sinon à quelque cause occulte', qui, se plaisant d'entretenir les hommes dans une religion sacrilège par des miracles pleins d'illusion, ne pouvait être que malicieuse? Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythagore, qui , du commun consentemeat'de tout le monde , sont ceux qui de tous les philosophes'onteu les connaissances les plus relevées , et qui ont recherché plus curieusement les choses- surnaturelles, ont assuré comme une vérité très-constante qu'il y avait des démons, des esprits d'un naturel obscur et malicieux : jusque-là qu'ils ordonnaient certains sacrifices pour les apaiser, et pour se les rendre favorables. Ignorants et aveugles qu'ils étaient, qui pensaient éteindre par leurs victimes cplte haine furieuse et implacable que les démons ont conçue contre le genre humain , comme je vous le ferai voir en son temps. Et l'empereur Julien l'Apostat, lorsqu'en haine de .la religion chrétienne, il .voulut cendre le paganisme vénérable, voyant.que nos pères en avaient découvert trop mani- * festettienL la folie, il s'avisa 'd'enrichir de mystères son impie et ridicule religion : il observait exactement les abstinences et les sacrifices que ces philosophes avaient enseignés ; il les voulait faire passer pour de saintes eX mystérieuses institutions tirées des vieux livres de l'empire et delà secrète doctrine des platoniciens. Or, ce que je vous dis ici de leurs sentiments , ne vous persuadez pjas que ce

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soit pour appuyer ce que noâs croyons > par Tautorité des païens. Â Dieu ne plaise que j'oublie si fort la dignité de cette chaire , que de vouloir établir par des raisons et des autorités étrangères , ce qui nous est si manifestement enseigné par la sainte parole de Dieu et par la -tradition ecclésiastique ; mais j'ai cru qu'il ne serait pas inutile de vous faire observer en ce lieu que la malignité des démons est si grande, qu'ils n'ont pu la dissimuler,' et qu'elle a même .été découverte par les idolâtras qui étaient leurs esclaves, et dont ils étaient les divinités.

» D'entreprendre maintenant de prouver qu'il y a des démons par le témoignage des saintes Lettres, ne serait-ce pas se donner une peine inutite; puisque c'est une vérité'si bien reconnue, et qui nous est attestée dans toutes les pages du nouveau Testament.' »

Mais quel est précisément le caractère de ces esprits,-et quelles sont leurs forces ?

. » Chaque créature, répond encore Bossuet, a ses caractères propres avec sesqualités et ses excellences. Ainsi la terre a sa ferme et immuable solidité, et l'eau sa liquidité transparente, et le feu sa subtile et pénétrante chaleur. Et ces propriétés spécifiques des choses sont comme des bornes qui leur sont données , pour empêcher qu'elles ne soient confondues. Mais Dieu étant une lumière infinie, il ramasse en l'unité simple et indivisible de son essence toutes ces diverses perfections qui sont dispersées deçà et delà dans le monde : toutes choses se l'encontrent en lui d une manière très-éminente , et c'est de celte source que la beauté et la

(1) Bossuet. Serm. sur Ut démont, 1«r Dim. de carême.

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grâce sont dérivées dans les créatures ; d'autant que celle prenoière beauté a laissé tomber sur les créatures un éclat et un rayon de soi-même. Nous voyons bien toutefois, Chrétiens , qu'elle ne s'est pas toute jetée en un lieu , mais qu'ellie s'est répandue par divers degrés , descendant peu à peu depuis les ordres supérieurs jusqu'au dernier étage de la nature. Ce que nous observerons aisément , si nous prenons garde qu'au-dessus des choses insensibles et inanimées Dieu a établi la vie végétale, et un peu plus haut le sentiment , au-dessus duquel nous voyons présider la raison humaine d'une immortelle vigueur, attachée néanmoins à un corps mortel. Si bien que notre grand Dieu , pour achever l'univers , après avoir fait sur la terre une âme spirituelle dans des organes matériels , il a créé aussi dans le ciel des esprits dégagés de toute matière, qui vivent.et se nourrissent d'une pure contemplation. C'est ce que nous appelons les anges , que Dieu a divisés en leurs ordres et hiérarchies ; et c'est de cette race que sont Iqs démons.

» Après cela, qu'estr-il nécessaire que je vous fasse voir par de longs discours la dignité de leur nature? Si Dieu est la souveraine perfection , ou plutôt s'il est toute perfection, comme nous vous le disions tout à l'heure, n'estce pas une vérité très-constante que les choses sont plus ou moins parfaites, selon qu'elles approchent plus ou moins de cette essence infinie? Et les anges ne sont-ils pas, parmi toutes les créatures , celles qui semblent toucher de trèsprès à la majesté divine? Puisque Dieu les a établis dans l'ordre suprême des créatures pour être comme sa cour et ses domestiques, c'est une .d)0se assurée que les dons naturels dont nous avons reçu quelques petites parcelles.

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la muniticeiice divine les a répandus comme à main ouverle sar ces belles intelligences. Et de même que ce qui nous parait quelquefois de si subtil et si inventif dans les animaux, n'est qu'une ombre des opérations immortelles de Tintelligence des hommes; aussi pouvons-nous dire en quelque sorte que les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la connaissance de ces esprits purs, dont la vie n'est que raison et intelligence. Vous trouverez étrange peut-être que je donne de si grands éloges aux anges rebelles et déserteurs ; mais sou venez- vous ^ s'il vous plaît, que je parle de leur nature, et non pas de leur malice; de ce que Dieu les a faits, et non pas de ce qu'ils se sont faits eux-mêmes. J'admire dans les anges damnes les marques de la puissance et de la libéralité de mon Dieu; et ainsi c'est le Créateur que je loue pour confondre l'ingratitude de ses ennemis.

» Mais il s'élève ici une grande difficulté. Hélas ! comment s'est-il pu faire que des créatures si excellentes se soient révoltées contre Dieu? Que nous autres pauvres mortels, abîmés dans une profonde ignorance , accablés de cette masse de chair, agités de tant de convoitises brutales, nous abanddhnions si souvent le chemin difficile de la voie de Dieu ; bien que ce soit une grande insolence , ce n'est pas un événement incroyable. Mais que ces intelligences pleines de lumières divines , elles dont les connaissances sont si distinctes et les mouvements si paisibles, qui n'ont pas comme nous à combattre mille ennemis domestiques , qui étant indivisibles et incorporelles, n'ont pas comme nous des membres mortels où la loi du péché domine : qu'elles se soient retirées de Dieu , encore qu'elles sussent trèsbien qu'il était la souveraine béatitude, c'est ce qui est

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terrible; c'est ce qui m'étonne et qui xn'eflraie ^ c est par où je reconnais très-évidemment que toutes les créatures sont bien peu de chose.

» Les fous marcionites , et les manichéens encore plus insensés, émus de cette difficulté V ont cru que les démons étaient méchants par nature : ils n'oiit pu se persuader que s'ils eussent jamais été bons , ils eussent pu se séparer de Dieu volontairement ; et de là ils concluaient que la malice était une. de leurs qualités naturelles. Mais celte extravagante doctrine est très-expressément réfutée par un petit mot du Sauveur, qui parlant du diable, en saint Jean, ne

«dit pas qu'il a été créé dans le mensonge, mais qu'ccil n'est pas demeuré dans la vérité : In veritate nonstetit.^ »

. Que s'il n'y est pas demeuré , il y avait donc été établi ; et s'il est tombé, ce n'est pas un vice de sa nature, mais une dépravation de sa volonté. Pourquoi vous tourmentez-vous, ô marcionites, à chercher la causé du mal dans nh principe mauvais, qui précipite les créatures dans la malice? Ne comprenez-vous pas que Dieu étant lui seul la règle de toutes choses, il est aussi le seul qui ne peut être sujet à faillir; et sans avoir recours à aucune autre raison, n'est-ce pas assez de vous dire que les anges étaient créatures , pour vous faire entendre très-évidemment qu'ils n'étaient pas impeccables ?

» Dieu est tout, ainsi qu'il disait à Moïse : «Je te montrerai tout bien, quand je te manifesterai mon essence;*» et puisqu il est tout, il s'ensuit très-évidemment que les créatures ne sont rien d'elles-mêmes; elles ne sont autre chose que ce qu'il plait à Dieu de les faire. Ainsi le néant est

(t)Joan. 8. 44. , (2) Ëxod. Sa. 49.

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leur origine, c'est l'abime dont elles sont tirées par la seale puissance de Dieu :, de sorte que ce n'çst pas mer* veille si elles retiennent toujours quelque chose de cette basse et obscure origine, et si elles retombent aisément dans le néanl, par le péché qui les y précipite. C'est ce que nous explique le grave Tertullien par une excellente comparaison . « De même qu'une peinture, bien .qu'elle repré- » sente tous les linéaments de l'original, ne saurait expri- » mer sa vigueur, étant destituée de vie et de mouvement : » ainsi, dit ce grand personnage, les natures spirituelles et » raisonnables expriment en quelque sorte la raison et l'in- » telligençe de Dieu, parce qu'elles sont ses images; mais » elles ne peuvent jamais exprimer sa force, qui est labon- » heur de ne pouvoir pécher. Imago, ^ cum'omnes lineas » exprimât, veritaiis, vi tamen ipsa caret , non habens » motufïi; itaet anima imago spiritus solam vim ejus » exprimera non valUit, id est, non deliquendi félicita- » tew.*» De là il est arrivé que les anges rebelles se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté : la douceur de la hberté les a trop.charmés; ils en ont voulu faire une épreuve malheureuse. et funeste ; et j. déçus. par leur propre excellence , ils ont oublié la main libérale qui les avait comblés de ses grâces. L'orgueil insensiblement s'est emparé de. leurs pi^issances : ils n'ont plus voulu reconnaître Dieu.; et quittant ce.tte première bontié, qui n'était pas moins l'appui nécessaire de leur bonheur que le seul fondement de leur être , tout, est allé en ruine. Ainsi donc il ne faut pas s'étonner si d'anges de lumière ils ont été faits esprits de ténèbres , si d'enfants ils sont devenus déserteurs , et si de chantres divins , qui par. une mélodie

[\) Ado. Marcion. 1. S. ii. 9. ' . '

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éternelle devaient célébrer les louanges de Dieu , ils sont tombés à tel point de misère que de s'adonner à séduire les hommes. Dieu Ta permis de la sorte , afin que nous reconnussions dans les démons ce que peut le libre arbitre des créatures , quand il s écarte de son principe , pendant qu'il fait éclater dans les anges et dans les hommes prédestinés ce que peut sa miséricorde et sa grâce toutepuissante.

» Voilà , voilà les ennemis que nous avons a combattre aussi malins à présent qu'ils étaient bons dans leur origine , aussi redoutables et dangereux , qu'ils étaient puissants et robustes. Car ne vous persuadez pas que, pour être tombés de si haut, ils aient été blessés dans leur disposition naturelle. Tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. Du reste , cette action vive et vigoureuse , cette ferme constitution , cet esprit délicat et puissant , et ces vastes connaissances leur sont demeurées; et en voici la solide raison, que la théologie nous apprend.

»Le bonheur des créatures raisonnables ne consiste ni dans une nature excellente, ni dans un sublime raisonnement , ni dans la force , ni dans la vigueur ; mais seulement à s'unir à Dieu. Quand donc elles se séparent de Dieu, comment est-ce qu'il les punit? en se retirant luimême de ces esprits ingrats et superbes : et par là tous leurs dons naturels, toutes leurs connaissances, tout leur pouvoir, en u» mot tout ce qui leur servait d'ornement, leur tourne aussitôt en supplice : ce qui leur arrive , selon cette juste, mais terrible maxime, que «chacun est puni » par les choses par lesquelles il a péché : Per quœ peccat

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» quis^ per /kbc et torquetur.^ >> 0 anges incousidérés ! vous vous êtes soulevés contre Dieu y vous avez abusé de vos qualités excellentes , elles vous ont rendus orgueilleux. L'honneur de votre nature qui vous a enflés, ces belles lun)ières par lesquelles vous vous êtes séduits , elles vous seront conservées; mais elles vous seront un fléau et un tourment éternel : vos perfections seront vos bourreaux , et votre enfer ce sera vous-mêmes. Comment cela arriverat-il, chrétiens? par une opération occulte de la main de Dieu, qui se sert comme il lui plait de ses créatures; tantôt pour la jouissance d une souveraine félicité , tantôt pour l'exercice de sa juste et impitoyable vengeance. C'est pourquoi l'Apôtre nous crie, dans l'épitre aux Ephésiens : « Revêtez-vous , mes frères, des armes de Dieu, parce que » nous n'avons point à combattre contre la chair ni le » sang,* ni contre des puissances- visibles. »

» Pénétrons la force de ces paroles; ne voyez-vous pas que dans toutes les choses corporelles , outre la partie agissante, il y en a une autre qui ne fait que souffrir, que nous appelons la matière? De là vient que toutes les actions des choses que nous voyons ici-bas , si nous les comparons aux actions des esprits angéliques , paraîtront languissantes et engourdies, à cause de la matière qui ralentit toute leur vigueur; mais les ennemis que nous avons à combattre , ce n'est pas , dit l'Apôtre , la chair et le sang : les puissances qui s'opposent à nous , sont des esprits purs et incorporels ; tout y est actif, tout y est nerveux ; et si Dieu ne retenait leur fureur , nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité que nous tournons

(tjSap. U.47. %, Ephea.6 H, 4±

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uire petite boule, ce Ce scgit en effet les princes du monde, » dit le saint Apôtre; ce sont des malices spirituelles, ^trt- » tualia nequitiœn^où il suppose manifestement que leurs forces naturelles n'ont point été altérées ; mais que par une rage désespérée ils les ont toutes converties en malice.* »

Mais jusqu'où s'étendent ces forces naturelles?

Les démons peuvent-ils séduire les hommes en faisant des miracles ?

C'est en ces termes que saint. Thomas d'Âquin pose la question. Il va la résoudre lui-même; mais ne perdons pas de vue en l'écoutant , que la puissance naturelle des esprits de mensonge est tout entière sous la main de Dieu qui l'encbaine. Quand Dieu la déchaîné, c'est-à-drre ne la retient pas, et qu'il la laisse s'exercer * dans certaines limites, ce n'est jamais qu'avec justice et avec sagesse, ou pour éprouver les bons , ou pour châtier les obstinés , ou pour manifester sa puissance devant laquelle toute force n'est que faiblesse.

(( Si l'on prend le mot de miracle dans son acception propre ,' dit saint Thomas , il n'y a que Dieu qui puisse en faire. Les démons ainsi que toutes les créatures en sont' incapables. Car le miracle proprement dit est une déro-

(1 ; La distinction des bons ot des raaavais anges, dont il est parlé dans l'Ecrituro sainte , se rapporte évidemment è la distinction des bons et des mauvais génies , dont il est fait mention dans l'histoire des différenls cultes. L'erreur des gentils , qui ont fait de ces génies autant de dieux auxquels ils ont offert des sacrifices, en s«$ figurant les uns comme gouvernant seuls le monde , les autres comme étant les auteurs du mal , ne peut-elle pas être regardée comme une altération du culte (primitif) et cathoHque qui nous donne les anges comme ministres du Tout-Puissant , et les démons comme les ennemis de Dieu et des hommes ? Omnei dii gêniittm dmmonia. • (Gard. Gousset. Theol, dogm. p. 8. c. 4.)

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pation à l'ordre de toute la nature, et toute puissance créée est nécessairement comprise dans cet ordre et soumise à ses Ipis. Cependant on donne quelquefois dans un setis large le nom de miracle à ce qui dépasse les forces humaines sous. le rapport de YintelUgence et de XdLVoUmté. Les démons peuvent en ce sens faire des miracles qui étonnent les hommes, parce qu'ils ont plus de connaissance et de puissance qu'eux. — Mais il faut savoir que quoique les œuvres dejcette nature produites par les démons ne soient pas, comme elles nous le paraissent, de véritables miracles (c'est-à-dirç des dérogations à l'ordre de toute la nature , aux lojs de la nature) ,• cependant elles ont' leur réalité. — ' Ainsi , le feu du ciel ia réellement consumé les serviteurs de Job et ses troupeaux, et la tempête qui a fondu sur sa maison a tué en réalrté ses enfants. Ces œuvres furent produites par Satan, et comme le dit saint Augustin, elles n'étaient pas de simples illusions.

» La puissance des démons, conclut saint Thomas, étant limitée comme celle de toute créature , .ils ne peuvent donc faire des miracles .proprement dits; mais si, par miracle, on entend tout ce qui surpasse les facultés de l'homme, ils peuvent faire de ces sortes de prodiges , dans un but de séduction.^ »

Benoit XIV établit les mêmes principes en disant : « Ex his {quœ dicta sunt) inferri posse videtur, effecta insolita et miranda quœ excedunt vires et faeultatem naturœ creatœ visibilis et corporeœ nobis notas, miracula esse, sed minora illis, quœ excedunt vires et faeultatem totius naturœ cre^tœ.^ » ;

(4) Sum. thêol p. 1. q. 414 a. 4. (t) Di^Strv. Dei Beatifieationê^ 1 6.

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Après avoir établi cette vérité, saint Thomas se fait trois objections :

« Les vrais miracles, dit-il, supposent une modification, un changement dans les corps. Or, les démons ne peuvent faire changer un corps de nature. Donc, ils ne peuvent pas faire de vrais miracles.

» La matière, répond le savant docteur, n'obéit pas aux bons et aux mauvais anges à volonté, au point que les démons puissent, par leur puissance, faire passer une matière d'une forme dans une autre. Mais ils peuvent, pour produire de semblables effets, employer les principes producteurs qui existent dans les éléments de ce monde. (Ils peuvent, applicando activa pa^sivis, produire des effets merveilleux , exciter , par exemple , tout à coup un incendie.) C'est pourquoi il faut reconnaître que les démons [si Dieu le permet) peuvent opérer toutes les transformations des êtres matériels qui peuvent être leffet d une force naturelle et qui sont produites par les principes producteurs dont nous venons de parler, pourvu qu'ils mettent en œuvre ces principes eux-mêmes.

» Cependant, parmi les œuvres merveilleuses dont le démon est l'auteur , il en est de purement illusoires. Cett« illusion peut avoir deux causes. 1° Elle peut être produite au dedans de nous , parce que le démon a le pouvoir d'agir sur l'imagination et sur les sens au point de faire voir les choses autrement qu'elles ne sont. 2*^ Elle peut être produite extérieurement. Car, puisque le démon peut (si Dieu n'enchaine pas sa puissance) se former un corps aérien de telle forme et de telle figure qu'il lui plaît , et se rendre visible par ce moyen , il peut par la même raison donner à

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tout èire matériel la forme qu'il veut, et le faire passer pour une chose d'une autre espèce. »

C'est ainsi que les mages de Pharaon , par la vertu des démons, ont semblé produire des serpents; ou bien, s'il faut admettre avec saint Thomas , qu'ils en aient produit de véritables, ce n'aura été que par substitution. La puissance qu'ont les anges et les démons d'enlever les corps , et par conséquent d'en substituer d'autres en leur place, est démontrée en plusieurs endroits de l'Evangile, par exemple au chapitre IV® de saint Matthieu.

« Cependant, s'objecte encore saint Thomas, il semble que les démons ne puissent pas séduire les hommes par de vrais miracles, car la puissance des démons se manifestera surtout dans les œuvres de V Antéchrist qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs, comme le dit saint Paul aux Thessaloniciens. Donc à plus forte raison les démons ne font-ils dans les autres temps que de faux miracles ou des prodiges trompeurs. »

A cette deuxième objection , saint Thomas répond avec saint Augustin , « que les œuvres de Y Antéchrist seront des miracles trompeurs, des prodiges menteurs, ou parce qu'il fera illusion en paraissant faire ce qu'il ne fera pas réellement, ou parce que s'il fait de vrais prodiges, ils entraîneront dans Yerreur ceux qui y croiront. » ■

« Mais un argument qui prouve le pour et le contre n'a pas de valeur, s'objecte finalement saint Thomas. Si donc les démons peuvent faire de vrais miracles pour persuader Terreur, les miracles ne peuvent plus être employés comme

preuves pour établir la vérité de la foi; ce qui n'est pas admissible, puisqu'il est dit dans saint Màrc^ que le Seigneur agissait et qu'il confirmait la parole des apôtres par des miracles. ' . .

» Mais quand les magiciens. font des choses isemblables à celles qu'opèrent les serviteurs de Dieu,' répond le docteur angéliqué , ils ont une fin différente y. ei n'agissent pa« avec là même puissance.^ » . •

C'est ainsi , en effet , que les mages de Pharaon furent ■ vaincus par les miracles de Moïse; tes prophètes <fe Baal par Elie, et Simon le Magicien par saint Pierre.

' La g^*andeùr. des œuvres , et la fin ou le but où elles tendent, font aisément- discerner Içur principe.

On dira peut-être : Mais les miracles sont. faits pour confirmer la doctrine, et vous recourez maintenant à la doctrine pour discerner les miracles ?

Non ; mais nous ne divisons pas ce que Dieu unît toujours , sa lumière et sa force , sa sagesse et sa puissance ; nous disons qu'il a donné à l'homme de quoi reconnaître l'une et l'autre;' que les miracles satanîques ne tromperont jamais que ceux qui aimeront à être trompés, ceux qui, selon l'admirable parole de saint Paul , ée laissent porter à l'iniquité, parce qu'ils n aiment pa^ la vérité;^ et que là est la raison 'de la justice terrible qui permet leur séduction par les prodiges de l'esprit de mensonge, selon la pensée du même apôtre.*

(i) Marc. 16. 20. (2, Loc. cit. {3, II. Thess. 2. .

f4>Ibid. -^ «Quels que soient les artifices de Tange de ténèbres qui se trans- ' (01*016 en ange die lumière p on peut toujours-facHement, avec le secoure de la gr&ce ,

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Jésus-Christ n'est pas sealement plein de puissance j mais plein de grâce et de vérité. La force , la lumière et la sainteté de Dieu apparaissent en ki tout à la fois. Ses œuvres dépassent l'action de toute force créée : les paralytiques se lèvent et s'en vont à sa voix, les lépreux sont purifiés d'une seule parole, le^ boiteux se redressent et bondissent, les aveugles voient, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés, et les âmes coupables renaissent dans les larmes. Sa parole resplendit de l'éclat incomparable de l'unité de la vérité : Je ne suis pas venu changer, mais accomplir, et il rend les cœurs brûlants en faisant voir réalisées en sa personne toutes les choses annoncées de lui dans la loi, les Psaumes et les Prophètes; sa doctrine enfin n'attire lame que par la sainteté, en proposant à l'homme de triompher de lui-même pour conquérir Dieu, de vaincre la triple concupiscence pour puiser la vraie vie à la source de l'amour qui seul peut étancher la soif divine de la nature humaine.

La force de Dieu apparaît ainsi dans ses œuvres, la sagesse immuable de Dieu dans sa parole, la sainteté de Dieu dans la loi d'amour qui élève l'homme au-dessus du monde et de lui-même.

Le contraire apparaîtra dans l'Antéchrist : il affectera d'abord , sans doute, la ressemblance de t Agneau, mais il parlera enfin comme le dragon, et ce sera par la triple concupiscence qu'il s'attachera tous les infidèles au témoignage de Dieu et au témoignage de l'âme.

qui ne manque k personne , discerner lee prédictions divines et les miracles où se montre U doùjt de Dieu , des prédictions, des prestiges, et même des prodigear ««irhumaintf que Dieu permet quelquefois pour éprouver le Juste ou punir Vorguêildê rimpiâ. (Gousset. Thtol. dogm, tr. %. p. 2. cb. 4. g 8.)

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Si, par ses prodiges et par ceux des siens \ il expose les élus à la séduction, il n'arrivera cependant pas à les séduire. Jésus-Christ nous en assure lui-même : Surgent pseudO'ChrisH et pseudo-praphetœ, et dabunt signa magna et prodigia, ita ut in errorem inducantur (si pieri potest) etiam electi.^ Ses miracles seront donc tels que les élus y trouveraient la séduction , si cela était possible , mais les âmes qui cherchent sincèrement Dieu , ne peuvent être trompées par l'esprit de mensonge. Jésus-Christ, d'ailleurs, en nous parlant des épreuves à venir, nous a dit que les faux christs seront à jamais impuissants à imiter le véritable, ni dans son premier, ni dan^ son second avènement. Ils ne viendront ni souffrir, ni mourir pour le salut des hommes , ni juger les ingrats avec l'éclat de la toute-puissance : c< Car, comme Véclair qui sort de t Orient paraU tout à coup jusqu'à l'Occident, ainsi sera V avènement du Fils de l'homme. Et partout où se trouvera le corps, les aigles s'assembleront.^ »

Les aigles sont les âmes qui cherchent la lumière, qui aiment la vérité, et suivent l'attrait de Dieu qui les élève au-dessus de ce qui passe. Si cela est vrai de la grâce, que sera-ce de la gloire? Quand Jésus-Christ paraîtra, tous ces aigles voleront à lui.

Mais si , dès cette vie , l'Agneau nous attire à Dieu en nous portant à l'amour de la lutte et de la croix ; le dragon nous détache de Dieu en flattant nos passions , et personne ne lui cède qu'avec la conscience sourde de son esclavage. Ceux donc qui se laisseront séduire par sa puissance , ne seront séduits que par leur faute, et Dieu ne permettra

(4)MiiUh.S4.24. (2)lbid.S4. 87.

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cette séduction que par un acte de souveraine justice , châtiant dans les hommes coupables , leurs résistances à sa lumière , de sorte que tous ,ceux qui nont pas cru à la vérité y et qui ont consenti à Viniquité, soient justement condamnés.^

Encore une fois donc , quelle que soit la puissance des esprits de mensonge, elle est tout entière sous la main dé Dieu qui Tenchaine , et lorsqu'il la déchaîne , c'est-à-dire lorsqu'il ne la retient pas , ce n'est que par une providence toujours sage et toujours juste.

Cette justice s'exerce plus souvent qu'on ne pense, d'une manière cachée; mais à la fm des temps, aux jours -de la grande apostasie, elle s'exercera avec éclat :

« Satan sera délié : il sortira de sa prison, il séduira les nations qui sont aux quatre coins du monde; et il les assemblera pour combattre} et leur nombre égalera celui du sable de la mer.^ »

c( Et je vis sortir de la gueule du dragon, de la gueule de la bêle, et delà bouche du faux prophète, trois esprits impurs (Très spiritus immundos in modum ranarum). Ce sont des esprits de démons qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de la terre, pour les assembler au combat du grand jour du Dieu tout-puissant. Foilà que

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