‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 25 sur 34 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

KOTES ET COMMENTAIRES SUR QUELQUES POINTS DE THÉOLOGIE, d'histoire et de PHILOSOPHIE.

De la nécessité de la révélation sous un double rapport, dans l'état positif ôe notre nature; et de la facilité avec laquelle la révélation divine est discernée par la raison humaine.

« C'est un fait de conscience que Thomme aspire à la vie future , et que sur les choses finales , invisibles j divines, il sent le besoin detre instruit divinement; que sur les choses de Dieu , sa raison désire entendre Dieu ; que sur les choses éternelles y elle appelle le témoin de 1 éternité : Argumentum non apparentium. » (Page 12.)

Nous nous exprimons, on le voit, en langue vulgaire, afin d'être entendu de tout le monde , mais les théologiens qui voudraient des termes plus classiques , verront assez que nous ne faisons pas ici de la révélation une exigence de notre nature.

La révélation est un bienfait surnaturel , gratuit comme la grâoe. Supposer le contraire serait tomber dans le bdtanisme.

Nous montrons, il est vrai, que la révélation répond à des besoins intimes de notre âme , ou k des faits de conscience , mais si nous prouvons par ces faits la nécessité de la révélation , nous le faisons dans le sens que le font les théologiens, quand ils démontrent cette nécessité par Y état réel , actuel , de la nature humaine.

Constater ces faits de conscience, c'est constater' cet état, rien de plus . Tien de moins. Cest prendre l*homme tel qu'il est , non tel qu'il eût pu élre , si Dieu ne Tavait destiné qu'à une fin purement naturelle, • et que Thomme fût resté dans cet état : In statu nalurœ purœ.

- Or, Thomme n'a pas été desthié.à une fin purement naturelle, et il n'est pas resté in statu naturœ purœ. Il est actuellement in statu naturœ lapsœ\ dans l'état de nature déchue mais rachetée, c'est-à-dire souffrant des suites' de sa déchéance , mais toujours attiré k un état meilleur. II éprouve Ip besoin , il sent la nécessité de la révélation et du secours de

. Dieu 4^^ pour être éclairé dans son Ignorance et aidé dans sa misère , t" pour être élevé à l'état supérieur auquel Dieu l'attire.

Ecoutons saint Thomas sur la première de ces nécessités :

« II est nécessaire' à l'homme , dit:>il , d'être instruit par la foi : — Necessarium est homini accipere per modum fidei, — non-seulement des choses qui sont supérieures à la. raison naturelle , mais encore de celles que les lumières naturelles peuvent découvrir : 4 ** pour que l'homme arrive plus promptement à la connaissance de la vérité; S" pour que la connaissance de Dieu soit pkis générale; 3<* à cause de la certitude. Car la raison humaine est souvent'en défaut quand il s'agit des choses divines. La preuve en est , que les philosophes dans leurs investigations ration- ' nelles sur V homme {même) sont tombés dans beaucoup d'erreurs et qu'ils ont professé des sentiments tout k fait contraires. Par conséquent, pour avoir sur Dieu des notions certaines, indubitables, il a fallu (oportuit) que ha foi nousles «transmit, comme étant la parole de Dieu qui ne peut mentir.» (2. 2. q. 4. a. 4.)

Prouver de cette manière la nécessité de la révélation , n'est pas un procédé baïaniste , parce qu'il ne s'agit nullement ici du surnaturel et du révélé comme d'un complément essentiel de notre nature, mais comme . d'une lumière et d'un secours accordé à cette nature blessée par sa chute et affaiblie dans toutes ses puissances. — La révélation est donc moralement nécessaire à tous les hommes, qaéme aux sages, pour leur donner sur Dieu et sur la loi naturelle des hotions certaines et indubitables , mais elle leur est strictement nécessaire pour les conduire k la connaissance des vérités de l'ordre surnaturel. Et cette nécessité résaUe elle-même d'un fait libre et gratuit, de la destination positive de l'homme k la vie surnaturelle.

Or , il faut bien remarquer que par suite de cette destination , Dieu opère en nous des choses qui ne sont pas de foi seulement , mais qui sont en même temps des faits de conscience.

Dans Pbomme comme au dehors de Thomme , les faits , pour être surnaturels, ne cessent pas d*étre des faits. Ils sont en nous sans être de nous , de nous seuls du moins, et on peut en prendre à témoin ceux-là mêmes qui en ignorent le principe. L'homme ne se sent-il pas attiré, à une vie meilleure? N'y aspire-t-U pas? N'est-ce pas ce fait de conscience qua exprimé saint Paul quand il a dit : Toute créature gémit et espère? (Rom. 8. 49, U.)

Eh bien! nous nous appuyons sur ce fait que nulle conscience humaine ne niera sans mentir à elle-même , et nous disons à l'homme égaré par le rationalisme :

a Vous connaissez comme moi , comme tous les hommes , la soif du bonheur et de la vie , la crainte et Phorreur de la mort. Vous voulez vivre, vivre heureux, vivre toujours. L'inclination invincible h la viefuture est donc au fond de votre cœur. Mais que savez-vous de cette vie future? Qu'en pouvez- vous savoir? Que peuvent vous en dire vos semblables ? Le regard de notre âme n'y pénètre pas , l'expérience ne nous en apprend rien , et quand Platon , pour en être instruit, a Soupiré après l'enseignement divin (Alcih. 2.), il n'a été, comme plus tard saint Thomas d'Aquin , que l'écho fidèle de la voix qui gémit dans notre nature: Sur^pieu et l'invisible avenir , l'homme veut entendre Dieu , le témoin de l'éternité. En matière de religion , la raison humaine veut donc la foi divine , la foi n'étant que l'adhésion de l'esprit humain au témoignage manifeste de Dieu. » (4"' Ent. sur la Démonst, cath, résumé dan9 la Lettre au Prince de Broglie.)

Nous sommes loin de nier les forces de la raison , mais c'est justement k cause de ce qu'elle sait de l'existence de Dieu , et de la responsabilité de l'homme , qu'elle sent le besoin de l'éducation divine , comme le disent de concert la conscience et l'histoire. Celui qui voit qu'il y a un Dieu, un grand Esprit qui a produit l'ordre universel, un maître suprême des hommes et des choses , ne sait pas encore ce que notre âme désire connaître et ce qu'elle a besoin de savoir sur Dieu et sur l'homme. Il ne suffit pas , en effet , de démontrer l'existence de Dieu , la Spiritualité et

446 APPET4DIGE.

la liberté de Thomme pour donner une solution ferme et certaine à tant de questions qui agitent notre esprit et notre cœur; pour répondre aux grands postulata de la nature humaine , aux grandes questions que la raison pose , mais qu'elle ne résoudra jamais seule , sur le mal, la douleur, la mort et la fin. De là le besoin d^entendre Dieu sur Dieu , et le Père de la grande famille humaine sur notre origine , notre condition actuelle et nos destinées futures. (Lib, Eocam. 2™" Ent.)

Le rationalisme est donc fondé , on ne saurait assez le redire , sur ia négation de deux faits incontestables : du fait intérieur que nous venons de constater, et du grand fait extérieur qui répond au premier avec un éclat sans égal , qui réveille même ou le réveille dans les consciences endormies. Ce grand fait , nous Tavons vu , c'est Fautorité divine enseignante qui , dès Torigine , commence l'éducation surnaturelle du genre humain , la continue dans tout le cours des siècles , et en présence des sectes ou des religions altérées , apparaît toujours seule marquée du grand signe de Dieu : Vunité victorieuse des temps, de l'espace , des forces et des faiblesses humaines.

Mais s'il est de fait 4 ° qu'en matière de religion , nous sentons le besoin du témoignage de Dieu ou de l'autorité divine enseignante ; s'il est de fait 2"* que cette autorité divine se^manifeste par son caractère propre ; il est de fait aussi 3** que Dieu nous a donné assez de lumière pour la reconnaître facilement quand elle se montre et qu'elle nous parle.

Cest ce qui nous a fait dire (dans la Lettre au Prince de Broglie , sur les différentes méthodes de démonstration de la foi) :

a Le caractère de l'autorité divine enseignante est-il si facile è discerner? Oui, dès qu'il se montre. L'homme en aurait-il donc l'idée en lui-même et comme cachée en son âme? Sans doute, puisqu'il est luimême , par sa raison , l'idée vivante ou l'image de Dieu , qu'il porte ainsi dans son propre fond la lumière naturelle suffisante pour reconnaître son principe, et par conséquent l'autorité qui en garde l'empreinte.

Vous nous soupçonnez peut-être de faire ici de la haute métaphysique ou plutôt de la psychologie transcendante , et cependant nous ne faisons que traduire dans la langue philosophique , des faits auxquels toutes les consciences rendent témoignage. Oui , de même que l'homme a une inclina-

tioD naturelle vers Dieu avant de savoir bonnement quel il est, selon le mot si simple et si profond de saint François de Sales, c'est-k-dir^ avant de le savoir explicitement , distinctement , et qu'il le reconnait sans peine, dès qu'il lui est annoncé , ainsi Thomme reconnaît tout de suite la véritable autorité divine dès qu'elle se montre et qu'elle lui parle, parce que seule sur la terre elle porte le caractère de Dieu et répond avec plénitude k ce que toute conscience humaine cherche réellement, quoique implicitement, en cherchant le témoignage de Dieu , la parole divine enseignante.

Vérifiez vous-même : demandez au plus simple des hommes si la vraie religion peut enseigner le oui et le non , si elle peut varier dans sa doctrine? Ne le ferez-vous pas sourire? Il sait donc que lunité est le caractère de Tautorité divine sur la terre.

Demandez-lui si la vraie religion ne doit pas être la même aujourd'hui qu'hier, demain qu'aujourd'hui? Daignera-t-il vous répondre? Il sait donc que la perpétuité ou l'unité dans les temps est essentielle k la vraie foi.

Demandez-lui si on peut croire d'une manière k Paris , et d'une autre manière k Rome ou k Jérusalem ? Et vous verrez qu'il sait , comme le premier docteur du monde , que la vraie foi doit être universelle , qu'elle doit avoir l'unité dans les lieux , c'est-k-dire être partout la même, et que les défenseurs de^ religions exclusivement nationales sont des politiques sans foi » des aveugles ou des hypocrites.

Demandez-lui si l'autorité divine enseignante peut douter de ce qu'elle enseigne , et s'il est possible qu'en nous la donnant , Dieu ne nous l'ait pas donné fidèle gardienne de sa parole. Et vous verrez qu'il sait comme vous qu'une autorité doctrinale , divinement établie , doit être divinement assistée ou infaillible en matière de foi.

Il est donc vrai que tout homme, si simple qu'on le suppose, dès qu'on éveille son attention sur ce point , sait que la véritable autorité divine enseignante sur la terre doit être une , perpétuelle , universelle , infaillible. Et nous avons eu raison de dire que tout homme de bonne foi se croit implicitement dans la catholicité , et qu'il cesserait d'être de bonne foi si , en présence de cette catholicité , se révélant k lui dans tout son éclat , il ne Tembrassait pas de toute son âme , ou si , né dans son sein , il abandonnait cette mère dont tous les traits sont ceux de Dieu môme.

Comment s y méprendre, en effet? Et faut-il insister encore sur ce fait aussi éclatant que le soleiff Ob serait Fautorité divine que cherche la conscience humaine , si elle n'était pas dans cette religion , qui , non-seulement nous parle, Tanquam potestatem habens, comme ayant puissance de Dieu , mais qui seule prouve sa mission par le grand signe de Dieu » Tunité , Tunité en tous sens, à travers le temps , Tespace , les cultes et les empires?

Gomment ne pas reconnaître Dieu dans cette unité surhumaine qu*il communique à son œuvre , et qui la rend immuable comme sa puissance , invariable comme -sa sagesse, universelle comme son amour, catholique, en un mot, car c'est ïk le nom de cette unité trois fois divine? Gomment ne pas voir Dieu dans cette catholicité, qui remonte seule avec rhumanité jusqu'^ son origine ,1 tend seule les bras à tous les peuples , proteste seule divinement contre toute religion nationale , ou contre tout culte de race , se trouve seule ^ sa place dans tous les lieux malgré la diversité des climats , comme elle appartient k tous les temps malgré la diversité des âges , proche seule la même loi sous tous les cieux , et fait seule chanter le même symbole dans toutes les langues ?

Manifestement , la démonstration de la révélation chrétienne est dans ce mot de saint Augustin : a Nous voyons le corps, ifest-èr^ire l'Église universelle, et nous croyons à la tête, (fest-ànlire à la divinité de Jésus- Christ.^ » Oui , TAigle d'Hippone 9 eu raison de dire : a Tenet me in Ecclesiœ gremio ipsum catholicœ nomen ,^ » parce que le nom de catholique est évidemment le nom propre de la vérité divine sur la terre , et que ce nom n exprime pas seulement une idée , mais tin fait , et un fait tel, qu'il serait impossible de Va/prmer un seul jour en face du monde , s'il n'était pas incontestable, » (Voir la lettre déjà citée.)

«Aussi, pour distinguer la véritable autorité divine des autorités religieuses usurpées par lès sectes ou les faux cultes, il suffit au bon sens de prêter Toreille k la voix même de ces cultes ou de ces sectes. Il les jugera toutes fausses aussitôt avec pleine certitude, pour\'u qu'il ait entendu la voix de Tautorité catholique. N'avons-nous pas vu que sur

( I ) • RcclMrla gcneralln «ccepU, tA oongrcgitlo lldeUnm in fera Dei rnltu adiiMtoriui nb Cliri«to rt|ito qmm deflottio owpftheadtt ctUn fldeles ab Adano aMpw ad Chrbioni, tom JodwM, mm GanlllM.» (MM, dt EcciMia.) - (1) Strm. 1 16. Ed. B. (I) Ub. couL £^ Ftmd.

Dieu el les choses de Dieu, Thomme de bonne foi ne croit ni k lui-même ni k ses semblables , mais qu'il veut le témoignage de Dieu , Tautorité vivante de Dieu , et qu*il sait implicitement , et reconnaît explicitement dès qu'elle lui parle , que le grand caractère de cette autorité est Tunité en tout sens ou la catholicité?

Eh bien , toutes les voix qui parlent en dehors de l'Église , ou nient l'existence de l'autorité divine enseignante sur la terre, et protestent ainsi contre la conscience humaine (comme le fait le rationalisme et avec lui et avant lui le protestantisme , ce rationalisme encore caché sous le masque de la Bible) , ou si ces voix affectent cette autorité , elles apparaissent dépourvues de son grand caractère , du signe divin de Tunité ou de la catholicité , sans songer même à y prétendre.

Quy a-t-il| en effet, hors de TEglise? Il n'y a que le paganisme, rislamisme , le protestantisme du schisme ou des sectes , et le rationalisme. Tout le reste y revient. Écoutons-les donc : que dit le rationalisme ? « Dieu ne nous parle que par notre propre raison et il n'y a pas d'autre révélation que celle de l*homme k lui-même.» Le rationa^ jisme proteste donc contre le fait de conscience qu'avoue toute âme sincère , contre le besoin religieux qu'éprouve la nature humaine de l'éducation divine , contre la foi du genre humain k la révélation , ou bien il donne k ces mots de révélation et de foi un sens opposé k celui qui leur Alt donné partout et toujours. Nulle p'krt , en effet , et jamais on n'a donné le nom de foi aux conceptions mêmes de l'esprit humain , mais k son adhésion au témoignage du Dieu vivant. Le pur naturafisme en religion est donc contre nature. C'est la doctrine de ceux qui craignent d'entendre Dieu , et qui nient d'avance ce qu'ils redoutent. C'est la prolongation du consentement au premier mensonge : Eritis sicut dit, sdentesA

Il suffit k l'âme qui cherche Dieu d'entendre le rationalisme pour le juger , il ne faut aucune érudition pour cela , aucune recherche historique , aucune critique des textes. Il suffît de ne pas céder k un orgueil insensé.

Il n'en faut pas davantage pour juger le protestantisme. Il suffit de l'entendre lui-même, pourvu. qu'il nç se démise pas. Que dit-jl, çn

(l)fieii.3. 5.

çfTet? a La Bible, toute la Bible, rien que la Bible! Lises, compares, jugez vous-même. Dieu vous parlera intérieuremetii . Il ne vous a donné aucuw autre autorité divine enseignante sur la terre. » — Noas voilà donc tous iafaillibles par là grâce de Diea ! C'est trop d'absurdité et de mauvaise fox. Tout proteste contre le protestantisme : les ténèbres de la conscience au dedans , les divisions de la doctrine au dehors. Pour voir que Dieu n'est pas là , il n*est nullement nécessaire de s'enfermer dans une biblio^ tbèqueet de compulser toutes les versions de la Bible. Dieu na pas fait de la religion un secret qu il conBe tout bas à chaque conscience. Il en a foit l'héritage commun de la grande famille des âmes , un bien public et divin gardé par une autorité publique et divine. Voilà la foi du genre humain. Le protestantisme, en la reniant, sent si bien quil renie la nature des choses, que malgré son grand principe : La Bible, rien que la Bible, il se voit forcé d'ajouter aussi la parole vivante à l'Écriture. /( prêche, donc il a tort. En ouvrant la bouche il se condamne lui-môme.

Faut-il parler de Tislamisme ?

Mais il devrait nous parier le premier , et a-t-il jamais songé à nous envoyer des apôtres? Il a connu, sans doute, l'^ostolat du glaive, le zèle de la conquête , mais son zèle doctrinal ne serpente que dans une certaine sphère. L'islamisme est manifestement un culte de race. Il glisse de l'Asie jusqu'aux idolâtres de l'Afrique , mais ne gagne l'Orient de l'Europe que pour s'y établir sans le pénétrer de sa foi, et pour y mourir. Le sentiment même de la catholicité lui manque autant que la puissance catholique , que la force doctrinale universelle. Les musulmans n'ont guère la prétention de convertir les chrétiens , et ils n'ont pas le désir de nous donner le Coran comme nous avons celui de leur donner l'Évangile. L'islamisme n'a donc pas le caractère de Dieu , le grand signe du Père de la grande famille humaine. Encore un coup , il est évident que Dieu n'est pas là , et il est inutile pour s'en convaincre de scruter les origines historiques du Coran et de son prophète. Il suffit de voir et d'entendre l'islamisme lui-même en présence de la catholicité.

Le paganisme se condamne à son tour et à bien plus forte raison, car il est le culte national par excellence , le culte des dieux locaux , des dieux de ce siècle, des esprits divisés et révoltés contre leur principe : Otmies dit gentium dœmonia.^ — Les Romains donnaient bien aux dieux des nations le

APPENDICE. 45i

droit de cité et ane place au Paothéon ; mais quand les Grecs et les Romains et avant eux les Perses , les Assyriens , les Égyptiens , après qu'ils furent tombés dans Tidolàtrie, ont-ils songé ^ éclairer les peuples? Et les païens de nos jours, les disciples de Bouddha et de Brahma, quand ont-ils pensé à nous donner la lumière ? Nulle part , hors de TÉglise , on ne voit Tombre d une puissance doctrinale universelle , d'une autorité religieuse catholique.

Encore une fois : les controverses de l'érudition sont superflues ici , et nous avons eu raison de dire qu'il suffît à Tâme sincère , en présence de la catholicité, d'écouter les voix des autres cultes ou des sectes, pour les entendre prononcer leur propre condamnation, d

Nous ne pouvons donc admettre que pour discerner la véritable autorité divine enseignante sur la terre, il feiille de gré ou de force, se lancer dans la carrière de la critique et des recherches savantes , et nous croirions manquer à Dieu et au bon sens, si, en présence de l'autorité vivante et catholique qui affirme que Dieu est avec elle , nous supposions quMl fallût s^en fermer dans une bibliothèque pour s^en apercevoir,

Cest en s'appuyant sur le fait tiotoire, public, incontesté, de la catholicité, que les plus illustres apologistes, saint Irénée, Tertullien, saint Augustin , saint Vincent de Lerins , ont prescrit contre toutes les erreurs présentes et futures. Tertullien affirme que la critique des textes n'est ni la voie qui conduit ë la foi , ni l'arme la plus puissante pour la àéien-' dre{DfiPrœscrip.c.A9,). Saint Irénée rappelle que c'est l'autorité vivante de l'Église qui répand la foi sur la terre et l'y conserve {Adv, hœr. 1.3. c. 3) ; saint Augustin proclame qu'il ne croirait pas k l'Evangile si Tautorité de l'Eglise ne l'y déterminait [Cont. Ep, Fund. e. 5.) , et que c'est par la vue de la catholicité qu'il arriva k la foi en Jésus-Christ (Serm. 4 4 6.) ; Bossuet enfin s'écrie comme Pascal , que l'Eglise catholique est le miracle subsistant qui prouve k toujours la vérité de tous les autres.

«Mais ce ne sont pas seulement les Pères , les Docteurs, les écrivains de l'Église qui ont vu la force et la clarté démonstrative de cette preuve : elle a été aperçue toujours par ses plus ardents ennemis. L'éclat de cette lumière , loin de leur échapper , les blesse , et nous trouvons la contreépreuve manifeste de notre démonstration dans le sentiment unique que Fincrédolité éprouve, et n'éprouve qu'k l'égard de la vraie religion.

4d2 appendice.

N*est-i{ pas avéré que l'incrédulité n'a d'aversion profonde que pour l'Église , et qu'autant elle a d'aversion pour TÉglise , autant elle a de sympathie pour les sectes dissidentes , autant elle est débonnaire même aux cultes non chrétiens ? D*oili cela vient-il? d'une affinité secrète. Hors de rÉglise , Fincrédolité ne voit partout que l'homme , et l'œuvre de l'homme , c*est-k-dire des pièces du naturalisme et du rationalisme. Dans l'Église au contraire elle rencontre le surhumain, elle entrevoit Dieu , elle recule k Tapparition du souverain Maître qui commande et qui juge. Que ne cherche-t-elle Dieu ? Elle y verrait aussitôt le Dieu qui aime et qui vivifie. Mais l'orgueil fuit Dieu, ou plutôt lui résiste, et veut que l'homme soit à lui-même sa lumière et sa vie , et c'est ainsi que la môme lumière divine qui attire les humbles irrite les superbes : AbsçonrdisU hœc a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea partmlis. Tout est Ik , l'humilité est sincérité et vérité. »

Nous reviendrons sur ce grand sujet dans la note \U?. Mais nous ne voulons pas terminer celle-ci , sans rapporter une objection qui nous a été faite au sujet de la lumière naturelle qui est en nous , et que nous disons suffisante pour nous faire discerner la véritable autorité divine :

oN'est-ce pas s'avancer trop, a-t-on dit, que de faire des idées innées (ou de cette lumière naturelle) un moyen de reconnaître la vérité de la religion surnaturellement révélée ? »

Mais que veut-on objecter par là ? N'admet-on pas avec tous les théologiens que les motifs de crédibilité s'adressent à la raison pour la conduire à reconnaître le fait de la révélation ? N'admet-on pas avec saint Alphonse de Liguori que si les vérités de la foi ont un côté obscur , la vérité de la foi est évidente , parce que les motifs de crédibilité prouvent évidemment que Dieu a parlé? {Vérité de la foi? Introd.) N'admet-on pas avec le même saint et savant auteur , dans sa réfutation du sémipélagianisme , que l'intelligence voit naturellement la vérité de la foi , mais que la pieuse volonté de croire, ou même la pensée de se soumettre à l'autorité divine qui se manifeste, ne vient que de la grâce? (Ref.deshérés, YI. § 4 .) Eh bien , nous ne disons pas autre chose : nous disons que la raison est capable de voir , par sa lumière propre , que Dieu a parlé, de reconnaître l'intervention surnaturelle de Dieu dans les faits qu'on appelle motifs de crédibilité. Cest cette vieille vérité que nous appliquons W% caractères dç l'Eglise , justement parce qu'ils constituent un motif de

crédibîKté. Nous disoBS qfi*il y a assez de Inmière dans Tbomme f)Our reconnattre Dieu dans ses ODO^res , et que la raison Yoit clairement que Funké , la perpétuité , il-aniversatité , la sainteté de ]-ËgH]»e , ne sont pas des choses naturelles ou purement hunnioes, owis suroaturelles et divines. {Woyez Le libre Examen, p. 70-74 et les Entreliens 4«', 3", 6".)

Du besoin de la grâce, considéré comme fait de conscience.

« L'homme sent son infirmité et cherche le divin remède, comme il reconnait son ignorance des choses divines et cherche la lumière d'en haut, la parole, Tautorité de Dieu. II sent son inclination au mal et le besoin d'un secours pour la vaincre , et en même temps il éprouve le désir d'une vie supérieure et le besoin de la main de Dieu , de l'aide de Dieu pour s'y élever. En un mot , sa faiblesse cherche la force et la trouve, là où la raison cherche et trouve la lumière. » (Page 14.)

Le besoin de la guérison intérieure et le désir d^une vie supérieure sont tous les deux constatés par saint* Paul quand il dit : Infelix ego homo quis me Uberabit de carpore mortis hujus? Et ensuite : Omnis creatdra ingemiscit,,. et nos gemimtLs adoptionem filiorum Dei expectantes. (Rom. G. 7. et 8.) — Nous ne disons pas que ce besoin et ce désir déterminent leur objet, mais qu'ils Vappellent, et qu'ils préparent ainsi Tâme à le reconnaître , quand celui qui lui fait sentir ce besoin et lui inspire ce désir , vient à elle plein de grâce et de vérité. Nous ne disons pas non plus (nous Tavons déjà fait observer) , que notre nature exige par ellemême la révélation et la grâce ou Tordre surnaturel , comme Ta imaginé Baïus, mais que Dieu Ty a destinée gratuitement , et quHl la fait aspirer à la vie qu'il lui destine. Il ne faut pas que Thabitude des distinctions classiques, d'ailleurs si nécessaires, nous tente de séparer ce que Dieu a uni , et nous fasse méconnaître des faits attestés par toute conscience sincère : Omiis creatura ingemiscit, adoptionem /Uiorum Dei expectans.

La nalare humaine dit en gémissant : Qu» me liberabUf Mais c'est Dieu seal qui lui répond : Gratia Dei per Jesum Chnstum, — Du reste , la voix qui gémit en nous est déjà une grâce offerte à tous : PaatuUU pro nobkgemitibwinenatrabilibus.

Un épisode de la libre recherche.

« Cette doctrine convient à tous ceux qui , au fond , n'en veulent aucune, et prétendent chercher toujours sans trouver jamais, de peur de rencontrer une limite à la libre recherche. » (Page 19.)

Cette prétention a été naïvement (quoique implicitement) avouée lors de la séance publique de TAssociation du Dageraad ou des libres penseurs, qui a eu lieu k Amsterdam le 4 novembre 4 857. Dans le discours d*ouverture , le président de la Société , après avoir dit que le but de TAssociation est la recherche de la vériié, ajoute que cette libre recherche interdit k la Société d'accepter aucune thèse , aucun dogme qni limiterait ses études, ou tendrait k exclure ou k écarter de la Société touf^ personne qui aurait des vues différentes, a Réunis pour cherchera vérité , dit-il , il serait contradictoire de commencer par ^admettre à priori. 0 — Et k posteriori? Une fois admise, ne tendra- t-elle pas k écarter de la Société toute personne qui aurait des vues différentes ? Vous ne voulez pas commencer par admettre ce qui a été constamment admis jusqu k vous , pourquoi voulez- vous qu'on admette ce que vous aurez admis vous-même ? Dès que vous acceptez une thèse comme certaine , vous admettez une borne , une limite a la libre recherche. Or, cela ne doit pas être : il faut être libre de chercher toujours , il faut mériter d'être du nombre de ceux dont saint Paul a dit : Semper discentes et nunquam ad scientiam veritatis pervenientes, (II. Tim. 3. 7.) Qu'y a-t-il au fond de tout cela ? Il y a un orgueil sans limite , nourri de cette pensée : rien n'est certain, rien n'est vrai que ce que je déclare tel moi-même ; rien de certain avant moi ; ou plutôt encore : il n'y a de vrai que ma pensée que je puis modifier toujours , puisque j'en suis le maître : Je suis la vérité!

D'un passage ëtoimant des œuvres de M. Guizot.

c( Il est douloureux de voir un grand esprit confondre les conditions de l'autorité religieuse divinement#établie et divinement assistée (Ite^ — Docete, — Fobiscum sum.) , avec les conditions de l'autorité temporelle dans les sociétés civiles, comme le fait dans le même écrit.... )> (Page 34.)

« Certaioement , dit M. Guizot , le Christianisme , c'est Tautorité ; mais ce.n'est pas Fautorité seulement , c'est tout Thomme , toute sa nature et toute sa destinée. Or, la nature et la destinée de Thomme, c'est Tobéissance morale, c'est-à-dire Tobéissance dans ^la liberté. Dieu a créé l'homme pour qu'il obéit à ses lois , et il l'a créé libre pour qu'il obéit moralement. La liberté est d'institution divine , comme l'autorité ; ce qui est l'œuvre humaine, c'est la révolte et la tyrannie. »

C'est parfait : le Christianisme , c'est l'autorité de Dieu. C'est l'ordre surnaturel dont M. Guizot a dit dans le même ouvrage : fiCest du Dieu vivant dont nous avom besoin. Il faut pour notre salut présent et futur , que la foi dans Vordre surnaturel , que la soumission à Vordre surnaturel rentrent dans le morxde et dans Vâme humaine, » — Evidemment , en disant que le Christianisme , c'est l'autorité , M. Guizot entend l'autorité de Dieu. Dieu veut qu'on lui obéisse librement , et la liberté morale est ainsi d'institution divine comme l'autorité. L'homme est libre d'obéir, mais il y est obligé. Son mérite est de se soumettre librement comme il le doit. Immédiatement après avoir parlé ainsi de l'autorité divine et de la liberté humaine , M. Guizot ajoute :

c( Dans l'état social , l'autorité et la liberté ont l'une et l'autre besoin de garanties , et elles ont l'une et l'autre droit à ces garanties. Il faut des freins pour contenir ceux qui ont à gouverner et ceux qui sont à gouverner , car les uns et les autres sont hommes. De là les institutions et les lois politiques , qui tantôt soutiennent , tantôt limitent le pouvoir , c'est-à-dire qui déterminent à quelles conditions et par quels moyens rautorité est exercée et la liberté assurée. »

Vous vous attendez , sans doute , k ce que Tillustre écrivain , après avoir indiqué son sentiment sur les conditions de l*autorité et de la liberté dans la société civile , va nous le dire aussi sur les conditions de de Vune et de Vautre dans la société religieuse, ou dans le Christianisme ? Pas le moins du monde. Il va tout confondre :

«Quand le GhrUtianisme a paru dans le monde , dit-il, c'est la liberté, la liberté morale de Tbomme qu'il a invoquée. . . . Il n'a jamais attaqué ni mis en question les pouvoirs établis; il a fait plus; . . il a ordonné de respecter leurs droits. Mais en même temps, et pour les rapports de Thomme h Dieu , il a fait appel k la conscience libre de Thomme. ... — Au jour de la création , Dieu a prescrit Tobéissance k Thomme sous peine de perdition ; au jour de la régénération , Dieu a mis la liberté de Tbomme en mouvement, pour commencer Tceuvre du salut;... il a affirmé qu'il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes. »

Est-ce que Dieu , en prescrivant lobéissance k Tbomme au jour delà création , n'a pas mis la liberté de l'bomme en mouvement ? Et au jour de la régénération , lorsqu'il a mis la liberté de l'homme en mouvement, ne lui a-t-il pas prescrit l'obéissance ? Vous le voyez , M. Guizot parie tout k la fois de l'autorité de Dieu et de l'autorité de l'homme , et passe de l'une a l'autre en confondant tout. Il le fait encore dans ces paroles où la sagesse semble briller, au premier abord , du même éclat que le langage :

a Dieu n'a point de partialité et ne laisse point de lacune dans ses desseins ; quand il agit sur les hommes , il embrasse la nature humaine tout entière , nos penchants , nos besoins , nos intérêts , nos droits divers sont tous devant ses yeux , et il pourvoit et satisfait en même temps k tout : k l'autorité comme a la liberté , k la liberté comme k l'autorité. C'est une dangereuse erreur de méconnaître ce caractère complet et harmonieux des œuvres divines et de les mutiler en y cherchant des armes pour nos dissensions humaines. Jésus-Christ est venu pour sauver l'homme , non pour faire triompher une cause. Le ChristianUme a commencé par mettre en jeu et invoquer la liberté; puis U a conquis et déployé Vautorifé, puis il ë^est accommodé aux diverses formes d'autorité et de liberté qu'a fait paraître çà et là dans le monde le cours des choses. Associé aux destbiées et aux actes du genre humain, le Christianisme a souffert de nos erreurs et de nos fautes ; il a été souvent altéré et compromis par les égarements

APPENI>fCE. 457

tantôt de TaïUorilé , tantôt de la liberté humaims , mais , par son origine et aon essence , il est en dehors de leurs luttes , inépuisable dans sa vertu pour guérir les maux contraires , et toujours prêt à porter son secours du côté oh le péril éclate et où le besoin de redressement se fait sentir. — Dans l'état actuel des sociétés et des esprits , c*esl lautorité , et Tordre avec raulorilé, qui sont on péril. Le Christianisme leur doit tout son appui. »

Fort bien : mais de l'autorité du Christianisme lui-même , vous n*en dites rien. Que pensez-vous de l'autorité doctrinale que Jésus-Christ a établie pour perpétuer la révélation ? Que faites-vous de ces paroles du Christ : Allez , enseignez toutes les nations, je suis arec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ?

Sur la prophétie de Michée rappdét* dans TEvangile.

ce Et toi, Bethléem, tu es petite entre les villes de Juda; et cependant c'est de toi que sortira celui dont la génération est dès le commencement, dès Téternité! » (Page 110.)

«Saint Matthieu nous apprend qvCHérode, ayant assemblé tous lesprittces des prêtres et les docteurs du peuple , et frétant enquis ^eux où devait nattre le Christ, le Messie , ils lui dirent que &était datu Bethléem de Juda, selon ce qui avait été écrit par le Prophète : Et vous, Bethléem , terre de Juda, vous n'êtes pas la dernière parmi les principales villes de Juda , car c'est de vous que sortira le Chef qui conduira Israël mon peuple. On lit aujourd'hui dans rhébreu , dans la Yulgate et dans les Septante même : Et vous, Bethléem-Ephratha, quoique vous soyez petite entre ks principales villes de Juda, cependant dest de vous que sortira celui qui dominera sur Israël, C'est bien au fond le même sens, et on pourrait dire que rËvangéliste ou même les prêtres et les docteurs qui alléguèrent ce texte s*attachèrent moins aux expressions qu au sens. Mais quelques anciens ont lu d une manière plus conforme aux expressions de saint Matthieu ; et il y a lieu de .soupçonner que les expressions de saint Matthieu représentaient Tuncienne leçon du texte. Quoi qu'il en soit , il est toujours certain que selon

cette prophétie , c'était de Betliléem que devait sortir le Messie ; et c'est aussi dans Bethléem que Jésus-Christ a pris naissance. Le Messie, le Chef annoncé par Michée , devait être le Dominateur d'Israël ; et c'est aussi ce que Tange dit de Jésus-Christ : Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacch. Mais tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas pour cela les vrais Israélites ; et tous ceux qui sont de la race d'Àhrabam ne sont pas pour cela ses vrais enfants : ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés être les enfants d'Abraham ; et les enfants de la promesse sont ceux qui sont héritiers de la foi de ce patriarche. Les autres sont représentés , soit par Ismaêl exclus de l'héritage de son père , soil par Esaû dont le droit d'atnesse est transmis à Israël son frère , qui par cette raison est appelé Jacob, Supplantat^ur. Jésus-Christ est donc venu régner sur la maison de Jacob, c'est-à-dire principalement sur les gentils qui, substitués aux Juifs , sont aussi particulièrement désignés sous le nom de /aco6. Le Messie doit sortir de Bethléem : voilà son origine selon la nature humaine, selon laquelle il doit être fils de David. Et tu, Bethlehem Ephratha, non es parmdus m principihus Juda : ex te enim egredietur Dux, qui sit Dominator in Israël. Mais la nature humaine doit être unie en lui avec la nature divine ; il doit être en même temps (ils de David et fils de Dieu; et selon sa nature divine , son origine remonte jusqu'au commencement des temps ; elle précède même le commencement des temps ; elle remonte jusqu'aux jours de l'éternité ; et c'est ce que dit aussi le Prophète : Et egressus ejus ah initio, a diebus œtemiteUis, Jusquici la prophétie est très-claire : la suite souffre quelque difficulté; mais il sera néanmoins facile de l'éclaircir en considérant bien les expressions du texte , leur liaison avec celles qui précèdent , et enfin la nature des événements mêmes qui y répondent. Le Messie promis sera le Dominateur d'kraêl ; mais la plupart de ceux qui ne sont Israélites que selon la chair le méconnaîtront , le rejetteront ; c'est pourquoi , après avoir pris naissance au milieu d eux , après avoir même consommé au milieu d'eux tous ses mystères , il les abandonnera : Post hoc dabit eos. Car la liaison même de cette parole avec celles qui précèdent prouve que le prophète continue de parler du Dominateur d'Israël ; et nous voyons dans Osée que l'expression dont se sert ici le prophète Michée signifie quelquefois abandonner. Comment vous abandonnerai-je , à Ephràim ? dit le Seigneur par la bouche d'Osée ; comment vous livrerai-je k vos ennemis , à Israël ? comment vous traiterai-je comme fai traité Àdama ? oommetit vous rédui^

rai-je à Yétat oh fai réduit Séb(Hm ? Quomooo dabo te, EpBtAiii ; tradam

TK , ISRAKL ? QCOMODO DABO T£ SICUT AdAVA ; PONAM TE UT SebOIM ?

» Le Dominateur d'Israël abandonnera donc ceux au milieu de qui il aura pris naissance ; mais ce ne sera pas pour toujours : il les abandonnera jusqu à ce que celle qui doit enfanter ait enfanté ; et alors les restes de ses frères reviendront et se réuniront aux enfants d^Israël : Dabit eos uaque ad tempus quo parturiens pepererit ; et reliquiœ fratrum ejus convertentur ad filias Israël. Saint Jérôme reconnaît que ces derniers mots annoncent la conversion future du peuple juif; il reconnaît que lenfantement ici marqué est celui par lequel les gentils sont engendrés k Jésus-Christ; mais il suppose que lexpression, dabit eos, peut se rapporter au temps qui a précédé la vocation des gentils ; et s entendre de Tétat dans lequel Dieu a laissé les Juifs durant cet intervalle : c*est ce qui lui a donné lieu de traduire : Dabit eos ttsque ad tempus in quo parturiens PABIET , comme nous le lisons dans la Yulgate : c*est-èi-dire , il les laissera jusqu*au temps où celle qui doit enfanter eufaotera. Voici de quelle manière il explique ce texte : « Ce Dominateur d'Israël qui doit » sortir de Bethléem , mais dont lorigine remonte jusque dans Téter- » nité, laissera les Juifs; il leur permettra de régner jusqu'au temps de » celle qui doit enfanter , c'est-à-dire jusqu'au temps où s'accomplira » cette parole : Réjouissez- vous , stérile qui n'enfantiez pas; faites éclater 9 les cris de votre joie , vous qui ne deveniez point mère : car celle qui » était abandonnée a maintenant plus d'enfants que celle qui avait un » mari : Dabit Judaos , eosque regnare permittet , usque ad tempus parien- » tis, quando camplehitur illud : Lœtare, sterilis, quœ non paris; erumpe » et clama, quœ non parturis , quoniam multi filii desertœ magis quam ejus » qu(P habet virum. Car , ajoute-t-il , lorsque celle qui était stérile aura » engendré sept enfants , et lorsque celle qui avait eu beaucoup il'enfants 8 sera tombée dans la défaillance ; lorsqu'à l'occasion de la chute des » Juifs, la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé : D Cum enim sterilis pepererit septem, et que multos habuerat filios fuerit » infirmata, et delicto populi judaici , plenitudo gentium subintrarerit, tune » omnis Israël salvus pet. Alors les restes de ses frères reviendront et se » réuniront aux enfanU d'Israël : alors viendra le prophète Elie dont le B nom signifie le Seigneur Dieu , et il réunira le cœur des pères avec le » cœur des enfante , et le cœur des enfante avec le cœur de leurs pères : I alors ce dernier |)euple se jomdra à l'ancien , en sorte que ces derniers

» soieot appelés avec vérité enfants d^Ahraham, lorsquils croiront en » celui qu*Abratiam a vu avec joie :.Et reliquiœ fratrum ejus ad filios » Israël converlentur , et adveniené Elias propheta, quod inlerprelatur » Deus Dqminus, convertet corda patrum ad filios, et cor filiorum ad patres j) suos : et novissimus populus jungetur arUiquo , ut i>ere fUii Abraham » appellentur, cum in eum crediderint quem vidii Abraham, et lœtatus » est.yi Mais l*expression de rhébreu peut fort bieiï aussi signifier : Dabit eos usque ad tempus quod partariens peferit. Alors Fex pression dabit eos pourra s'entendre (Je rat)andon auquel les Juifs incrédules ont été justement livrés depuis la mort de Jésus-Christ ; et cela forme , ce semble, uo sens plus naturel et plus suivi. Le Messie sortira de Bethléhem , mais après avoir pris sa naissance au milieu des enfants dlsraèl , après avoir consommé au milieu d'eux ses mystères, après avoir fait éclater au milieu d'eux les premiers effets de sa puissance et de son règne ; il les abandonnera jusqu'à ce que TEglise son- épouse ait engendré , selon Texpression de TApôtre, la plénitude des nations; après quoi les restes de .ce peuple, qui sont ses -frères selon la chair, viendront se réunir à ceux qui sont les vrais enfants dlsraêl par Tesprit de la foi : Dabit eos usque ad l^mpus quo parturiens peperit, et reliquiœ fratrum ejus cohvertentur ad filios Israël, » (Bible de Vence.)

Du caractère des prophéties en général , et de la prophétie d'Isaïe sui- VEmmanuel , en particulier. .

<( La 'Vierge concevra et enfantera \m fils qui sera appelé EmmanueL Is. 7. 14. » (Page 110.)

Ne pouvant citer toutes les prophéties, nous pensions d abord nous borner à quelques-unes des plus importances, et qui ne donnent lieu k ' aucune controverse sérieuse. Telles sont celles de Jacob et de Daniel , du Psalmiste / d'Isale , de Mdlachie , sur les temps et les caractères distinctifs du Messie ; la chaîne des événements qui ont précédé , accompagné cl suivi son apparition ; la cause, la nature, Vexcès et Je fruit de ses douleurs ; la ruine de l'ancien peuple ; la consommation et la perpétuité du nouveau sacrifice; l'universalité de la nouvelle alliance, etc. A ces prophé-

ties accablantes pour TincréduMlé et qu'on trouvera au chapitre 1*' do cet ouvrage (Art. 2. p. 86-44 6), Dous.en avons cependant ajouté quelques autres qui donnent prise k la discussion. La célèbre prophétie dlsaîe sur l'enfaqtement virgiaal de VEmmanuel, ne pou\ait surtout être passée sous silence, et Fobjection que les Juifs et les incrédules font contre elle, nous fournit une excellente occasion de donner k bien .des let;teurs (qui n'ont fait ni ne feront d'études spéciales sur ces matières] la clef d'un grand nombre de prophéties.

I. Cette clef se trouve dans un fait facile k vérifier : c'est qu'ordinairement, pour ne pas dire toujours, les prophéties eurent iieu k l'occa^ sion de certains événements présents ou prochains qui étaient la figure des événements futurs.

Saint Paul a dit du peuple de l'ancienne alKance : Hœc omnia in figura cwUmg^Mnt iUis : a Les choses qui lui arrivaient étaient des figures, et elles ont été écrites pour notre instruction , k nous autres qui nous trouvons k la fin des temps. » (L Corinth. 40.4 4'.) — Toute la suite* de Thisteire de ce peuple. rappelée dans les Psaumes 77". 4 01*, 405', 406", prouve k l'évidence cette vérité* que VApôtre résume admirablement an 40« chap. de sa J*" Epîlre aux Ck)rinthiens. — Israël fut un monument vivant élevé k la révélation primitive et k la rédemption promise et attendue. La vie de ce peuple est le tableau en raccourci des origines du genre humain , de sa chute , de sa captivité , mais surtout de sa délivrance par l'Agneau sans tache; de son passage k travers le désert de ce monde où Dieu le conduit par la foi k sa parole lumineuse et obscure tout a la fois ; de la nourriture céleste qu'il doit prendre , du pain du ciel dont il doit se nourrir pour persévérer jùsqu'k là fin dans la voie qu'il doit suivre; des combats qu'il doit livrer, des souffrance^ qu'il doit supporter, des tentations qu'il doit vaincre , pour entrer en possession de sa patrie. Celui devant qui mille ans sont comme un jour (H. Petr. 3. 8.) , et en présence de qui le temps est comme sans division , parce qu'il voit tout dans l'unité , s'est donc plu k nous rendre sensible cette unité de Toeuvre do sa providence. Et ce n'est pas seulement dans les grands traits que nous venons d'indiquer que sa sagesse a esquisse l'ensemble et surtout Vavenir de cette œuvre , car elje en a dessiné aussi les détails dans une foule de circonstances et dans .un grand nombre de personnages qui étaient de vivantes images des choses futures.

Ces figures étaient donc des faits , des réalités qui en représentaient d autres , et c'est à Toccasion de celles-là que les prophètes parlaient de celles^i.

Mais ce qui cardctérise les grandes prophéties, c'est qu'elles ajoutent II la figure» Pannonce formelle, explicite, de ce qui était contenu, caché dam la figure.

Il est un grand nombre de prédictions, sans doute, qui gardent ellesmêmes la nature des figures, et qui , par conséquent, présentent dans les mômes paroles un sens littéral et un sens allégorique , dont lun s'applique à la chose figurative, et l'autre k la chose figurée. Mais on tomberait dans une grave erreur, si on supposait qu'il en est ainsi de toutes les prophéties. Les plus importantes n'ont de sens littéral , dans leurs passages décisifs , que celui qui regarde Jésus-Christ , et cela est si clair , qu'elles deviendraient inexplicables , si on voulait leur en donner un autre. Cest ainsi que les prophéties de la Genèse, des Psaumes, d'Isaïe , de Daniel , de Michée , de Malachie , que nous avons rapportées déjà, et celle d'Aggée dont nous parierons plus loin (Note X.), regardent directement, manifestement Jésus-Christ, et ne regardent que lui seul.^

Les auteurs inspirés de ces grandes prophéties , parlent d'abord du fait présent ou prochain qui en est l'occasion , et ravis ensuite par l'esprit do Dieu , ils s'élèvent au fait futur , et semblent complètement perdre de vue le premier, tant leurs paroles deviennent uniquement applicables k Jésus- Christ , au grand avenir du Messie dont l'attente fut l'âme de toute l'histoire d'Israël.

Mais il est d'autres prophéties où ils reviennent de l'avenir au présent , du fait figuré au fait figuratif , et c'est alors qu'elles restent obscures aux yeux de ceux qui en ignorent la clef, et qu'elles laissent le champ ouvert aux disputes de ceux qui ferment les yeux k la lumière des prophéties prises dans leur ensemble , et les ouvrent avec soin , dès qu'un détail

(1 ) Ce qvi r«tt ai^rd'hvi tour clarté cM Jialenenl w q«i m blMlt rohmirllé avaDt knr • Comanil , m eflbt , aana coonaUra Jéaos-Chriat , • cotidlier lea Méea ito |n»de«r et ds biaaaan , de aervItiHle cl de r^fiie . de vk e( d« nort , de dh ioité et d*bnMBiié , de aépoltare et de rémmctlM, d'IaraU aan? é ci d*Ura«l rdprouré » (■. de Vrnce.) , que lea prophètea aBiascnt partout i ridée du Hesaie t Bail an*M, corn* sent néeemullre réclatant aecompUaMoevl de tout ee <|tt*ib ont écrit de lai, quand Jéraa-CWat ne» Bontm rea appamitcf cootfadkiioBa haroMmiciiieacBl coBfoDduea daoa aa peraenie ?

isolé parall offrir qoelqu*aliment a leur amour des ténèbres : DUexerunt teneln'as,

II. La prophétie d*Isa!e sur la Vierge Mère de l'Emmanuel est la plus obscure de toutes les prophéties de ce genre , parce qu elle est la seule où le prophète , au lieu de parler dabord du personnage figuratif, et puis de s'élever k son grand objet , commence par le Messie , passe immédiatement , sans la moindre transition , à celui qui en est la figure , et revient de nouveau au Messie. Mais quoiqu'il n'y ait pas de prophétie plus obscure , sous ce rapport » il n en est pas non plus de plus claire sous un autre , car si Isaïe ne s y élève k Jésus-Christ que par de rapides élans, chacun de ceux-K;i est un éclair qui dissipe en un instant toutes les ombres.

C'est ce que nous allons reconnaître en premier lieu.

Nous prouverons ensuite contre les Juifs et les incrédules , que loutc autre interprétation que celle de l'Evangile (Matlh. 4 . 20-23.), rend celle prophétie inintelligible.

Nous montrerons enfin que l'explication qu'en donne l'Evangile est la seule conforme au caractère général et maniresledes livres prophétiques.

1 . La prophétie sur YEmmdnuel est contenue dans les chapitres 7^' , 8" et 9« d'Isaîe.

Il est môme évident, comme le remarque Bergier , que jusqu'au chapitre 4 1^ où il est dit : Il sortira un rejeton du tronc de Jessé, VEsjmt de Dieu se reposera sur lui, etc., Isale ne perd point de vue son objet, et ({ue dans ces six chapitres, il est question du Messie. Mais 1c contexte des trois premiers suffit à ce que nous voulons démontrer.

Isaïe dit, au chapitre 7" : Le Seigneur vous donnera lui-même un signe (c'est-à-dire un prodige). Voilà que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé EmmanueU

L'Evangile de saint Matthieu rapporte ainsi cette prophétie : « Comme Joseph réfléchissait k ces choses, voilh qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph fils de David , ne craignez point de prendre Marie votre épouse , car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit.

Elle enfantera un fils , el voos rappellerez de son nom Jésu», car il sauvera son peuple de ses péchés. Or, tout ceci s*est feil afin que f(A accompli ce que le Seigneur avait annoncé ^ar le Prophète , disant : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils, à qui oa donnera U wm d'Emmanuel {ce qui signifie : Dieu af)ec nous), t (Matth. 4 . 20-23.)

Isaie ajoute, au chapitre 8" : c Le Seigneor fera fondre sur ce peuple le Roi des Assyriens avec toute sa gloire comme lés grandes eaux d*aii , fleuve. Il sortira de son lit et s*élèvera par-dessus ses rives , et inondant . tout le pays , il se répandra en Judée , jusqu*k ce qu'elle ait de Feau jusqu'au cou; il étendra ses ailes, et il en couvrira toute votre terre, à Emmanuel, »

Le Messie devait , en effet , naître dans cette terre , et posséder à jamais le trône de David. (Luc. 4 . 3S.)

Au chapitre 9« , Isaïe dit : « Dieu a d'abord frappé légèrement la terre de Zabulon , el la terre de Nephtali; et k la fin sa main s'est appesantie sur la Galilée des nations , qui est le long de la mer au delà du Jourdain. Mais enfin ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière , et le jour s^est levé pour ceux qui marchaient dans Vombre de la

mort CAR UN PKTiT ENFANT NOUS EST NÉ , ot uu fils uous S été douné , et

1^ domination a été mise sur son épaule ; et il sera appelé ^Admirable, le Conseillerf Dieu, le Fort, le Père ou siècle futur, le Prince de la fAix. Son empire s'étendra de plus en plus , et la paix qu'il établira n'aura point df fin; il s'assiéra sur le trône de David, et il possédera son rotfaume, pour l'affermir et le fortifier dans la justice » depuis ce temps jusqu'à jamais. Le zèle du Seigneur des années fera ces choses, »

L'Evangile n'a pas parlé plus clairement de Jésus-Christ ; et il est évident que le petit enfant dont parle Isaïe au chapitre 9" , est l'enfant promis comme un divin prodige et appelé Emmanuel, aux chapitres : V et 8**.

t. Mais après la lumière, vient Tobscurité. Les éclairs d'Isaîe rentrent dans la nue , l'analyse exacte de ces trois chapitres va nous y faire entrer k notre tour :

«Le royaume do Juda était dans la consternation. Achaz , se voyant attaqué par les rois de Samarie et de Damas , et ne se sentant point assez

APPSROICE.

fi)ii pour leur résiler » songeait k appeler à 9on secours le roi d*Assyrie. Alors le Seigneur dit a Isaie : c Allez att^ievant d*Achaz avec Jasub votre fils , et dites-lui de demeurer en repas , et de ne pas craindre ces deux queues de tisons fumants , Basin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël, parce quHU n'exécuteront point leur mauvais dessein contre Juda.^ » — Isaïe obéit; et comme Achaz ne croyait pas à ses promesses, il lui dit : « Demandez au Seigneur unsigw au haut du ciel, ou au plus profond de la terre. » — Achaz répondit : «Je n'en demanderai point, et je ne tenterai poifit le Seigneur. »

— Alors Isaïe répliqua : a Ecoutez dotic, maison de David; n'est-ce pas assez que vous soyez à charge aux hommes, sans l'être encore à mon Dieu ? Cest pourquoi le Seigneur va lui-même vous donner un signe : La Vierge (c^eet l'expression du texte hébreu et de la version des Septanle) , la Vierge concevra et enfantera un fils, et vous l'appellerez Ehhamuel ,

;k4 13Dy; *' ^ nourrira de miel et de beurre jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien, car avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, les pays que vous détestez à cause de leurs deux rois, seront abandonnés k leurs ennemis. 2»

0 Isaïe' prit deux témoins , et écrivit en leur présence par Tordre du Seigneur : Hâtez -vous de prendre les dépouilles, prenez vile le butin. 11 s'approcha de la prophétesse son épouse ; elle conçut et enfanta un fils , et le Seigneur lui dit : m Appelez-le Maher-schalal Hhascïi-baz (c'est-à-dire, Hâtez-vous de prendre les dépouilles , prenez vite le butin) ; car avant que cet enfant sache appeler son père et sa mère, la force de Damas et les dépouilles de Samarie seront emmenées devant le roi des Assyriens. » — Isaïe , parlant ensuite au peuple de Jud&, lui dit : « Me voici, mot et mes enfants, que le Seigneur m'a donnés pour être des prodiges et des signes dans Israël . de la jMirt du Seigneur des armées, qui demeure sur la montaqne de Sion.^ »

— Et après avoir parlé de la vengeance que le Seigneur devait exercer contre les deux princes qui faisaient alors la guerre k Juda , et du bonheur futur de ce dernier royaume, il ajoute : « Car il 7ious est né un enfant; un fils nous a été donné; l'empire a reposé sur ses épaules. Il sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu , Fort , Père du siècle futur, Prince de la paix. Son empire s^ étendra de plus en plus, et il jouira d'une paix qui ne finira point. Il s'assiéra sur le trône de David, et il possédera son royaume, afin qu'il Raffermisse dans le jugement et dans la justice, depuis ce temps jusqu'à

(l)lM.7.3. (3)lbid. 1^. (3)lbid.8.1. («)lba8. 19-

jamais. Ce sera le zèle du Seigneur des armées qui fera celaA » (Bible de Vence.)

Voilk toate la suite de la prophétie. Cest en s'appuyant sur sod contexte que les Juifs (et avec eux les incrédules) ont soutenu » d^abord , qu'il n est question dans ces trois chapitres que de Tenfant dlsaïe , de Maher-schdlal seul.

Ils ont manifestement tort. En effet : 1® si Emmanuel était le même que Maher-schalal , on lui eût donné après sa naissance le nom d'Emmanuel sous lequel il avait été promis, ou tout au moins, en lui donnant un autre nom , on eût remarqué que le premier lui appartenait également. 2*> Emmanuel est clairement désigné comme le maître du pays de Juda; car Isaîe dit du roi d'Assyrie : Il couvrira toute votre terre, à Emmanuel. Celui-ci n'est donc pas le 61$ du prophète. 3® Il est également impossible d'appliquer au fils dlsaïe ces paroles du chapitre 9* : Un enfant nous est né , et un fils nous a été donné ; la royauté réside sur son épaule. Il sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père' du siècle futur, Prince de la paix; son empire etc. 4*» La chose est si évidente , que les Juifs ont imaginé , en désespoir de cause , que Tenfaot promis au chapitre 7*". v. 4 4, et rappelé au 8". v. 4 4-45,et dont on marque la naissance au chapitre 9", avec des titres si pompeux et des traits si magnifiqueSi n'est autre qu'Ezéchias fils du roi Achaz. Mais ce système est insoutenable. «L'Ecriture (IV. Reg. 4 6.2. — 4 8. î.) nous dit expressément qu'Achaz ne régna que seize ans, et qu'Ezéchias en avait vingtcinq lorsqu'il lui succéda • Ezéchias était donc né huit ou neuf ans avant le commencement du règne de son père. Or, cette prophétie est de la première ou de la seconde année d'Achaz ; donc ce ne peut être d'Ezécbias, qu'Isaïe voulait parler. » (B. de Vence. Diss. sur cette proph.) — D'ailleurs, Isaîe au chapitre 7" parle non d'un enfant né, mais d'un enfatUà uailre , et les titres de Dieu , de Père du siècle futur , de Prince de la paix qui naura point de /in, ne conviennent pas plus à Ezéchias ou b tout autre homme, qu'au fils d'Isaîe. — Mais de qui parle donc le prophète?

Il est évident que cette prophétie a deux objets , et quelle restera éterneUe^ ment inintelligible pour ceux qui voudront l'appliquer à un seul.

(I)liii<I. D.«c7.

L'auteur de la dissertation déjk citée analyse ainsi lexposition que fait Bossuet du double objet de ce célèbre passage dlsaie .

« L*objet pr^^ni était la naissance d'un fils dlsaïe » qui devait être la preuve de la délivratice de Juda. L*objet éloigné était la naissance de Jésus-Christ, né d'une mère-vierge , et qui devait déVwrer les hommes de ^oppression du péché. Le premier était le gage et l'assurance du second. »

Bergier ajoute : «Le dessein du prophète n'était pas seulement de tranquilliser Achaz sur l'entreprise des rois d'Israël et de Syrie , mais d'assurer la famille de David qu elle ne serait détruite ni par ces deux rois » ni par les ravages des Assyriens, (c. 8. v. 4 0.) Or, ni le fils d'Isaïe , ni Ezéchias , ne pouvaient être le gage de la protection du Seigneur contre ces ennemis de la Judée ; mais la venue du Messie , qui devait naître du sang de David, était une preuve que ce sang subsisterait, du moins, jusqu*èce grand événement. » [Dict. de ThéoL art. Emharuel.)

«Quand David a parlé de la naissance du Messie, continue l'abbréviateur de Bossuet , il a d'abord commencé k parler de Saiomon , qui était son fils immédiat, et tout d'un coup il s'élève au Messie. Ici, au contraire , Isaîe parle d'abord du Messie , ensuite de son propre fils. Les enfants d'Isaîe , Séar-Jasub , et Maher-schalal , furent donnés a tout le peuple comme un prodige qui les assurait de leur future liberté; à Toccasion de ces deux fils, le Seigneur fait prédire la venue de son Fils pour le salut de tout le monde, et sa naissance miraculeuse d*une mère-'Vierge.

B Le premier fils qu'avait eu Isaie était nommé Séar^Jasub, c'est-kdire , Le reste reviendra. C'était une assurance au roi et au peuple de Juda , que ceux que la guerre et les misères présentes avaient obligés de s'enfuir, ou qui avaient été emmenés captifs par les deux rois ennemis dont on a parlé , reviendraient heureusement dans leur patrie. Le prophète était accompagné de ce fils lorsqu'il se présenta devant Achaz et lui annonça 1 la naissance d'EiiiiAtfUEL et de Maher-SchalaL C'est k l'occasion de ces deux fils, Séar-Jasuh et Maher-Schalal, qu'il dit : « Me voici, moi et mes enfants que le Seigneur m'a donnés, pour être un prodige et un signe dans Israël, * » parce qu'en effet ces deux enfants étaient des prodiges et des prophéties vivantes.

(1) t»». 7. J el M(|q- (3) Ibid. 8. IS.

» Voilà trois personnes bien marquées et bien distinguées , EuMANtEL. Maher-schalal et Séar-Jasub. La vierge Marie conçoit et enfante EmA- NUBL ou le Messie ; la prophéteisse met au monde le Gis dlsa'ie , nommé Maher-schalal, frère de Séar-Jasub. L enfant qui doit être appelé Admi- ,rable. Conseiller, Dieu, Forl, Père du siècle futur, Prince de la paix, est fort différent de Tenfant qui doit naître, croître, parvenir k l'âge de raison, et servir de preuve k Achaz , de la vérité de la promesse dlsaïe. »

3. Cette méthode d'interprétation , il faut bien le comprendre, n'est pas arbitraire, et on ne Ta pas imaginée ici pour se tirer d'embarras. Non , elle est fondée sur la méthode même des prophètes , comme nous l'avons montré en commençant. Quiconque ne voudra pas la suivre, se mettra dans l'impossibilité de donner k cette prophétie un sens rat«oiinoble quelconque.

Au risque de tomber dans quelques redites , nous finirons par les réflexions qu'a suggérées k l'auteur des dissertations de la Bible de Venco, cette méthode générale des prophètes, qui répand un si grand jour sur la prophétie du chapitre T d'Isaïe en particulier :

« Il faut, dit-il, établir un principe important pour l'explication des prophéties , qui est que , pour l'ordinaire , les prophètes proposent leurs prédictions touchant le Messie , k l'occasion do quelque autre personne. Par exemple , en parlant de David, ou de Salomon , ou d'Ezéchias, ou de Zorobabel , tout d'un coup ils passent k Jésus-Christ ; ou en parlant de Cyrus , et du retour de la captivité de Babylone , ils expriment les qualités du Messie et la rédemption du genre humain. Quelquefois ils commenceront un discours où ils décrivent leur mission , leur emploi , leurs travaux , les persécutions auxquelles ils sont exposés , et subitement ils s'élèvent a la vie , k la mort , a la passion du Sauveur. Ce n'est point une méthode qu'ils m suivent que rarement et par occasioti ; c'est la règle commune et générale de presque toutes les prophéties. C'est ce qui est remarqué par saint Jérôme ^ et par les commentateurs. Ce saint et savant inlei prête des Ecritures fait encore une autre observation , qui est que les prophètes , annonçant les choses futures , ne négligent pat» celles qui sont présentes : Sic futurorum texit vaticinium, ut pro'sens

(1) Hieron. <ii J0rnn. * et l*n. i el is, el iu >4huiu. 3. — RiiM Tel masiac obnuri mol proiMje, «faH rcfente <tum altad »gilor,ad «lios prrvooa nqialQr.

tempus non denenU; 1 en sorte que les é\ï'aeineaU prochains qu*ils prédisent , et qu'on voit airriver , sont tout à la fois des preuves de leur mission et de leur inspiration présente et actuelle , et des assurances des autres choses plus éloignées qu*ils annoncent.

» Il n y a qu k appliquer ce principe au sujet dont il s agit ici. Isaîe veut donner à Achaz une preuve de sa délivrance prochaine. Il lui promet qu il naîtra un fils qui sera le gage de sa prédiction , et qu avant que cet enfant sache parler et discerner le bien du mal , ce qu il a prédit s'accomplira. M;iis il débute par une promesse bien plus importante et plus intéressante. Il lui dit que la Vierge par excellence , selon l'expression de rbébreu , c'est-a-dire , celle-là même que Dieu lui montrait , et de qui on attendait le libérateur promis , lequel devoit naître de la maison de David ; que cette vierge concevrait et enfanterait , selon la promesse du Seigneur, un fils qui serait appelé Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous. Après quoi , quittant tout d'un coup ce grand objet , qu'il n'a fait paraître à ses yeux que comme un éclair , il vient à la naissance d'un enfant ordinaire qui devait être le gage de sa parole. Emmanuel, ou le Messie , est le premier dans l'intention du prophète ; mais le fils d'Isaîe est l'objet principal qui occupe l'esprit et l'attention du roi et de son peuple. Ce sont deux enfants entièrement différents, et qui n'ont rien de commun , si ce n'est que le fils du prophète est l'occasion de ce qui est dit de la personne du Messie et de sa naissance miraculeuse. On peut même observer que le prophète les distingue par la manière dont il s'exprime au j^. 16 : Quia antequam sciât puer, etc. Il ne dit pas simplement : Quia antequam sciât, ce qui rapporterait nécessairement ceci à cet Emmanuel qui vient d'être nommé; mais il dit : Antequam sciât puer, ce qui avertit qu'il s'agit ici d'un autre enfant. On pourrait objecter que l'hébreu dit ^yjn • ^'^ P"^» comme auparavant : Illa virgo; mais il est encore remarquable que le prophète ne dit pas : Puer iste, mpj "l^JH' ce qui se rapporterait encore nécessairement k Emmanuel: il dit : Ulepuer, ce qui laisse à entendre que l'enfant dont il parle ici n'est pas cet Emma- .NUEL. Ce n'est pas non plus un enfant quelconque ; mais c'est Venfant que la suite fera connaître , l'enfant qui doit naître de l'épouse du prophète. Enfin on peut observer que la particule hébraïque exprimée dans la Vulgâte par quia, pourrait aussi signifier sed, ce qui pourrait séparer mieux encore ces deux promesses.

( I ) Bieroii. in eop. l. MaUieh,

9 Dans les autres prophéties, on commence d^ordinaire par lesojet historique et littéral , à loccasion-duquel on doit parler du Messie ; ici c'est le contraire. Isate commence par annoncer la naissance de Jésus-Qirist d*one mère-vierge , et immédiatement après , il vient a son propre fils , comme signe de la délivrance de Juda. Cest ce qui distingue cette prophétie de toutes les autres , et en fait la grande difficulté. Et comme Isaîe n'avait , pour ainsi dire , tiré qu'un trait , quoique fort marqué , pour désigner la personne du Messie , de peur qu'on ne s'y méprit , il y revient dans la suite de son discours k trois diverses reprises , et caractérise son sujet d'une manière qui ne permet pas de le méconnaître , puisqu'il lui donne les titres de Dieu , de Père du siècle futur , de Prince de paix , qui doit régner éternellement dans V équité et dans la justice; caractères qui ne conviennent b nul autre qu'au Messie. »

Le foit de l'EgUse est la preuve permanente de la révélation divine. — Paroles remarquables de saint Augustin.

« La vue de Jésus-Christ ressuscité soutenait les apôtres, dit saint Augustin, et les faisait croire à TËglise qui devait se former dans l'avenir; que la vue de TEglise nous fasse croire aussi à Jésus-Christ ressuscité. » (Page 119.)

Voici le texte même dont nous avons donné la traduction : c Et dixit eis. Quid? Quoniam sic oportebat, quoniam sic scriptum est, et sic oportebat. Quid? Chrislum pati et resurgere a mortuis tertio die. Viderunt hoc , videront patientera » videruot pendentem , viderunt post resurreclionem prsesentem, vivenlem. Quid ergo non videbanl? Corpus I id est, Ecclesiam. lUum videbant, illam non videbant. Sponsum videbant, sponsa adhuc latebat. Promitlat et ipsam. Sic scriptum est, et sic oportebat Christum pati, et resurgere a mortuis tertio die. Hoc sponsus est : quid de sponsa? Et pradicari in nomifie ejus pœnitenliam et remissionem peccatorum per omnes gentes, incipientibus ab Jérusalem. Hoc nondum videbant discipuli : Ecclesiam per cmnes gentes, incipientibus ab Jérusalem , nondum videbant. Caput videbant; et de corpore capiti credebant. Per hoc quod vid^wnt, quod tiow videbant credebant.

Similes iUis sumuê et nos : videmus aliquid, quwl ipsi non videbant; et non videmus aliquid, quod ipsi videbant. Quid nos videmus quod ipsi non viddmnt? Ecelesiam per omnes gentes. Quid non videmus, quod ipsi vide^ bant? Christ um in carne constitutum. Quomodo illi illum videbant, et de corpore cred^Mnt : sic nos corpus videmus , de capite credamus, Invicem nos adjurent visa noslra. Adjuvit eos visus Christus, ut futuram Ecelesiam crederent : adjuvat nos visa Ecclesia, ut Christum resurrexisse credamus, Implcta est fides Ulorum , impletur et nostra : impleta est illorum de capite, mplelnr nostra de cor pore Totus Christus et ilUs innotuit, et nobis inno^ tuit : sed lotus ab eis non est visus, nec a nobis totus visus. Ah eis caput est vimm, corpus creditum : a nobis corpw visum, caput creditum. » iSerm. ne. Ed. Ben.).

La vérité qu expose ici saint Augustin lui était si chère , qu'il y revient souvent en l'exprimant chaque fois presque dans les mêmes termes. C'est ainsi qu'il dit encore :

« Toto terrarum orbe Ecclesia diffusa est : omnes gentes babent Ecelesiam. Nemo vos faliat : ipsa est vera , ipsa est catholica. Christum non vidimus , hanc videmus : de illo credamus. Apostoli e contra illum videbant, de ista credebant. Unam rem illi videbant» aliam credebant. Videbant illi Christum , credebant Ecelesiam quam non videbant : vide^ mus et nos Ecelesiam, credamus in Christum, quem non videmus, et tenentes qood videmus , perveniemus ad eum quem nondum videmus. n (^rm. 238. Ed. Ben.)

Et ailleurs :

a Tune aperuit iWs sensum ut intelligerent Scripturas; et dixit eis, quia sic scriptum est, et sic oportebat Christum pati, et resurgere a mortuis tertio die , — et prcedicari in nomine ejus pœnitefitiam et remissiouem peccalorum per omnes gentes , incipientibus ah Jérusalem. (Luc. 24.) — niud non vidimus, sed hoc videmus. Quando ista promiltebantur , nondum videbantur. Apostoli Christum praesenlem videbant, sed toto terrarum orbe diffusam Ecelesiam non videbant; videbant caput, et de corpore credebant. Habemus vices nostras , habemus gratiam dispensationis noslrse : ad credendum certissimis documentis tempora nobis in una fide sunt dislributa. Illi videbant caput, et credebant de corpore; nos videmus corpus, credamus de capite. » {Serm, tit. Ibid.)

472 APPENDIG8.

C'e^t toujours la même vérité qui a fait dire k TÂigle d'Hippone : « Tenet me in Eccleeiœ gremio ipmm eatholicœ nomen. » — Et encore : « Evangelio non crederem nisi me Ecclesiœ cdtholieœ commoceret auciori'ta$, 9 (Cont, Ep Fwid. c. 5.)

Il Texpose en6o , ex professo, dans son traité : De fide rerum quœnon vOentur , où il s'exprime ainsi :

<r Me attendile , vobis dicit Ecclesia ; me attendite , quam videtid , etiamsi videre noiitis. Qui enim temporibus illis in Judaea terra ûdeles fuerunt, ex virgine nalivitatem mirabilem, ac passionem, resurrectionem , ascensionem Christi , omnia divina dicta ejas et facta praesenles praesentia didicérunt. Haec vos non vidistis, propterea credere recusatis. Ergo haec ad.<:picite , in haec intendile , hœc qusB cernitis cogitate , quae vobis non praeterita narrantur , nec futara praBnuntianlur , sed praesentia demonstrantur. An vobis inane vel levé videtur , et nullum vel parvum putatis esse miraculum divinum, quod in nomine unius crucifixi nniver- 8um genus currit homanum ? Non vidistis quod prœdictum et impletum est de humana Christi nativitate , Ecce virgo in utero accipiel, et pariet lUium : sed videtis quod praedictum et impletum est ad Abraham Dei verbum : In seminetuo benedicentur omnesgentes. Non vidistis quod de mirabilibus Christi praedictum est ; Venite, et videle opéra Domini, quœ pomit prodigia super terram : sed videlis quod praedictum est : Dominue dixit ad me, Filius meus es tu, ego hodie genui te : postula a me, et dabo tibi génies hereditatem tuam, et possessionem tuam terminas terrœ. Non vidistis quod praedictum est et impletum de passione Christi : Foderunt manus meas et pedes meos, dinumeraverunt omnia ossa mea; ipsi vero consideraverunt et conspexerunt me, diviserunt sibi vestimenla mea, et stiper restem meam miserunt sorlem : sed videtis quod in eodem Psaimo praedictum est, et nunc apparet impletum : Commemorabuntur et convertentur ad Dominum universi fines terrœ, et adorabunl in conspectu ejus universœ patriœ gentium; quomam Domini est regnum, et ipse dominabitur gentium. Non vidistis quod de resurrectione Christi praedictum atque complelum est, loquente Psaimo ex persona ejus prius de traditoreet persecutoribus ejus : Egrediebantur foras , et loquébdùntar simul in unum ; adversum me insusurrabant omnes inimici mei , adversum me cogitabant mala mihi; verbum iniquum disposuerutit adversum me. Ubi, ut ostenderct nihii eos valuisse occidendo resurrecturum subjecit atque ait : Nufttquid qui dormit, non adjidet ut resurgat? Et paulo post cum de ipso

6U0 traditore per eamdem propheliam prsedixîsset , quod in Evangelio quoque scriptum est : Qui edebcU panes meos, ampliavit super mecaîca^ neum; hoc est, conculcavit me : continao subdidit : Tu autem, Domine, miserere mei, et resuscita me, et reddam illis, Irapletum est hoc, dormivit Christas , et evigilavit , hoc est , resurrexit : qui per eamdem prophetiam in ijio Psaimo ait : Ego dormivi et somnum cepi, et ea^urrexi, quoniam Dominus suscipiet me, Yorum hoc non vidistis , sed videlis ejus Ecclesiam. de qua similiter dictum et implelum est : Domine, Deus meus, ad te gentes venienl ab ea^tremo terrœ , et dicent : Vere mendacia coluerunl patres nostri simulacra, et non est in illis utilita^. Hoc certe sive velitis seu noiilis adspicitis eliam si adhuc aliquam putatis esse vel fuisse in simulacris utilitatem : certe tanien innumeros genlium populos reliciis vel abjectis \el confractis hujusmodi vanitalibus andistis dicere : Vere men-dacia coluerunt patres nostri simulacra, et non est in illis utilitas-: si faciet homo deos, et ecce ipsi non sunt dii. Ncc putetis autem ad unum aliqucm Dei locum génies praediclas fuisse veoturas» quoniam dictum est : Ad te gentes x^nient ab extremo terrœ, Intel) igile, si potestis, ad Deum . Christianorum qui summus et verus est Deus, non ambulando venir . gentium popufos , scd credendo. Nam res eadem ab alio Propheta sit» prœnunliata est : Pravalebit, inquil, Dominus adversus eos, et exterminât omnes deos gentium terrœ t et adorabunt eum unusquisque de loco suo' omnes insulœ gentium. Quod ail ille : Ad te omnes gentes venient : hoc ait iste : Adorabunt eum unusquisque de loco suo. Ergo venient ad eum non recedenles de loco suo , quia credentes in eum inveuient eum in corde suo. Non vidislis quod prsBdictum et implelum est de ascensione Chrisli : Exaltare super cœlos Deus ; sed videlis quod continue sequilur : Et super omnem terram gloria tua. Ilia de Chrislo jam facta alque Iransacta omnia non vidislis sed ista praesentia in rjus Ecclesia videre vos non negalis. Utraque vobis prœdicla monslramus : ulraque autem vobis impleta prop* terea demonstrare videnda non possumus , quia revocare in conspectum prœterita non valemus. . -

9 Sed quemadmodum voluntates amicorum quae non videntur, creduntur per indicia quœ videntur : sic Ecclesia qusB nunc videtur, omnium qua; non videntur , sed in eis litleris ubi et ipsa est prœdicta monstrantur, et index est praeteritorum , et praenuntia fulurorum. Quia etprselerita qusBJam non possunt videri, cl prœscnlia quœ nunc posi^unt videri omnia, eum pracnunliarcnUir , nihii horum polerat lune videri.

Cum ergo fieri prsDdicta cœperunt, ex illis quse facta sunt usque ad isla quaB fiunt, de Chrislo et Ecclesia quae praedicta sunt ordinala série cucurrerunt : ad quam seriem pertinent de die judicii , de resarrectione mortuorom , de impioram aeterna damnatione cum diabolo , et de piorum aetema remuneralione coin Christo , qusc similiter praedicta Ventura sunt. Cur ergo res primas et novissimas quas non videmus npn credamus, cum testes utrarumque res médias quas videmus habeamus, atque in propheticis libris et primas et médias et novissimas vel audiamus praenuntiatas antequam fièrent, vel legamus ? » .

C'est donc par TEglise que nous arrivons à Jésus-Christ : Tenentes quod videmus, perveniemus ad eum quem nondum videmus. Oui , car c est par elle que Jésus-Christ vient à nous , se manifeste à nous. C est par cette œuvre divine de la catholicité qu*il redit à tous les siècles ce qu'il a dit une fois : Operibus crédite.

C'est par le dernier anneau de h chaîne des faits divins qu il nous la fait saisir toute entière ; c'est par « ce miracle toujours subsistant qull confirme la vérité de tous les autres, k tel point qu'il faut bétonner qu ayant établi la foi sur une autorité si ferme et si manifeste, il reste encore dans le monde des aveugles et des incrédules. Nos passions désordonnées, notre attachement k nos sens, et notre orgueil indomptable en* sont la cause. j> [Hist. univ. II" part, in fin.)

Pascal, comme saint Augustin et comme Bossuet a vu un motif de crédibilité proprement dit ou une preuve de la divine origine de la révélation chrétienne , dans Tincomparable fait de TEglise , lorsqu'il a dit : a La vraie religion est telle , que Vélat où elle est suffit pour en prouver la vérité. » (Pensées.)

Le célèbre auteur de la Symbolique , Moêhler , a fait remarquer la même chose quand il a dit de Yunité catholique qu'elle est l'œuvre divine de laquelle Jésus^hrist parlait k son Père comme de la preuve permanente de sa mission : Ut credat mundus quia tu me misisli. [Symb. c. 5. §36.)

Des auteurs classiques on ne peut plus autorisés expriment la même vérité avec toute la précision théologique désirable , quand ils disent que l'Eglise, par ses caractères, est un motif de crédibilité qui suffit aux

simples et qui est nécessaire aux sages (Liebermann. Instit. 1. 4 . c. S. p. 3.); quelle est môme par Féclat de ses caractères- le premier des inotife de crédibilité (Dens. De Fide, q<> 4 8.) ; qu'elle prouve la révélation indépendamment des Ecritures (Ibid. n* SO.); et que , selon le cours ordinaire des choses (Nisi extraordinarie fiât immediata revelatio,) , la divinité ou la divine origine de la révélation chrétienne ne nous apparaît dans toute son évidence que par elle. » (Ibid.)

Mais puisqu'il en est manifestement ainsi, n*est-il pas regrettable qu'on n'insiste pas davantage dans les cours de théologie sur une vérité aussi fondamentale ? N'est-il pas triste qu'ont semble même quelquefois la perdre de vue , lorsque , dans le traité De vera Religione , ou De Démonstratione christiana, on expose parmi les motifs de crédibilité» celui de l'universalité et de la stabilité du Christianisme , en faisant avec soin abstraction* de l'Eglise qui est ce fait-là même dont on constate le caractère surhumain et démonstratif de la révélation ? N'est-il pas étonnant qu'on prenne si bien garde de prononcer le mot d'Eglise avant d'avoir démontré , indépendamment du fait qu'elle constitue , les autres faits dont elle est elle-même la preuve , non unique , mais principale ? — (Test évidemment se laisserdistraire par la science , du simple regard du bon sens ; c'est oublier ce qu'a dit saint Augustin : « Habemus vices nostras , habemus gratiam dispensationis nostrœ : ad credendum cerlissimis docih' mentis tempera nobis in una fide sunt distributa. lUi videbant caput , et credebant de corpore ; nos videmus corpus, credamus de capite; » c'est négliger le moyen même que Jésus -Christ nous a donné pour aller à lui : Tenentes quod videmus, perveniemus ad eumquem nondum videmus; c'est confondre les temps, et ne vouloir arriver au miracle qui est devant nos yeux que par les preuves écrites des miracles faits aux yeux des autres ; et parce que la résurrection du chef a précédé la formation dû corps , c'est refuser de voir le corps aujourd'hui visible , avant d'avoir prouvé d'une manière laborieuse la résurrection du chef invisible ; c'est faire comme eussent fait les apôtres si , pour croire k la catholicité annoncée , mais encore invisible, ils eussent en présence de Jésus-Christ ressuscité , exigé d'autres preuves de ce qu'il leur annonçait » que sa résucrection elle-même. Ces preuves surabondantes , Jésus-Christ les leur a données, en leur montcant l'accomplissement de toutes les prophéties dans sa personne; mais comment leur en a-t-il fait saisir la chaîne , sinon par Tanneaii vivant qui était devant eux ? « Nous sommes traités comme eux par

le djvin maître : Similes illia sumus. Quomoda illi Ulum fnâd>ant, et de cor pore credebant-: sic no^ corpus videmus, de capite credamus : De même qu*en voyant 7ésuS'Christ, ils crurent à ^Eglise, ainsi en voyant V Eglise, nous devons croire en Jésus-Christ (S. Aug. Serm. h\6.) ; car la preuve qu*il nous donne de sa résurrection par' le miracle toujours subsistant de la catholicifé (Bossu6l.)f n*est pas moins certaine que la preuve de la catholicité qu'il leur donnait par le miracle de sa résurrection : « Habemus vices nostras, habemus gratiam dispensationis nostrœ : ad cnadendum cerlissimis documentis tempera nobis in una fide sunt distributa. Illi vide- .bj\nt caput , et credebant de corpore ; nos videmus corpus , credamus 4^ capite. » " '

Encore une fois, nous sommes loin de blâmer les démonstrations chrétiennes qui suivent Tordre des temps » et procèdent en s^appuyant d*abord sur des documents écrits; mais nous disons qu'elles ne doivent pas nous engager à fermer les yeux sur 1& démonstration que la Providence continue toujours devant nous : Usque modo operatur, par le miracle subsistant qui prouve à lui seul là vérité de tous les autres.

Nous avons donc cru bien faire d'attirer sur ce point rattention des défenseurs da la foi , lorsque nous avons publié les Entretiens sur la démonstration catholique de la révélation chrétienne, désirant faire entendre par ce titre mém*e« que s'il e$t plusieurs bonnes méthodes de démonstration de la foi , s'il est une démonstration chrétienne^ et une démonstration catholique, concluantes l'une et l'autre, quoique se succédant Tune à 1-autre , il est aussi une démonstration catholique de la révélation .chrétienne que la Providence fait d'un seul coup , et continue aux yeux de l'univers par l'œuvre permanente de la catholicité.

Ce point est d'autant plus important, que cette grande œuvre, ce ' grand, fait n'es( pas seulement un motif de crédibilité proprement dit, mais qu'il est pour nous le principal , celui qui se distgague de tous les autres en ce qu'il est présent, public, notoire : Notoriu^n et habens eviden-tiam facti; en ce qu'il est vivant, parlant, se manifestant et s^expUquant ' lui-même.

Cestce caractère b part'qui fait comprendre 4^ pourquoi Térudilion , la critique, les études proprement dites ne sont nullement nécessaires pour nous en donner la certitude (Voir le 6" Eut. de la Dém, cath, in fine.

et la Lettre au Prin^ de Broglie sur les Diffër. Dém, de la foi.); 2<*cop(imeRt la Providence élablit par lui Taccord entre la raison et la foi , sans exiger de nous des recherches dont la plupart des hommes sont incapables, des discussions' qui , ordinairement , n^abouti^sent pas même pour les Bavants; 3® enfîn , pourquoi ce motif suffisant pour donner un fondement rationnel ë la foi des simples , est nécessaire aussi k la foi des sages , la raison n'arrivant à la foi divine , sçlon 4'ordre général établi par la Providence {Nisi fiât immediata revelatio.) , que par sa soumission k une autorité vivante qui prouve blle-hême sa niission : Per apostolatum ad obediendum fidèi (Rom. 4.5.); — Redîgene omnem inUllectum m obsequium ChrUti. (II. Cor. 40. 6.) , " •

Cest ainsi que Jésus-Christ a gagné la foi des apôtres : Operibus cre- .dite; c*est ainsi que les apôtres ont gagné la foi du monde : Domino coopérante et.eermonem confirmante, seqùentibus signis; — Signa apostolatus mei facta ennt super vos; — ^^c*est toujours ainsi que Tapostolat perpétuel ou TEglise enseigoanle conserve ou propage la foi dans tous les siècles , puisqu'elle est elle-même la grande œuvre du Fils de Dieu, Tœuvre de ses œuvrais, le miracle de ses miracles : Illi videbant caputet * 'credebant de corpore; nos videmus corpus, credamus de capiie.

.Que faDlril donc répondre k ceux qui , en présence de -la catholicité , demandent , pour croire k la Aiissio'n divine de Jésus-Christ qu op la leur prouve par des monuments contemporains du passage du Fils de Dieu en ce monde? Il faut la leur prouver comme ils le désirent, puisque ces monuments ne manquent pas , mais il faut surtout leur montrer que le grand monument contemporain de ce divin passage , la grande œuvre qui Tatlesle k jamais \ celle qui porte avec le plus d^éctat le cachpt ineffaçable de son origine , c'est TEglise universelle çlle-même. Il faut leur dire avec saint Augustin montrant la catholicité aux donatistes : Ecce luxmea, ub} est t)bscuritas vestra? (Serm. 483 ) Les caractères de TEglise ne sont' ils pas des faits et deslTaits évidemment surhumains? Ils sont donc la preuve de son origine, le signe visible de la présenee de Celui qui a promis d'être avec elle jusqu'k la consommation des siècles.

Mais que dire de ceut-qui croient k celte présence, et qui , pour en convaincre les autres, ne trouvent point d'autres voies que 'celle de là critique? l^e^ sont-ils donc jaifaais fait cette question : Est-il possible

que la toute-poissance de Dien soit avec une société vivante , et qu*il faille de longues études potir s'en assurer?

L'Eglise est un fait, disent-ils, et par conséquent c'est dans Thistoire que nous dewns chercher nous-mêmes les preuves de son institution et de son autorité. Cest en remontani le cours des siècles l'histoire à la main, que nous devons vérifier par nos propres recherches si elle ne nous trompe pas dans ce qu'elle nous dit d'elle-même I

Gomme si Dieu ne témoignait pas en elle par les caractères que loi

seul pouvait lui donner !

Les Juifs disaient à Jésus-Christ que son témoignage était insuflSsant parce qu'il se rendait témoignage à lui-même. Jésus-Christ leur répon-> dait que , par ses œuvres , Dieu son Père rendait témoignage en lui. II a donné à son Eglise de pouvoir répondre de même , puisqu'elle est la grande et divine œuvre qui rend à jamais témoignage k Jésus-Christ , le miracle subsistant qui confirme la vérité de tous les autres. L'époux a donné k l'épouse le droit manifeste et divin de parler comme lui.

Certes , nous ne faisons pas abstraction de l'histoire , mais nous soutenons fermement et nous ne cesserons de le dire , puisque Dieu nous le dit lui-même , que c'est en écoutant l'Eglise enseignante que nous sommes pleinement assurés de son passé et de ses origines , parce que son témoignage , revêtu de l'éclat de ses caractères , est le témoignage historique par excellence , celui qui l'emporte divinement sur tous les autres. -^ De bonne foi , nous le demandons k ceux qui croient indispensable k une démonstration chrétienne , de vérifier le témoignage de l'Eglise sur sa divine origine par nos propres recherches historiques, parviendrionsnous jamais k la reconstruire historiquement , comme ils disen} , si l'édifice tout entier, élevé par les mains de Dieu , n'était Ik debout devant nous?

N'est-ce pas le centre toujours vivant de l'unité , n'est-ce pas l'incomparable autorité catholiquement reconnue du successeur de Pierre qui nous fait comprendre le : Tu es Petrusf N'est-ce pas l'autorité toujours agissante de l'épiscopatet le ministère toujours subordonné du sacerdoce et des autres ordres qui nous font comprendre les textes relatifs k la hiérarchie?. N'est-ce pas l'exercice de la puissance des clefis qui nous

donne rinlelligence du : Quorum remiseritU peccata? N'est-ce pas Toffrande universelle du sacrifice qui nous empoche de n'entendre qu'à demi ou de n'entendre qu'à peine le mol divin : Hoc facile in meam com-^ memoratianem? N'est-ce pas le culte universel, catholique» prodigieux de la présence réelle, qui nous préserve de toute participation aux imaginations allégoriques des sectaires et des rationalistes sur l'auguste mystère qu'on peut appeler le cœur du christianisme ? Ainsi de tout le reste , depuis l'atrium jusqu'au sanctuaire , depuis la pierre angulaire jusqu'au sommet de ce temple vivant, de celte Eglise : Quœ celsa de viventibus saxis ad astra tolHtur : lout ce qui en a été écrit est visible , tout ce qui en a été dit dans les monuments de sa tradition reste imprimé in viventibus saxis; et si l'Église s'appuie sur les fondements posés par la main de Dieu, si elle cite les paroles de vie qui sont tombées de la bouche de Jésus-Christ , si elle montre avec soin les traces de son immuable foi sur les monuments de sa tradition dans tous les siècles, c'est elle qui s'appuie, c'est elle qui cite, c'est elle qui montre, c'est elle qui nous découvre sa base, qui nous donne la clef de ses archives et le sens des documents qu'elles contiennent. C'est elle , en un mot , qui non-seulement nous dit , mois nous fait voir par son impérissable vie tout le sens de cette parole qu'elle vérifie : Je suis avec vous jusqu'à la fin.

Voyez donc ceux qui lui ont tourné le dos , voyez-les k l'œuvre pour construire ou reconstruire historiquement l'Eglise par les efforts de la science séparée : quelle tour de Babel ne tentent-ils pas en vain d'élever ! Nous ne ferions pas mieux qu'eux , si nous n'avions les yeux fixés sur la maison de Dieu inébranlablement assise sur la pierre ferme : Supra firmam petram.

N'allons pas, sans doute, négliger un seul des dons de Dieu, et sachons surtout profiter religieusement de celui des saintes Ecritures , mais n'oublions jamais par quelle main Dieu nous l'a fait, et ne soyons pas assez aveugles pour méconnaître ce qui est aussi clair que la lumière du jour : que TEglise , dans l'ancienne et dans la nouvelle alliance , exis^ tait avant les Ecritures; quelle seule nous en garantit l'authenticité et le sens; que la foi manifestement antérieure aux Ecritures ne trouve dans celles-ci qu'un divin aliment de plus ; que toutes les vérités ont été confiées k la parole vivante de l'Eglise enseignante : Docete, vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sœculi, mais que toutes ne l'ont pas été k l'Ecriture qui, nulle part, ne prétend formuler l'ensemble de

renseignement chrétien , mais affirme , au contraire , qu'elle ne rapporte ni tous les exemples du Christ , ni toute la doctrine qu*il a laissée kson Eglise (Joan. 24 . 25. — Act. 4.3.); enfin , que supposer, en présence de TEglise , la nécessité des monuments écrits pour démontrer la révélation , c'est tomber dans une erreur qui ne blesse pas seulement la foi , mais le bon sens. Cest une pitié , en effet , de ne pas voir que si la main de Dieu apparaît clairement dans l'Ecriture, elle se révèle avec un éclat bien autrement sensible dans Tautorité vivante , dans laposlolat permanent qui continue de dire h tous les siècles : Signa apostolatus met facta sunt super vos (!I. Cor. 4 2. 4 2.), puisque le sceau de sa mission est imprimé dans ses caractères , dans la catholicité même si bien gommée par Bossuet : le miracle subsistant qui prouve à jamais la divinité du Christ.

Ne séparons donc pas ce que Dieu a uni : TEcriture , la tradition , et Tautorité divinement établie pour les garder toutes les deux ; mais sachons et voyons que c'est évidemment par celle-ci que nous sommes mis eb possession certaine des deux autres. (Terkull. De Prœscript. c. 49. — S. Iren. Ad\). hœres. 1. 3. c. 3.. — Moëhler, Symb,} Comprenons toute la portée de cette parole de saint Augustin : (t Evangelio non crederem, nisi me Ecclesiœ catholicœ commoverel auctoritas;nne faisons pas à l'époux, selon l'expression du même saint Docteur , ne faisons pas k Jésus-Christ l'injure do supposer qu'il n'a pas donné k son épouse des qualités qui la rendent facilement reconnaissable , des caractères manifestement dignes de lui, mais reconnaissons, au contraire, que si la vue de Jésus-Christ , l'essuscité a sufiB aux Apôtres pour les faire croire au miracle futur de la catholicité , ce grand miracle nous suffit k son tour pour nous faire croire k Jésus-Christ ressuscité; que Dieu nous traite toujours cbmme les premiers disciples, et que c'est par ses œuvres visibles qu'il nous demande aussi la foi aux invisibles : « Similes illissumus et nos : quomodo illi illum videbant et de corpore credebânt : sic nos corpus videmqs , de capite credamus. Invicem nos adjuvent visa nostra. Adjuvit eos visus Christus, ut futuram Ecclesiam crederent : adjuvat nos visa Eccksia, ut Chirislum resurreooisse credamus. » {Serm, 4 4 6.' cit.)

Des origines du Boaddhisme.

<c C'est lorsqu'il était retiré dans les montagnes du Caucase indien d'où il prit le nom de Bouddha, que le (ils du* roi Kapilavastou emprunta sa doctrine au magisme de Zoroastre, mais en y mêlant de monstrueuses erreurs. » (Pag. 447-448.)

Sa vie solitaire et méditative loi fit donner les noms de Câkyemouni et de Bouddha ; Câkyamouni veut dire solitaire de la race de Câkya , et Bouddha signifie^ sage ou parvenu à la connaissance. (Voyez Burnouf.) « Cest véritablement, dans le magisme pu le mazdéisme, dit M. Scbœbel, en réfutant M. Ernest Renan, qu'it faut chercher Texplication de Tœuvre réformatrice de Bouddha. Qu'on dise, en effet, où Bouddha a puisé la doctrine de légalité d'origine des hommes, celle du péché originel (Kléea), le mépris du polythéisme, la certitude que Thomme peui vaincre le mal, exercer la vertu , et acquérir ainsi un bonheur inaltérable après cette vie , si ce n*est là seulement où ces doctrines , fruit des traditions primitives , étaient alors connues et professées, en exceptant, bien entendu , la religion de Moïse? (Test dans le zoroastrisme que la mémoire des faits du monde primitif s'était conserve d'une.manière si surprenante , qu'il semble que certaines parties de TAvesta soient écrites par un autre Moïse. Un Dieu unique , personnel et infini , Ormouad, ^ créant Tunivers en six jours par son Verbe, Honover; la révélation du Verbe dans la parole, Avesta; un esprit malfaisant, personnel et fini, Akriman, cherchant sans cesse à changer le bien en mal , et séduisant le Meschia, l'homme qu'Ormouzd a créé bon et qu'il a placé dans le lieu de délices , séduisant l'homme, dis-je, sous la forme du serpent, Asckmogh. Voilk le péché originel. (Zend-Avesta, tom. t.) Puis une hiérarchie d'anges {AmschaspandSf sept premiers esprits, avec les Izeds et Pervers ou Feroiiers) pour exécuter les ordres de Dieu et protéger l'homme ; une

(1) Ged Mt iBCuet. La RdlgioB da Zoroaaire admettait deai prindpea eppoaéf , OrmoBzd et ArhiOMB , au» émaf» draqoeU t'Mre iu Diea raprtme, Zernn^Akertoe. Toyex Ab(|««IU BvpniTOB cl le chap. 2« de cet

hiérarchie de démons (Dews, Darvands, Daroudjs) poar détraire la création physique aussi bien que la création morale ; la sainteté proposée à Tbomme par Tôtre saint [Ormou^â) , comme devant être le but de ses efforts ; la prière, un précepte ; le sacrifice , obligatoire ; Timmortalilé de rame ; un lieu de séjour céleste après cette vie pour les bons ; Tenfer pour les méchants , et la prière pour les âmes des morte.

0 Telle était I confondue et mêlée afyec beaucoup d'éléments naturistes, celte religion du « Pays saint » (Sogdiane) qui a dû inspirer sa doctrine ë Bouddha. On ih'a vouera bien que les Aryas ayant entièrement perdu le fil des traditions spirituelles primitives , ce qui ressort déjà suffisamment de Tensemble du Rig-Véda, n*ont pu retrouver autour deux, ni en eux-mêmes , les doctrines de Tégalité d'origine de la race humaine , du péché originel et de la réhabilitation. Ces doctrines se trouvant dans le bouddhisme , et ne se trouvant plus dans le védisme ni dans le brahmanisme, la provenance du bouddhisme d*une religion étrangère ë rinde et se rattachant aux traditions primitives est établie avec évidence. Bouddha , en effet*, n'a pu inventer ces doctrines. On nHnvente pas ces choses-là, et je pense qu il est super/lu de le démontrer.

» Mais si le bouddhisme touche au surnaturel par ses origines , il s*en éloigne tout a fait , par la forme que lui a donné son fondateur ; il est purement humain ou naturiste. Le but qu'il propose k ses sectateurs est racquisition des vertus morales , et au lieu de donner à ces vertus une sanction divine ou surnaturelle , il les fait aboutir au nirvana , c est-kdire ï une abstraction physique , le retour de V homme à V étal d'élément! délivré ainsi de la possibilité de souffrir encore et de changer, il jouira à jamais d'un bonheur négatif I

» Mais cette doctrine a subi des additions si nombreuses et si disparates , qu elle est devenue comme le pot pourri de toutes les religions , depuis le christianisme jusqu'au fétichisme. D un développement proprement dit , il ne peut en être question pour le bouddhisme , il ne s'est pas développé , il s'est étendu , il a juxtaposé ou amalgamé , k l'abri du nom de Bouddha , les croyances de tous les pays oh il ^est établi. Avant déjà qu'il ne fût sorti de l'Inde , il s'était donné un dieu suprême et toute une hiérarchie de dieux, ce qui est tout k fait contradictoire avec sa doctrine primitive ; il s'était formé une sorte de Christ , il avait donné k son fondateur une légende mirçiculeuse dont une partie fut calquée sur l'histoire

de Jésus-Christ; il avait accouplé Ja fatalilé avec la liberté, la magie avec la science , radoration de la matière avec la dévotion pour des êtres d un idéalisme ra£Qné ; puis , après être sorti de Tlnde , il a succombé dans chaque pays où il s'est transporté, aux influences des religions et des opinions qu*il y a trouvées établies. Il est matérialiste en Chine, idolâtre dans la presqu*lle transgangétique , sorcier chez les Tartares , monacal k Ceylan, pastiche au Thibet, et le sort de' Bouddha est analogue à sa doctrine. Les uns Tincorporent dans la personne du Grand-Lama , les autres dans une idole ; ici , il devient une formule , ailleurs le fils d une nuée ; enfin , il n*y a partout que dissemblance , incohérence , et contradiction , Tunité ne s y trouve que dans Tabsurde. Aussi qous est-il permis de dire que celui qui après avoir étudié Bouddha ou le bouddhisme , ose affirmer (comme M. E. Renan) que « la légende du Bouddha Câkya- » mouni est celle qui ressemble le plus , par son mode de formation , à 9 celle du Christ , comme le bouddhisme est la religion qui ressemble le » plus par les lois de son développement au christianisme ; » il nous est permis , dis^je , de dire que celui qui ose affirmer cela est complètement aveuglé par cette science de mauvais aloi qui , en ces jours , veut refaire sur un plan à elle Thistoire de l'humanité , afin que le temple que Dieu y a toujours occupé ne serve plus désormais qu'a son orgueil ou aux idolâtries d'une religion dont la formule est : Homo sibi Deus. »

L'origine des religions, d'après une théorie germanique que M. Renan a importée en France , et que TAllemagne abandonne.

« Les religions , disent-ils , sont comme les langues , des symboles créés par les instincts du genre humain , dans la période de sa spontanéité. — Ce sont des créations spontanées, des miracles psycologiques , antérieurs à l'histoire. » (Page 463.)

Certes, la spontanéité humaine est pour quelque chose dans le développement des langues, comme elle est pour quelque chose dans le développement des idées religieuses, des sentiments religieux; mais que la religion et le langage soient des créations de la spontanéité de Thomme ,

soient exclusivement son ouvrage , c*est là une doctrine qui ne peut soutenir l'examen : nous Tavons prouvé au chapitre S* de cet ouvrage. (Voir art. 4 . § i.) — Mais il faut montrer que Tanalyse que nOos avons reproduite de cette doctrine est exacte.

«JLes religions, dit M. Renan, tiennent si profondément aux fibres intimes de la conscience humaine, que Tintérpréta lion scientifique en devient à distance presqu'jmpossible. — Créées par Teffort simultané de toutes les facultés agissant dans 4a plus parfaite harmonie , elles ne sont plus pour nous qu'un objet de curieuse analyse. > [Etvdes <fhist. reUgieuse,^. 6.) .

« La mythologie est un second langage , né comme le premier de Técho de la nature dans la conscience , aussi inexplicable que le premier par l'analyse , mais dont le mystère se révèle à qui sait comprendre les forces cachées de la spontanéité. » (P. 4 9.) *

« Cest donc une très-grave erreur de suppose^ qu'à une époque reculée Thumanité ait créé des symboles afin de couvrir des dogmes. Tout cela est né simultanément, <fun même bond, en un moment indivisible y comme la pensée et la parole. » (P. S 6.)

Mais pourquoi. ces miracles ne se renouvellent-ils plus? Les forces cachées de notre nature sont-elles épuisées? Les facultés de Thomme qui agissaient dans la plus parfaite harmonie ne peuvent-elles plus s entendre? Les cordes de cette lyre vivante sont-elles brisées^ jamais? L*homme n'est-il plus de la même espèce qu'autrefois ? Il le paraît, car M. Renan appelle lauteur des miracles primitifs : Vhomme spontané, (P. il.)

« L'homme spontané crée le symbole avant de savoir bien précisément ce qu'il y met. tf (P. 4Î.)

On voit que l'incrédulité n'a pas peur des mystères. Si du moins , ses fidèles savaient pourquoi ils doivent les croire ! Serait-te parce que FAllemagne les a révélés ? • .

M. Renan , quand il s agit de religion , ne peut entendre parler de tradition. C'est sans doute parce que ce fleuve doit avoir une soarce.

Il est donc décidé que l'origine des religions et des langues est la force cachée de la spontanéit!6 humaine exclusivement.

Parmi les conséquences de ce grand principe, M. Renan comple naturellement Pindépendance radicale où sont les unes des autres les mylbologies antiques, (ouvres de* la spontanéité , elles ont pu être affectées accidentellement par le contact des races , mais au fond , dans ce qu'elles ont de substantiel , elles sont toutes nées de Vécho de la nature dans la corucience, M. Renan soutient donc contre Creuzer et son école , avec Otlfried Muller et la sienne, 'l'originalité de la mythologie grecque. Cependant , dans une note de la page 39 de ses Études, il avoue que des découvertes capitales, fondées principalement sur les Védas, ont répandu sur ce point un jour nouveau et inattendu. En effet, la prétendue originalité de la mythologie grecque est réfutée au double point de vue des doctrines et de Tart par MM. Roeth et Braùn professeurs d*HéideIberg.

Quand M. Renan aura suffisamment j)rofilé du jour inattendu répandu sur cette matière , il ne parlera plus avec dédain des préoccupations de Huet , de Bossuet et de l'école théologique qui voit dans la mythologie une forme altérée des traditions primitives. (P. 40)

Il est.fa'cile d*exercer son talent littéraire sur les préoccupations de récole théologique , mais il est 'difficile , il est même impossible de nier avec quelqu'apparence de raison , qu'il y ait au fond de toutesJes mythologies , des faits dont la nature et la frappante similitude jusque dans les plus singuliers détails» démontre avec évidence leur origine commune et traditionnelle. (Voir p. 464-4 65 de'cet ouvrage.)

M. Renan nie la couleur théologique du culte primitif de la Grèce. (Test bien vite fait; mais nous entendrons à. ce sujet des témoins plus compétents que lui. (Voir ch. 2. art. 4. p. S96-297.) — Il i'pjette aussi, sur les origines grecques, V hypothèse surannée des colonies orientales: Nbus verrons tout de suite qu'il semble même rejeter toute autre hypothèse analogue. Mais d*où les Grecs sont-ils donc venus ? Seraient-ils sortis des coquillages ou de Técume de la mer ? Non ; M. Renan leur donne une origine terrestre : « Ce coin privilégié du monde , dit-il , cette divine feuille de mûrier jetée au milieu des mers , vit éclore pour la première fois ia chrysalide de la conscience humaine dans sa naïve beauté. Los vraies origines de Tesprii humain sont.lk... r (P. 40.)

. Bien obligé : j'ignorais encore cette nouvelle. *

ilPPBMOIGE.

La quatrième Eglogue de Virgile , et une prophétie d'Aggée.

« A sa venue y dit Virgile , la terre, et la mer et le ciel s'agitent; tout tressaille à t approche de la nouvelle ère qui va s'ouvrir. » (Page 173.)

Aggredere , o tnagnot , aderit jam tempui , honores , Cara Deûm toboUt , magnum jovii incrementum .' Aspice convesDO ntUantem pondère mundum , Terratque , trcMtueqve marie , calumque profwndum : Aspice venturo lœtentur omnia seclol

Ne croirait-on pas lire la traduction latine de cette divine poésie du prophète Aggée :

« Ne craignez point , car voici ce que dit le Dieu des armées : Encore une fois , et cette fois est peu éloignée » j^ébranlerai le ciel et la terre , la mer et le continent ; j'agiterai toutes les nations , et le Désiré de tous les peuples apparaîtra. »

Nous saisirons ici l'occasion de faire remarquer la clarté de cette prophétie dont nous n'avons rien dit dans le 4«' chapitre de cet ouvrage :

a La plus importante des prophéties d'Aggée est celle qui regarde l'avénement du Messie. Le Seigneur adressant sa parole à ce prophète, lui dit : * Parlez à Zarobabel, chef de Juda, à Jésus, grand-prêtre, et à tout le peuple, et dites-leur : Qui est-ce parmi vous qui soit resté d'entre ceux qui ont vu le premier temple dans sa splendeur , et comment regardez-vous celui-ci? n'est-il pas vrai qu'en comparaison du premier vous le comptes pour rien? Prenez cependant courage, Zorobabel, et vous aussi, Jésus, grand-prêtre; que tout le peuple prenne courage avec vous. Soyez fidèles à Valliance que j'ai faite avec vous, lorsque vous êtes sortis de l'Egypte, et mon esprit sera avec vous. Ne craignez point, car voici ce que dit le Dieu des armées : Encore une fois, et cette fois est peu éloignée,^ et f ébranlerai le

(0 Af^ée. 2. 3 et wqq.

(2} Vulg. Adhue tinum modicum nt. Hébr. (^ 'H Q^Q TTi^ 11V ' ÀdkMttma, Hbrwtftû.

ciel et la terre , la mer et le continerd ; j'agiterai toutes les nations, et celui qui est V objet des désirs de tous les peuples viendra. Je comblerai de gloire cette maison, dit le Seigneur. Tout l'argent et tout Vor sont à moi; mais la gloire de cette dernière maison surpassera celle de la première; et ce sera . dan* ce lieu même que je donnerai la paix, dit le Dieu des armées. Il est visible que toates les promesses renfermées dans cette prophétie sont liées an second temple , qui est appelé comme le premier la maison du Seigfieur; et qu'ainsi elles ont dû être accomplies avant qu'il fût brûlé par les Romains. L'esprit le plus médiocre comprend cette conséquence; car c'est de ce temple si différent de la magnificence du premier que le prophète parle , en disant que la gloire de cette maison surpassera celle de la première : Magna erit gloria domus islius novissimœ plus quam primœ. Ce temple n'est plus , et déjà plus de dix-sept siècles se sont écoulés depuis qu'il est renversé ; il y a donc au moins autant de temps que tout ce que Dieu lui promet ici a dû avoir son effet. Sa gloire a donc dû être plus grande que celle du premier temple dont Dieu avait donné le plan et le dessin à David ; temple qui fut ensuite exécuté avec tant de sagesse et de magnificence par Salomon ; oh la présence de Dieu se rendit sensible par le nuage qui le remplit , et où les premières victimes offertes sur Vautel furent consumées par le feu qui tomba du ciel. Mais si le Messie , c'est-k-dire si Dieu môme , dans la personne du Messie , n*a point honoré de sa présence le second temple, en quoi est-il'comparable au premier , bien loin d'avoir eu sur lui aucun avantage ? et qui ne voit que tout est inférieur dans le second , si la vérité noréme n'est venue s'y manifester aux hommes , et mettre fin aux nuages et aux figures ?

» Qu'est-ce que le désiré des nations, si ce n'est pas le Messie? Peut-on loi donner un nom qui lui soit plus propre, et estr-il possible de méconnaître sous ce nom celui en qui tous les peuples doivent être bénis selon la promesse faite k Abraham ? Or, ce divin libérateur qui doit être l'objet des désirs de tous les peuples doit venir dans le temple bâti par Zorobabel ; c'est ce qui doit relever la gloire de ce temple au-dessus de celle du premier. Veniet desideratus cunctis gentibus, et implebo domum istam gloria. C'est ce qui doit distinguer ce nouveau temple ; c'est ce qui doit lui tenir lieu de l'or et de l'argent qui avaient été prodigués dans celui de Salomon. On n'y verra point l'arche autrefois construite par Moïse , et qui n'était que le Symbole de la présence du Seigneur; mais on y verra

le Fils de Dieu fait homme , ]*arche vivante en qai )a plénitude de la divinité habitera corporellement. Or, ce temple- ne subsiste p]us:to désiré des nations y est donc venu ; il y çst donc venu avant que ce temple fût renversé ; il y est donc venu en la personne de Jésus-Christ, qui a lui-même déclaré qu'il était le Fils de Dieu, envoyé de Dieu son Père pour sauver les hommes, qui a prouvé sa mission par ses miracles , et spécialement par sa résurrection et son ascension glorieuse , après laquelle ce temple a été détruit pour achever de prouver que Jésus- Christ était celui qui devait y être envoyé ,■ et qui devait en faire toute la gloire.

» Dieu promet de donner la paix dans ce temple ; et cette paix n'est point une paix limitée à certain peuple ou ï certain temps. C est la paix simplement dite, la paix, éternelle, constante, comprenant tous les biens, embrassant tous les peuples; cest la réconciliation des hommes avec Dieu. Voilk Touvrage réservé au Messie; voilà quel doit être le* fruit de • sa venue.' Avant la ruine de ce temple, cette paix doit y être annoncée; celui qui doit en être le médiateur dçit y paraître ; avant que ce temple périsse , cette paix doit être conclue dans Jérusalem même : In loco isto dabo pacem. Jésus-Christ est venu apporter cette paix ; il Ta annoncée plusieurs fois dans ce temple ; il en a donné le gage à ses disciples dans Jérusalem en leur donnant son corps et son sang dans la cène eucharistique ; il a scellé cetie paix par leffusion de son sang dans sa passion .et sur ht croix ; sa mort a été le prix de notre réconciliation; sa résurrection en 9 été là preuve ; son ascension y a mis le dernier sceau : et tout étant ainsi consommé, ce temple a été réduit en cendres. Il n*est donc plus permis de demander si le Messie est venu, ou si Jésus- Christ est le Messie. Le lieu où était autrefois ce temple a rendu depuis plus de dix-sept siècles toutes ces questions superflues : la promesse est accomplie, et la preuve en est manifeste , puisque le temple ne subsiste plus.

» Dieu dit par le prophète Aggée qu'il va ébranler encore une fois le ciel et la terre, la mer et le continent; qu'il agitera toutes les nations; et qu alors . le désiré de tous les peuples viendra.^ L'obscurité des premières paroles

(I ) Saint P«ul, dans son épttre tus Bébreai , eatend par cm pindw : ÀihtÊC mimI et comiiionio «vlmi t* htram. le changement de r^nclmno Uii etdu premier état d« la rdigion; et U e«l évident que eVst le acns liuérjl de l'eipreeslua du prophète i Çiiod mImi» , adhm «f «mI , dMi , éêdarat nte^tt^tm trmtlatiOMm , tanfttam faolontm, ut inmmwW ta qua nml toimoNUo. Hdir. 11. 37*

commeoce à être é<:]aircie par les secondes; et celles-ci deviennent plus claires encore par la liaison que le prophète met entre elles et la durée du second temple- L'agitation du ciel et de la terre, de la mer et du continent, représente ici Tagitation même de tous les peuples. L'agitation du ciel et de la terre se manifeste dans la nation juive , où le sacerdoce et la royauté, les chefs de la nation et la nation entière , éprouvent de nouveaux ébranlements lorsque Jésus-€hrist vient opérer la rédemption des hommes : la royauté de ce peuple s éteint, son sacerdoce tombe; diverses sectes partagent cette nation ; et c'est au milieu de cet ébranlement que le Christ parâtt. Dieu va créer de nouveaux cieux et une ferre nouvelle; TEglise de Jésus- Christ va succéder à la Synagogue; le peuple chrétien au peuple Juif. De même la Judée est au milieu des nations infidèles comme le continent au milieu des mers ; mais Dieu va ébranler les mers et le continent ; les Perses ont subjugué les Chaldéens , mais les Grecs subjugueront les Perses ; les Romains subjugueront les Grecs ; la Judée même deviendra province romaine ; et c'est alors que le désiré des nations paraîtra, et remplira ce temple de gloire. Toutes ces révolutions sont arrivées : le ciel et la terre, les mers et le continent ont été ébranlés ; le temple est détruit : le désiré des nations a donc paru : Jésus- Christ est donc le Messie. C'est ainsi que la divine providence a mis les preuves de notre sainte religion a la portée des esprits les plus simples, en les Gxant a des lieux et k des temps dont les sens mêmes peuvent juger. » (Bible de Vence , Dissert, sur Aggée.)

Le Talmud , traité Sanhédrin, fol. 97 verso, dit que cette prophétie concerne le Messie. — C'est une preuve entre mille autres de l'aveuglement prodigieux des Juifs en présence du Christ et de son Eglise.

Le dogme de la création.

a Moïse a dit vrai lorsqu'il a posé le fait de la création du ciel et de la terre , comme un fait de la toute-puissance deDieu.)) (Page 189.)

La connaissance du dogme de la création est essentielle k la vraie connaissance de Dieu. Nous le comprendrons clairement, lorsque nous

aurons vu : 4*" los erreurs quoot enfautées TaUération, Toubli ou la Dégalion de ce dogme ; S° la perpétuité de la foi au Dieu créateur, dans la vraie religion ; 3^ Timpuissance qù la raison humaine a toujours été réduite d'arriver k cette vérité fondamentale sans le secours de la lumière révélée , et en même temps la puissance qu elle possède de concevoir et de démontrer que la création est la seule explication de Torigine des choses qui n'implique pas contradiction. •

I. Les grandes erreurs religieuses et philosophiques sur Torigine du monde sont le panthéismOi le matérialisme et le dualisme.

Le vieux panthéisme de l'Inde , de la Perse, de TEgypte , est le système religieux de. Yémanation. Le matérialisme philosophique qui le suivit, chercha Torigine des' choses dans les éléments physiques du monde, soit dans un élément primordial, soit dans Peau, Tair ou le feu, soit dans le mélange turbulent des atomes. — Le dualisme d'Anaxagore et de Pythâgore, renouvelé et complété par Platon, reconnut une cause intelligente 'de Punivers, mais en supposant en même temps un second principe éternel , la matière dont Dieu n*était que le grand architecte , et ainsi la cause efficiente de Tordre universel. Aristote croyait à l'éternité du monde dans sa forme actuelle, et n'en cherchait pas en Dieu la cause efficiente, mais la cause finale ou attractive qui met toutes les forces de la nature en mouvement. Il manquait à son génie ce divin rayon de lumière qu'il pouvait si facilement obtenir : Ego sum Alpha et Oméga, — Un autre dualisme affirmait aussi deux principes éternels , mais- Tnii bon, Tautre* mauvais, et celui-ci principe de la matière. — Le nouveau panthéisme enfin, repose sur le même fondement que l'ancien , mais s'en distingue sous un rapport , c'est qu'au lieu de voir dans le monde et . dans toutes les* choses du monde, des émanations de la substance divine toujours moins parfaite^, et tendant toujours vers la corruption , vers la dégradation de l'être divin,- jusqu'à leur retour et leur absorption dans la substance première, il y voit au contraire un développement de la substance divine, de l'être divin, un progrès de Dieu m^m^ arrivant enfin dans l'humanité k la conscience de 'lui-même et k l'intelligcnre de son but! — Les panthéistes modernes ayant respiré l'air du christianisme n'ont pu échapper k la grande idée de la régénération et du progrès , mais ils l'ont profanée en l'embrassant, et au lieu de voir dans l'homme, une créature qui avance vers Dieu» ils ont préféré voir Dieu avançant

jasqo'k Thomme. Cest toujours sous une forme nouvelle le vieux mensonge du vieux Prêtée : Erilis skiit dii.

Le matérialisme qui place Forigine de toutes choses , des corps et des esprits, du monde physique et du monde moral , de la pensée et de l'ordre, dans la matière môme; le dualisme qui suppose deux principes éternels , soit la matière et Dieu , soit le dieu bon et le dieu mauvais qui produit la madère ; le panthéisme ancien et moderne qui veut non-seulement Tunité de la substance infinie, mais son unicité, et ne voit dans tout le reste qu'une émanation ou un développement de Dieu ,' et non une création de sa toute-puissance , voilà donc les grandes erreurs sur l'origine des choses.

II. Le dogme primitif de la création proprement dite , ou de Pacte toutpuissant qui fuitôlre ce qui n était pas, n*a (té altéré que plu^^ieurs siècles après la dispersion des trois races, sorties de la seconde famillemère du genre humain.

Il le fut par le vieux panthéisme , principe véritable de Tidolàtrie , car c*est en confondant la substance créée avec la substance incréée, en divinisant toutes les forces de la nature , qu'il fit rendre à la créature Thommage qui n'est dû qu'au Créateur.

«Cependant, malgré les progrès du polythéisme, la notion d'un seul Dieu créateur et maître de Tunivers , ne fut point entièrement effacée de la mémoire des hommes; et l'on en retrouve des traces, même chez les peuples plongés dans la superstition la plus grossière.^ » — Mais l'idolâtrie devint peu à peu maltresse du culte public, et s'il est vrai , comme Aoquetil Duperron s'elTorce de le prouver , que Zoroastre et ses disciples résistèrent à l'entraînement général , il n'en est pas moins certain qu'il n'en préser\èrcnt aucun peuple, et que le seul peuple d'Israël garda toujours la foi au Dieu créateur du ciel et de la terre. Dieu lui-même avait posé, par la vocation du père des croyants, la base de ce monument vivant élevé au milieu des nations infidèles à la mémoire de la révélation primitive de la création , et k la promesse primitive de la rédemption. Le peuple de Dieu ren lit toujours témoignage à Tune et h l'autre , et les livres sacrés des deux Testaments ne sont que l'expression écrite de celte foi immortelle.

(1) Voya p8g« S9 et lair. de cot otavrag».

492 AfP£NDIC£.

11 nesl pa8 de \énté plus clairement enseignée dans les saintes Ecri • tures que celle de la création. On la trouve in capUe libri, à la première ligne du premier des livres inspirés :

In principio creavii t)euêcœlum etUrram, Au commencement» Diea créa le ciel et la terre. (Gen. 4.4.)

« Le mot hébreu barà, traduit dans la Vulgate par creavit, présente invariablement ce sens dtfns la forme où il est employé au premier verset de la Genèse , la forme Kal. Il n*y a pas dans la Bible un seul exemple du contraire. Aussi les plus savants rabbins , Maïmonide elKimchi, ont reconnu , de la manière la plus expresse et la plus formelle , dans Thébreu barà, la création ex nihilo. a Dans notre langue sainte, dit Malmonide, » nous n'avons pas d'autre mot que barà pour signifier la production » d'une substance du néant. — Barà, dit David Kimchi , est le pas- » sage du néant a l'être. » (Maîmonide. Comm, in Gen. — Kimchi. Radiées hebraicœ. — Ma rot. Theod. chrét. 4 4" Leç.)

Toute la Bible est là pour déterminer le sens de sa première parole :

Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. (Gen. 4.3.) C'est ainsi que Moïse parle des œuvres de Dieu. II n'est pas possible d'exprimer d'une manière plus claire et plus forte , plus simple et plus sublime, la toute-puissance qui produit les êtres par son seul vouloir.

Le Psalmiste parle de même : Dieu a dit, et tout a été (ait; il a ammandé, et tout a été créé: Quia ipse dixit, et facta sunt : ipse mandavit, et creata sunt. (Ps. 4i8. 5.)

Le prophète Roi dit encore : Dieu a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui est en eux : Qui fedt cœlum et terram, mare, et omnia quœ ineis sunt. (Ps. 415. 6.)

Isaîe : Tai appelé le ciel et la terre, et ils se sont présentés. (15. S4. — 48. 4S.)

Le livre de la Sagesse : CreavU ut essent omnia : Il à créé toutes choses afin qu'elles fussent. (Sap. 4.44.)

Le livre de Judith : Vous avez dit, Seigneur, et tout a été fait; et dun souffle, fjousavex tout créé. (4 6. 47.)

Le livre des Machabées : Je voua conjure, mon fis, de regarder le ciei ei la terre, et toutes les choses qui y sont renfermées; et de bien comprendre que Dieu les a créées os ribh, aussi bien que tous les hommes. (II. Mach.

L*Evangi]e : Et maintenant, mon Père, ghrifiet-moi en vous-même, (Jésus-Christ parle de son humanité) , de la gloire qus fat eue en vous (comme Dieu) avaht qdb lb morde fut. (Joan. 47. 5.)

Les Actes des Apôtres : Dieu, qui a fait le monde, et toutes les choses qufil renferme, (Act. 47. Si.)

Saint Paul : Dieu appelle es qui r^est »as comme ce qui est. (Rom. i. 47.)

Cependant , comme il n'est rien de téméraire ou d'insoutenable , qui n ait été avancé par quelque faux érudit, il s'est trouvé des écrivains qui n'ont vu la création ni dans la Bible ni dans les saints Pères , * et qui ont prétendu en faire une découverte philosophique. Cest tout le contraire qui est vrai. La création est une vérité révélée qui brille dans toute la suite des Ecritures , comme dans la perpétuité de la foi catholique , et l'histoire de la philosophie ancienne et moderne prouve que lesprit humain perd Tidée de la création, et rétrograde vers les erreurs antiques, dès que son orgueil lui fait fermer les yeux à cette lumière plus haute que Dieu lui offre , et qui n'est jamais repoussée impunément.

La seule Eglise catholique qui remplit tous les siècles par une suite qui ne peut lui être contestée, * a confessé constamment un seul Dieu créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles ,^ qui , par sa verlu toute-puissante, a, au commencement du temps, fait de rien l'une et l'autre substance, la substance spirituelle et la substance corporelle, la substance angélique et la substance matérielle.^

L'Eglise opposa celte foi divine aux hérésies des premiers siècles, comme aux erreurs du vieux inonde que ces hérésies renouvelaient , le

(I) Vojrn l<s id'n ds Mlnl Ja*iln.d*AlMii«gor«, d« Théophtlt dUatloche, d» TerluUifii, de (.UiiieBt 4*«Jriandrie,iJ*nrigènc, 4« Mwt Augiiaiiif ek., dênê U TLéulucit du Card fk>tt*tft,ov d«M «iafli|u*..utre Tb4i>laf{e dogaull \w.

(1) loMiKt IHie. êw rkkl. unf n. part, f U l'n /Ina (2) Synboln des Apèlrer, de Ricée et de noN«Uiif ianfl .»

(«} 4« CondL général de Ulran. c i.Dtfidt cathoUct.

gnosticisme par le système panthéiste de rémanation , eilemanichéisise par le système dualiste des deux principes.

Il est bien frappant , après dix-huit siècles , que le dernier des écrivains qui voulut prendre le rôle de novateur dans FEglise, M. de la Mennais» aie dû finir par où Thérésie avait commencé, par la prétention de mêler la Trinité, r est-k-dire le christianisme, au panthéisme , luttant en vain contre le juste châtiment infligé b son orgueil par cette logique do mensonge qui force les erreurs à tourner toujours dans le même cercle.

a D*un seul trait, dit Bergier, Moïse ^a sapé par la racine le faux système des émanations, qui a été la source de tant d^erreurs, le fondement du polythéisme et de Tidolâtrie , Fhypothèse absurbe du dcsiiu ou de la fatalité , et toutes les autres rêveries philosophiques , longtemps avant leur naissance.

» De la notion de Créateur, dit-il encore .'s'en suivent tous les attribut» de Dieu, ce dogme seul nous en donne la vraie notion Dieu est TElre nécessaire pu existant de lui-même, puisqu'il est la première cause sans laquelle rien n*aurait pu sortir du néant : il est éternel , rien n*élait avant lui , et il est avant tous les temps ; il est toul-puissant; rien peut-il résister à celui qui opère par le seul vouloir? Il est infini , aucune cause n*a pu le borner. — Par quel espace pouvait-il être limité avant la création ? Il est pur esprit , puisqu*il a tiré du néant la matière , et qu*il agitavec intelligence: pour connaître tout ce qui est , tout ce qui sera , tout ce qui peut être, il n*a besoin que de voir l'étendue de son pouvoir, il ne doit pas lui en coûter davantage pour gouverner lé monde , qu'il ne lui en a coûté pour le former. — Faute d'avoir connu ce dogme essentiel, les philosophes ont été incapables df^ démontrer Tunité, la simplicité , la parfaite spiritualité de Dieu : ou ils 4'ont connu comme Vâmedu monde, ^ ou ils ont pensé que Dieu avait laissé à des esprits inférieurs le soin de le fabriquer et de le gouverner.^ La théologie de

(1) Cett reirevr d'Ariftoto qui m vofl en IHeo qm te rmnter notrar.

(3) C'est rerrrvr de Simon 1p Ijgi ien . de lardon , de lénendre , de Satnmin , de Vatentia , de iMaide et dee eutr»* gnOTliqur*. partl«a"s du i7»iène de* émenatlona. SiiM Pinl pirUil de cm f)ren.ièr«e hiré^i» lor» qti*UécrivâfilTiie:5(Ml<U aurpm ç«u>«'foiKf«.ereftRàAUicit«... dê,Va. (3. 9.)EtiTinolhéc: RogtnHfut dtnun'tarfuqùb'UtdtmneiH'tnderfH' fAiU» •/ai^i«iociM iiT«B«n«Tj«. (I. Tim. 1. S 4.); et encore t « EvHn loa nouveeolé* prafenee. et lou ce qa'oppoer «ne ictvace r«o«flraient appelée ^nev, dont qnelqiKwmiii fiiasni profctfclun. M »Qi l évatéa dans la foi. • (Ibid. 6. 20-31.) — U* (én^loglee dont parle PApôire nont les eepriU, génies on Am« «ortte de Men par énunation. -«• Cet ^ona ou «SBrlu, les Grecs les nonnaienl denoM« IcnN par lequel ils déalgnaleot les êêprUê en générai

Moïse , qai est celle de notre premier père , était donc le meilleur préservatif contre les divers égarements du genre humain. * »

III. Mais si la science dépourvue des lumières de la révélation , si la philosophie , même dans les premiers génies de tous les siècles , n*a pu . arriver seule à la grande vérité de la création , il nlen résulte pas que la raison humaine ne puisse h concevoir ni la démontrer. Elle ne peut, sans doute, démontrer comment Dieu crée, comme elle ne 'peut non plus démontrer comment Dieu est, puisqu^il faudrait , pour faire ces deux choses, embrasser Tinfîni et comprendre la toute-puissance. Mais oq peut concevoir clairement lexistence 'de ce qu'on ne comprend pas , convaincre de contradiction ceux qui la nient , les obliger à ladmettre ou à tomber dans l'absurde, et la démontrer elle-même directement et invinciblement.

(Test ainsi qu*on prouve Texistence de Dieu , et c'est ainsi encore , qu*en présence du monde , on prouve la créationdu monde.

Constatons d*abord , en deux mots , Tabsurdité des doctrines qui' tfient la création , c'est-à-dire Pacte de la toute-puissance qui a' fait étne ce qui n était pas :

Le dualisme et le panthéisme sont les seuls systèmes puissants qui aient attaqué cette vérité. Eh bien ! tous les deux impliquent contra diction, tous les deux formulent Tabsurde, puisque le dualisme affirme deux êtres éternels et nécessaires , ou deux infinis , et le panthéisme affirme Tunité absolue de toutes choses, Vunicité de substance dans tous les êtres , et par conséquent Videntité du fini et de ^infini.

Quels gigantesques efforts n'ont pas fait en Allemagne , pour échapper . à cette contradiction inévitable , les fondateurs de la philosophie de l'absolu ,^ les restaurateurs du panthéisme , Fichle, Schelling et Hegel 1 Et cependant, à quoi ces efforts ont-ils abouti? Schelling, qui parla le dernier, n'a-t-il pas confessé hautement l'absurdité de leur œuvre commune ? 3 N'est-il pas revenu au sens commun , en affirmant comme

{i)UteLdêThéoL

{•S) L'abtoU. dans le Ungag« de la philmophte allemande , signifie l'ideniHé essentielle de toutes cbwies . la sulMtancc aolque qui se déf rkippe dans U nalnre, et arrive dans rbamanhé i la conscience et â Tinteltlgence d*clle«Ain«! (S) Voir U noie IIY, sur U philosophie sUeaiande.

Maine de Biran , avec Leibnitz et tous les vrais philosophes , la réalité des substances finies, et Texisteoce d'un Dieu distinct du monde? Et M. Ck)usin n*en a-t-il pas fait autant?

n n'en est pas de la doctrine de la création comme du système panthéiste. Si la création a , pour nous, quelque chose d'incompréhensible, la raison comprend pourqttoi elle est incompréhensible.

Elle comprend qu elle ne peut sans déraison vouloir embrasser l'infini , l'acte même de la toute-puissance. Mais l'incompréhensible n est pas l'absurde , la création n'impliquant aucune contradiction. Nous allons le voir, après avoir démontré que Dieu est créateur.

N'est'il pas évident que la substance finie existe ? Le monde n'est-il pas composé de parties ? Ce qui est composé de partiçs finies n est-il pas évidemment fini ?

Mais l'existence de l'infini n'est pas moins évidente, que celle du fini, et si je ne puis comprendre , embrasser l'iofini , je comprends très-bien , très-clairement , que Tinfini doit être , qu'il est impossible qu'il ne soit pas , qu il est nécessaire. — En effet , affirmer l'infini , ce n'est pas autre chose qu'afiirmer l'être. C'est dire : L'être est, et le néant n'est pas; en d'autres termes : Ce qui eet, est; et ce qui n'est pas, n'est pas. Mais pourquoi affirmer l'infini n'est-il pas autre chose qu'affirmer l'être? Parce que l'infini est l'être ^ qui rien ne manque, l'être qui est tout à fait, l'être parfait ou qui ne tient rien du tout du néant. N'est-il pas évident que cet être est, puisque s'il n'était pas, il y aurait du néant quelque part , &esl' à- dire que ce qui n'est pas , serait ? Il est donc vrai que la per^ fection ou l'infini est la raison d'être A

L'être infini existe donc nécessairement :

Cette vérité est tellement la vérité des vérités , la lumière de toutes les intelligences , le fond de notre raison , qu'en remontant du fini k l'infini, nous ne concevons réellement le premier que par le second , puisqu'il serait impossible de concevoir le fini ou le manque d'être , si on n'avait

(\) f/t peifeetfon ni U raiwn Aétr» , dil BoMael. Roorquoi rinparfait fcnil-tl el le pirUit ne •et iHl v» * (•'p4i-l-dire pourquoi c« qui lient pin* du oéant seriiNil «rt que ce qui n*<D tient rien du tout netmit pa« ? Qu'«ppelle4-ou parfait ? Un être à qui rien ne manque, elc. (é<«\4'ioiM«ur Uê m\t»rirt*. !• flIévaUo > }

auparavant, au fond de son âme, Tidée de Têtre ou de I'in6ni. C'est la vue du fini qui éveille cette idée , sans doute , mais si elle n était pas en nous avant même d'être l'objet de nos réflexions , nous serions à jamais impuissants à concevoir quoique ce fût.

Reprenons :

LMnGni est nécessairement. Etre nécessairement , c'est élre par soi , de soi : Per se, a se.

Le fini est ; il saute aux yeux ; mais il n'est pas nécessairement. Il est clair , en effet , que tout être fioi est contingent , c'est-à-dire qu'il peut évidemment ne pas être. Vous pouviez ne pas être , ni dans votre corps, ni dans votre âme. Manifestement, VEtre n'a pas besoin de vous. II en est de même de tous les êtres finis , dans leur fond et dans leur forme. Vous pouviez non-seulement ne pas être de telle manière , mais ne pas élre du tout.

Mais si le fini n'est en rien nécessaire , s'il n'est pas du tout nécessairement, ou par soi, il est donc tout à fait par un autre.

S'il est tout à fait par un autre , il a commencé d'être , et par conséquent il est créé par l'être nécessaire sans lequel rien ne serait à jamais.

C'est donc l'Infini qui crée librement le fini , Dieu qui crée le monde , comme l'enseigne la foi primitive victorieuse de toutes les erreurs : Quoniatn ex ipso, et per ipsum, et in ipso sunt omnia : ipsi gloria in sœcula. Amen. (Rom. 44. 36.)

Qu'objecte-t-on à ces vérités immuables ? On dit que rien ne peut sortir du néant.

Mais quand on dit que Dieu fait être ou exister ce qui n'était pas , on ne fait pas sortir les êtres du néant comme de leur cause , inais on proclame Dieu principe de tous les êtres : Ex ipso, et per ipsum, et in ipso swU omnia.

On dit encore : Si la création est une production de substances qui ne sont pas Dieu , l'être s'accroît par la création , et Dieu n'est plus infini !

Mais comment ne voyez-voos pas qoe c'est justement parce qu*il est infini que Dieu peut produire des substances sans partagbr, sans ALTéREi la sienne , comme vous le voudriez ? Comment ne voyez-vous pas que la création du fini ne peut rien ajouter à Finfini ? N*entendez-vous donc pas ce que veut dire : In ipso vivimtu, movemur et aumus? (Act. 47. 28.) Gomment ne voyez-vous que si nul ne peut donner ce qu il n*a pas, Dieu en donnant Tèlre k ses créatures, le leur donne sans en rien perdre, par la raison môme qu'il est infini, qu'il reste infiniment tout ce qu'il donne» d^une manière infiniment supérieure? Comment ne voyez-vous pas qu'en supposant une croiasance de l'être par la production des substances finies , c'est vous qui niez l'infini ?

Le croirait-on ? C'est l'auteur de VEsquisse d'une pfûlosophie, c'est Lamennais qui n'a rien trouvé de mieux que ces deux misérables diffi-. cultes aussi vieilles que l'ignorance humaine , pour justifier son passage au panthéisme.

Dieu , dit-il , crée avec sa propre substance I

Mais comment crée-t-il ainsi sans créer?

En posant une limite à sa puissance, il crée les forces; en posant une limite à son intelligence, U crée les esprits ; répond le génie égaré !

Mais alors, la force que je suis, l'intelligence que je suis, sont substantiellement la force et la sagesse divines, et je suis consubstantiel à Dieu, je suis Dieu 1

En face de cette déification de la créature , l'ancien croyant cherqhe une issue pour échapper au panthéisme et au blasphème, mais laquelle? La substance divine , dit-il , est dans ces deux étais divers essentidlement différente!

Quelle défaite ! '

Quelle différence y a-t-il donc entre la substance et l'essence de Dieu? Et comment l'infini peut-il être dans deux états divers? S'il pose des limites à sa propre puissance , h sa propre intelligence, à sa propre substance, cette substance devient donc limitée? Elle est donc finie et infinie tout à la fois ?

C'est ainsi qoe Lamennais se débat en vain contre Tabsorde, comme Font fait Fichte, ScLelHog et Hégel, et que moins heureux que Schelling, il a laissé le : Similis ero AUissimo retomber de tout son poids sur ses égarements.

« Quand on en vient jusqu'à a^altribuer les dons de Dieu, disait autrefois un prêtre illustre , Dieu qui résiste aux superbes se retire , et abandonne cet insensé à son orgueil. Alors arrivent ces chutes terribles qui étonnent et qui consternent; ces chutes inattendues, effrayants exemples des jugements divins. » {Réflexions sur .l'Imitation de Jésus-Christ, 1. 3. ch. 4i. par Tabbé F. de Lamennais.)

Seigneur , ayez pitié de nous I

L Une autorité religieuse divinement établie a-t-elle toujours été nécessaire à la conservation de la vra'e fui sur la terre? — II. De sa nécessité , peut-on conclure son existence , avant même de constater celle-ci par le fait? — Le peut-on en restant dans Tordre purement logique ou mélapt^sique? Lepeut-on moralement et avec certitude? — 111. Cette autorité a-t-elle existé toujours?

« C'est en brisant la chaîne de la tradition et de l'autorité de l'Eglise primitive , du sacerdoce patriarcal , que le paganisme perdit Tunité de la révélation. »(Page224.)

Le fait que nous constatons en ces termes , se rattache aux deux thèses développées ailleurs * et en partie résumées dans les notes I'* et YIl* de cet Appendice. Nous les compléterons en répondant aux trois questions posées dans celle-ci.

L Une autorité divinement ét4iblie a-t-elle toujours été nécessaire k la conservation de la vraie religion sur la terre?

La religion et la société religieuse sont des choses distinctes , mais ne sont pas des choses séparées. Elles sont unies en quelque sorte comme QOlre corps et notre Âme. La religion est Pâme de la société religieuse.

(1) OttM les ffiilr«MnwMr lé Déttomtratkm S* la rét^atHm.

500 APPENDICfi.

Or , pas de société sans aatorilé. Uoe autorité religieuse ou doctrinale a donc été toujours inséparable de la vraie religion.^

Cest en parlant d'elle que le comte de Maistre a dit en citant Mallebranche : Toute société religieuse divinement instituée suppose f^in/àilU" bilité, (Du Pape, 1. 4 . c. 4 .) U faut bien saisir le sens et la portée de cette parole :

L'infaillibilité doctrinale dont il est ici question , ne consiste pas k produire la vérité , mais \i la garder , et au besoin k la définir. Elle n'est que la fidélité divinement garantie dans la conservation du dépôt de la révélation.

N'est-il pas manifeste que toute société religieuse divinement instituée suppose cette fidélité divinement garantie? Si Dieu a établi lui-même une autorité doctrinale, n'est-il pas évident que c'est pour nous préserver de Terreur en matière de religion ? Quand Dieu dit : Docete, n'est-il pas clair qu'il doit ajouter : Vobiscum sum f La grâce d'état d*une autorité divine enseignante, nVsl-ce pas justement cette fidélité divinement assistée? 11 faut dire de la nécessité de cette autorité ce que. saint Thomas a dit de la iftcessité de la révélation « et pour les mêmes raisons. Elle n'est pas seulement nécessaire aux hommes pour les faire arriverai la connaissance des choses divines plus promptement et plus généralement , mais elle est nécessaire k tous , aux sages comme aux simples , pour leur donner la certitude en matière de religion , c'est-à-dire en ce qu'il importe le plus h l'homme de connaître sans l'ombre du doute : sa fin et les moyens d'y parvenir. Pour atfoir sur Dieu des notions certaines , indubitables, il a fallu, dit saint Thomas, que la foi nous les transmU, comme étant la parole de Dieu qui ne peut nous tromper, (S. S. q. 4 . a. i.)

Mais à quoi nous servirait que Dieu eût parlé autrefois , si sa parole ne nous était transmise elle-même avec une inviolable fidélité? Un livre ne prouve pas lui-même son authenticité » ne décide pas entre ceux qui lai donnent difiérent sens , ne corrige pas ceux qui l'entendent mal • et une expérience décisive démontre que les sectes ne voient dans les Ecritures que l'image de leurs propres rêves. Encore une fois donc . il faut le

( I ) Vojfs les KntrtU0M, p. 2ul •?u7, sur U distinction des puisssncet dsos les dirsn ordres de soddiés.

Docete, et le VobÎKum sum, il faut l'autorité réclamée par la nature des choses divines, et proclamée par TEcriture comme elle Test par la tradition.

Cest ce qui a fait dire à saint Augustin :

Je m oroiraiê pas à V Evangile, si Vautorité de V Eglise ne m'y détermi'nait, (Cont, Ep. Fmd.)

(Test de la nécessité de cette autorité que Bossuet a dit :

Notre esprit naturellement incertain, et devenu par ses incertitudes le Jouet de ses propres raisonnements, a besoin, dans les questions ou il y va du salut, d^éire fiaoé et déterminé par quelque autorité certaine. {Disc, sur Vhist, unit?, part. II. in fine.)

C'est de cette nécessité que Fénelon dit :

Dieu aurait manqué au besoin de presque tous les hommes, ^il ne leur avait pas donné une autorité infaillible pour les garantir de se tromper. — Les savants, ajoute-t-il, ont autant besoin que le peuple d'une autorité suprême qui fixe leurs incebtitddes. (Lettre sur la religion.)

Cest de cette nécessité qu'a dit saint Alphonse de Liguori :

Il a touiours tri nécessaire (f avoir une école de vérité, une autorité pour conserver intactes les vérités révélées dès l'origine du monde, afin que les hommes pussent apprendre d'elle, sans danger d^étre trompés, les choses qu'ils doivent croire et les choses qu'ils doivent pratiquer. [Les vérités de la foi.)

C*est de cette nécessité que le R. P. Perrone a dit :

Vàtidissimœ rationes ostendufU , de via ordinaria, divinam revelationem ab auetoriiate divinitus instituta atque infallibili, cttstodiri atque proponi d^>ere. {De vera Relig. Pars. II. prop. I.)

Il serait aisé de multiplier les témoignages rendus k cette nécessité, BQais ceux de saint Augustin , de saint Thomas d'Aquin , de Bossuet , de FéneloD, de Mallebranche , du comte de Maistre, de saint Alphonse

de Ligaori etc. , suffisenl k un fait attesté d*aillears par toutes les coqsciences.

En effet , si les théologiens prouvent que la parole divine enseignante est un bienfait de Dieu , un don de sa miséricorde , mais qui nous est nécessaire dons Tétat dUgno'^ance et d'obscurité où nous nous trouvons sur les choses divines, état dont les plus grands hommes, Platon et Cicéron, par exemple, n'ont pu sortir d'eux-mêmes, comme ils le reconnaissent hautement ; et si les théologiens savent entore et expliquent très-bien d'oii vient cet état d'ignorance et de minière , sont-ils pour cela les seuls à le sentir ? L'obscurité qui s'est répandue en nous sur les vérités mêmes de la religion naturelle , n'est-elle pas un fait de conscience pour ceux aussi qui ne sont ni philosophes ni théologiens ?

El puis , I homme ne sent-il le besoin , la nécessité d'être éclairé avec certitude que sur les vérités de la religion naturelle ? A quelle étonnante distraction d'érudit ne faut-il pas se laisser aller pour le croire ? Si j'arrivais par moi-même ^ une certitude où n'a pu arriver Gcéron sur la nature et les perfections de Dieu , sur la destinée et l'immortalité de l'âme , saurais-jd pour cela tout ce qu'il m'est nécessaire de savoir T

Pourquoi rencontré-je au fond de mon être une lutte terrible et toujours renaissante ? Pourquoi fais-ja quelquefois le mal que je hais ? Et le bien que j'approuve pourquoi ne le fais-je pas toujours ?

Qui me révélera ce mystère ?

Qui me dira la source de mon mal , et qui m'en indiquera le remède ? Malheureux que je suis, qui me délivrera de moi-même ?

Pourquoi , malgré le désir du bonheur que j'éprouve invinciblement , faut-il que la vie me soit une longue chaîne de souffrances , et pourquoi , malgré l'amour également invincible de la vie, faut-il qu'au bout de toutes mes voies j'aperçoive la fosse ouverte de laquelle chacun de mes pas me rapproche ?

Et qu'y a-t-il après la chute dans l'abtme ? Est-ce la lumière ou les ténèbres , l'amour ou la haine , l'espérance ou le désespoir ? La continuation de la vie , ou la continuation de la mort : Mors secunda ?

Encore une fois , qui me dira le mot de la lutte que j*éprouve \ de la douleur qui m*élreiot, de la mort qui me menace» de la fin qui m*aitend ?

Est-ce la raison naturelle qui répond à ces questions qui sortent de mon âme et de toutes les âmes ?

Non : la parole seule du Dieu vivant peut résoudre les questions que la raison renouvelle sans cesse avec une légitime inquiétude.

Il est donc évident que Tautorilé divine enseignante , que Téducation surnaturelle déjà si nécessaire pour nous donner la connaissance pleine et certaine des vérités de la religion naturelle, est bien plus nécessaire encore pour nous éclairer sur les grands problèmes qui sortent du cercle de la religion naturelle, et nous intéressent cependant au suprême degré.

Les théologiehs qui savent et qui expliquent pourquoi et comment notre état de dégradation originelle et d'ignorance nous rend la foi nécessaire in ordine ad cognitionetn rell^ionis naturalis, savent aussi pourquoi, à part cet état de chute, nous sentons encore le besoin d'une lumière plus haute que la raison. Ils savent que ce besoin est une conséquence de notre destination positive à la vie surnaturelle. Mais ce besoin dont les théologiens savent la raison, faqt-il, encore une fois, faut-il être théologien pour le sentir ?

Chacun de nous ne désire- t-il pas savoir les liens de ce monde et de Tautre , et quels sont les rapports des luttes et des douleurs de la vie et de la mort avec la dernière fin ? Le bonheur qui naus échappe en cette vie , et que nous ne cessons de poursuivre , ne le désirons-nous pas dans la vie future? Cette aspiration à une vie surnaturelle , n est-elle pas un. fait de conscience pour tous les hommes ? Mais , encore une fois , qu y a-t-il au delà de la tombe ? L'œil l'a-t-il vu ? loreille l'a-t-elle entendu , le cœur de l'homme le lui a-t-il révélé? Si celui qui habite Téternité ne nous en parle pas lui-même , qui tentera d'en dévoiler le mystère , à inoins d'être un insensé?

Voila pourquoi il n*est aucun peuple de la terre , ni aucun âge du monde , où Ton trouve une religion fondée par la raison humaine. Sur Dieu et l'invisible avenir, toujours et partout l'homme a voulu entendre Dieu, et jamais il n'a cessé de rendre témoignage à la nécessité de la

révélation lors môme quMl n'en a embrassé que l*ombre. Malgré ses prétentions, sous ce rapport, le rationalisme lui-môme a l'instinct dé son impuissance , et quand il appelle la révélation de l'esprit aUendu qui doit fonder la religion de l'avenir, il proclame sans le savoir, quen rejetant le vrai Dieu , le Dieu de tous les temps , le Dieu qui ne change pas , il se verra dans la nécessité d'en adorer un autre. (Voyez p. 405-409 , sup.)

II. Maintenant , je le demande, si la révélation continuée ou l'autorité divine enseignante nous est doublement nécessaire , et pour nous guérir de notre ignorance naturelle , et pour nous éclairer sur la fin surnaturelle à laquelle nous aspirons tous , est-il bien certain que Dieu ne nous a pas refusé ce qui nous est deux fois nécessaire ?

Le bon sens s'empresse de dire oui , et il a raison , mais ce n'est cependant pas sans raison non plus que la théologie distingue ici plusieurs choses :

4 ** La création de l'homme dans Tétat purement naturel , sans sa destination à la possession surnaturelle de Dieu, eût déjk été un insigne bienfait. Combien d'hommes se contenteraient de l'immortalilé sur la terre , s'ils pouvaient y être exempts des misères de la vie actuelle f Combien môme accepteraient l'immortalité avec ces misères !

S° Après la prévarication de l'homme , la justice de Dieu pouvait le laisser au sort qu'il s'était fait, à l'état qu'il avait librement choisi.

De la nécessité de la révélation résultant de cet état de déchéance et d'ignorance, on ne peut donc , en restant dans l'ordre abstrait et purement logique, conclure rigoureusement l'existence même de la révélation ou de l'autorité divine enseignante.

La théologie, en ce sens , a donc raison ; et cependant le bon sens n*a pas tort.

Le bon sens, en effet, ne prend pas l'homme tel qu'il eût pu être, soit dans l'état exclusivement naturel , soit dans l'état supposé et possible d'abandonnement après sa chute, mais dans l'état où il est positivement. Il prend donc l'homme positivement tombé et positivement rendu à l'espérance.

On dira ; Mais ce dernier état résulte d*un fait libre et gratuit de la. miséricorde de Dieu, fait dont on ne peut démontrer Texistence a priori.

Aussi ne la démontre-t-on pas absolument a priori, mais a priori secundum quid.

En effet, quand Dieu rappelle Thomme à lui, ne le rappelle-t-il qu'extérieurement? Ne fait'ilrien intérieurement i n agit-il pas en nous pour nous préparer à ce quMl nous destine , pour nous faire aspirer à ce qu il nous offre au dehors? Ne nous donne- t-il pas la confiance d'obtenir la lumière dont nous avons doublement besoin?

A cette question donc : Dieu nous refusera-t-il ce qui nous est deux fois nécessaire, le bon sens a raison de répondre : Certaineuent non. Cest que le bon sens ne se place pas dans un ordre de choses abstrait et purement logique» mais reste dans Tordre moral , dans Tordre réel , et juge des choses in concreto.

N'est-ce pas pour établir à ce sujet Taccord entre la science abstraite et le bon sens que le P. Passaglia a dit :

or Mettant de côté la question de fait, la révélation est souverainement probable, pour ne pas dire certaine. »

Et encore : « En restreignant le plus possible nos conclusions , nous disons qu'il est pour le uoivs souverainement probable que Dieu, par d'autres témoignages que ceux de la nature , s'est manifesté lui-même et a fait connaître au genre humain ses conseils et ses volontés. »

Et pourquoi toutes ces expressions : En restreignant le plus possible nos conclusions , nous disons qu'il est souverainement probable , pour le moins souverainement probable, pour ne pas dire certain, etc. ?

t Parce que si Dieu n'a pas suppléé à la faiblesse de Thumanité, répond le P. Passaglia , si Dieu n'a pas suppléé h son insuffisance par d'autres voies , par des voies en dehors de ses manifestations naturelles, le genre humain, en ce qui concerne la religion, doit désespérer de luimême, et s'enfoncer dans des ténèbres non moins épaisses que pernicieuses. Dieu nous préserve, ajoute-t-il, Dieu nous préserve de prononcer une telle sentence! Qui donc oserait professer tant de mépris pour la race

humaine, et si peu de coti fiance en la bofUé infinie de Dieu notre Père dans la création? » (4«Conf. 4 854 .)

Il est donc vrai qu'au fond de la nature humaine, il n*y a pas seulement rinclination à la vie future , le besoin et le désir du témoignage de Dieu sur Tinvisible avenir, mais la confiance d entendre ce témoignage , la foi à son existence.

Il est donc vrai qu en cherchant ce témoignage, cette parole de Dieu , cette éducation paternelle , cette autorité divine enseignante , la bonne foi demande : Ou est-elle? Et que la mauvaise foi seule demande : Estelle?

Il est donc vrai qtje la bonne foi la cherche avec confiance , parce qu*elle croit en Dieu : In Deutn Patrem, attend de lui ce qu'un père ne refuse pas à ses enfants , la vérité , Taliment de la vie ; et que la mauvaise foi ne demande si elle est, ne doute de l'existence de cette autorité divine, que parce qu*elle aime à en douter, parce qu'elle désire qu elle ne soit pas, qu'elle la craint et la ïuit, comme il arrive trop souvent k rhomme de craindre la lumière. (Voy. Le libre Examen, p. 27 et p. 37.) Il est donc vrai, enfin, que Dieu, en venant à nous, nous inspire de le chercher, et nous donne la confiance de le rencontrer : Sentite de Domino in bonitate, et in simplicitate cordis quarite illum : quoniam invenitur ab ki$ qui non tentant Ulum : ajpparet autem his qui hohent fidem in illum. (Sap. 4.4.)

3. On objecte contre la nécessité de Taotorité divine enseignante, que bien des peuples en sont privés, et que, cependant, la foi ne doit pas y être impossible, puisque Dieu veut sauver tous les hommes.

Mais c'est justement Tétat des peuples privés de cette autorité par l'infidélité de leurs chefs ou de leurs pères , avant qu après Jésus-Christ , qui prouve cette nécessité avec évidence , comme nous le montrons à plusieurs reprises dans cet ouvrage (P. 277-300.— rî44-î57, — etalUn.)

Il ne résulte cependant pas de l'état déplorable de ces peuples, que la foi divine y soit impossible aux âmes sincères. Les grands coupables chez les nations égarées, sont ceux qui ont brisé la chaîne de l'autorité qui les rattachait k l'unité. Pour ceux qui sont dans Fignorance invincible » et qui se croient dans la vraie société des enfants de Dieu , ils a pa lien-

nent k Vdme de TEglise, selon Texpression reçue, et Dieu les éclaire et les aide via extraordinaria, puisqu'ils sont privés sans leur faute du moyen ordinaire établi par la Providence pour la conservation de la vraie foi. Ce n est pas alors la foi qui leur manque » mais un enseignement plus développé de ce que croit implicitement toute âme soumise à l'auto^ rite de Dieu. Il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ; mais ceux qui» avant la prédication évangélique, attendaient le salut de Dieu^ de la manière que sa sagesse l'avait résolu , sans qu'ils connussent explicitement comment il devait s'accomplir, se sauvaient par la foi implicite en Jésus-Christ. — Depuis l'incarnation, le salut n'est évidemment pas devenu plus difficile , et ceux qui n'ont pas entendu la bonne nouvelle , comme le dit saint Bernard [De Baptismo.), sont dans la même situation que les premiers. — // est impossible de plaire à Dieu sans la foi, dit saint Paul, car pour s'approcher de Dieu , il faut croire premièrement qu'il y a un Dieu, et qu'il récompensera ceux qui le cherchent, (Heb. 4 4. 6.) Dieu et sa justice, voilà les deux grandes vérités que le Verbe qui parla au monde à l'origine, et qui s'incarna au milieu des temps , manifeste à l'homme par la lumière de la raison et par la lumière révélée. La plénitude de la révélation de la justice et de la miséricorde de Dieu est dans l'Evangile; maiâ ceux qui n'ont pas entendu cette pleine révélation seront jugés selon ce qu'ils auront reçu , et Dieu seul sait jusqu'où la lumière de la grâce intérieure doit suppléer k la lumière révélée pour rendre dignes de lui les âmes qui le cherchent. (Voyez Le libre Examen, p. 4 60-4 62.) *

On objecte encore contre la nécessité d'une autorité divine.enseignante en matière de religion , qu'avant Jésus-Christ cette aylorilé n'existait pas, ou n'existait que chez les Juifs , et que par conséquent il est faux qu'elle ait toujours été nécessaire k l'bomme comme l'enseignent saint Augustin, saint Thomas, Bossuet, Fénelon, saint Alphonse de Liguori, Mallebranche, le comte de Maistre, le père Perrone, etc., etc.

Nous répondons avec Bossuet : L'Eglise catholique remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne peut lui étrQ contestée. — Et elle réunit en elle-même toute V autorité des siècles passés ,. jusqu'à l'origine du genre humain.

On insiste et on dit : L'Eglise primitive n'avait pas d'autorité divinement instituée pour conserver intacte? les vérités révélées , afin que les hommes pussent les apprendre d'elle sans danger d'être trompés .comme

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l'affirment de concert Bo^uet , Fénelon , saint Alphonse , saint Thomas , saint Augustin et les autres.

Nous répondons : L'Eglise primitive n'avait pas d autorité enseignante constituée dans la forme définitive que lui a donnée Jésus-Christ , cela est vrai ; mais il est faux qu'elle ait jamais été privée auparavant de toute autorité divinement établie.

Plusieurs ont pensé , nous ne l'ignorons pas , que la tradition naturelle de la famille a suffi pour conserver au monde la révélation primitive ; et d'autres ont cru en indiquer la raison en disant que la révélation primitive n'avait pour objet que la religion naturelle. Mais il y a là une triple erreur :

4** Il est de fait que la tradition naturelle des familles n'a pas conservé le dépôt de la religion primitive , puisque les nations sont tombées dans l'idolâtrie.

V La religion <[o*on appelle exclusivement naturelle, n'a jamais existé. Dans Vélat réel de notre nature et de sa destination , Thomme n'eût jamais pu vouloir s'en tenir à la religion purement naturelle, sans résister à la nature elle-même , nous voulons dire au gémissement qui sort de sa dégradation et que Dieu inspire à l'homme. Il y a dans notre nature quelque chose qui ne vient pa3 de la nature , mats de sa dégradation d'un côté, et de la grâce de Dieu de l'autre. Notre nature se sent déchue (je ne dis pas se nait, car c'est Dieu qui le lui révèle) , mais m «mt malade (Rom. 7.), et soupire après le divin remède. Elle se sent aussi attirée k une fin supérieure , et en désire la révélation , c'est l'affirmation de l'Apôtre. — La révélation primitive n'avait donc pas uniquement pour objet l'existence de Dieu , la spiritualité de l'âme , la liberté et la responsabilité de l'homme , mais aussi la chute de l'homme , la promesse du salut , la nécessité de la grâce , les sacrifices figuratifs de la rédemption , l'institution du sacerdoce.

3® Le sacerdoce, le ministère sacré que tous les siècles ont reçu comme une institution divine , a pu être tint à l'autorité dans la famille, mais jamais confondu avec elle. L'autorité religieuse a toujours été diftincte de l'autorité domestique et de l'autorité civile. Nous ajoutons que l'autorité religieuse divinement instituée a toujours été assistée de Dieu pour conserver le dépôt de la révélation primitive , et que les familles et les

nations qui sont devenues infidèles, et qui oru perdu ce divin dépôt, ne sont devenues infidèles que pour avoir rompu avec rautorilé assistée de Dieu.

Mais comment Dieu donna*t-il cette assistance au sacerdoce primitif, h Tautorité patriarcale? Il la donna comme il convenait qu'elle fût donnée dans Tenfance du monde , c*est-à-dire d*une manière sensible , par lui-même ou par les anges. Dieu ne conversa-t-il pas avec Adam , Abel , Seth , Enoch , Noé , Abraham , Isaac , Jacob , Joseph , pour ne citer que lés grands patriarches? Et qu on remarque bien que ce n*est pas seulement aux pères ou aux pontifesr d*un peuple ou d une race que Dieu se montre et que Dieu parle ; non , car TEcriture qui ne nous a pas donné Tbisloire de tous les peuples et de toutes les races , nous dit cependant que Job, prêtre chez les Arabes, conversa avec Dieu et lui offrit des sacrifices ; qu* Abraham reçut la bénédiction du prêtre du Très- Haut chez les Chanaoécns, de Melcbisédech qui offrit aussi l*hostie figurative de la grande victime ; que le Père des croyants , se trouvant en Egypte , fut en relation avec les chefs de ce peuple qui adoraient aussi le vrai Dieu et conversaient avec lui. Maintenant , je le demande , quel sera Tesprit assez préoccupé de rapetissar la Providence et d'amoindrir la bonté divine , pour croire que Dieu, n a accordé ce secours qu'aux pères et au:^ pontifes des peuples et des races que l'Ecriture ne rappelle qu'incidemment? Nous avons donc eu raison d'afiirmer que les familles et les nations qui ont perdu le dépôt de la révélation primitive , ne sont devenues infidèles que pour avoir rompu la chaîne de l'autorité religieuse patriarcale , divinement instituée et assistée dans TEgHse primitive universelle dont Dieu lui-même, par une intervention positive et vivante, restait le chef visible, le centre d'unité. € Ecclesia enim, generatim accepta pro omni statu, loco et tempore, est congregatio fidelium in vero Dei cultu adunatorum sub Christo eapite, Quœ depnitio comprehendit etiam fidèles Veteris Testamenti ab Adamo usque ad Christum, tum Judœos, tum GENTILES. o (Dens. De Ecclesia.)

Mais à 1 époque même où l'infidélité commença, à l'époque de la naissance de l'idolâtrie, cette grande hérésie du monde primitif, Dieu protesta contre elle par un acte admirable de sa providence, par'^a vocation du père de ce peuple dont nous lui avons vu faire un monument vivant élevé ^ la révélation primitive au confluent des grands empires, et puis un peuple missionnaire chez les nations égalées. —

oiO APPCNDICF.

Ost ainsi que Celui qui vient au pecours des ûmcs sincères, in omni gente , et via extraord inaria ^ si elles sont privt*es Sdns leur faute ilu moyen ordinaire établi par la Providence ; c*est ainsi que Dieu n oublia pas eolièrement sa miséricorde à Végard même des nations coupables, ei suppléa, en quelque sorte, aux grâces et aux secours extérieurs q\x'\] avait accordés à TEglise primitive pour la conservation du dépôt divin , par la révélation mosaïque et la constitution du peuple élu qui fut aux autres d un secours permanent , servant ainsi de préparation à Téi^t final de rSglise dans la perfection qu'elle a reçue de Celui qui ne vint rien changer, mais tout accomplir. Et comme ces nations qui ont perdu la foi primitive, ne sont tombées dans la grande hérésie qu'on appelle infidélité ou paganisme, que pour avoir rompu la chaîne de lunité de TEglise prinnilive, de môme les nations infidèles du monde chrétien , ou les peuples livrés au schisme et à Thérésie n*y sont tombés que pour avoir rompu avec Tunité de TEglise dont le centre visible a été constitué è jamais par Jésus-Christ.

Il faut reinarquer donc que Vassistance divine qui est une conséquence de Tinstitution divine de TEglise , ne lui a pas été* accordée toujours de la même manière , mais d'une manière toujours digne de la Providence. C'est ainsi qu'a la constitution d'un centre d'unité permanent, il a promis une assistance permanente : Omnibus did>us usque ad consumma^ tionem sœculi.

Résumons-nous : La religion et la société religieuse sont inséparables par la nature des choses et par l'institution positive de Dieu.

La société religieuse ne peut être conçue sans l'autorité religieuse.

La société religieuse a pour 6n le bonheur ou le salut éternel des ftmes , et l'autorité religieuse a pour devoir d'enseigner aux hommes quelle est cette fin suprême et quels sont les moyens de l'atteindre.

Toute société religieuse divinement instituée, suppose donc une autorité enseignante divinement établie et divinement assistée pour garder fidèlement le dépôt des vérités divines.

La nécessité de l'autorité divine enseignante est avouée par toutes lès consciences sincères ; constatée par les erreurs des plus grands hom-

mes qui ont prétendu s on passer , et par Tétat des peuples qui l'ont abandonnée ; manifestée par la perpétuité môme de cette autorité qui remplit tous les siècles par wie suite qui ne peut lui être contestée; et jamais Tabsurde théorie protestante qui suppose une société religieuse sans une autorité doctrinale divinement établie, n*a pu être légitimement pratiquée , ni avant , ni après Jésus-Christ. Le protestantisme , d'ailleurs, est venu a son tour démontrer celte vérité, en se réfugiant constamment dans les bras de Tautorité temporelle : MentHa est iniquitassibi. — Les efforts que font aujourd'hui chez lui les esprits éclairés et chrétiens, pour échapper a cette constitution civile, les conduiront infailliblement à rEglise-mère, s'ils ne veulent pas périr dans risolement.

Quant aux âmes de bonne foi qui sont sans doute nombreuses dans les pays arrachés à l'Eglise par la volonté de leurs princes , il est évident qu'elles ne sont protestantes qu'en vertu du principe catholique mal appliqué. Elles volent en effet dans la Bible ce que l'enseignement de leurs ministres leur apprend k y trouver , et par leur docilité même , protestent contre le protestantisme. Celui-ci ne dure que par inconséquence, et le seul fruit logique qu'il puisse produire, c'est le rationalisme dont l'enfantement lui donne la mort.

Un exemple de l'abus que le protestantisme fait des divines Ecritures.

« Cette Ecriture, il la divise elle-même, il en isole les textes, il en cache Funité, e est-à-dire la vérité, comme le fit celui qui combattit le Christ par la Bible dans la Tentation du désert. » (Page 262.)

Le grand moyen employé par Tesprit de mensonge pour tromper les hommes, c'est de prendre le vêtement de la vérité divine elle-même. Ce vêtement c'est l'Ecriture sainte , la lettre sans l'esprit et contre l'esprit, la lettre divisée contre elle-même. Le Christ a voulu nous prémunir contre celte ruse satanîque , en permettant que dans la Tentation du désert , où il voulut nous servir d'exemple , Satan qu'il laissait dans le

doute sur sa divinité , vint réprouver et Tassaillir k l'aide des textes de TËcriture sainte : c II est écrit... » disait le père du mensonge. (Matlh. 4.6.)

Cest ainsi qu*ont fait et que feront toujours les hérétigues : s'emparer d'un ou de plusieurs textes , les isoler des autres , fermer Toreilie k la tradition qui en conserve le sens , et k l'esprit de Dieu toujours vivant dans son Eglise.

Mais contre ceux qui isolent les textes, pour couvrir ainsi leurs erreurs de paroles divines tronquées ou profanées (c'est la même chose) , il faut k l'exemple du Sauveur , au même chapitre de la Tentation , réunir les textes divisés , et répondre avec l'autorité divine qu'il a perpétuée sur la terre.

Voici un révoltant exemple de la profanation de l'Ecriture par la division des textes au profit de l'erreur » contre la gloire de la très-sainte Vierge Mère de Dieu.

L'Evangile nous montre Marie invinciblement r^olue k garder sa virginité . puisqu'elle ne peut comprendre comment elle deviendra Mère du Sauveur, etqu' elle dit, sans hésiter, k Fange qui lut annonce l'incarnation du Verbe : « Comment cela pourra-t-il être , puisque je ne connais point d'homme? » Dans notre langue, le mot connaître ne rend pas ici l'énergie du texte : Quoniam virum non cognosco, c'est-k-dire : a Parce que je nJ f)eux avoir de commerce avec aucun homme. » C'est le seul sens possible de ces mots , car si Marie n'eût été résolue a une virginité perpétuelle , ils n'auraient eu aucun sens, selon la remarque de saint Augustin .

Mais l'hérésie a si peu le sens des choses de Dieu , que dans cette admirable créature qui eût renoncé plutôt k la maternité divine qu'k la virginité , elle suppose , après l'incarnation du Verbe l'abandon de la résolution de rester vierge I

L'hérésie cependant a trouvé des textes qui, dans leur isolement, prêtent k celte erreur infâme , surtout chez ceux qui ignorent les usages et les locutions hébraïques , et aussitôt elle s'en est emparée avec l'astuce du serpent. Nous avons rencontré des âmes droites trompées par ces ruses , et qui , les larmes aux yeux , remerciaient ceux qui les délivraient

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