‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 26 sur 34 · APP£N · texte numérisé non relu

APP£N

par révideoce de la vérité, d^ane erreur aussi iasapporUible à un cœur chrétien.

Quels sont ces textes que Thérésie dénature en les divisant ? ce sont ceux qui , réunis , nous apprennent que Marie épouse de Cléopbas» scntr de la Mère du Seigneur (Joan. 4 9. 25.) , était mère de Jacques et de Joseph. (Matth. S7. 56. — Marc. 45. 40.) Or, Jacques (le mineur) et Joseph ainsi que Simon et Jude leurs frères , sont tous les quatre appelés frères de notre Seigneur (Matth. 43. 55 et 42-47.), de la même manière que saint Paul appelle Tun d*eux saint Jacques le mineur (fils d*Alphée ^ et de Marie sœur ou parente de la sainte Vierge), frère du Seigneur : Fratrem Domini (Gai. 4 . 49.) , selon Tusage des Hébreux qui donnaient le nom de frère , Âch, à tous ceux de leur parenté. Eh bien 1 Thérésie n^oublie pas seulement ici cet usage ou cette locution hébraïque si fré^ quente dans les Ecritures , par exemple quand elles donnent le nom de frère d*Abraham à Loih son neveu (Gen. 43. 8.) , le nom de frère (Geir. 29. 45.) de Jacob a Laban , son oncle (Gen. 28. 2.) , mais elle affirme que les parents du Sauveur appelés ses frères (Matth. 4 2. 47.) étaient les enfants de la très-sainte Viej^ Marie , malgré les textes cités (Matth. 43. 55 et 27.56. —Marc. 45. 40.— Joan. 49. 25.— Galat. 4. 49.) qui disent formellement quMls étaient les enfants de Marie, épouse d^Alphée et sœur ou parente de la très-sainte Vierge. — Yoil^ où pousse renvfe cachée de ternir la virginité de la Mère d'un Dieu hti homme !

Et cependant , combien n*est41 pas facile de faire passer cette erreur sacrilège dans la foule des esprits ignorants qu on constitue juges du sens des Ecritures, pour les leur interpréter comme on veut, en les dispensant tout b la fois , et de la science des Ecritures , et de la foi b la parole vivante de Tapostolat perpétuel auquel Jésus-Christ a promis son assis^ tance ju8qu*à la fin des siècles. (Matth. 28. 49, 20.)

L'hérésie, pour ravir à Marie dans Tesprit des chrétiens, la gloire de sa virginité perpétuelle, a profané encore cet autre texte : « Et il ne 1*avait point connue jusqu k ce qu'elle enfantât son fils premier-né , à qui il donna le nom de Jésus. » (Matth. 4. 25.) Donc, dit Thérésie, après

0) {Batth. 10. 3.)» Gléopbéc et Alpbée sont deoi tndocliontda ibAim mm du trate erigiMl, oa plalM dMC ■Moièras de l'écrire. lAldonat a dllque Harie-Cléophas élail fllle de Cléopbée et épouse d'AIphie « nais noua pcBsoiia avec d'autre* qu'il •*«*! troapé. H n*est paa néœauire dlndster ici sur ce point qd u'aflécte imn<- MiBt II qucitioB prtecipÉte.

renfantement' de rHomme-Diea , elle cesto. de vivre dans la virgÎDîté. Comme si les mots : Jusqu'à ce que, dénotaient nécessairement un changement, tandis qu ils sont si souvent employés sans en indiquer aucun» par exemple : « Le Seigneur dit à mon Sergneur : Asseyez-vous ama droite » jusqu'à ce que je réduise vos ennemis k vous servir de marchepied. » (Ps. 409.) S'ensuit-il de ces mota : Jusqu'à ce que, que le Christ après sa victoire ne règne plus à la droite de son Père ? — C*est dans le môme sens qu*il est dit de loiseau que Noé lâcha hors de Tarche : « II ne revint plus jusqu'à ce que les eaux de la terre fussent séchées. » (Gen. 8. 7.) Cest-k-dire qu'il ne reparut plus, et non qu*il revint après le dessèchement des eaux.

Par ces mots donc : « Il ne Tavaît point connue jusqu'k ce qu'elle enfantât, » saint Matthieu n'affirme qu'une chose, mais une chose admirable , inouïe , divine , c'est-k-dire , la naissance de Jésus-Christ d'une flère-viei^e , et confirme uniquement ce qu'il a dit plus haut que Marie avait conçu le Sauveur par la vertu du Saint-Esprit : « Antequam eonvenirent inventa est in utero habens de Spiritu Sancto. n (Matth. 4. 48.) « Quod autem didtur : Antequam convenirent, dit saint Jérôme, n€m sequitur ut postea convenerint; sed Scriptura quod factum non^ osten^ dU. » (In Cap.. 4. Matth.)

Enfin , pour ne pas négliger une dernière attaque du protestantisme contre la dignité virginale de la Mère du Christ , il faut remarquer qu'on appelle premier-né, en général , et dans l'Ecriture en particulier , celui avant lequel nul autre n'a vu le jour , fût-il fils unique , comme on le voit au livre de l'Exode , ch. 4. v. 22 , où le peuple unique de Dieu dans le choix dont il a été l'objet, est appelé son fils premier-né , et au chap. 4 3. V. 2 , où Dieu ordonne de lui ofl'rir le premier-né fût-il unique, et au livre de Josué (47. 4.) où Machir fils unique de Manassé est appelé son premier-né, etc., etc.

Ces exemples suffiront pour faire comprendre combien il est facile à l'hérésie de tromper l'ignorance , ou même l'orgueil des demi-savants , par la promesse de l'intelligence cachée aux autres (c'est ainsi qu'elle parle) des Saintes Ecritures. Comme le tentateur k l'origine, elle promet la science cachée , et comme le même tentateur au désert , elle cache ses mensonges sous le dehors de la parole de Dieu même. Tromperies hommes au moyen de la parole humaine , c'est un vil mensonge ; mais

les tromper au moyen de ]a parole divine , que sera-ce ? Y a-t-il un mot pour caractériser ce sacrilège ? Et voWk cependant le rôle que jouent de prétendus prédicateurs de la parole évangélique I Qu*on reconnaisse donc enfin qu il serait moins dangereux de voir entre les mains de ceux qui les écoutent avec la stupide et présomptueuse prétention de découvrir en6n le sens des Ecritures (inconnu de leurs pères et de TEglise universelle !) , qu'il serait moins dangereux , disons- nous , de leur voir entre les mains un mauvais livre dont le venin se découvre, que le livre sacré où le venin se cache sous la parole de Dieu même, où le poison du mensonge est donné dans le fruit de la vérité. Les Saintes Ecritures lues par les fidèles de là manière dont ils les lisaient du temps des Apôtres qui les leur expliquaient , ou par eux-mêmes ou par les Evoques , les prêtres et les diacres qu'ils constituaient dans les différentes Eglises , les Saintes Ecritures ainsi lues , et cVst ainsi qu'elles l'ont été dans tous les siècles de l'Eglise , sont le livré sanctifiant par excellence , la parole pleine de grâce et de vérité. Lues autrement, avec un esprit de révolte contre Tautorité vivante à laquelle Jésus-Christ a confié la parole écrite et non écrite (comme l'affirme l'Evqngile] , les Saintes Ecritures deviennent par Tabus qu'en fait l'orgueil , le plus dangereux des livres , le moyen même de consacrer toutes les erreurs , et de faire vénérer comme venant de Dieu tous les rêves de l'esprit humain : Corruptio optimi pessima,

De l'influence de la philosophie allemande et principalement de la méthode de Hegel sur la sophistique contemporaine.

(Page 310. sup.)

I. Kant^ par sa Critique de la raison pure, fut la cause occasionnelle du système de philosophie qu'on est convenu d'appeler philosophie allemande, ou philosopAiie de Yabsolu, Voici comment Kant la fît naître. Voulant donner b nos connaissances une base plus solide que celle de DOS convictions naturelles , une base purement rationnelle ou qui eût en elle-même sa raison dernière , il arriva logiquement a établir que rien en nous ne démontre qu'il y ait un lien nécessaire entre nos facultés et leur objet ; entre nos idées et les réalités physiques ou métaphysiqu3s.

516 ApraNOîct.

De i^ 868 vains elforts pour échapper aa sc^ticisme par la CrUiqne de la rai9on pratique, au moyen de laquelle il prétend arriver k la certitude objective. Il n*y arriva » en effet, on plutôt il ne garda celte certitude, que par Theureuse inconséquence qui finit toujours par soumettre les idéologues k Tempire de la nature et du bon sens.

Un de ses disciples et de ses amis, Fichte , voulut cependant y arriver autrement , et tenta d^échapper logiquement au scepticisme en restant fidèle au principe de son maître , c'est-k-dire k la nécessité d'appuyer nos connaissances sur une base purement rationnelle. Que fit-il donc ? II affirma que la connaissance en nous est identique à V essence des choses, et posa sans façon V identité du sujet et de V objet. Cette identité substantielle de toutes choses , du moi , du monde physique et du monde métaphysique, fut appelée X absolu.

En passant ainsi d*un seul bond du scepticisme au panthéisme « le disciple croyait combler Tabtme ouvert par son maître, la critique de la raison avait fait dire k Kant : Je ne sais rien avec certitude ; Fichte affirme qu*i1 sait tout parce qu'il est tout !

Cette dernière expression , malgré son exagération apparente, est la formule exacte du panthéisme de Fichte.

Cest du moi , en effet , qu*il fait sortir le monde et Dieu ! ^ On donna donc , k son système le nom d^'idiaiisnke subjectif et transcendant.

La raison de Fichte n'y tint pas plus que celle de ses disciples, et parmi ceux-ci , il y en eut on , Scbelling , qui chercha k donner k la philosophie de VabsolUy une base plus acceptable. Il maintint donc Tidentité du sujet et de l'objet, du moi et du non moi, ou funxdtiàe substance en toutes choses ; mais au lieu de faire sortir le monde du moi , c'est le moi qu'il fit sortir du monde , rentrant de ce côté dans le panthéisme de Sptnosa. La conception de Schelling fut plus séduisante que celle de Fichte. Elle heurta moins le bon sens en flattant également Torgoeil de Thomme , car Schelling affirmait que la force universelle qui se développe dans la nature n'arrive' que dans l'humanité k la conscience d'elle-

(1) « Fkktt dédare mm détour que le mwJe, t«l qa*U le eoaçoit. B*«<t qa'uM vedilcaUoa d« msI Ud. néme, aoe fome de Do(re actif M, et quMl ne peut foornir «icum donnée pour en condure resiMcw» d*»» pfe« dieiiocl du nopde. • {Thioêhéê, ^r 1. «aret.)

APPEHDIGE. 517

même et ii l'inlelligence. Celait dire, en d'autres termes, que Vhomme est ce qu^U y a de plus divin dans le dieu- grand- tout. — On donna donc k ce panthéisme le nom û'idéaliême objectif, parce que Scbeiling tenta d*exp]iquer comment tout dérive de Yabeolu ou de 1 unité substantielle de toutes choses , en partant de cet absolu lui-même qu'il saisit par une intuition immédiate.

On sait que Schelling finit par renier le panthéisme , et par reconnattre la rMUé des substances finies , un Dieu personnel distinct du monde, et la dirnnité de Jésus-Christ,

Hégel ,. disciple de Fichle comme Schelling , s'attacha comme eux k la philosophie de Yabsolu on au panthéisme, mais il préféra, dans la manière de Texposer, la conception de Schelling, et s'efforça de lui donner la base rationnelle qui lui manquait encore, en partant non de la réalité, mab de fidée même que nous en avons.

Hégel , comme Ta dit H. Cousin , débute par des abstractions qui sont pour lui le type de toute réalité.

Au premier abord, cette méthode parait être celle de Fichte , et semble devoir détruire le système de Schelling, mais il n en est rien , car si Yabsolu en se développant , n'arrive qu'en nous au dernier degré de sa perfection, c'estr-à-dire à la connaissance de lui-même, comme l'afiQrme Schelling , Hégel n'a pas tort de chercher dans celte connaissance qui est la perfection même de l'absolu, le type de toute réalité. Et c'est ainsi qu'il fait ressortir de l'idée ce que Fichte en faisait sortir, et qu'il reste cependant fidèle au réalisme de Schelling, mais en lui cherchant une base dans la raison. Hégel part de ce principe : Tout ce qui est rationnel est réel, et tout ce qui est réel est rationnel, et il définit la philosophie : La science de la raison en tant que celle-^i est Vidée et la conscience 4e toute existence dans son développement nécessaire.

Avant de continuer Fexposé du système hégélien, revenons un instant Il Schelling qui en est le vrai père :

ff L'absolu, pour réaliser la progression infinie qui est sa loi, dit Schel* ling, (loi en vertu de laquelle il arrive dans l'humanité à la conscience de lui-même, k l'intelligence), doit pouvoir revêtir successivement toutes les formes ; et pour être capable de ces transformations suc-

cessives , il ne doit affecter primitivement et essentiellement aucune forme particulière. L'absolu , originairement et en lui-même , ne possède donc aucune forme déterminée ; il n*est pas retendue , il n est pas la pensée, il nest pas l'intelligence, la.volonté, Tesprit; il n*est pas la matière. Il nest qu'une pure possibilité de defo^ir toutes choses; et pour se réaliser il doit se diviser lui-même, se particulariser en une multiplicité infinie. Ainsi Tinfini passe dans le fini , Vétre se développe dans Yexisience, 0

« Le monde se développe avec ordre» ajoute M. Haret , il manifeste dans toutes ses parties et dans son ensemble une magnifique harmonie; et cependant la théorie de l'absolu nie unplan du monde, antérieur au monde, un plan conçu et réalisé par une intelligence parfaite! » (Théodi'' cée, 4 8« leçon.)

Mais il est aujourdliui superfiu de réfuter Schelling puisqu'il s'est réfuté lui-même ? Examinons plutôt comment Hegel a essayé de fortifier le réalisme absolu de Schelling par sa méthodologique et ses abstractions métaphysiques.

Hegel ayant défini la philosophie a la science de la raison en tant que celle-ci est ïidée de toute existence dans son développement nécessaire, » « divise toute la philosophie en trois parties : la logique science de Vidée pure, qui se confond pour lui avec la métaphysique; la philosophie de la nature, science de Vidée dans son existence objective; la philosophie de Vesprit où il explique comment Vidée engendre Vâme, la société el Dieu! Hegel prétend donc par la seule force de la dialectique , faire sortir de ridée toutes choses : l'absolu , la nature , l'esprit : Vabsolu, c'est-à-dire Vidée pure, l'idée considérée en elle-même et d'une manière abstraite ; la nature, c'est l'idée- manifestée et devenue objet; Vesprit, c'est l'idée faisant retour sur elle-même ; et selon qu'en revenant sur elle-même l'idée (devenue alors esprit) s'envisage comme esprit subjectif, ou comme esprit objectif, ou comme esprit absolu, elle nous donne soitrâroe, objet de la psychologie ; soit nos semblables ou la' société , objet de la morale ; soit Dieu , objet de la religion ! »

Nous avons préféré k toute autre cette analyse du système hégélien empruntée k V Encyclopédie de Bouillet, parce qu'elle est exacte et

complète, et*qu*elle montre clairement, sans Ta voir prétenda, que Hegel s'est borné k traduire Scheiling dans une autre langue.

« Par un procédé d'élimination qui consiste à dépouiller successivement la pensée de tous les concepts qui , ayant des relations mutuelles, s'affirment et se nient réciproquement , il cherche l'idée la plus générale, et contenant toutes les autres. Cette idée est celle de Véire, qui seule résiste à sa dissolvante analyse. Aussi est-ce la seule qu'il retienne, et dont ensuite il veuille tirer tout le. système de la raison. Voici son procédé •

» Nous ne pouvons pas penser l'être sans nous le représenter sous certains caractères ; et le trait distinctif de ces caractères est qu'ils s'appellent et se repoussent réciproquement. Quand je pense à Fétre, quand je parle de l'être , je me le représente nécessairement comme absolu ou comme relatif, comme un ou comme multiple, comme nécessaire ou comme contingent, comme éternel ou comme temporel, comme esprit ou comme matière , enfin , comme infini ou comme fini. Tous les caractères énumérés venant se. résumer dans ces deux derniers, pour abréger, nous n'opérerons que sur les deux derniers termes , ceux de l'infini et du fini ; et tout ce que nous dirons d'eux pourra s'appliquer aux autres. Hegel remarque donc que ces deux termes de la raison, lé fini- et l'infini, s'appellent réciproquement. Essayez de penser l'un sans penser l'autre en même temps ; essayez de .parler de l'un sans nommer l'autre; vous ne le pouvez pas. Mais il va plus loin , et il prétend que ces termes , en se supposant et en s'appelant, se détruisent l'un par l'autre. En effet, poursuit-il, quand je dis de. l'être qu'il est fini , j'affirme quMI n'est pas infini ; et quand je dis qu'il est infini , j'affirme qu'il n'est pas fini. Ces deux termes se nient donc réciproquement, ils sont en opposition ; ils luttent, et se détruisent l'un l'autre. Cette opposition m'oblige à chercher au delà du fini et de l'infini un terme qui les réunisse, où ils.se confondit, duquel ils pfocèdent. Si ce terme n'elistait pas, i) n'y aurait pas d'unité dans la

9 Ce terme dernier et suprême ne peut être que l'idée ta plus générale et la plus vaste , (a plus compréhensive et la plus féconde , l'idée même de l'êtiie- J'arrive donc à l'idée d'être, qui n*est ni fini , ni infini , et qui PEUT DEVENIR Vun ot Fautro.

9 Mais ici 86 manifeste une nouvelle relation. L'idée <}erétre en appelle et en suppose une autre , qui , de son côté , rappelle et 4a suppose ellemême. Je ne puis pas penser Tétre, sans penser en même temps le néant ; je ne puis pas penser le néant sans penser Tétre. Qu*est-ce que le néant? cest la négation de Tétre? Qu est-ce que Tétre? c'est la négation du néant. Toutefois, il n'arrive pas k la relation entre le néant et l'être ce qui advient à la relation existant entre le fini et l'infini , et que nous venons de voir se résoudre dans la destruction réciproque de ces deux termes. Loin d'être une relation d'opposition et de lutte, la relation entre le néant et l'être est une relation d'identilé absolue. Cet être auquel nous arrivons par l'élimination de toute qualité , de tout mode , de toute détermination ; cet être absolument indéterminé est le vide lui-même. Nous ne saisissons, nous ne distinguons, nous n'apercevons rien. Cet être dépouillé , cet être nu est donc le néant lui-a)ême. Ainsi , Hegel arrive à sa maiime fondamentale : Le néant et Vétre sont identiques.

» Toutefois, cet Être-néant n'est pas le néant absolu. C'est un néant fécond ; c'est un milieu entre le néant absolu et l'être développé ; (fest le devenir , dos werden. Ce devenir est ce qui n'est pas , mais qui peut être ; ce qui se fait. » (M. Maret. Théodicée.)

N'est-ce pas encore une fois la traduction abstraite , mais littérale de Schelling auquel Hegel doit évidemment l'idée fondamentale du devenir, de l'infini se réalisant dans le fini , de l'être se réalisant dans l'existence?

Hegel a été enlevé trop subitement à ses abstractions pour avoir le temps de désavouer ses œuvres à l'exemple de Fichte et de Schelling, mais celui-ci survivant à Hegel se chargea de ruiner l'édifice élevé à tant de frais par son disciple.

La chose n'était pas difficile : comment, en effet, ne pas voir queTidéede l'être n'est au fond que l'idée même de l'infini (Voy . p. 496. sup.), de l'être qui est par lui-même? Comment supposer qu'en affirmant le fini on détruise l'infini? Comment concevoir un être qui ne soit ni fini ni infini , comme l'avait prétendu Schelling d'abord, et Hégei après lui? Comment concevoir l'être sans l'existence ? £t comment un être qui n oxiste pas, une pure abstraction peut-elle être féconde ? Comment admettre ce fameux devenir, cette puissance de devenir, cet absolu auquel aucun être ne préexiste et qui n'existe pas lui-même , qui n'est qu'une possibilité de devenir toutes choses, selon Schelling, et Vidée pure et abstraite, selon Hegel ?

0 métapbysicieDs rêveurs , que vous êtes petits en présence d'Augustin , de Leibnitz, de Bossuet I Et que c'est bien de vous qu*il a été dit : Evanuerunt in cogitationibuê suis, et obscuratum est insipiens coreùrum : dicentes enim se esse sapierUes, stulti facH sunt, (Rom. 4.24 -tt.)

II. Cependant, la méthode de Hegel ayant pour but de donner un fondement rationnel au grand rêve poétique de Schelling, est devenue la source principale de la sophistique contemporaine. Nous ne nous étonne^ rons plus de Tempressement qu'on a mis h adopter cette méthode dans rétude de la philosophie de Thislolre, de la littérature» de la politique même, quand nous aurons mieux compris encore la portée de son principe, et k quelle sorte d'usage il se prête naturellement.

Ce principe est 1« principe d'identité, comme nous venons de le vérifier.

« Mais qu est-ce que le principe d'identité, demande le père Gratry ?

9 Ce que je vais dire est invraisemblable mais vrai , répond le célèbre oratorien.

» Le principe de l'identité n'est rien moins , selon l'hégélianisme , qu'une transformation radicale de la logique.

c C'est en vain , dit Hegel , que l'on voudrait conserver les formes du » passé, et résister à un nouvel avènement !...

p Le moment est venu de transformer la logique. • (Hegel. Œuv, t. 3. p. 3-6.)

» Soit : en quoi consiste cette transformation ?

9 L'ancienne logique , celle que le monde a connue jusqu'à présent , admet qu'on ne peut afiBrmer en même temps le pour et le contre d'un même sujet dans le même sens et sous le même rapport. C'est ce qu'on appelait le pruicipe de contradiction, ou Principium exclusi lerlii , comme quand on dit : Telle chose est ou n'est pas ; il n*y a pas de milieu.

» Eh bien ! Hegel, tout en disant qu'il maintient ce principe (Hegel se contredit directement sur tous les points) , Hegel dit qu'il lui en superpose un autre , savoir : le principe de l^identitéf principe qu'on appelle

as

en Allemagne Princtpium tertii intervenientis , le principe du troieiènu

survenant.

» Qu*est-ce que le principe da iroisième survenant ou principe de ridenlité ? Cest le principe supérieur en vertu duquel toutes les contradictions, qui sont bien, en effet, des contradiclions selon les hégéliens (ce qui maintient Tancienne logique tout en la transformant] , toutes ces contradictions, dis-je, sont conciliées et ramenées à Tidentité. (Tesl pourquoi le principe hégélien se formule ainsi : Identité de l^identique et du non identique,

» G*est ce principe que Hegel démontre plusieurs fois ex professo , dont il développe sans cesse la théorie et qu'il applique à toutes les pages de ses dix*huit volumes. Cest le fond du système ; o*est ce qui élève la raison supérieure [Vemunfl] au-dessus du sens commun [Veretand)\ c*est, en un mot, toute la logique, et la logique est tout, dit-il. Par exemple, pour avoir le principe fondamental de la métaphysique, il < sufiQt de traduire la formule logique et de dire : « L'être pur, c'est le » néant pur, »

» Voilà le principe fondamental de ce qu'on nomme aujourd'hui la philosophie allemande , l'hégélianisme , cette identité de Videntique et du non identique, ce principe qui fait dire k Hegel que Vétre c'est le néant; que les tendres sont la lumière : que la nécessité <fest la liberté;, et qu'il en est de même du bien et du mal; que l'infini, c'est le fini; que Dieu, c'est le monde, etc. ; et toutes les autres identités que l'on voudra imaginer , comme celle du passif el de Yactif (commerce) , du tout et de la partie (géométrie) , du positif et du négatif (algèbre) , au point que Hegel soutient vraie cette équation : -]' y — y = Sy;' tous ces délires , enfin , sont le principe de Videntité,

» Et ce principe est en même temps le procédé. Ce procédé , qui est on procédé de perpétuelle contradiction , Hegel l'applique partout , dans toutes les parties , dans tous les détails de son système. Ses ouvrages ne sont qu'un tissu de contradictions dans les termes. Quand il juge les doctrines et les faits, pour montrer que tout est à la fois bon et mauvais.

^ (1) cm U Mrf 4oaie ce qui a tonjoun bU npouner Bégd pir U Mcllon de géonéirie dt riMdiat de ■rrltn, qui compreMit que •! le principe de ridcntM abioliie triompluU, c*eii <Uii hU de b fèomélnm. — Voyet le« Iciif* «OeaaDde ci.4t per le P. Gratry d«iw U SopM>«QiM contemporaine.

vrai et faux, juste et injuste, il porte sur un môme fait et sur une mémo doctrine des jugements conlradictoires, affirmant, par exemple, k propos deSocrate, qu'il fut justement condamné, et aussitôt après que ce fut à tort, que les Athéniens eurent raison de se repentir ensuite de la juste condamnation de Socrate. Mais comme tout ceci est incroyable et qu on nous reproche, quand nous affirmons ces choses de vive voix, de ne pas comprendre Hegel,... je dis que ce principe, tel que je viens de le décrire et non pas autre, ce principe du troisième sunœnant, qui concilie toujours tout, ce principe de Yidentité absolue de Videntique et du non identique, je dis que ce principe, enfm, dans tout le prodige de son absurdité , a été non-seulement pratiqué, appliqué par Hegel perpétuellement, mais encore théoriquement expliqué et démontré ex professo. Je le dis , et je cite textuellement la démonstration , en prévenant que Hegel Ta répétée plusieurs fois dans ses ouvrages , presque dans les mêmes termes. €• qui suit est tiré de la grande logique, page 446, deuxième édition.

A II s'agit de démontrer le principe de Yidentité absolue de l'identique et du non identique, en d'autres termes , que quelque chose et autre chose sont toujours identiques,

a En premier lieu, dit Hegel, quelque chose et autre chose sont Tun et B l'autre existants ; donc ils sont tous les deux quelque chose,

9 En second lieu, chacun des deux est en même temps autre chose,

» Peu importe celui des deux que , sans autre raison , on appellera le » premier quelque chose.

» Notez qu'en latin , quand ils se présentent l'un et l'autre dans une » proposition, tous les deux s'appellent aliud. On dit : alius, alium, » alter, alterum.

» Si nous appelons A un certain être , et B un autre être , B d'abord » est, par là, déterminé comme aufre;jnais A esten même temps tout » aussi bien Yautre de B. Tous les deux sont donc au même titre autre » chose....

9 Donc , tous les deux , soit en tant que quelque chose ,. soit en taùt 9 qu autre chose, sont toujours la même chose. » (P. 447.)

524 APPENDICB.

» Quand on n d plus ces texles sous les yeux , on n'y croit plus. Ils ttonl absolument invraisemblables; mais» en6o, ils existent.

» Nous avons mis en italique les mêmes mots que le texte allemand.

«Ici on peut nous objecter : d'abord qu*on ne comprend pas la démonstration qui vient d^étre citée textuellement , et ensuite qu'on ne peut pas croire que ce soit Jà la déponstration fondamentale du célèbre principe de Videntité, et de tout le système de Yidenlité absolue.

• Je vais donc mettre Targument en forme pour le rendre plus clair.

» Soit un objet quelconque. Je dis que cet objet est identique à tout autre.

» En effet, soit un second objet différent du premier.

» Ce second objet est autre à l'égard du premier.

^ Mais le premier par conséquent est autre k Tégard du second.

p Donc ils sont autab tous les deux.

» Donc ils sont identiques par ce principe de Tandenne logique qno deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles. Les deux objets étant ici identiques à autre sont identiques entr'eux.

» On voit leréle du troisième survenant {Prindpium tertii intervenientis) dans la dialectique de Hegel. Vautre est ici ce troisième survenant qui unit les deux objets différents » et en démontre Pidentité. C'est ainsi qu en général Videntique et le non identique sont identiques. Il y a toujours un troisième survenant , ne fût-ce que VfLutre ou le non identique,

» Maintenant si quelqu'un ne peut croire que ce soit Ik la démonstration fondamentale du célèbre principe de Videntité, et suppose que nous nous permettons de le travestir facétieusement, nous demandons qu'on relise le texte qui vient d'être cité, ou bien qu'on] s'en rapporte k Wîllm ,

l'imperturbable historien de Hégel.

« Telle est , dit Willm , la subtile déduction du principe fondamental » de Hégel : elle repose principalement sur cette assertion sophistique

APMND1C8. 5<5

» qil0 qaelqae choM de déterminé en devenant uo aolre , ne feit que » revenir à soi » parce qu^il est lui-même me adtm qouit a l*aotu et pat » conséquent identique avec lui A »

» Quant k Hegel il tient tellement a cette démonstration, qui joue sur les deux mots quelque chose et autre chose, qa*il la reproduit presque dans les mêmes termes en maint endroit , notamment au paragraphe 95 de la logique où il déclare invincible « cette démonstration toute simple, » qui à cause de sa simplicité même ne frappera peut-être pas assez , > mais qui est irréfutable. 9

9 Ainsi, c'est cette démonstration de Tidentité de quelque chose et d'autre chose, démonstration qu*il est impossible de considérer comme un propos sérieux , c'est cette démonstration fondamentale de tout le système (le système de Tidentité absolue) , que Hegel donne, nous le voyons, comme étant irréfutable.

» Ainsi raisonne et parle ce bateleur de la pensée ; bateleur assurément : seulement , Hegel est comparable a un bateleur qui se prendrait au sérieux , et qui , tenant deux boules dans ses deux mains , croirait vraiment faire passer Tune dans l'autre , quand il fait glisser lune dans sa manche.

» Certainement, jamais la décomposition intellectuelle n'a été poussée aussi loin. Jamais pareil défi n'a été porté à la raison.

» Hegel est le plus complet des sophistes. II nie toute évidence et affirme toute absurdité. Hegel , par exemple , nie la vérité absolue de ces deux propositions : VÊtre est, et le néant n'est pas. Selon lui, c'est là Tenfance de la pensée , et il est plus vrai de dire que VÊtre n'est pas et que le néant est, et c'est Ik un progrès de la réQexion philosophique , représenté par les sophistes grecs. II pense que la vérité même , c'est de dire que l'Être n'est pas et est , que le néant est et n'est pas. « Heraclite , » dit-il , est le premier qui ait émis ce mot profond : VÊtre et It non être » sont la même chose : tout est et n'est pas.^ Or , dit ailleurs Hegel , il « n'y a pas une seule proposition d'Heraclite que je n'admette dans ma i> logique.' »

(t) Wfflm. BM.dêla PhH alUm. lom. «. p. I6f. (l)AM.d^lè nULIon. i.^Mt. (i}niM.

» Demandez à un hégélien d^admettre cette proposition : L*Être est et le néant n est pas. Tous Tembarrasserez beaucoup.

*» J*ai fait moi-même cette expérience k Tégard de lun des hommes les plus instruits et les plus spirituels que je connaisse , mais, selon moi, trop versé dans la philosophie de Hégei. Admettez -vous , lui dis-je , que VÉtr0 est et que le néant n'est pas.

» Après hésitation, je reçois cette réponse textuelle : «Le néant! il faut » pourtant bien qu'il soit quelque chose , puisqu'on le nomme, b

» (Test précisément ce que dans l'admirable dialogue du sophiste , qù Platon semble avoir tout prévu , la sophistique objecte en faveur du néant. Mais alors , dit Platon , si le néant est , voyons quelle est son essence. II découvre bientôt que Teseence du néant est de n'être absolument pas, et il accorde sans plus tarder que le néant est cela, c'est-k-dire ce qui nest absolument pas,

» Mais Hegel en conclut que le néant est aussi bien que l'Être, et que d'ailleurs Être et Néant sont aussi bien même chose qu'autre chose.

» Cest-k-dire que Hegel détruit la possibilité de la parole et de la pensée, comme Aristote l'affirme des sophistes grecs que le sophiste allemand continue et développe. —

« Ce qu'on rapporte des sophistes grecs , nous paraissait autrefois fabuleux. Noos avons aujourd'hui sous les yeux des sophistes qui adoptent tous leurs principes, et vont plus loin. C'est une secte qui détruit formellement , en théorie et en pratique , les lois de la raison , et altère la valeur des mots. Les sophistes allemands et leurs disciples , nous l'avons prouvé , — et c'est un fait aussi certain que prodigieux , constaté de tous ceux qui ont connu des hégéliens , -^ ces sophistes , outre qu'ils violent les lois de la raison , et suppriment la double barrière do l'évidence et de l'absurde , introduisent un langage nouveau , inconnu de l'humanité. C'est réellement une langue nouvelle non pas quant k la forme, mais quant au fbnd; nouvelle relativemeot au sens universel des mots dans toutes les langues que parient des hommes. Ce sont des cri-minels de la pensée qui violent les lois de la pensée comme d'autres les lois sociales , qui altèrent la valeur des mots comme d'autres celle des monnaies. C'est la plus grande et la plus dangereuse perversité intellec-

toelle dont rhistoire fasse mention. Ce n'est paê seulement un système, if est un esprit, Cest une ivresse de la raison qui cesse d*aimer la vérité, qui perd toute orientation , comme disait Kant, qui passe avec la plus étrange facilité du pour au contre , du vrai au faux , des ténèbres ë la lumière, qui cesse d*en sentir le contraste, qui en accepte l'identité comme celle des deux faces d*un même tout , qui est ivre en un mot; qui tourne et qui croit que la vérité tourne. Oui , je dis que quiconque lit Hegel le voit tourner, et Tentend affirmer que la vérité tourne. CTest le délire pratique, réel, d^un orgueil souverain et sans frein; qui , égalant la pensée humaine à la pensée divine, et la pensée de chaque homme à la pensée du genre humain croit sa propre pensée divine, absolue, créatrice; créatrice des réalités, et maUresse de Vhistoire. Nous leur entendons dire que leur pensée produit la vérité ; qu'elle produit la réalité , et que quand la nature n est pas conforme à leur pensée , c est la nature qui se trouve en défaut. Oui , cela est ainsi , c'est le.tezte et Tesprit du système; qui connaît ces sophistes le sait.

» Est-ce là , oui ou non , la barbarie intellectuelle ? »

III. Enfin, le même auteur nous montre Tusage tout particulier que les sophistes font de cette doctrine lorsqu'ils se sentent frappés , et comment ils passent en un instant du oui au non , de la thèse à lantithèse , retournant du pour au contre , par le mensonge systématisé que Hegel nomme, en effet , le retournement philosophique de Tidée : Umschlag.

« Qu'un déiste attaque le sophiste et lui dise : Vous êtes un athée. Il répond : Je ne suis pas athée ; Dieu est.

» Qu'un athée lui reproche cet aveu , il répond : Dieu n'existe pas.

» Quoi I reprendra le déiste, Dieu n'existe pas 1 alors vous êtes athée. — Point du tout : Dieu existe dans la nature et dans l'humanité. Dieu existe dans et par les individus.

» Mais alors vous êtes panthéiste, car selon vous la nature et l'humanité sont Dieu ?

» Nullement: a l'Être universel, en contractant dans la nature et l'hu- » manité les attributs de l'individualité, la vie, la pensée, la conscience, » la personnalité , perd ceux de l'universalité , l'infinitude, l'immensité ,

0. réternilé , Tabsolue imtépendanrc ; » donc , selon moi . la nature H rhumanité ne sont pas Dieu. Donc je ne suis point panthéisle» puisque Je n*accorde ni à la nature , ni à l'humanité les attributs de Funiversel. Je condamne Spinosa. Je Tai réfuté dans mon livre.

» Mais alors, dit le panthéiste , tous admettez donc le Dieu puéril des chrétiens et de Tancienne métaphysique , ce Dieu distinct du monde • qui vit, qui connaît et qui aime k part , comme 8*il était un individu , et qui se suffit à lui-même?

» Nullement, je n*admet8 pas ce Dieu puéril , puisque je vous affirme que Dieu, pris en Iut-mé|[ie, n^est qu'une abstraction et qu*il ne vit et n existe que dans et par les individus.

» Telle est la manière de se servir du retournement philosophique de ridée, et de Tidentité de la thèse et de Tantithése, dans lunité de la synthèse. » {Etude sur lasophistiqw contemporaine,)

Le père Gratry s'attache ensuite k faire toucher au doigt dans YHis-toire de décote éP Alexandrie, par M. Yacherot, et dans la défense de cet ouvrage par son auteur, Tusage perpétuel de ce retournement philoso-phique de Tidée ; mais cette défense ou celte apologie n'est qu'un des fruits de la sophistique, un des faits curieux de polémique hégélienne » et s'il fallait rapporter et analyser tous les autres, le labeur serait immense.

IV. Le fameux Umechlag de Hegel est, en effet, la clef d'une foule de mystères contemporains. Parviendrait-on jamais, sans lui, b comprendre, par exemple, qu'un professeur d'une Université officielle (placée au confluent des idées germaniques et françaises] , après avoir nié ex profeeso dans ses ouvrages , la DivinUé de Jésus-Christ, V Incarnation du Verbe, la Chute de l'homme et la Rédemption, c'est-k-dire le christianisme tout entier {Etudes sur Vhistoire de rhumanité, tom. i. p. 394- 403.) , se plaigne dans l'Avant-propos du volume suivant que des publicistes catholiques et des Evoques aient signalé hautement aux famille» cet enseignement comme antichrétien?

Conçoit-on qu'il ait dit de ces publicistes et de ces Evèques : « Est-ce » bien dans rintérét de la religion qu'ils disent ce qui n'est pas vrai, ou

ce pieux mensonge ne couVre^Nil pas des passions plus terrestres? » (Tom. 5..Avanl-propos. p.- VIII et IX.)

— Ceet donc on mensonge d'appeler anticbrétien un enseignement qui nie la Divinité de Jésns-Christ, nncamation do Verbe, la chute et la rédemption du genre humain ?

Evidemment, sans Videntité de ViderUiqite et du non identique , il n*y a pas moyen de sortir de Ik.

Mais si , répondra M. le professeur , car il ne faut pas « rendre mon enseignement solidaire de mes écrits, ni déclarer ¥ Université (dont je suis membre) solidaire de mon enseignement. » (Ibid. p. VIII.)

0 casuistes de la libre pensée 1 comment pourriez-vous vous rencontrer sans rire , surtout lorsque vous contemplez dans vos élèves , le fruit si dirétien de vos adroites distinctions ?

En vérité , vous avez bien le droit d'être défendus contre ces injustes attaques de Tautorité spiriluelie . par le premier ministre de Tautorité temporelle , nouveau juge des controverses en matière dé foi.

Mais ce n'est pas tout : il faut encore comprendre que les catholiques qui signalent Tanticbristianisme professé dans ses Etudes par le fonctionnaire de rÉtat, sont des catholiques sans lumières, des fanatiques à plaindre.

c Dans une Université que je ne veux pas nommer, parce que l'Eglise a les bras longs, dit Fauteur des Etudes sur C histoire de l'humanité, mes Etudes, y compris le volume sur le christianisme , servent de manuel pour renseignement du droit des gens. Dans une autre Université, un professeur saisit toutes les occasion^ pour recommander k ses élèves mes Etudes sur le christianisme. Et ces deux professeurs ne sont pas des libres penseurs, des disciples de Hegel; le dernier est un catholique, connu comme tel, estimé de toute TAllemagne. » (Ibid. p. XI.)

Voici donc un catholique qui saisit toutes les occasions de recommander à ses élèves, presque avec un zèle d'auteur et de père, les Etudes sur k christianisme oh l'on prétend saper le christianisme par la base- Com-

ment expliquer ce nouveau mystère sans Vidêntité de Viàeniique et du non idtfUique?

N'est-ce pas en vertu de ce principe qu*on peut être chrétien , professeur d*Université, et ne manquer aucune occasion de recommander k ses élèves un manuel d'antichristianisme ?

N'est-ce pas en vertu de ce principe qu'on admire Tœuvre du christianisme dans le monde , en affirmant toutefois qu il repose sur un vaste mensonge ? N est-ce pas en vertu de ce principe ou du retournement de Vidée, qu'on réfute le panthéisme de Hegel (T. 5. Avant propos, p. Vn.), et qu'on en adopte néanmoins les conséquences avec une constante fidélité, comme nous l'avons montré plus haut, p. 45-48, 284-286, et 309-340, etc.?

Quel trésor donc que cet Umschlag qui permet ainsi d avoir toujours raison , quelque doctrine que Ton soutienne , quelque sentiment que Ton suive , parce que tous les sentiments et toutes les doctrines se confondent dans le principe supérieur de Tidentité universelle I

A quelles extrémités sont logiquement réduits ceux qui nient le péché originelle. — Théologie nouvelle. — La métempsycose ou la doctrine des vies successives. — MM. Leroux, Jean Reynaud, Laurent, etc., etc. » Suffisance naïve des nouveaux docteurs. — Espoir de leur retour.

(Pages 330 et 344 sup.)

c II était impossible que le père de la nature humaine transmit désormais à sa postérité les privilèges que cette nature avait perdus, et c'est ainsi que nous naissons tous pour mourir, et sans cette justice originelle, sans cette grâce sanctifiante dont la privation constitue surtout la déchéance de notre race. Mais si la faute du premier homme affecta nécessairement tous ses descendants, la miséricorde de Dieu qui répondit dès Vorigine à notre misère , n'a manqué non plus à aucun de nous , et si par la loi même de notre nature qui est une dans tous ses membres , nous naissons tous avec la tache de notre père, l'amour de celui qui est

notre père aussi et k bien pins forte raison que tout autre , puisque c^est de lui que toute paternité descend, a fait rejaillir la grâce aussi sur toutes les générations humaines. Antérieur à tous les temps , il a voulu et pu seul faire participer tous les hommes aux mérites du sacriGce accompli au milieu des temps. Nous appartenons ainsi tout à la fbie à V ordre de la chute et à l'ordre de la rédemption, ou plutôt au désordre de la chute et à Vordre de la grâce. De là cette lutte, etc. » (Voyez : Jésus-Christ dans la conscience, p. 330.)

11 est important de remarquer à quelles extrémités sont logiquement réduits ceux qui nient le pécbé originel. Ils sont forcés 4"* de mépriser rhumanité ; 2<* de rendre raison des faits par des théories absurdes ; 3** de défigurer les enseignements de la foi ou de se les dissimuler , afin de justifier leur refus d'embrasser cette foi qui explique seule le mystère que nous sommes.

I. La première extrémité à laquelle se réduisent ceux qui nient le péché originel , c'est de mépriser Thumanité.

Dans cette accusation , ils ne voudront voir qu'une injure et ils la repousseront avec dédain ; mais au lieu de la dédaigner , ils feraient mieux de ne la pas mériter.

Voyons donc s'ils ne la méritent pas :

N'avons-nous pas constaté que le dogme de la déchéance est le fond des traditions universelles ? Ce fait n'est-il pas confessé par le rationalisme ? Voltaire n'a-t-il pas dit de la croyance à la ehute , k la déchéance de l'homme « qu'elle se trouve chez tous les anciens peuples {Ess. sur les mœurs, ch. i.) et que la chute.de l'homme dégénéré, est le fondement de la théologie de toutes les anciennes nations?» {Phil, de Vhist.)

M. de la Mennais, même après son apostasie, n'a-t-il pas continué h reconnaître que la déchéance est la tradition unanime? {Esquisse etc., part. II. l. 4. c. 7.)

Il n'est pas étonnant après cela , que l'auteur des Etudes sur Vhist. de f humanité, n'ait pas craint d'avouer à son tour qu'il « y avait un dogme UNIVERSELLEMENT reçu, cclui do la déchéance (Tom. i. p. 395.), — * et qu'il

86 prodoit 8009 diverses formés dans les rei^iôns el les phiiosophîes de ranUqnilé.» (P. 420.)

Mais ce a*est pas seolemeot rantiqaité que cetle foi domiDe , c*est encore le monde moderne , car il est impossible de nier que le cbrisUanisme qui relie entre eux tons les temps (Voyez le chapitre V de cet ouvrage , art. % , art. 3 et art. i.) , ne soit toujours le fait dominateur du nôtre. On a beau vouloir Tassimiler aux cultes de races» on a beau dire quil ne peut convenir à tous les peuples, et que les voies doivent différer comme les races diverses {Etud. sur Vhist. de f humanité, tom. 6. p. 467.}; on 8*est heureusement réfuté soi-même en constatant k propos du bouddhisme que , c malgré ses prétentions (problématiques) k runiversalité , il partage le caractère local , national , de tous les cultes de l'antiquité , et que le christianisme est la première religion qui ait eu le droU de t^adresserà Vhumanité tout entière. (Ibid. tom. 4, p. 499.)

.Ce droit qo*il a seul exercé josqtt*ici, et avec une efficacité qui lui donna des confesseurs et des martyrs de toutes les races, même en Chine et au Japon , et cela malgré le bouddhisme , ce que lauteur des Etudes parait oublier , * ce droit il le gardera sans aucun doute , car il n*e8t pas seulement la première des religions qui se soit adressée à Thumanilé tout entière , mais la seule qui Tait jamais fait , et la première des religions dans le sens le plus absolu. Or, la première sera nécessairement la dernière, en vertu du caractère de son auteur qui s'appelle le principe et la fin : Alpha et Oméga. Si nos adversaires en doutent encore , ils avoueront du moins qu'en attendant la religion de Tavenir , dont ils sont les prophètes et les précurseurs, sinon les révélateurs, le christianisme demeure manifestement /a seule foi du monde civilisé. Personne , en effet, ne croit jusqu'ici k la nouvelle révélation de l'humanité k l'humanité , et ses organes, il& nous l'ont dit eux-mêmes (pp. S7-S8. sup.), y croient moins que personne.

L'antiquité, les temps moyens, les temps mo<tomes, gardent donc la foi de la déchéance originelle, et cette foi de Moïse et de Zoroastre, pour ne citer que deux noms du vieux monde , cette foi de Paul et d'Augosr-

(l)nooMle MMii o« Il ignora Im eflbt* prod^lais dw ahrioBt ém Ifoa^iro Moato, ck ptmt tutmt !• iMMkiMM dt n*avolr p« dflUMr IHMont, il bU oMU qii«Uon vraitomt Bàlv«: U ektUtméÊmnÊt^ fŒTMim à tranffornur éÊ$ ttuvogM tmcMUmu* (Ton. I. p. Ml.) .- EHdMnaacBl raotoiir B*««n taqot

APPKNDICK. 533

tio, de Thomas d'Aquin et du DaDle, de Leibnitz et de Bossuet, est loujours maîtresse de l'esprit humain. Comment ne lé serait-eile pas ? Les raisons de croire à la déchéance ne sont-elles pas insé[>arables des rai* sons de croire k la rédemption ? Et comment ne pas croire en Jésus- Christ, en Celui qui seul a pu commencer et conduire un dessein où tous les siècles sont con^pris ?

Et ils ne sont pas les contempteurs du genre humain , ceux qui affirment qu*en croyant k la chute originelle, il s est universellement trompé, et que dans toute la suite des siècles , il est resté constamment épris d'une chimère 1 Et ils ne méprisent pas lesprit humain , ceux qui veulent redresser la raison de tous les temps en recherchant par quelles voies Thumanité a pu être conduite à cet ordre d'idées (Esq, d^uns phi-losophie.), cest-k-direk un rêve qu'ils appellent exécrable (Ibid. part. Il* 1. 4 . c. 7. etc.) , et qui cependant dure toujours !

A-t-il été trop sévère, celui qui a dit de ces hommes :

c L'on des caractères les plus frappants de l'incrédulité , c'est le mépris de lliomme. Fille de l'orgueil, elle ne cesse cependant d'outrager la nature humaine, d'envisager tout ce que l'homme a jamais fait et pensé , de l'envisager, dis-je , de la manière la plus humiliante pour lui , la plus propre à l'avilir et à le désespérer. » {Essai sur les sacrifices.)

Certes, les égarements de l'esprit humain sont et furent lamentables, et les ombres n'ont jamais manqué au grand tableau des siècles; mais ce n'est pas que Dieu ait méprisé l'homme jusqu'à lui refuser la lumière. Il l'a répandue avec une divine abondance sur la source même de Thumanité , et jamais cette lumière n'abandonna les hommes la première. Ceux mêmes qui la délaissèrent, ne purent jamais la perdre ou la voiler totalement, et malgré cette sorte de toute-puissance qui s'appelle la liberté , ils furent toujours miséricordieusement réduits k ne construire l'édifice du mensonge qu'avec les débris de la vérité. Il n'est donc pas vrai que le progrès des lumières religieuses consiste pour l'esprit humain k passer de chimère en chimère, et k tendre vainement les bras vers la vérité qui s'enfuit. Si Terreur est de tous les temps , la vérité l'est bien davantage, car les erreurs ont chacune leur temps, et la vérité les remplit tous. Non, Dieu n'a pas eu pour Thumanité le mépris que Ini supposent ceux qui le représentent berçant Thomme d*Age en âge par des

révélations dont aucune ne tient. Dieu a honoré tous les âges du inonde, et si la lumière qull répand sur les siècles doit croître constamment avec eux , ou plutôt en eux , comme nous le disait naguère le chef de I*Eg1ise universelle (P. 308 sup.) , il est faux que la clarté du jour doive faire renier celle du matin , et ce qui est vrai c est qu en grandissant toujours elle ne change jamais.

II. La deuxième extrémité où se réduisent ceux qui nient le péché originel , c'est de devoir rendre raison des faits qu'ils avouent, par des théories absurdes.

Voici celle qud MM. Leroux, Jean Reynand et Laurent ont empruntée aux erreurs antiques :

9 L'enfant ne naît pas dans un état de sainteté, il y a en lui de mauvais penchants qui varient de caractère et d'intensité d'un individu k l'autre. Ce serait une supposition impie de dire que tel est l'état naturel de notre espèce , car ces vices innés sont un mal , il faut donc qu'ils soient ou un péché ou la peine d'un péché. La conscience humaine se refuse à admettre qu'une faute commise par le premier homme ait infecté la nature; dès lors il ne reste d'autre solution que d'attribuer ces inclinations mauvaises à l'abus de la liberté dans une vie antérieure (!). Les misères et les inégalités de la vie actuelle conduisent à la même croyance. On a pu nier les vices et les qualités innés ; on n'a pas encore essayé de nier les souffrances inégales des hommes. S'ils n'ont pas vécu avant Centrer dans cette vie, il faut accuser la Justice de Dieu, ou admettre le péché origineL,iii (Etudes sur l'hist. deVhumanité, tom. A, p. 452.)

On l'avoue donc , il faut choisir entre la foi catholique et la métem-

On se défend , il est vrai, de la métempsycose pythagoricienne (Tom. 5. Avant-propos.), et on ne va pas jusqu'à dire que nous pourrions bien passer dans des corps de bétes, mais on enseigne néanmoins une véritable métempsycose , puisqu'on embrasse , pour éviter la foi chrétienne , la doctrine de la migration des âmes et des vies successives.

Rien, par conséquent, ne peut empêcher l'auteur des Etudes de croire qu'il souffre en ce monde pour avoir été Alexandre ou César , ou plutôt Julien ; Platon ou Cicéron, ou plutôt Jamblique; car en passant

d'une existence dans une autre , les âmes emportent sans doute quelque chose de leurs habitudes , et la tendance à confondre le pour et le contre dans une unité supérieure , pourrait bien venir des leçons données autrefois à Alexandrie.

Majs pourquoi restreindre une personnalité . k si peu de chose? Les Vies progressives à l'infini peuvent &ire espérer davantage. Il nY aurait donc rien d*étonnant k ce que le prophète moderne eût encore été antérieurement Bouddha et plus tard Mahomet , et que ses travaux actuels fussent lexpiation du nationalisme trop exclusif de ses premières révélations.

Hélas! nous plaisantons! mais est-ce bien nous qui plaisantons? La plaisanterie ici» n'est-ce pas la doctrine elle-même ?

Non , répondra le disciple de Jean Reynaud , non ; et c'est vous qui la ridiculisez , car voici comment nous l'expliquons : « Il y a progrès continu, k travers une série infinie d'existences » il n'y a pas de point d'arrêt dans cette marche progressive. — * Nous échappons ainsi k la barbarie de la théologie catholique, qui condamne Vimmense majorité du genre humain (!) , sans lui laisser la faculté de s'amender et de se sauver (!). Nous échappons également k la destruction et k la confusion des personnalités. Notre individualité , une fois créée, subsiste éternellement. » (Tom. 4. p. 420.) — «Notre entrée dans ce monde est une suite rigoureuse de notre vie antérieure , et les conditions de notre vie future dépendront de l'usage que nous faisons de notre libre arbitre dans celle-ci. » (P. m .)

Tous le voyez , nous dira YdLUiexxr des Etudes , j'échappe k la confusion des personnalités.

Vous le dites, mais comment y échappez-vous, s'il vous plaU?

Votre entrée en ce monde , dites-vous , est une suite de votre vie antérieure. Comment vous appeliez-vous donc ci-devant? Vous avez été quelqu'un, sans doute? Qui étiez -vous? Moi-même, me direz-vous. Mais encore une fois quel était votre nom? Vous en aviez un apparemment? Youdriez-vous bien me faire connaître dans l'antiquité, dans le moyen âge , dans les temps modernes , Fauteur des Etudes sur rhuma-nité? Comme il y est absolument introuvable , et que cependant il a été

quelqo'oo , vous ne pouvez aocuDement nier que ce qnelqtt*un rassemble tout à fait k un autre.

Hais, me direz-vous, en passant de vie en vie, je suis passé de monde en monde. Je n*ai donc eu aucun nom sur cette terre. Fort bien , mais dans le monde d'oîi vous venez , n'étiez-vous personne? Reculez , tant qu'il vous plaira , la difficulté de spbère en sphère , vous pourrez la dérober k nos yeux , mais vous ne la déroberez pas k elle-même.

Et quand vous émigrerez dans le globe futur, vous y sonviendrez-voos mieux de Tauteur des Etudes , que vous ne vous souvenez dans celui-d des œuvres accomplies sur le globe précédent sous le nom que vous y portiez et que vous ne saurez éternellement pas? — Et t/ n'y a pas de poinl d'arrêt , dites-vous , dans cette marche progressive , et nous allons d'oubli en oubli comme nous allons de vie en vie !

N'est-ce pas cela que la conscience humaine se refuse à admettre f^

Gomment ! nous serions un k la manière de plusieurs !

Gomment ! nous expierions en cette vie les fautes personnelles d*une vie antérieure dont nous n'avons nulle conscience I

Mais » le fond même de l'expiation , n'est-ce pas le regret , la douleur , le repentir , et comment se repentir sans se ressouvenir f

Gomment ! l'âme serait immortelle k la condition de s'oublier elle^ même 1 Quelle différence si grande y a-i-il entre cette doctrine et le matérialisme qui nous fait mourir tout entier? Ne revivre que dans ses descendants comme le veut le matérialisme, ne revivre que dans autrui, ou rester le même sans le savoir , sous l'apparence d'un autre , n'esl-ce pas tout un au point de vue de la conscience de l'identité personnelle? La mémoire n'estn^lle pas la condition essentielle de la conscience de cette identité?

Et pourtant, vous avouez qu'il faut opter entre ce rêve absurde et la foi de la déchéance et de la rédemption , et c'est le rêve que vous choisissez !

Si, du moins, ce rêve n'était qu'absurde, mais comment ne pas voir qu'il est crpel ? Vous voulez que les souffrances de celle vie soient

exactement proportionnées aux fautes personnelles d*uhe vie antérieure; mais avez* vous entrevu les conséquences de ce système ? Vous prétendez donc qu*en face de Tinjustice triomphante en ce monde , en face de la cupidité et de Tambition satisfaites , en face de l'opulence mollement ensevelie dans la volupté» je me dise : Voilà une âme récompensée d*une bonne vie passée ! Vous voulez qu^en présence de Tinfortune et des larmes, de la vertu éprouvée , de l'innocence en croix , je dise comme les scribes t|ui passaient au Calvaire : Celui-ci Ta bien mérité I Ne savezvous donc pas que la douleur a d'autres sources encore que la justice? N'auriez-vous donc jamais goûté quelque chose de cette sagesse toujours ancienne et toujours nouvelle qui parle dans le livre de Job et dans l'Evangile?

Vous voulez encore que les inclinations mauvaises que nous apportons en naissant, correspondent aux vices de notre précédente existence. Mais ne voyez-vous pas que vous méconnaissez ici les faits les plus manifestes, les plus universellement reconnus, les plus parfaitement harmoniques avec la grande vérité du péché originel?

Ecoutez à ce sujet un professeur de droit , Fauteur classique de Texplication du code civil :

« Il n'est personne assurément qui prétende connaître à fond et dans tous leurs détails les lois de la reproduction des êtres , personne qui se croie en état d'expliquer les différents phénomènes que cette reproduction présente ; là comme ailleurs , la nature reste impénétrable à nos impuissantes investigations ; là comme ailleurs , tout est mystère. Eh bien ! le péché originel n'est qu'un des nomibreux mystères que cette reproduction nous offre.

» La reproduction en soi , la transmission même de la vie , comment s'accomplit-elle ? le comprenons-nous parfaitement ? non ; c'est un mystère. Ensuite, les diverses circonstances avec lesquelles cette reproduction s'accomplit , c'est-à-dire les transmissions de qualités plus ou moins importantes (Fun être aux êtres qui descendent de lui , nous les expliquonsnous? non; ce sont encore des mystères. Eh bien 1 je le répète, là transmfssion de cet état de vice appelé péché originel n'est qu'upe de ces diverses circonstances, analogue aux autres, mystérieuse comme les autres , mais ni plus ni moins qu elles , et se produisant suivant les mêmes lois....

» La faiblesse el la force, la maladie et la sanlé ,- les genres différents de lempéraments el d'habitudes physiques, renaissent à chaque pas avec des caractères vraiment remarquables ; pourquoi cela est-il ? comment cela se fait-il? par quelles règles bien précises pourrait-on lexpliqoer? encore une fois , nous l'ignorons : tout cela est mystère ; mais pourtant tout cela n'est pas étrange, et personne ne songe à s*en étonner....

» Vous retrouverez souvent chez l'enfant les idées, les goûts, les aptitudes , les tournures d'esprit et de caractère que l'on remarquait chez Tun de ses auteurs, à tel point qu'on serait parfois tenté de croire que Fâme du fils a passé comme dans un moule k travers l'âme de son ascendant ; comihent encore ? mystère , toujours mystère.

» Tout cela ne saurait s'expliquer, el cependant tout cela n'est pas étrange ; au contraire , on dit tous les jours que c'est tout naturel , et quand vous faites remarquer que deux proches parents se ressemblent, soit au physique , soit au moral , on vous répond ce mot banal : Ce n'est pas étonnant; on se ressemblerait de plus loin. . . Tantôt c*est avec le père que ces rapports de ressemblance existent , tantôt c'est avec la mère , tantôt nuls ou du moins inaperçus pour l'un et l'autre , on les retrouve complets et parfaitement dessinés avec un aïeul ou un bisaïeul ; semblables alors k ces rivières que Ton croit se perdre dans le sol au milieu de leur cours, mais qui continuent de couler sous terre pour reparaître quelques lieues plus loin.

» Par quelles causes et- suivant quelles lois se transmettent ces diverses ressemblances ? c'est ce qu*on ne saurait dire.

» La science toutefois nous donne quelques renseignements qui, sans nous expliquer clairement la cause de ces phénomènes , nous la font soupçonner ; et ces renseignements s*appliquent également pour le péché origineh

» Nous comprenons d'abord que ce qui est matière chez l'enfant , le corps , étant formé de la substance même de ses auteurs et n'étant en quelque sorte que la continuation et l'extension des corps de ceux-ci , doit tout naturellement présenter des ressemblances assez profondes avec l'organisation physique de ses ascendants. Nous comprenons encore que Thomme étant un composé de corps et d*&me , il doit y avoir

e»tre ces deux principes (pour en faire un être unique) une union intime d'où résultera nécessairement une influence très-grande de l'intelligence sur les organes et des organes sur Tintelligence. Nous ne pouvons donc pas être surpris que le corps de Tenfant, venant à agir sur le principe qui l'anime, amène chez cet enfant des ressemblances morales avec les êtres dont il descend. Ainsi, telle habitude souvent exercée , tel goût fréquemment satisfait, influe sur les organes d une personne et amène dans ces organes telle modification, telle manière d'être ; cette manière d'être se retrouvera dans les organes de son enfant, et ces organes réagissant sur Tâme amèneront chez cet enfant la même habitude, le même goûta un plus ou moins haut degré. C'est là une donnée que la raison accepte facilement.

» Mais^enfin, dire exactement suivant quelles lois, préciser bien clairement par quelles causes se transmettent ces similitudes, c'est impossible. Cette transmission est véritablement un phénomène mystérieux pour nous.

» Eh bien 1 je le répète , la transmission du péché originel est un mystère du même genre, dont les causes sont, sinon identiques, tout au moins semblables, et sur lequel se présentent les mêmes données.

» Adam et Eve, (nous prenons ici comme simple hypothèse, les faits que le catholicisme nous présente à croire ; c'est ailleurs que nous en avons prouvé la réalité) , Adam et Eve , doués d'une nature sublime étaient portés vers Dieu avec une force que nous ne saurions imaginer maintenant et savaient ne priser les créatures qu'à leur vraie valeur ; créés i l'image de l'Etre souverain , ils sentaient vivement ce qu'il y avait de grand et de noble en eux; mattres d'eux-mêmes ils gouvernaient à leur gré les pensées de leur intelligence , les mouvements de leur volonté. Il leur fallut donc, pour s'attacher à la créature en méprisant la loi du Créateur, faire un effort violent sur eut-mémes, et le péché qu'ils commirent alors dut produire dans tout leur être, au physique comme au moral, une profonde perturbation, un changement immense. L'organisation physique de leurs enfants dut reproduire ce nouvel état'et amener, par son action sur l'âme, la ressemblance morale qui constitue le péché originel.

» On ne m'objectera pas sans doute que la transmission des diverses similitudes, soit physiques soit morales, dont j'ai déjà parié d'abord, ne

S40 APPEl^DIGC.

se présente qu'avec des exceptions et des modifications nombreuses , tandis que celle du péché odginel s^accompiit pour tous les hommes d'une manière uniforme et constantô. Il y a là, en effet, une différence immense dont on saisit parfaitement la raison.

» Remarquons d'abord que souvent des rapports de similitude, qn*on croit ne pas exister, existent cependant d'une manière cachée et comme imprimés aux profondeurs intimes de l'individu , puisqu'on les voit se reproduire plus tard , clairs et distincts , dans sa propre descendance ; souvent , disais-je plus haut (et tout le monde sait la justesse de cette remarque) , une ressemblance physique ou morale parait éteinte , anéantie , mais elle est réelle pourtant ; et après une ou plusieurs générations elle renaît mieux caractérisée que jamais. Ceci nous prouve que les ej^ceptions et modifications dont nous parlons ici ne sont pas aussi nombreuses qu^elles paraissent au premier coup d'œil. Mais ensuite, il se présente ici deux considérations qui suffiraient à expliquer pourquoi la reproduction de la souillure originelle est perpétuelle et invariable, . tandis qu'on ne trouve pas ces caractères dans la reproduction des divers autres phénomènes.

» En effet, au moral, le plus ou moins de susceptibilité, un goût prononcé pour tel ou tel genre de plaisir , etc. ; au physique , la couleur et la finesse des cheveux , la grandeur des yeux ou de la bouche, et autres accidents de légère importance , ne doivent exercer qu'une action peu efficace. D'ailleurs et en second lieu l'effet des qualités , physiques oa morales, existant cheï Tun des parents, se trouvera le plus souvent modifié ou même neutralisé par les qualités différentes ou même opposées, qui se rencontrent chez l'autre. Mais si vous supposez une qualité vraiment importante et se retrouvant dans chacun des deux auteurs de . la vie, le résultât sera bien différent ; par exemple, deux blancs n'engendreront jamais un noir, ni deux noirs un blanc. Or, l'état de désordre qui constitue le péché originel formait chez Adam le fond même de sa nature ; la révolution morale causée en lui avait amené un changement nécessairement profond. Ensuite, cet état de désordre était commun à l'un et k l'autre de nos premiers parents. Si donc on voit des qualités très^secondaires, alors même qu'elles se retrouvent en face de qualités opposées , reparaître cependant quelquefois avec une identité frappante, comment concevrait- on qu'una qualité fondamentale, si intimement tmprt-

mée à la nature de l'homme, et qui, loin de se trouver combattue par une qualité contraire, se fortifiait de part et d'autre, puisqû elle existait identique dans chacune des deux sources de la vie , comment concevrait-on que cette qualité ne se fût pas reproduite perpétuelle et invariable chez toute la descendance d*Âdam? » {Eludes de ecience reli-^ gieute.)

Ce que vient d*exposer M. Maroadé n'est cependant pas ce qu*on peut dire de plus fort sur la transmission de la nature déchue , nous le verrons tout à Theure, mais le fait qu'il constate suffit pour convaincre de faux le rêve qui donne pour cause à la diversité de uôs. inclinations les vices de nos vies antérieures.

3. Voici un autre rêve encore : il n'y a pas de point d'arrêt dans nos vies successives , dit-on , et Tune d*elles est toujours l'expiation ou la récompense de la précédente ; il n'existe pas de justice finctle; il n^ a ni saints ni condamnés; tous seront sauvés (P. i47.); et Yégalité doit régner dans le ciel comme sur la terre. (F. i68.)

Ces affirmations se heurtent les unes les autres , et toutes choquent le bon sens , la conscience universelle , les principes les plus constanta de la science et de la morale.

La conscience humaine proclame que le travail de l'homme doit être suivi du repos , non du repos paresseux et inactif du désœuvré , mais de l'activité étemelle de l'amour sans fatigue et sans douleur. A travers la vallée des larmes , la conscience dit k l'homme comme l'Evangile , ^û'il marche pour arriver, et qu'il y a une dernière heure après laquelle, s'il le veut» il jouira de la lumière et de la paix.

La science dit qu'à tout mouvement il y a un centre, qu'à toute voie . il y a un terme , qu'k toute vie il y a un but, qu'à tout ce qui commence

il y a une fin, et k l'âme immortelle, une fin immortelle^ une fin éternelle.

La morale dit que les vies successives k l'infini sont la négation de la justice , parce qu'elles autoriseraient l'homme k dire k Dieu :

« Vous voulez que je vous aime , parc^ que je suis votre créature et votre enfant , et que par amour je fasse votre volonté ; que je combatte mes passions , que je réprime mon orgueil ; que je ne sois ni envieux ,

542 APPElfDlGB.

ni ÛDJaste; que je sois vrai, humble, courageux, chaste, charitable, dévoué jusqu'au sacrifice. Mais il m'est , k moi , plus agréable de sacrifier k la volupté et k lambition. L'opulence et le plaj^ir m appelleot. Je les suivrai malgré vous : Non serviam , je ae vous obéirai pas. Et pourquoi me contraindre ? Ne sais-je pas que tous seront saunes f Je n'ignore pas qu'il est des expiations dans les vies progressives à Vinfini, mais je vois que ces expiations sont mêlées de douceurs , et je veux savourer celles-ci Il mon aise. Je sais que votre bonté vous oblige k ne me châtier que pour me guérir , lors même que je ne veux pas de guérison , et que vous devrez bien me pardonner un jour. Je n'ai donc aucune hâte de me contraindre pour vous plaire. Jai-tout le temps de pécher hardiment , j'en ai à Vinfini, je sais qu'il n'y a pas de point d^arrét, que Tétemité est une chimère , .que vous ne pouvez pas ne pas me traiter comme tous vos enfants , et que Végalité doit régner dans le ciel comme sur la terre. »

Celte doctrine n'est-elle qu^absurde ? Si le monde pouvait y croire que deviendrait le monde ? Supposez-la maîtresse des âmes et dites-moi si ces âmes , en lutte avec les passions , ne diraient pas d Dieu , non par leurs paroles, mais par leur vie, ce queiious venons d'entendre ? Le paganisme n'avait pas perdu k ce point Tidée de la justice divine et la crainte de Dieu.*

(1) ToatMl pMBdem7itèrM,aMUn(MUoe MTODt rU cM an fait plw nyilèrieai que edal de votre libcrli. L'toiTain qae nous citions toat i rbeure, M. Harcadé monlre tcèi-biea que cette liberté ne aérait paa aevlenieBt incompréhensible , maia qo'eile aeraU abeurde^ qu'e&c inpliquerait contradiction, acnu l'étêmMqyi fa Mitt. Voici oea paroles t

c SI nous envisageons la prérarleatloB dans aoo essence, dit H. SteininelXj'dans son coora de pejchék^none Terrons qu'en dernière analyse, elle ee réduit à une espèce fimpouibilUé mathémaUqu*. Ceat une choee quo BOQS iw povTons pcw mAiM eoneai«<r. Tout ee que nous pouToas dire an point de mt phUooopfalque, c'eM qw la pcévaiieatioa est nécessairement renfenBée dana la UhtrU, »

« ta préTarieation ne peut pas même êe conteêvotr. Et en effet. Dieu reut Tordre, il le Teul nécessairement ci par resaence même de sa nature ; il le reut abaolament, partout et toujours, et ne peut pas ne pas le vouloir. Eh bien, cet ordre qn*il veut forcément voir régner partout, Toili que, par le plus étrange mystère, il confère à une chétive créatore la puissance de le détruire.... Dans tel eaa donné, comme toi^ours. Dieu vent Pordie ; mol . homme, Je veux le désordre; et c^est le désordre qui aura lieu !... Dur, c^esLi-dire la Justice suprême , Tinfinie sagesse, la souTeraine puissance, la logique abcokie, rétejvcllc raison des choses, Teut rososg, c'est-i-dire le juste, le bon, le vrai, ce qui est et doit être ; l'homm$^ êlre créé, faible, dépondant el borné, veut le détordim •'est A-dire rinjuste, le mal, le non^sens, Tabsurde, le néant; et dans ce conflit qui semblerait ne pouvoir pa« être, maia qui pourtant existe, dans ce conflit dont l'exislence même est déjà un si grand mystère, voilé que, puun mystère plus grand encore, Tabsurde l'emportera sur réiernelle ra*son, le néant sur l'être : à la vne et a« aein même du Tout-Pniiaant qui veut Tordre, «t qu< «s< Tordr*, c'est le désordre qui sera, p^rce que moi, honnae, de par non droit de liberté , J'ai voulu le désordre !... Prodige inovY, fait incompréhensiUe au dernier dflgrét dans lequel Dieu brise sa puissance pour nous conférer une puissance qui s'eserce é l'encoolre de le sienne, pose des limites k son pouvoir ioflni pour attribuer l'infinité au pouvoir de l'homme, et cesse en quelque sorte d'être Diea pow nom dire «vec vérité : Je voas ai làiu des dieux : ICsce dM, toidit sslls.

Enfin , la théologie nouvelle compte pour rien Tévidence , quand elle affirme que Dieu fait à tous les mêmes faveurs, qua^id elle veut que les grâces soient accordées à tous dans le même degré (P. 459.), et que tous soient appelée à l'égalité dans Tordre delà grâce et de la gloire. (P. i68.)

L'ordre de la Providence manifesté par les faite aussi bien que par la révélation, est une protestation éclatante contre cette prétention superbe. Tout est hiérarchie dans lés œuvres de Dieu : • Dieu étant une lumière infinie, ramasse en Tunité simple et indivisible de son essence , dit Bossuet, les perfections qui sont dispersées çk et là dans le monde : toutes choses se rencontrent en lui dune manière très-éminente , et c*est de cette source que la beauté et la grâce sont dérivées dans les créatures, cette première beauté ayant laissé tomber sur les créatures un éclat et un rayon de soi-même. Nous voyons bien toutefois qu'elle ne s'est pas toute jetée en un lieu, mais qu'elle s'est répandue par divers degrés, descendant peu à peu depuis les ordres supérieurs jusqu'au derhier étage de la nature. Nous le vérifierons aisément , si nous prenons garde qu'au-dessus des choses insensibles et inanimées Dieu a établi la vie végétale, et un peu plus haut le sentiment, au-dessus duquel nous voyons présider la raison humaine d'une immortelle vigueur, attachée néanmoins k un corps mortel. Dieu donc, pour achever l'univers, après avoir fait sur la terre une âme spirituelle dans des organes matériels , a créé

- * Conneot, e» oiMlUnt ces biu, rbonin» qnelqoe pea intoOigent s'étoBMralt-il de U Jaalin étemelle réeer- Tée à l'obecinalion f Eit«e qne cas flitts n'eDgendrant fM da noubrau ugvmeota dont u liiil Mflnit à an biresenUrtanteessUér...

>Poar le peupla ehes qal on ne peut ni parler an public ni faire imprimer m pensée, U b*7 a pas i orfsniaer da sanction contra Tabus da la prease et de la parole ; qne si la (lenllé da parler et d*écrlre eslale dana certaines UoUtes , vous lui fera équilibre par une aanction proportionnée ; que al «nfln cette pdaeenoa i*aierea avec one liberté eutière et absolue, la Mnction a'élérera i son plus haut degré de foroe. Lu ràimn muI gua partmU la tiffuêur d$ la •anetion M maaurt sur la puiaiaiMt 91M la M octroi*.

> Eh bien ! médites donc les lots constltuilres de notre étn ; médltex Pétrange puissance dont Dieu s doué le génie de Hbomme ; au lieu dMnsulter k la grandeur de Dieu et à la grandeur de voire nature par IMrréAexion et la piaissnterle, médites cette force immense de Tooleir qne rien au-aondo ne saurait briaer, cette liberté d*c»prlt abaolue, illimitée, inflow, qui a'exerce flèroment é rencontre de toua, é rencontre de Dieu même; et alors vous eomprendres facilement Tétereitéde là Jartice , vous crolrex é Pélerniié du ebàilment tous serex flers de cettn éternité, preuTS rapréme de U anblimité des flKuliér dont elle doit pvnir rabus.

> Sans nna sanction inOnie, aans rétvraelle durée du cbàtimenl, Tbomme obéissant 4 la violence du désir, â rhnmeimiédeli pauion,eùt pu criera Dieux « Tu l'ea déaarmé toinnéme, je te braverai sans crainte; cet objet , défendu, Je le rtax et Je le pouéderai ; car ta Justice, à toi, est finie et bornée, et le néant un Jour temJk Bcra mon crime triomphant e| ta puissance Imprudeocnent tronquée. »

• Avec la nature humaine moins grande, moins puissante. Je ne coMcvr&ia pas l'enfer étemd. A*«c la natore humaine telle que Diru Ta Cute, Je no concoTrais pas qu'il n'existât point. (EtudM^ loe. cit.)

aussi dans le ciel des esprits dégagés de toule matière qae nous appelons les aDges que Dieu a divisés en ordres et en hiérarchies. (P. i43«> i4i. sup.)

Mais ce n^est pas seulement dans les divers genres de créatures que Dieu a voulu la hiérarchie, c*est encore en chacun d'eux qu*il a tout distribué avec poids , nombre et mesure. S*il n*est pas deux fleurs > deux feuillesi deux brins dlierbes qui soient absolument les mêmes , 0 n'est pas deux hommes non plus qui aient absolument les mêmes qualités , soit physiques , soit morales , soit naturelles , soit surnaturelles. Cest dans' cette variété infinie qu'éclate la puissance et que se joue ^vec amour la sagesse de Dieu.

Et vous voulez que Dieu accorde des grâces également abondantes à toutes ses créatures, et que toui ordre, toute distinction ne dépende entre jelles que du seul usage qu'elles feront des dons de Dieu (P. 459.], sans que la diversité des fins de Dieu, des vues de sa providence , des vocations des hommes t de leurs diverses destinées y soient pour rien ! — Vous ne voulez pas non plus qu'il y ait des créatures supérieures à l'homme, et malgré la foi et la science de tous les siècles, il vous platt de nier l'existence des anges. (P. 414.) Mais pourquoi? serait-ce parce qu'ils constitueraient à notre égard un certain ordre aristocratique devant Dieu ? Il le parait bien, puisque vous voulez Yégalité dans le ciel comme sur la terre. (P. 468.) Mais comment ne voyez-vous pas que a'il n'est pas digne de Dieu d'accorder différents degrés de perfection k des créatures qui sont toutes tirées du néant, il ne convient pas qu'il soit lui-même plus que nous , et que le mouvement démocratique irrésistible qui sniMhU le ciel lui-^néme (P. 468.), doit nécessairement arriver jusqu'au trône. Comment ne voyez-vous pas que dans la voie où vous êtes entré, il faut logiquement aller jusqu'au panthéisme?

Aussi faites-vous de vains efforts pour résister ^ la pente qui vous y . entraîne, et n'évitez-vous pas mieux l'abîme que ne l'aévité Lamennais. Lui aussi admet le Dieu personnel et la création. Mais comment? Ed disant que Dieu crée avec sa propre substance ! Et après nous avoir ainsi déclarés consubstanliels k Dieu , il recule pour échapper au panthéisme par une inconséquence , et affirme ou plutôt dit en balbutiant que la substance divine est en Dieu et en. nous , dans deux états distincts et essentiellement différents! (Yoy.sup. p. 498.) Comme lui, vous luttez vai-

nemeôt contre la logique. En effet » vous croyez aussi déterminer quelle est la relation de Tétre universel aux êtres particuliers (P. iOi.), en admettant la Trinité et la création. Mais de quelle manière? En disant que le Verbe ou le Fils db Dibo est la hanipbstatior de Dieu au sein de CHAQUE EXISTENCE INDIVIDUELLE ; que Têtre particulier n*esl pas une modification passagère de Tétre universel , qu*il est distinct de la substance divine, qu'il reçoit de Dieu une inspiration qui constitue la tib, et que c*est cette inspiration, cette gr&ce gui forme la troisième personne dimne, le Saixt-Esprit ; qu'ainsi , Tètro particulier reste distingué de Diçu , bien qu'il y ait un lien permanent entre le Créateur et la créature ; — que tel est le sens philosophique du myslère de la Triuité, et que le chris* tianisme (ainsi entendu) maintient à la fois la personnalité de Dieu et celle de l'homme, par la distinction des personnes en Dieu, » [Etudes sur Vhist. dethumanité, tom. i. p. 405.)

Et pour ne laisser aucun doute sur le sens anticbrétien de ces propositions que vous donnez pour l'expression de la vérité philosophique «cachée dans le christianisme , vous renvoyez vos lecteurs k M. Leroux. (]bid.)Or, M. Leroux, et avec luiM. Jean Reynaud, en éditant dans FEncyclopédie nouvelle un panthéisme revu et corrigé, tentèrent inutilenient d'échapper à la vieille erreur en admettant en Dieu une vie personnelle et distincte du monde, mais qui se complète par la production du monde, et qui est ainsi sa manifestation dans le monde, dans le fini. M. Leroux dit formellement qu'il rejette la Trinité chrétienne, comme un dogme incomplet et une explication insuffisante de Dieu , parce que ce dogme n'explique pas le changement en Dieu. (Revue encyclopédique, art. sur le Christianisme.) Mais pour admettre le changement en Dieu, il faut confondre la vie du Créateur et la vie de la créature , et c'est aussi ce quil fait, en reprochant en même temps au christianisme de n'avoir pas adoré dans le monde le corps vivant de V Eternel! (Ibid.) Mais n'est-ce pas ce que vous faites h votre tour, en disant que nous recevons de Dieu une inspiration qui constitue la vie et que cette grâce forme la troisième personne divine , le Saint-Esprit.

Il est aisé de comprendre , après cela , la raison fondamentale qui vous fait rejeter Tincarnation du Verbe. C'est que chacun de nous est le Verbe incarné, le Verbe ou le Fils de Dieu étant la manifestation de Dieu au sein de chaque existence individuelle (Etud. p. (05.), comme le Saint*

Esprit ou la troi»ième personne dwine est la manifestation , la fàrmaiion de la vie de Dieu dans chaque élre particulier.

Oui, encore une fois, la logique entraîne ceux qui servent Terreur ; le Similis ero Altissimo est au fond de tout cela ; et le mouvement démocratique et égalitair'e qui , assurez-vous , envahit le ciel lui-même , ne peut s'arrêter devant la dernière Majesté.

II est vrai que pas plus que Leroux , J. Reynaud et, Lamennais , vous ne voulez être panthéiste, parce que vous affirmez « qu*en nous rapprochant sans cesse de Dieu par le développement de nos facultés (lbid.}« jamais nous ne nous con/bndrons avec lui, comme renseigne le panthéisme. D Mais pourquoi ne nous confondrons -nous jamais avec lui? Parce que notre marche progressive vers Tidéal , c'est votre expression , est sans point (Tarrét, est éternelle, ce sont encore vos paroles. Mais qu'estce que cela? C'est manifestement la métaphysique hégélienne dont vous prétendez en vain ne pas dépendre ; ce n est pas le panthéisme dans sa forme antique , tendant h Tabsorption du particulier dans l'universel , mais c'est le panthéisme dans sa forme moderne, tendant au développement de l'universel lui-iQÔme ou de l'absolu, de l'être idâal, dans les. existences particulières; ou du moins c'est une variété du panthéisme de Schelling et de Hegel dont voici la formule que toutes vos théories religieuses et historiques reproduisent avec une constante fidélité :

« Le parfait n'existe dans l'esprit que comme concept de la pensée. La perfection n'est quidéale. La réalité imparfaite tend à la perfection au lieu d'en venir, a le bien absolu pour 'fin , non pour principe. Elle (end à la perfection par le progrès , loi irrésistible qui a pour condition nécessaire le mal , ou , pour mieux dire , l'imperfection. » {Hist, de l'Ecole cP Alexandrie, tom. 3. p, 388, par M. Vacherot.)

Vous dites de même : « L'homme part de l'état d'innocence, d*tmperfection; mais il se rapproche progressivement de Dieu (P. iSO.) , de Vidéal. (P. 406.) S'il est imparfait, ce n'est pas qu'il soit coupable; il est imparfait comme créature , mais il possède en loi la force nécessaire pour marcher dans une voie infinie de progrès. Ce progrès aboutira-t-il a Yunion avec Dieu?» (P. 420.) — Non, dites-vous; et pourquoi? 0 parce que l'homme étant créature ne peut jamais atteindre la perfec-

APP£NOIG£. 547

tion da Créateur; i il tuffit pour la satisfaction de noire besoin de bonheur et de perfection , que tel soit l'idéal dont il dépend de nous d'approcher. 9 (p. 410.)

Noos avons déjk vu la formule hégélienne de M. Vacherot exactement reproduite aussi dans votre théorie sur Thistoire (P. S8i-285. sup.), et il n'est pas nécessaire d'y revenir. — M. Vacherot, du reste , ne veut pas être panthéiste non plus (car qui veut élre panthéiste?), mais nous savons par quel moyen il s'en défend , par le retournement philosophique de Vidée, le fameux Umschlag de Hégel (Voy. p. 527-530. sup.), principe admirable en vertu duquel on peut être tout ce que l'on veut, et n'être rien de tout ce que l'on est.

Mais descendons des hauteurs où nous a poussés U mouvement démo*» cratique irrésistible qui envahit le ciel lui-même [Etud, p. 468.) , et revenons aux misères humaines , à ces misères qui vous ont fait avouer qu'il faut opter entre le dogme de la déchéance , de la chute et de la rédemption , et la doctrine de la migration des âmes , des vies successives et progressives à TinGoi.

Il nous est impossible de'ne pas espérer, que si vous considérez sans prévention les conséquences nécessaires de cette doctrine , vous reconnaîtrez avec nous qu'elle n'est qu'un rêve absurde à différents titres , un rêve cruel, un rêve immoral dont la réalisation , si elle était possible, ruinerait la justice divine et l'ordre entier de la Providence, un rêve en6n qui contredit toutes les données de la science, de la conscience et de l'expérience.

Pourquoi donc n'embrassez-vous pas la foi chrétienne? N'avez-vom donc pas reconnu encore , qu'à part les preuves générales et décisives de la vérité du christianisme , preuves qui doivent suffire k toute raison pour lui démontrer Tobligation de la foi à la révélation tout entière , il n'y o rien de si intrinsèquement plausible que la théorie du péché originel, comme nous lavons prouve avec de Maistre? (P. 202-240. sup.)

N'avons-nous pas vu que la loi de la liberté et de la responsabilité personnelles ne détruit pas celle de la sohdarité humaine , que le dogme de la déchéance n'est que celle dernière loi dans sa source même et

(l)CoiDnie ai potir être uni i Dieu, il tillait KUeioire là peifecUon da Crétteur,

dans son application générale, et que malgré vos spéculations abstraites » vous y croyez fermement vous-même partout ailleurs que dans sa première sphère ?N*avons-noQS pas vu encore que la loi de Texpiation personnelle vainement niée par le protestantisme , au nom des mérites da Christ, ne détruit pas non plus la loi de la réversibilité des douleurs de Finnocence pu profit des coupables, si ceux-ci se mettent dans la dispo- ^ition d'en profiter ; que le dogme de la rédemption n'est à son tour que cette grande loi elle-même régénérant Thumanité tout entière par son principe , et que malgré vous et vos systèmes , vous êtes encore dans rimpoissance de méconnaître dans la vie pratique, celte loi qui se retrouve à tous les degrés de la vie sociale? N^avons-nqas pas vu enfîa et surtout, qu'on perd le droit de douter de la chute quand on en porte les traces , et de oier la rédemption quand on est libre d'en goûter les fruits?

Et puis, qu'y feront vos doutes et vos négations? Empêcherez-vous jamais les choses d'être ce qu'elles sont, et ne serez-vous pas toujours vaincu par l'éclat de l'harmonie du fait perpétuel de la foi primitive et chrétienne avec les faits constants delà nature et de l'histoire? (Ch. II. sup.) Comment faire pour renier celui-là sans renier ceux-ci , et comment tenter une pareille lutte sans se renier soi-même.

III. La conscience humaine n'y résisterait pas , et il faut bien qu'elle cherche des raisons pour s'apaiser. Do là cette tendance dont on ne se rend pas toujours compte à défigurer les enseignements de la foi , ou tout au moins à se les dissimuler , à se les représenter à l'image des répugnances qu'on éprouve pour elle , afin de se donner le droit apparent de la repousser.

Pourquoi l'incrédulité a-t-elle toujours eu de la sympathie pour le jansénisme? Parce que les jansénistes résistaient à l'Eglise , sans doute, mais aussi parce ^ue leurs doctrines rendaient le christianisme inacceptable.

Il ne manque pas de rationalistes 'a prétentions tbéologiques, et quand vous leur exposez la doctrine incontestable de la foi sur le péché originel et la rédemption, sur la grâce et la liberté, sur la lutte et le salut des hommes, ces théologiens improvisés vous diront sans sourciller que votre doctrine est nouvelle , que vous n'entendez ni l'Ecriture , ni les

Conciles, ni les Pères, et affectant un zèle toat particulier. pour la rigueur du dogme, ils vous exposeront comme vérités dogmatiques une série d*hérésies solennellement condamnées par ]*£glise 1

Ils écriront : « Un des grands génies de notre âge dit que la sévérité excessive de la doctrine àugustinienne sur la grâce a fait plus de mal au Christianisme que l'irréligion du XVIII* siècle ; ^ » mais au lieu d'ajouter que cette doctrine janséniste n'est pas la vraie doctrine de la grâce , ils diront, au contraire : a On sait que Port-Royal enseignait la doctrine de la grâce dans toute sa rigueur. • (Etud. sur Vhist. de Vhum. tom. i. p. i63.) Et si vous leur exposez cette doctrine selon la foi perpétuelle de TEglise, ils vous reprocheront de la transformer !

« Le péché originel a été singulièrement transformé par un défenseur moderne du christianisme , dit M. Laurent. Lacordaire dit que nous n'avons point péché en Adam , le péché ne nous a point été transmis , il ne nous est point imputable. » (Tom. i. p. 450.) El plus loin, voulant absolument qu'en vertu des principes catholiques , les peines éternelles soient dues aux enfants pour le seul péché originel, M. Laurent ajoute : « Nous dirons k l'éloquent défenseur du christianisme : Ou le péché originel n'est rien, ou il mérite une peine ; s'il mérite une peine , quelque douce qu'elle soit, vous infligez un mal à un être innocent. Imputer un pareil acte k Dieu ,. c*est, pour nous servir de votre expression , de la démence. » (P; 454 .)

Il n'y a, en tout ceci, que la sufBsance naïve d'un néophyte donnant des leçons sur des matières dont il prétend scruter les profondeurs avant d'en avoir appris les éléments.

Il ignore, en effet, jusqu'au sens des termes qu'il emploie. Il ne sait pas 4» ce qu'il faut entendre par ce péché originel dans lequel nous naissons tous; âj** il donne comme découlant logiquement des principes de la foi sur les suites du péché originel en cette vie et en l'autre , les doctrines abominables du luthéranisme, du calvinisme et du jansénisme»

(I) Voki iMpvntude Go«be dtées pir M. Umeot mII but qua MudMoM vaechoM qni noupèM depuis longteapt sor le coeur. VolUire , Baoïe , la lélri* , Bch étiut, Rountm d tout* leur école n*aal pat bk é U rcligiun le mel que Patcâl et ion école lui ont fait. • (Tom. 33. p. t9. de PEd. ln-ls.) — On tqU que iMHbo ne dit pafl la doctrine auguêtiniam» , et il e«t Jucte d'obeerver quu «ce pnroice ne eent appUctblee A Paeeel quu •oua le rapport du JantéBianc.

sur la liberté, la grâce et la rédemption du genre humain. Il explique saint Paul et saint Augustin comme le firent Luther, Calvin et Jansenius , et il conclut que « le dogme du péché Origine) , tel qu'il a été fàr^ mule par V Eglise , est en opposition avec la notion que nous avons de Dieu et de la nature deThomme! » (P. 4i8.)

Il est bien temps que ce nouveau docteur reçoive des leçons à son tour, non de nous, mais de ceux mêmes qu'il accuse, et de TEglise surtout dont il pouvait si facilement connaître les enseignements. .

4 . Qu'est-ce donc que le péché originel , et faut-il croire que le père Lacordaire Ta transformé en disant que nous n'avons pas commis Vactû d'Adam, qu'il ne nous a pas été transmis, qu'il ne nous est imputable rù par voie de perpétration ni par voie de complicité? (^^^ Cofiférence, p. 43 t. Bruxelles 1849.)

Il faut d'abord entendre le père Lacordaire dans le passage même transformé par M. Laurent en doctrine nouvelle :

« Écartons, dit Lacordaire, les idées puériles que l'ignorance se forme au sujet du péché originel. On se persuade que d'après l'enseignement de l'Eglise , tout homme qui vient au monde a commis personnellement la foute dont le père du genre humain s'est rendu coupable : c'est là tout ensemble une démence et une hérésie. Pour que nous eussions commis en personne, par voie de perpétration ou de complicité, la faute adamique , il faudrait , de deux choses l'une, ou que la personne d'Adam eût été la nôtre , ou que l'acte même de sa rébellion nous eût été transmis. L'une et l'autre de ces suppositions est absurde. D'une part , la personnalité est incommunicable , nul n'étant soi que soi-même , et d'autre part, les actes sont intransmissibles, parce qulls sont d'une nature essentiellement passagère , semblables au vol de l'oiseau qui fend l'espace, et n'y laisse aucun vestige. C'est pourquoi la doctrine catholique a toujours distingué nettement le péché originel du péché personnel, leur donnant des noms divers pour que la force du langage imprimât dans les esprits la diversité de leur essence. Le péché personnel est celui dont l'homme vivant et ayant conscience de lui-même et de Dieu a volontairement posé l'acte ; le péché originel est le péché d'Adam, transmis à tous par la propagation de la vie, — Peccatum Adœ propagatione transfuwm omni-bus : ce sont les expressions du Concile de Trente. Remarquez-en la

propriélé. Le Concile définit le péché originel en i*8ppelanl le p4chà d'Adam, il ne Tattribue pas «i chacun de nous par voie de perpétration ou de complicité, mais par voie de propagation : or, si nous en eussions posé Tacle, si nous en étions les auteurs et les complices, tous ces termes manqueraient d'exactitude, s (65« Ck)nf.)

On comprend que cet exposé de la foi de TEglise dérangeait tout k fait le plan d attaque contre les idées que l'ignorance se forme au sujet du péché originel. Il fallait donc transformer le père Lacordaire en novateur. Mais la doctrine constante de TEglise est au-dessus de ces petites guerres , elle qui n a jamais craint les grandes. L'Eglise a toujours enseigné que le péché originel n*est pas en nous un péché dans le sens vulgaire du mot, c'est-à-dire un acte qui offense Dieu en violant sa loi, une prévarication comme Ta été le péché d'Adam ; qu'il n'est pas une faute par nous commise , mais une manière d'être à nous transmise , un état résultant de la prévarication du père du genre humain , état de privation des dons surnaturels ^ accordés à la nature humaine dans son chef : Status peccati.

(1) Uoordaire dl^ea piriaat dt Votif MUnl «t tfi Tordre •«rutord :

« LluMBoie n*« qa'one fis, qui «s^ Olea, nuit fl f itnd ptr dmn degréi indgiu, l'an lodired et faiMrlear q«( a( b nalare , l'aatra dincl et tapèrieur , qui e«i U grâce. Cet deux degrés par où oooe alloos k notre flo unique MeoBpMenC de* mémae élénenle , U térité et ranour îh Térlié par laquelle notre Intelligence connaît Dlea, rasMmr par lequel notre volonté s*«tuu:he à lui. Mail , dans Tordre naturel , nous ne connalMons et nous n*ai- BOBS Ueii qu'à tramrt U roOs d«s dkosM eriéêê, tandis que , dans Tordre surnaturel , noua U oonimhsmmm tel «u'ttss eowMft , MiM Veimon» tel qu'A «*aim« , non poê d'abord parfaUtmmt , mai» en une numUre qui noue pr^ttreàlapMnetielonetélapleinipoeieeeUfn...

> Dieu est le seul être surnaturel , dit encore le grand apologiste , parce qu^U est le seul Aire qui ne soU pie créé, le seul qui soit au-dessus de toute nature créée et de tonte sature eréable. Si parlait que soit un être qui n*eiisie point par lui-même , il a ou peut avoir des égaux : Dieu seul est sans égal , parce qu'il existe par soL De cette hauteur qu'il remplit et où nul ne saurait prétendre , il di«pensc une vie qui n'est pas la sienne , qu'il sosclte psr on acte de sa volonté, qu'il conserve de même , et qui , étrangère i lui , quoique venue de lui , forme en chaque être un fonds primitif qui est sa nature et sou droit. Ce droit est une grâce déjà , mais une grâce qui consiste précisément i donner i Tétre créé U propriété de soi-même. Dieu le peut , puisqu'il peut créer t ce qu'il ne peut pas , c'est de faire de sa tte divine la vie naturelle d'un autre que lui , le droit d'un autre qoe lui , la propriélé d'un autre que lui. S'il lui plaît de la communiquer , celle communication , tout intime qu'elle soit, demeure une grâce eupMeure àlanature qui en est honorée. Lç fini reste toqjonrs Uni, le créé toqjours i^éé, et Dieu toujours le seul Dieu ; mais Dieu vit sans la créature , et la créature vit en Dien.

•Ce n'est pas seulement une effusion de bi vérité et de la charité divines qui constitue ce que le christianisme appelle émioemmeol la grâce ; c'est plus encore, car Dieu s'j donne tool entier. Ecoutex JésusKIbritt t Si qneU qu'un m'otois , il gardera mee cammandimente , *( mon Père Vaimera , et noue vUndroM'à hrf , et nous kàhkterone en lut. Demeure* en mot et mol en toue. Comme le romsau ne porte pat de fruU ^û n'ssi inUii au trtmo de la tl^ , a^tei en ett4l d» toue-mémee i< t-out n'êtes tneérée en moi. Et s'adressant à son Père en faveur de ees dbelplee , fl dfsail : Jsnsrous prf» pas pour «u« s«ul«m«ii( , mate pour (ou«e#uxqu< eroirontfnmoipcr le porobfC^ qu'ils sotenllous «M, eomiiM tous ^ mon rdrs, rou«4tesmmo<«lmo<eiiM>u«, afin qu'Ue eolent loue «H m noue, s< que Is mondserete qui roui m'avez mroy/. L'Ecriture abonde en expressions senbl

«Le Concile de Trente nous renseigne clairement en donnant an péché originel le nom de mort de Vdme. En effet , la mort est la privation de la vie , et comme la vie surnaturelle de Tàme est dans la grâce sanctifiante» le péché originel , en nous , consiste dans la privation de la grâce sanctifiante ou de la justice surnaturelle et originelle dont le péché ou la prévarication d'Adam la dépouillé, lui et sa postérité.

» Il faut bien remarquer ici toute la différence qui existe entre Vabsetice ou \di privatiim de certains biens, entre n'être pas enrichi de certains dons et en être privé. Si 1e père de la nature humaine n avait pas été élevé k rétat surnaturel par la gfâce sanctifiante ou la justice originelle, et s\\ n'avait pas reçu les dons gratuits d*où résultait la perfeetion de sa nature , c'est-k--dire la science pleine , la soumission entière de ses puissances inférieures aux supérieures., des passions k la raison, Timmortalité du corps, lexemption des souffrances; Vabsence de ces dons n'eût constitué ni pour lui ni pour sa postérité rien qui eût la nature de péché ou de peine du péché. Mais Dieu, dans sa bonté, ayant voulu élever le père des hommes et en lui toute la nature humaine à Tordre surnaturel par la grâce sanctifiante qui nous prépare a la vie divine , et ayant enrichi cette nature de dons gratuits qui la rendaient très- parfaite» c est de cette grâce et de ces dons qu'Adam fut dépouillé par son péché, de sorte qu il en est résulté pour lui et pour toute la nature humaine

Mr l*«iion réciproque de Dieu et de l'homme. La ehaiiN , dit eaint Paul , a M r^pimiue éamê nm ewre pm l'Btpi U-Saint qui nouM a été éonni. — 5< V Esprit d» celd qui • runueiU Jimu (Tm/n Ut morte taWr* m voue, ««(iii qui a nnuieUé Jénu-Chriêt d entre Im mm-tê vMfUra omH lot eorp» inorM* , à eatiM dt êon êtpi^ giii habitt m tout. — Nout acont été/kilt participantt du Clattt , ti touteftAt nùut rtttMyM fermement Jatqu'à <• fin U commtnetment dt ta ttAttanet qui ttt m nous. El hîoI Pierre, lurpaiMot , 8*il est posiible, l'énergie et la clarté de coi dédarationi •accumiiléee , rccommasde aux premier* fldé^ les doua et le* promeeaea par oft Os ont été appelés au partage dt la naturt dû int. Ainsi, auain demie n*e*t permis sur le sens dû il faut entcsdrt l^ioion de Tbomme avec Dieu dans l\>rdre sarnatorel. Cette union est une sorte de déification qui, sans confondre le fini avec rinfini, le créé avec Pincréé, les met dans un rapport si étroit , que non-aenlemcnt I^Maima pense comme Dieu et aime comme Dieu , mais que Dieu est dan* lliomme par une péoé:ntioo réelle de sa aubstance à la manière dont le feu est dant le fer qu'il transfigure par aa lumière et aa rhalour eana le dénaturer ni se dénaturer loI-méme. O n*est U, Messieurs, qa*une Image, mal* une Imagi qui auffit pour entendra le myatère de la grlce, et même pour le justifier. •

> La sdence humaine , ajoute le grand orateur, a posé cet axiome: Les corps sont ImpéoétraUet, c*eftt i-dire 9» deux corp* ne peuTent pas être Pun djus rauire. La science' divine , au contraire , a posé cet ailome t La* êtres inférieurs soni péoéCrablea par les être* sopérlaor*. Et U natare elle.mémo nous en donne U preore dans •es phénomènes les plu* fulgaires....

• Plus rame grandit en sainteté , plus elle est aTcrtie de celte glorieuM cohabitation (de Dieu) par de* Joies qui la rendent inseuaible à tout ce qui ne contient pas Dieu. 0 joie» de* cainta, larmes inconnue*, délice* «ans rivages , quiconque une seule fola a entrevu votre ombre dans son propre cmiir«oelui-lé n*a pa* hcoBi* fuVM tai démontre rexisience de k grâce ni ce qu'elle cet , U U Mit d'un* kg» qui m s^oahlie Jimai* d ngtéa laqiadls nuU* auin n'apprend |du* rien. » (60e Conf.)

qui étail en lai» un état de privation ou de déchéance qui est un état de pécké et de peine : un état de péché , quant ^ la privatiofi de la grâce ou de la Tie surnaturelle ; de peine , quant à la privation des autres dons que Dieu y avait ajoutés. Mais il y a cette différence entre le péché originel en Adam et en noue, qu'en lui; il est péché dans les deux sens qu*on donne à ce mot , c'est-à-dire comme action ou prévarication , et comme état produit par elle, état de privation, de dépouillement, de dégradalion ; tandis qu*ôn nous il n'est péché que dans ce second sens , c est-kdire comme privation de la grâce sanctifiante.

» Saint Anselme dit k ce sujet : Hoc peccatum, quod originale dico, aliud intelligere nequeo in illis (infantibus), fiisi ipsam, quam supra posui, per inobedientiam Adœ justitiœ debitœ nudilatem, (De peccato originali, c. tl , alias t%.)

9 Et saint Tliomas : Dicendum, quod defectus Hlius originalis justitiœ, quœ homini in sua creatione collata est, ex'voluntate hominis' acddit , et sicut illud natures donum fUit, et fuisset in totam naturatn propagatum, homine in justUia persistente : ita etiam et privatio illius boni in totam naturam perducitur, quasi privatio et vitium naturœ; ad idem enim genus priveUio et habitus referuntur. Et in quolibet homine rationem culpœ habet Kz HOC QUOD PER voLnirTATEH PRiNcini NATUitfi , îd sst, primx hominiê inductusest taXis defectus, [In IL Sent. dist. 30. q. 4 . art. 8.)

» Or, selon renseignement catholique, Dieu eût pu créer l'homme sans rélever k la vie surnaturelle par la grâce sanctifiante, et sans Tenrichir des dons qui rendirent sa nature plus parfaite. L'homme ne fût donc réduit par le péché qu'à Vétat où Dieu eût pu le créer , &est-àr^ire avec ' une nature moins parfaite , et dans Vétat naturel seul.

D Et si cet état qui eût été en ce cas la condition naturelle de Thomme, est actuellement un état de déchéance, de dégradation, un état de péché , &est uniquement parce qu'il est une conséquence du péché personnel d^Adam. De sorte que les noms de péché et de peine sont actuellement relatifs a Fétat primitif d'élévation surnaturelle et de perfection naturelle , et ne signifient pas ce qui est bn soi un pÉcai et une peine , mais ce qui n'est tel que par relation au péché d'Adam : Quare in prœsenti con^ ditione nomina pecceUi et pcmœ sunt relativa ad statum elevationis et ttitegritatis, et ideo sunt peccatum et pœna non in se, «eot quia relationem

h^nl ad j}eccàlum Adami ; contrarium autem damnatum fuit in proposikoneÀl Baji, (fuœ ifa se habet : Peccaiam origiDale vere habet rationem peccati sine uHa ratione ac respectu ad voluntalem , a quo origioem habuit. » (P. Perrooe. De Deo Creatore, p. 3. c. i.)

Voilà comment s exprime un théologien qui enseigne sous tes yeux do Sainl-Siége , et qui fdir partie d'une société savante qui n'a jamais aimé les aventures th^ologiques , selon ^expression d un grand écrivain de notre âge, le Prince Albert de Broglie.

« Saint Augustin prouve, sans doute , contre les pélagiensJ'existence du péché originel par les misères de cette vie , domme si elles n'avaient pu 3 introduire dans le monde que par le péché , ou que personne ne pût y être sujet sans l'avoir mérité ; et c'est en ce sens qu'il dit encore {De Gen, ad litt. § 3.) : Omne quod dicitur malum, aul peccatum est, oui pcena peccati ; mais il ne parle ainsi qu'en supposant l'état primitif et sarnatorel , dans lequel notre premier père était exempt des infirmités du Corps et dç l'âme. Gomme cet état ne devait cesser c^ue par le péché , et qu'il n'a cessé que par hii , on peut et on doit dire avec saint Augustin , que righorance , la convoitise , la douleur et la mort viennent du péché, qu'elles sont entrées dans le monde par le péché, et qu'elles sont des soi* tes du péchéd'Adafn. » (Gard. Gousset. TheoL dogm, -— De Dieu. p. 4 4 9.)

. Mais Pascal s'eàtyil donc trompé en écrivant cette parole si souvent r6pt*oduile depuis : « Lhamme serait plus inconcevable sans ce mystère (le péché originel) que ce mystère même n'est inconcevable à l'homme, » et faut-il )a confondre celte parole avec la proposition suivante condamnée dans Balus : % Dieu n'aurait pu , dès le principe, créer l'homme tel qu'il naît k présent : Deus non potuisset, ab initio, talem creare homihem, 9ua<i« nùnc fuucidirP » (Prop. 55*.)

Non', car 00' peut entendre la parole de Pascal dans un tout autre sens que celioj âe la proposition de Baîus. Celui-ci soutenait que Dieu n'eût pu nous créer san^ la grâce qui nous élevait à l'ordre surnaturel , tandis qu'pn peut ëfl&rmer avec Pascal , dans un tout autre sens , que l'homme , sans la connaissance de sa déchéance et de sa rédemption , resterait pour iui-^ôme un problème éternellement insoluble.

En effet ,.lliQmme n'a perdu dans sa chute ni le souvenir, ni les traces ,. ni le sentiment de sa destinée surnaturelle et de son état primitif.

II les a d'autant moins perdus , que dès le principe , Dieu Ta rappelé à la grâce et à Tespérance. La nature tombée n'est donc seule dans aucun de nous , et il n'est pas un homme sur la terre qui ne se soit ressenti de la gr&ce de la rédemption , quoiqu'il pût en ignorer la source : Agnum . occiêum ab origine mundi. Bossûet a donc eu raison de dire de I*homme, dans le même sens que Pascal: « Contemplez cet édifice , vous y verrez des marques d'une main divine, mais Tinégalité de Touvrage vous fera bientôt remarquer ce que le pécbé y a mélj^ au sien. — Ces masures si mal rapprochées avec ces fondements si magnifiques ne criént-ils pas as^z haut que l'ouvrage n'est pas dans son entier. Dieu ! quel est ce mélange ? J'ai peine à me reconnaître. Est-ce 1^ l'homme fait à l'image de Dieu, le miracle de sa sagesse et le chef-d*œuxire de ses mains f C'est lui-ipéme , n'en doutez pas. D'où vient donc cette discordance f C'est que l'homme a voulu bâtir à sa mode sur l'ouvrage de son Créateur , et il s'est éloigné ' du plan. .Ainsi , contre la régularité du premier dessein, l'immortel et le corruptible , le spirituel et le charnel , l'ange et la béte , en un mot, se sont trouvés tout à coup unis. Voilà le moi éeVénigme. » (/. Serm. pour lapent.)

Le mystère inconcevable pour Pascal sans la chute originelle, n'est que l'énigme de Bossuet.

Notre élévation primitive , notre destination positive k (a vie divine , la grâce qui nous y rappelle toujours , laissent ainsi dans notre conscience le sentiment profond qui nous fait dire avec vérité : Non, nous ne sommes pas sortis tels que nous sommes des mains de Dieu. Nous ne sommes qu'une grande ruine. Mais comment cette ruine s'est-elle faite et qui la réparera ? C'est ainsi que le mot de l'Apôtre conserve son puissant écho dans toutes les âmes : Qui me délivrera : Quis me liberàbit ?

Mais de ce que nous venons de constater, il ne résulte pas que Dieu n'eût absolument pu , sans injustice , nous créer dans l'état purement ncUurel et de nature imparfaite , état impliquant une certaine lutte de la concupiscence contre la raison , ainsi que les souffrances et la mort. Pourquoi? Parce que si Dieu ne pouvait rien créer d'imparfait, il nù pourrait rien créer du tout , et que s'il devait la môme perfection à toutes les créatures , Vordre de la création corpbrelle et spirituelle serait par là même impossible. Pourquoi encore ? Parce que la concupiscence n'est pas un péché , un mal moral en elle-même , et qu'elle ne souille l'âme

que lorsque Tâme y cède librement. Dieu eût donc pu nous créer en nous laissant nos passions non-seulement à gouverner mais à vaincre. Il eût pu nous créer aussi sans nous préserver des souffrances et de la mort qui sont naturellement inhérentes à tout être corporel. Limmortatité du corps était manifestement un privilège accordé par la munificence divine au roi de la nature. Qui le niera en jetant les yeux sur Tensemble du règne animal T

Nous le demandons à MM. Leroux, Reynaud et Laurent, les animaux souffriraient-ils peut-être pour avoir péché dans une vie antérieure ? Et leurs différents degrés de souffrances seraient-ils proportionnés aux démérites de leur précédente existence ?

M. Laurent en particulier comprendra, nous Tespérons, que pour être conséquent k ses principes, et à la manière dont il entend ce mot de saint Augustin : Omne malum est pecccUum aut pœna peccati, il faut nécessairement que de sa métempsycose actuelle , il descende , comme Vi<;^or Hugo dans ses Contemplations , jusqu*à la métempsycose pythagoricienne; il comprendra que sans une fidélité complète à Pythagore , son argumentation s'évanouit tout entière ; il comprendra que la souffrance naturelle aux animaux puisse être aussi naturelle et Thomme , et que la divine providence puisse nous la laisser à plus forte raison qu'aux êtres dépourvus d'intelligence, puisque la souffrance peut être en nous, non-seulement une expiation, *mais une source de vertus et de mérites : il comprendra enfin que Dieu, dans sa sagesse, laisse plus de croix à Tun qu*à l'autre de ses enfants , non-seulement parce que l'un aurait plus péché que l'autre , mais selon les vues diverses qu'il a sur chacun d'eux , et selon les grâces diverses qu'il proportionne à ces vues on à cet fins : Ut manifestentur opéra Dei in illis.

Par tout ce que nous venons de dire, nous ne prétendons nullement qne si Dieu nous eût créés dans l'état purement naturel (sans noos destinera la possession de lui-même par la vue intuitive et l'union béatifique, et sans nous y préparer par la grâce <), notre nature eût été précisément la même qu'aujourd'hui, avec la même concupiscence , la

(l)H.Uw«l«Miiid pv grlMracltoBgéBMt4elHMwrbouM,ittt dbttagawr^ PordnfWMliutL (Ton. 4. p. 41».} Cm Bécomlut lovto m ctléfarit 4e biu qw toatpcafwi •I MrInqittIfBow aTCMMlaBrfi BiIm «• Hna. (P. tn-M, fop.)

même infirmité , la même inclination ï succomber. Non , car la nature et la grâce devant être unies dans le dessein primitif de Dieu , Dieu a voulu que la lumière, la force, la droiture de la première dépendissent de son union avec la seconde ; et c*est ainsi qu*en perdant la grÀce par sa faute, la nature humaine resta bouleversée et affaiblie dans ses propres puissances, (P. 330. sup.) Mais nous disons que ce que Dieu eût donné primitivement à noire nature ' indépendamment de la grâce , s*il ne Ids avait pas unies dans notre création , il Toffre maintenant encore k la première par la seconde , et que celle-ci est offerte à tous. Nous disons qu'à côté du premier Adam source de rbumanité déchue , apparaît le second Adam source de Thumanité rachetée; que la nature dégénérée nous vient du premier , que la grâce de la régénération nous vient du second; que ce double courant de la nature et de la grâce explique seul la lutte dont notre âme est le théâtre ; et que c*est à notre liberté personnelle qu*il appartient de puiser à la source de vie nouvelle que la miséricorde a fait jaillir depuis Torigine en faveur de tous ceux qui veulent combattre et vaincre. N*esl-cepas ce que Dieu rappela lui-même au premier enfant coupable de rhonnne tombé : Pourquoi te montres-tu si abattu? Ton sort est entre les mains , car si tu fais bien tu seras récompensé, et si tu fais mal le châtiment sera aussitôt à ta porte. Il est vrai que la concupiscence est en toi et qu'elle t'incline au mal, mais elle est sous ta puissance, et si tu veux, tu la domineras. — Cur concidit focies tua? Nonne si bene egeris recipies? Sin autem malè, statim in foribus peccatum aderit? Sed sub te erit appetitus ejus , et tu dominaberis illius?

t. Nous arrivons donc à la question des suites du péché originel, question multiple qui comprend celles de la liberté restée à Thomme

0) ■ iBiUltt utani pora, nlterlB wm mmbI taKa, k mmennl: Bmc nia beao ilMtaiilui tpeUalw 011 doBto gnlattic, acd adaa Tolaeradw ia nalnnUbuL — FaiMMt qoldfln nlMria et ecMwaplMMlU alM pwetto te lUta naliiFa para , aed ntooret; et hooio cum qoadaa racdlodiiie partie toferiorie ad enperiomB, cC raperloria ad Devn ftalaaeC eonetitatoe, habaieeetqoe majorée virée naturalea ad bonoa proeeiiaendaai el malufli AigieBdaB qoam babeethooo ia eutv iialanilapeKi • (Bena. Ih OmiNom, n. lOO.)

Ceatalael ipe cetaattnreoBcttieparbilcaMiit aatet Angnalte avec lui-méaM daiie dlTera paaaagee oè le ealnt Doctrvr eemble ee contredire, car Mtaa Aaguatlii pnwTe le péché originel am Pélaglena par lee nlatoee de eelle vie et lee déaordrea de la eraciipieeeiioe, el cependant U dit an llTre l*» de aee /W/rocta'ioiw, c 9 i ■ ïgno. rmMattàtgkuUiu^êHamM awin* komM$prlinor*lanatméUa^n»c tio ûuip9nàu$,ê9d ImidcméM MtêtDtuê, • — Saint Tbonaa dit de méoM i f Poterai Deoa i prindplo hoaiBem ei Ubm terra foraere, qoeoi In oondl' tkme eua natura rclinqucret, «t adlleet aortalia et peeaibilla eaect, et pogtaam coacnpiacentia ad ralionen e«etiiiercL> (m. II. Stnl. diat. t1. q i.a.l. ad i.) — « Wieria aaten iata nos habaiaeeot timc pama proprii dicta, aed fnlaeent maU nalunlKer ei natura profloentU. » (Dene. loc. cit) — Voyei i cttte Belière Va Dognui eafAoKgiwa de ■. LaforH, dodeor de Lonraln. (> JCen. «. 6-7.

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