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le progrès des lettres^ des arts, des sciences , de l'industrie et du commerce chez les différentes nations? Est-ce enfin , la condition dit droit privé , du droit public et du droit des gens aux différentes époques du monde? — Oui, sans doute, c'est tout cela, mais n'est-ce que cela?
Manifestement , l'histoire du monde doit être le tableau fidèle de la marche du genre humain à travers les siècles.
Or , cette marche ne consiste-t-elle que dans le mouvement politique, juridique, scientifique, littéraire, industriel, artistique, des nations? Ce mouvement, ou plutôt ces mouvements divers des hommes et des peuples sur eux-mêmes^ ne sont-ils pas dominés par un mouvement général qui emporte tous les autres , par le grand mouvement vers te fin, vers le but de l'humanité?
S'il n'en était pas ainsi , il faudrait comparer la terre et les hommes qui l'habitent à un champ où les fourmis se disputent le grain qui tombe, et où les cigales chantent quelques jours au milieu des fleurs jusqu'à ce qu'arrive l'hiver avec le silence et la mort : Et habitatores ejussunt quasi locustœ. *
Nous sommes loin , en parlant ainsi , de méconnaître l'importance de l'histoire pohtique et militaire, de l'histoire du droit, de l'Iiistoire des sciences, des arts et de l'industrie ; mais nous disons que cette importance dépend principalement elle-même de sa relation avec l'histoire fondamentale de l'humanité , c'est-à-dire avec Thistoire de notre origine, de notre nature, de nos destinées, et du mouvement général du monde mornl vers sa fin dernière. C'est là l'unique
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véritable tableau de la vie du genre humain , Tunique histoire vraiment générale, la seule qui montre le lien des peuples et des temps. Comment l'histoire qui n'indique pas ce lien peut*elle s'appeler générale ou universelle? Elle ne Test pas plus que le simple rapprochement d'une multitude de cartes particulières des différentes contrées du globe n'est la mappemonde. Mais ce grand lien qui fait apercevoir l'ensemble du monde moral est nécessairement triple dans son unité , puisqu'il n'unit les peuples entre eux qu'à la condition de les rattacher en même temps à un même principe et à une même fin. Or, ce qui rdie le monde à son principe et à sa fin,/ s*a\ppelle religion, et voilà pourquoi l'histoire religieuse est nécessairement l'âme et l'unité vivante de l'histoire du monde.
La science moderne, même chez les adversaires de la foi, s'est vue contrainte de reconnaître cette vérité. — ^ Aussi , l'histoire des religions est-elle devenue le grand objet des travaux scientifiques de l'Allemagne. La France l'a suivie dans cette voie, et la même tendance se manifeste ailleurs. — C'est ainsi que dans un ouvrage où l'on a réuni ce que les écoles rationalistes de la France et de l'Allemagne ont produit de plus hasardé sur cette question , on a reconnu cependant avec elles que la religion est la vie du monde , qw les nations reposent sur une conception religieuse,^
Encore une fois donc, l'histoire religieuse est l'unité vivante, l'àme de l'histoire générale, parce qu'elle seule décrit le mouvement qui emporte avec lui tous les autres ,
(i) Etudêi tur rkiêtoirê de l'humanité ^ par M. Laurent. Préfoce. Oui la religion est r&me des peuples , elle forme la vraie substance de leur vie historique , c*est le fil qui doit nous conduire dans le labyrinthe des faiu passagers.
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et qui influe si radicalement sur eux , que c'est le degré même du libre consentement des sociétés ou de leur résistance également libre à ce mouvement principal et divin , qui caractérise, dans ce qu'elles ont de fondamental, les civilisations diverses dont le monde a été le théâtre.
Mais cette histoire générale existe-t-elle? Le monde se souvient-il de son origine et sait-il sa destinée? L'humanilé sait-elle d'où elle vient, où elle va et par quel chemin? Y a-t-il sur la terre une société qui n'a jamais perdu le (Il de cette grande histoire? Y a-t-il un livre où on la trouve écrite et dont la véracité est évidente par elle-même : Justificata in semetipsa ? Toutes les autres histoires génésiaques ou religieuses sont-elles la confirmation de celle-là , et tous les autres livres sacrés du monde, l'incontestable contreépreuve de celui- là ?
Oui, l'histoire du monde existe; oui, le monde se souvient de son origine et de sa destinée , et ceux qui s'efforcent de répandre l'obscurité et le doute sur son principe et sa fin , dans l'espoir de se frayer impunément un chemin arbitraire à travers la vie, doivent se résigner à la lumière. Oui , l'humanité sait d'où elle vient , où elle va et par quelle voie; et cette grande voie de l'humanité est si largement et si profondément tracée dans toute la suite des àges^ qu'il, est impossible de la méconnaître au milieu des mille sentiers où se sont égarés ses pas.
Oui , il est sur la terre une société perpétuelle en possession certaine de cette histoire ; une société qui la garde dans ses archives et qui la montre à l'univers écrite de matin si évidemment divine, que la raison ne peut douter de son témoignage sans se renier elle-même.
Oui y cette histoire qui n'a besoin d'être confirmée par aucune autre , l'est cependant par toutes les autres , et par k fable elle-même y ce faux reflet de la lumière divine dans l'imagination humaine, ce mensonge si semblable à la vérité, qu'il en devient, malgré lui, la confirmation.
Nous allons parcourir toutes ces thèses déjà préparées par la science des croyants et des incrédules, et en constater les invincibles conclusions , mais dans un ordre inverse de celui que nous venons d'indiquer. Nous n'irons pas de la vérité à la fable, mais nous partirons de la fable pour chercher et reconnaître là vérité. Les ombres nous révéleront la lumière , et leur direction commune nous dira d'où vient le jour.
Nous verrons ainsi qu'au point de départ de l'humanité, dans sa marche à travers les siècles , dans le but qu'elle veut atteindre , et dans le moyen qu'elle emploie pour y parvenir, le Christ est partout^ le Christ seul rend raison de tout ; qu'en dehors de lui , les vains systèmes décorés du nom de philosophie de l'histoire sont des rêves qui s'évanouissent en présence des faits, et que Celui qui a dit de lui-même : Je suis la lumière du monde , a seul donné le mot du grand secret des temps.
Un fait domine Thistoire religieuse du monde.
Si nous ne nous adressions qu'à des esprits non prévenus , nous suivrions la méthode ordinaire dans l'exposé du grand fait historique du christianisme avant et après Jésus-Christ. Nous dirions avec Bossuet : « Quatre ou cinq faits authen-
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tiques , et plus clairs que la lumière du soleil , nous font voir notre religion aussi ancienne que le monde : ils montrent par conséquent qu'elle n'a point d'autre auteur que celui qui a créé l'univers , qui tenant tout en sa main , a pu seul commencer et conduire un dessein où tous les siècles sont compris.* » — Mais comme il est aujourd'hui un trop grand nombre d'hommes habitués à éluder les faits qui les gênent , et prompts à s'en débarrasser en se jetant d'un autre côté, nous voulons les placer tout de suite en présence d'un fait auquel ils n'échapperont pas , puisqu'on le rencontre infailliblement de quelque côté qu'on se tourne. C'est parce qu'il domine l'histoire de tous les peuples , qu'il suit le mouvement religieux de l'humanité jusque dans ses plus grands écarts, et qu'il le caractérise fondamentalement , que nous le prenons pour point de départ de toutes nos recherches.
Quel est-il, ce fait?
C'est la foi du genre humain à l'expiation par le sang , foi attestée par l'universalité des sacrifices.
Faut-il encore donner des preuves de cette universalité? Elles semblent superflues après cet aveu de Voltaire : «De tant de religions si différentes, il n'en est aucune qui n'ait eu pour but principal les expiations. L'homme a toujours senti qu'il avait besoin de clémence.* »
Aussi , le savant anglais Faber s'est-il borné à dire sur ce grand sujet : « Il n'est pas nécessaire d'établir par des
(1 ) Dite, twr Phiit. univ. 1I« part, in fine.
(3} Ettai êur Us mœurs , c. 420. — Nous verrons Voltaire oublier , avec sa légèreté ordinaire , Timportance du fait qu'il reconnaît ici.
preuves régulières et formelles, que la pratique d'immoler des victimes expiatoires a été usitée dans toutes les parties de la terre, et qu'elle a été également adoptée par les nations les plus barbares et les plus civilisées. Le sauvage idolâtre du nouveau monde et le sectateur policé de l'ancien polythéisme croient également que, sans l'effusion du sang, les péchés ne peuvent être remis.* »
Mais si , pour être constant , ce grand fait n'a pas besoin de démonstration en forme, il est cependant si plein d'enseignements historiques du premier ordre , qu'un des plus fermes et des plus pénétrants esprits de notre siècle , le comte de Maistre, en a fait l'objet dune étude à part. L'ouvrage d'un pareil ouvrier ne doit pas être refait. Et si nous nous permettons ici de dégager Y Eclaircissement sur les saci^ifices de certaines digressions philosophiques dont il peut se passer , et de simplifier ses conclusions dans leur rapport avec notre sujet, ce sera sans altérer les textes du grand écrivain. Nous citerons d'abord ceux où il rappelle certaines circonstances lumineuses du fait dominateur de tous les cultes , pour rechercher ensuite avec lui comment ce fait est expliqué par la science.
« Il n'y a rien de plus connu dans l'antiquité, dit-il, que les tauroboles et les crioboles qui tenaient au culte oriental de Mithra (mais dont l'usage s'était introduit chez les Grecs et les Romains). Ces sortes de sacrifices devaient opérer une purification parfaite , effacer tous les crimes et procurer à l'homme une véritable renaissance spirituelle : on creusait une fosse au fond de laquelle était placé l'initié : on étendait au-dessus de lui une espèce de plancher percé d'une
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infinité de petites ouvertures, sur lequel on immolait la victime. Le sang coulait en forme de pluie sur le pénitent^ qui le recevait sur toutes les parties du corps, et Ton croyait que cet étrange baptême opérait une régénération spirituelle. Une foule de bas reliefs et d'inscriplions rappellent cette cérémonie et le dogme universel qui Tavait fait imaginer....^
» Rien n est plus frappant dans toute la loi de Moïse que l'affectation constante de contredire les cérémonies payennes, et de séparer le peuple hébreu de tous les autres par des rites particuliers; mais sur l'article des sacrifices, il abandonne son syistème général, il se conforme au rite fondamental des nations....
» Il faut remarquer que, dans les. sacrifices proprement dits, les animaux carnassiers , ou stupides, ou étrangers à rhomme, comme les bêtes fauves, les serpents, les poissons, les oiseaux de proie, etc. , n étaient point immolés, à quelques exceptions près qui tiennent à d'autres principes. On choisissait toujours , parmi les animaux, les plus précieux par leur utilité, les plus doux , les plus innocents , les plus en rapport avec l'homme par leur instinct et leurs habitudes. Ne pouvant enfin immoler l'homme pour sauver l'homme, on choisissait dans l'espèce animale les victimes les plus humaines, s'il est permis de s'exprimer ainsi. . . .
(4) Gruter nous en a coosené une trés-singuIièrc que Van Dale a citée :
DU hfagnit Matri Deutn et Attidi Seœtus Agesilaut yEêidiui....
Taurobolio
Cnobo/togiM m atemum Rbratob aram tacrami»
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» C'est que la théorie entière des sacrifices expiatoires reposait sur le dogme de la réversibilité. On croyait (comme on a cru , comme on croira toujours) que l'innocent pouvait payer pour le coupable.
» La doctrine de la substitution étant universellement reçue , il ne restait plus de doute sur lefficacité des sacrifices proportionnée à Timportance des victimes; et cette double croyance juste dans ses racines, mais corrompue par cette force qui avait tout corrompu , enfanta de toute part (excepté chez les Juifs) Thorrible superstition des sacrifices humains...
» On voudrait pouvoir contredire l'histoire lorsqu'elle nous montre cet abominable usage pratiqué dans tout l'univers ; mais » à la honte de l'espèce humaine , il n y a rien de si incontestable; et les fictions même de la poésie attestent le préjugé universel....
» Tout Gaulois attaqué d'une maladie grave , ou soumis » aux dangers de la guerre, dit César/ immolait des hom- » mes ou promettait d'en immoler , ne croyant pas que les » dieux pussent être apaisés , ni que la vie d'un homme » put être rachetée autrement que par celle d'un autre. Ces )) sacrifices exécutés par la main des druides, s'étaient » tournés en institutions publiques et légales ; et lorsque » les coupables manquaient, on en venait au supplice des » innocents. »
(c Ces sacrifices , ajoute le comte de Maistre , subsistèrent dans les Gaules , comme ailleurs , jusqu'au moment
[i] De BeUo GaUicOy 1. 6. c. 46.