‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 8 sur 34 · DANS L HISTOIRE · texte numérisé non relu

DANS L HISTOIRE

OÙ le christianisme s'y établit; car nulle part ils ne cessèrent sans lui, et jamais ils ne tinrent devant lui,

» Est-il nécessaire de citer les Tyriens, les Phéniciens , les Carthaginois , les Chananéens ? Faut-il rappeler qu'Athènes, dans ses plus beaux jours > pratiquait ces sacrifices tous les ans? Que Rome, dans les dangers pressants, immolait des Gaulois? Qui donc pourrait ignorer ces choses?

» Lorsque nous arrivâmes en Amérique, à la fin du XV® siècle, nous y trouvâmes cette même croyance. On amenait aux sacrificateurs mexicains jusqu'à vingt mille victimes humaines par an ; et , pour se les procurer , il fallait déclarer la guerre à quelque peuple....

» Solis nous a conservé un monument de l'horrible bonne foi de ces peuples , en nous transmettant le discours de Magiscatzin à Cortez pendant le séjour de ce fameux Espagnol à Tlascala. Il^ ne pouvaient pa^ , lui dit-il, se former Vidée d'un véritable sacrifice à moins qu'wn homme ne mourût pour le salut des autres.^

y> Au Pérou les pères sacrifiaient leurs propres enfants. . .

» Aujourd'hui même , malgré l'influence de nos armes et de nos sciences , avons-nous pu déraciner de l'Inde ce funeste préjugé des sacrifices humains? Que dit la loi antique de ce pays? Le sacrifice d'un homme réjouit la divinité pendant mille ans , et celui de trois hommes pendant trois mille ans.^

(i) Ant. SoUs. Conq, de la iVouo. Esp. 1. 8. c 8.

(3) RecUrehM ÀticUiquet, Sîr Will. Jones. Tom. U. p. 4058 .

» Je sais que , dans les temps plus ou moins postérieurs à la loi y l'humanité , par fois plus forte que le préjugé , a permis de substituer la figure d un homme à la victime humaine , mais les sacrifices réels ont duré pendant des siècles , et celui des femmes à la mort de leurs maris subsiste toujours....

» Le gouvernement du Bengale ayant voulu connaître en 1803, le nombre des femmes qu'un préjugé barbare conduisait sur le bûcher, trouva qu'il n'était pas moindre de trente mille par an.*

» Toujours et partout qvl le vrai Dieu n'a pas été adoré , on a immolé l'homme; les plus anciens monuments de l'histoire l'attestent, et la fable elle-même y joint son témoignage, qui ne doit pas, à beaucoup près, être toujours rejeté.' » — Et là où le vrai Dieu n'a pas cessé d'être adoré , les expiations par le sang , mais exemptes de l'horrible immolation des victimes humaines, ne furent pas moins en usage qu'ailleurs , de sorte que le sacrifice fut toujours la base de toute espèce de culte , sans distinction de lieu, de temps, d'opinions ou de circonstances.

Voilà le fait : quelle en est l'explication?

Quel est le sens de ce fait universel ?

Ecoutons d'abord la petite science : ce L'idée vulgaire qui se présente la première à l'esprit et qui précède visible-

(4) Antuiht lUUrairet et moraletf lom. IL — DocununU angkUt , traduits dans la Gazetu de France du 4 9 Juin 1 804 . (2) De Mai stre , ibid.

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ment la réflexion, c'est celle d'un hommage ou d'une espèce de présent fait à la Divinité. Les dieux sont nos bienfaiteurs (dalores bonorum) : il est tout simple de leur offrir les prémices de ces mêmes biens que nous tenons d'eux : de là les libations antiques et cette offrande des prémices qui ouvraient les repas.

» Heynê , en expliquant ce vers d'Homère :

Du repas dans la flamme il Jette les prémices ,*

trouve dans cette coutume l'origine des sacrifices : « Les » anciens , dit-il , offrant aux dieux une partie de leur » nourriture , la chair des animaux dut s'y trouver com- » prise, et le sacrifice , ajoute-t-il, envisagé de cette mor- » nière^ n'a rien de choquant,^ » Ces derniers mots , pour l'observer en passant, prouvent que cet habile homme voyait confusément dans l'idée générale du sacriûce quelque chose de plus profond que la simple offrande, et que cet autre point de vue le choquait.

» Il ne s'agit point en effet uniquement de présent, d'offrande j de prémices, en un mot d'un simple acte d'hommage et de reconnaissance rendu , s'il est permis de s'exprimer ainsi , à la suzeraineté divine ; car les hommes , dans cette supposition , auraient envoyé chercher à la boucherie les chairs qui devaient êtres offertes sur les autels : ils se seraient bornés à répéter en public, et avec la pompe convenable, cette même cérémonie qui ouvrait les repas domestiques.

(4 ) lliad, 1. 1 1 . 210. ^2] Heyoe , ad toc.

» Il s'agit de sang, il s agit de Vimmolation proprement dite; il s agit d'expliquer comment les hommes de tous les temps et de tous les lieux avaient pu s'accorder à croire qu'il y avait , non pas dans l'offrande des chairs (il faut bien observer ceci), mais dans l'effusion du sang, une vertu expiatrice utile à l'homme : .voilà le problème , et il ne cède pas au premier coup d'œilJ »

Il s'agit de savoir pourquoi , à côté des sacrifices dits pacifiques au moyen desquels l'homme exprimait ses sentiments d'adoration et de reconnaissance envers la Divinité , on trouve partout et toujours les sacrifices expiatoires, l'immolation des victimes.

« Hume , dans sa vilaine Histoire naturelle de la religion y adopte ridée de Heyne , et il l'envenime à sa manière : <c Un sacrifice, dit-il, est considéré comme un » présent : or, pour donner une chose à Dieu, il faut la » détruire pour l'homme. S'agit-il d'un solide, on le brûle; )> d'un liquide , on le répand ; d'un animal , on le tue. » L'homme , faute d'un meilleur moyen , rêve qu'en se )) faisant du tort il fait du bien à Dieu ; il croit au moins » prouver de cette manière la sincérité des sentiments » d'amour et d'adoration dont il est animé; et c'est ainsi » que notre dévotion mercenaire se flatte de tromper Dieu » après s'être trompée elle-même.^ »

(1) Les Perses , au rapport do Strabon , so divisaient la chair des victimes » et fiîn réiertf^ent ritn fxmr les dieua ; car , disaient-ils , Dieu na hetoin que de tdme de laxnctime. Ils appelaient ainsi le iantj ^ ou la vie animale. (Strabo , 1. 45.) — Ce texte curieux réfute directement les idées de Heyne, et se trouve parfaitement d'accord avec les théories hébraïques , suivant lesquelles Veff%it\on du tang conttitue r essence du sacrifice. [De Maistre. Op. cit.)

(2) The natural flistory of religion.

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Le comte de Maistre après avoir fait remarquer que cette acrimonie n'explique nullement le problème de savoir d'où a pu venir aux hommes de tous les temps et de tous les lieux l'idée de la vertu expiatrice de l'effusion du sang, ajoute :

oc On peut remarquer dans ce morceau de Hume » l'un des caractères les plus frappants de l'impiété : c'est le mépris de l'homme. Fille de l'orgueil , mère de l'orgueil , toujours ivre d'orgueil et ne respirant que l'orgueil , l'impiété ne cesse cependant d'outrager la nature humaine, de la décourager, de la dégrader , d'envisager tout ce que l'homme a jamais fait et pensé , de l'envisager, dis-je, de la manière la plus humiliante pour lui , la plus propre à l'avilir et à le désespérer : et c'est ainsi que, sans y faire attention , elle met dans le jour le plus resplendissant le caractère opposé de la religion , qui emploie sans relâche r humilité pour élever l'homme jusqu'à Dieu.* »

Hume ne voit dans le culte universel qu'un rêve stupide : L'homme^ dit-il, croit prouver de cette manière la sincérité des sentiments d'amour et d'adoration dont il est animé; et c'est ainsi qv^e notre dévotion mercenaire se flatte de tromper Dieu après s'être trompée elle-même! — Il n'y a cependant ici que l'écrivain qui se trompe. Quand les sentiments sont sincères, ils s'expriment. Le culte est l'expression de ce sentiment de justice : // faut faire hommage de nous-mêmes et de nos biens à celui de qui nous tenons ce que nous sommes et ce que nou>s possédons. L'homme, être spirituel et corporel, ne conçoit la vérité qu'au moyen des images, et comme il la conçoit, il

(1) De Maistre. Op. cit.

Texprime. Mais le culte ne manifeste pas seulement le sentiment religieux y il Téveille. Quand je plie les genoux, dit quelque part saint Augustin , mon âme s'incline.

En ordonnant le culte , Dieu a traité Thomme selon la double nature qu'il lui a donnée, intellectuelle et sensible. Aussi y quand j'allume la lampe du sanctuaire ou que je dépose une fleur au pied des tabernacles, je prétends être plus philosophe que ces étroits raisonneurs qui sourient en me regardant faire.

Mais revenons au sujet principal. Nous avons entendu la vaine science par la bouche de Heyne et de Hume : il faut encore écouter Voltaire qui n'a pas manqué d'oublier avec soin l'aveu que nous avons cité et que lui avait arraché l'évidence :

« On ne voyait , dit-il , dans les temples que des étaux , des broches, des grils, des couteaux de cuisine, de longues fourchettes de fep , des cuillers y ou des cuillères à pot, de grandes jarres pour mettre la graisse, et tout ce qui peut inspirer le mépris et l'horreur. Rien ne contribua plus à perpétuer cette dureté et cette atrocité des moeurs y qui porta enfin les hommes à sacrifier d'autres hommes.* »

« Voltaire, répond le comte de Maistre, n'avait sans doute jamais mis le pied dans un temple antique; la gravure même ne lui avait jamais fait connaître ces sortes d'édifices, s'il croyait que le temple proprement dit présentait le spectacle d'une boucherie ou d'une cuisine. D'ailleurs , il ne faisait pas attention que ces grils , ces broches,

(V) Voyez la note li^sar la tragédie décrépite de Minot (De Maistre. Op cit.J«

FMKS l'histoire. i37

CCS lon^ies fourchcUes , ces cuillers on cuillères^ et tant d'autres instruments aussi terribles , sont tout aussi à la mode qu'autrefois , sans que jamais aucune mère de famille , et pas même les femmes des bouchers ou des cuisiniers , soient le moins du monde tentées de mettre leurs enfants à la broche ou de les jeter dans la marmite.

» Chacun sent que cette espèce de dureté qui résulte de l'habitude de verser le sang des animaux , et qui peut tout au plus faciliter tel ou tel crime particulier, ne conduira jamais à l'immolation systématique de l'homme. On ne peut lire d'ailleurs sans étonnement ce mot d'en/în employé par Voltaire , comme si les sacrifices humains n'avaient été que le résultat tardif des sacrifices d'animaux , antérieurement usités depuis des siècles : rien n'est plus faux. ToUrjours et partout oà le vrai Dieu n'a pOÂ été adoré, on a immolé t homme. ...

» La simple conscience qu'on appelle bon sens suffit pour démontrer qu'il n'y a , dans cette explication de Voltaire , pas l'ombre de sagacité , ni de véritable connaissance de l'hommeet de f antiquité...* »

Mais est-ce la véritable connaissance de l'homme et de l'antiquité qui , pour expliquer la base sanglante du culte universel , a dit un jour :

La craipte dans le monde imagina les dieux?*

(4) De Maistre. Ectaircis, sur let sacripcet,

fS) Primut in orbe dêot feeit timor. — Ce passage , dont on ignore le véritable auteur, se trouve parmi les fragments de Pétrone. 11 eatbien là. (De Maistre, ibid.]

« Je u'adopte point cet axiome impie, dit admir^Iement bien le comte de Maistre. Je me plais au contraire à remarquer que les hommes , en donnant à Dieu les noms qui expriment la grandeur, le pouvoir et la bonté, en l'appelant le Seigneur^ le Maître, le Père, etc., montraient assez que Tidée de la divinité ne pouvait être fille de la crainte. On peut observer encore que la musique , la poésie, la danse, en un mot tous les arts agréables , étaient appelés aux cérémonies du culte, et que l'idée d allégresse se mêla toujours si intimement à celle de fête, que ce dernier mot devint partout synonyme du premier.

» Loin de moi d'ailleurs de croire que Tidée de Dieu ail pu commencer pour le genre humain , c'est-à-dire qu'elle puisse être moins ancienne que l'homme.

» Il faut cependant avouer, que l'histoire nous montre l'homme persuadé dans tous les temps de cette effrayante vérité : qu'il vivait sous la main d'une puissance irritée, et que cette puissance ne pouvait être apaisée que par des sacrifices,

» Il n'est pas même aisé , au premier coup d'oeil , d'accorder des idées en apparence aussi contradictoires ; mais si l'on y réfléchit attentivement, on comprend très-bien comment elles s'accordent, et pourquoi le sentiment de la terreur à toujours subsisté à côté de celui de la joie , sans que l'un ait jamais pu anéantir l'autre.

» Les dieux sont bons , et nous tenons d'eux tous les biens dont nous jouissons : nous leur devons la louange et l'action de grâce. Mais les dieux sont justes et nous sommes coupables : il faut les apaiser, il faut expier nos crimes;

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et pour y parvenir, le moyen le plus puissant est le sacrifice.

» Telle fut la croyance antique , et telle est encore , sous différentes formes, celle de tout Tunivers. Les hommes primitifs, dont le genre humain recuises opinions fondamenUiles, se crurent coupables. Les institutions générales furent toutes fondées sur ce dogme; en sorte que les hommes de tous les siècles n'ont cessé d'avouer la dégradation primitive et universelle^ et de dire comme nous, quoique d'une manière moins explicite : Nos mères nous ont conçus dans le péclw; car il n'y a pas un dogme chrétien qui n'ait sa racine dans la nature intime de l'homme/ et dans une tradition aussi ancienne que le genre humain...^ y^

Cette tradition n'a jamais séparé l'idée de la faute de celle de l'expiation , l'idée de la déchéance de celle de la réhabilitation , l'idée de la dégradation , de l'esclavage de l'homme, de celle de la rédemption. — « La rédemption est une idée universelle "» exprimée par le sacrifice. « Toujours et partout on a cru que l'innocent pouvait payer pour le coupable, mais le christianisme (Nous le verrons.) a rectifié cette idée et mille autres qui même dans leur état négatif (Leur état d'altération.) lui avaient rendu d'avance le témoignage le plus décisif.' »

C'est ce témoignage que nous voulons entendre , avant de montrer comment le christianisme a rétabli dans leur pureté primitive les grandes idées qui furent I ame des sacrifices , et dont il est lui-même le divin accomplissement.

(1} Osl-è-dire qui ne la révèle telle qu'elle est , et qui n'j corresponde divineneot. (SJ De Maistre, ibid. (3) Ibid.

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Le sens des sacrifices expiatoires , selon les traditions universelles. — Source commune de ces traditions.

Les traditions de tous les peuples sont pleines de la double croyance à la chute et à la rédemption , et la fable n'est ici , comme elle Test ailleurs , que la contre-épreuve manquée mais très-reconnaissable encore de la vérité. L'état primitif d'innocence et de bonheur de notre nature, sa dégradation originelle et par conséquent universelle, son châtiment, ses espérance^ appuyées sur l'attente d'une grande réparation , constituent le fond des traditions générales dont l'uniformité jusque dans les plus étonnants détails, révèle avec éclat l'existence d'une source commune.

Ces détails sont tels, en effet, qu'on les croirait inventés à dessein pour la défense du christianisme, si leur authenticité n'était attestée par les monuments classiques de la littérature sacrée et profane de tous les peuples.

Nous vivons à une époque où il a plu à Dieu de faire glorifier l'histoire sacrée de la création par les voix de toutes les sciences. Des hommes qui refusaient la lumière du ciel et s'obstinaient à ne vouloir la chercher que sur la terre , l'ont rencontrée tout à coup dans les entrailles du globe. Si ascendero in cœlum, tu illic es : si descendero in in fernum, ades.^ Mais ce n'est pas là seulement que la science a rencontré Dieu. Elle Ta trouvé encore aux extrémités du monde, au delà des mers où elle cherchait un démenti à la parole révélée.

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La vérité sur les origines et les destinées de l'humanité , se trouva donc glorifiée aussi par les traditions de tous les peuples : Si sumpsero pennas meas diluculo, et habita-vero in extremis maris : etenim illuc manus tua dedueet me: ET TENEBiT ME DEXTERA TUA.^ Le& ombros de la fable sont devenues lumineuses en présence de la grande réalité : Quia tenebrœ non obscurabuntur à te, et nox sicut dies illuminabitur : sicut tenebrœ ejus, ita et lumen ejus.^

La vérité 9 sans doute, est comme perdue au sein du paganisme; elle y flotte comme un corps inanimé dans un déluge de fictions , de contradictions et d'infâmes erreurs ; mais si on ne l'y rencontre qu'à l'état de cadavre et même de cadavre mis en lambeaux , la réunion de ses membres épars ne nous représente pas moins la lamentable figure du grand corps conservé ailleurs tout entier dans l'unité vivante de son âme. Sans la connaissance de cette unité toujours vivante de la vraie religion , il serait impossible d'en reconnaître les restes là où la foi des peuples a fait naufrage, mais il est également impossible à l'homme éclairé par la révélation , de méconnaître l'origine de ces restes , quand il les rencontre.

Le célèbre et malheureux auteur de V Essai sur l'indifférence, avant que son orgueil blessé lui eût troublé la vue, avait reconnu dans l'uniformité des traditions du monde sur certains faits de la grande histoire humaine , la preuve d'une commune origine, de cette source unique qu'il appelait de son vrai nom : la révélation primitive. Mais déjà le rêve de la raison générale le portait à jeter un voile sur le chaos d'erreurs où les vérités antiques étaient

<4)P9. 188.9. rSjIbid. 48.

ensevelies. L'esprit de système produisit son fruit. Ce fut un fruit de confusion. De là les citations des chapitres 26® , 27® et 28® de TEssai , citations qui , sans être fausses , ne sont pas présentées dans leur vrai jour , parce que dégagées d'un monstrueux assemblage de mensonges qu'on n'indique pas^ ou qu'on indique à peine, elles font croire à la pureté des doctrines les plus impures. Qui n'a été tenté , en lisant ces extraits , de croire les Védas , le Zend- Avesta, l'Oupnek'hat, l'Invariable milieu, les livres d'Hermès , l'Ëdda , le Coran , comparables à l'Ecriture unique qui, semblable à Celui qui l'a inspirée, ne se dément jamais?

C'est en recourant aux livres sacrés de l'erreur , afin d'y vérifier des citations que bien des apologistes ont produites avant et après Lamennais ; c'est en jparcourant ces livres de l'Orient désormais accessibles dans notre langue, que^ious avons été surpris et indignés de l'absurde injustice qui les compare à la parole divine qui va de la Genèse à l'Evangile, d'Adam à Jésus-Christ et jusqu'à la consommation des siècles , toujours égale à elle-même , toujours sublime et toujours sainte. Nous n'avons pas voulu omettre de signaler cette injustice avant de recourir à notre tour aux sources où d'autres ont puisé. Quand il est question de faits et de témoignages , force qst à tout écrivain de s'arrêter à ce qui est irrécusable, et par conséquent de sacrifier la nouveauté à la certitude par d'inévitables répétitions.

La Perse, l'Inde, la Chine, l'Egypte, la Grèce, Rome, les Gaules^ la Scandinavie, l'Amérique elle-même, vont tour à tour rendre témoignage à la chute et à la rédemption du genre humain. Elles vont nous montrer le mal entrant

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dans le monde par la désobéissance, la femme trompée la première par la vaine curiosité et par l'esprit séducteur représenté sous la forme tortueuse du serpent, Thomme entraîné par elle et entraînant avec lui la nature humaine renfermée en lui tout entière; cette nature châtiée mais rendue à lespérance et poursuivant Yexpiation par les sacrifices dans l'attente de la grande réparation par le libérateur universellement attendu , fils de la femme et fils de Dieu, seul capable de triompher de la justice de son Père.

Nous commençons par la Perse, parce que les traditions de Ylran se ressentent plus que les autres de la proximité du berceau du genre humain.

Que disent les livres attribués à Zoroastre sur l'origine du monde et de Thomme? Une foule d'ignobles choses, mais où la vérité est cachée comme la perle dans le fumier. Nous allons l'en extraire et la présenter ici presque seule , . afin d'éviter d'interminables longueurs. Mais pour ne pas tomber dans la faute d'omission que nous relevions tout à l'heure , nous prions le lecteur qui croirait pouvoir juger la cosmogonie des Perses par ces extraits , de la parcourir elle-même dans la traduction d'Anquetil Duperron. Il ne nous accusera pas alors de trop de sévérité pour avoir dit que la vérité s'y trouve enfouie comme un trésor dans un lieu d'infection.

(c Des productions du monde , dit Zoroastre , la première que fit Ormusd (le bon esprit) fut le ciel; la seconde , leau ; la troisième, la terre; la quatrième, les arbres; la cinquième, les animaux; la sixième, l'homme.*

(i) Bonn-Dehetch, — Zend-Avetta , tom. S. Cosmogonie, p. 848. Trad. d'Anquetil Duperron.

» L'homme vivait bien , il était immortel.*

» Il e$t parlé dans la loi , des courses de l'ennemi dans le monde. Il est dit qu'Ahriman (le mauvais esprit) et tous les Dews (démons) virent l'homme pur , et qu'ils en furent abattus.^

t> Ahriman se présenta à la lumière avec tous les Dews qui ne cherchent qu'à détruire. Sous la forme d'une couleuvre il sauta du ciel sur la terre.'

» Ormusd parle de Meschia et de Meschiané (Le premier homme et la première femme.). L'homme fut ; le père du monde fut. Le ciel lui était destiné , à condition qu'il serait humble de cœur; qu'il ferait avec humilité l'cBuvre de la loi ; qu'il serait pur dans ses pensées , pur dans ses paroles , pur dans ses actions , et qu'il n'invoquerait pas les Dews. En persévérant dans ces dispositions, l'homme et la femme devaient faire réciproquement le bonheur l'un de Tautre.^

» D'abord , Meschia et Meschiané dirent ces paroles : C'est Ormusd qui a donné l'eau , la terre , les arbres , les bestiaux , les astres , la lune , le soleil , et tous les biens qui viennent d'une racine pure y d'un fruit pur. Ensuite Péetiâreh (surnom d' Ahriman qui veut dire Source de maux et de la mort^) courut sur leurs pensées; il renversa leurs dispositions , et leur dit : C'est Ahriman qui a donné l'eau , la terre , les arbres , les animaux et tout ce qui a été nommé ci-dessus. Ce fut ainsi qu'aie commencement Ahriman les trompa sur ce qui regardait les Dews : et jusqu'à la fin ce

(i) yetididad Sodé, ^ Zend-Awila, tom. 1. part. 2. p. 170. (2) Jbid. p. S50. (â; Ibid. p. 851. (4) Ibid. p. 377. (5) Tom. 1 . part. 2. p. 264. 362-63.

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crue] D'à cherché qu'à les séduire. En ajoutant foi à ce mensonge, tous les deux devinrent Darvands (Ce mot signifie les esclaves d'Ahriman, les damnés.); et leurs âmes seront dans le Douzakh (séjour des damnés) juâqu au renouvellement des corps. ^

» Le Dew qui ne dit que le mensonge devenu plus hardi, se présenta une seconde fois, et leur apporta des fruits qu'ils mangèrent ; et par là , de cent avantages dont ils jouissaient , il ne leur en resta plusqu'un.^ »

Dans son exposition du système mythologique des Mages, Anquetil Duperron fait observer que, dans leur doctrine, << la régénération de l'humanité déchue doit se faire par le secours d'un médiateur qu'ils appellent Mithraj que Mithra est mitoyen, c'est-à-dire placé entre Ormusd et Ahriman; qu'il combat pour le premier contre le second; — qu'il est encore médiateur entre Ormusd dont il reçoit les ordres et les hommes confiés à ses soins.' ))

«Nous lisons, en effet, dans le Zend-Avesta que Mithra est médiateur; médiateur donné sur l'Albordy (montagne qui s'élève au-dessus de la terre jusqu'à la lumière pre7 mière) ; que c'est lui qui sauve , qui donne le Behescht (le ciel), procure le secours de Raschné-râst (ange donné aux hommes par Mithra et qu'accompagnent dix mille esprits célestes); qu'il secourt contre l'armée cruelle ceux qui le prient en lui offrant la chair des animaux (le sacrifice) , et qu'il élève ses mains vers Ormusd.^ »

(4) Ibid.tora. S. p. 877-78. fSj Ibid. p. 378.

(8) Mémoire* de l'Acad. des Inscriptions et belies-lettres; tom. 6. p. 998-S99, 4j Tom. 4. part. 2. p. 8t. n. 40, et tome 2. p. 817, %\%, 249.

C'est encore dans le Zend-Avesta qu'on dit de la parole d'Ormusd [Honoverj verbum,) « qu elle existait avant tous les êtres; — qu'Ormusd la prononça au commencement, à la création ; que cette parole source de tout et qui veille sur tout, est : Je suis.^ » — Encore une fois, Tunité de ces vérités n'est pas dans le Zend-Avesta , puisque cette parole qui crée et qui veille, ce verbe vivant n'y est pas le mènie que Mithra, et qu'Ormusd y est aussi distingué de la divinité suprême ; mais tous les membres épars du corps de la vérité s'y trouvent : la formation du monde et de l'homme, le bonheur et l'immortalité de celui-ci, la tentation de l'esprit du mal, de l'ancien serpent, la chute de l'homme, son châtiment et son salut par le médiateur et le sacrifice.

Ce n'est pas seulement dans les traditions des Perses que l'ange déchu apparaît comme le serpent tentateur. Les Indiens l'appellent aussi indifféremment ou le prince des démons (Assours) ou le roi des serpents.*

Le Psalmiste a dit : Omnes dii gentium dœmonia : Tout le culte idolàtrique (culte de crainte et de convoitise) s'adresse aux démons. Est-il étonnant après cela qu'on trouve dans les Indes des temples érigés en l'honneur des serpents et surtout du grand serpent Ananta ou Maha- Sécha si fameux dans les fables indiennes et sur lequel repose Fichnou endormi sur les eaux de l'océan?'

Mais le vestige de la tradition primitive du genre humain sur l'intervention de l'ange déchu dans la dégradation

(f ) Tom. 1. part. i. p. 85. n. 4. et 438. — P. UO, k\% 4U, et tome 2. p. 139.

(S) Maurice. BUtoiv dt rindouiian^ tom. 4 . c. 44.

(8) Duboia. MtÊurs el imiUutiùm d$ tindê , tom. 8. p. 486-87.

originelle de Thoinme , se retrouve surtout aux Indes dans la fable du serpent Kalya vaincu par Vishnu ou Vichnou lorsque celui-ci s'est incarné sous la forme de Krishna.

Vichnou ou Vishnu est la seconde personne d'une espèce de trinité indienne y car le Brahmanisme qui règne dans tout l'Hindoustan reconnaît un être souverain, Para- Brahma , qui n'agit que par Tintermédiaire de Brahma , Vichnou et Shiva. Ceux-ci, à leur tour, ne gouvernent le inonde que par une infmité de dieux subalternes. Selon la doctrine des Fédas, les Indiens se représentent Vichnou comme le dieu qui s'incarne pour les sauver, et pour arracher le monde à la puissance des mauvais esprits. Mais cette idée primitive de l'incarnation est aussi altérée chez eux que celle de la Trinité , car Vichnou s'est déjà incarné neuf fois : en poisson , pour sauver les quatre Védas dérobés à Brahma; en tortue, pour soutenir la terre prête à s'abimer dans le fond de la mer ; en sanglier , pour tuer le géant Hirany-Akshana, qui avait caché la terre dans les sept mondes souterrains; puis, en homme-lion, en bramenain , et enfin en homme sous les différents noms de Para- Surana, de Rama, de Krishna et de Boudd/ia.

Cette neuvième incarnation eut lieu dans la personne de Chakia-Mouni fils du roi Kapilavastou , né l'an 622 avant notre ère. On lui donna plus tard le nom de Bouddha , et les Chinois l'appelèrent Fo qu'on ne doit pas confondre avec Fo-hi leur premier législateur. Le Bouddhisme fut une réforme du Brahmanisme tendant à l'abolition des castes. C'est lors qu'il était retiré dans les montagnes du Caucase indien d'où il prit le nom de Bouddha, que le fils du roi Kapilavastou emprunta sa doctrine au magisme de

lis JÉSUS-CHRIST

Zoroastre, mais en y mêlant de monstrueuses erreurs.* Celui-ci , de son côté y avait suivi les traditions de la plus vieille des nations , la Chaldéc. « À portée de consulter les sages chaldéens , dit Anquetil • Duperron dans la vie de Zoroastre , c'est dans leurs écrits qu'il puisa les doctrines sublimes qu'il annonça ensuite à la Perse. » Les Asiatiques ne s*accordent pas sur l'époque où parut Chakia-Mouni. Les uns le font vivre dix siècles, les autres, six siècles avant notre ère. Mais si les Bouddhistes ne sont pas d'accord sur ce point, ils le sont pour faire revivre Bouddha soit dans une idole, soit dans la personne de leurs patriarches ou grands prêtres. Chassé de l'Inde par les Brahmanes au V® siècle après Jésus-Christ , le Bouddhisme règne actuellement dans la Chine et la Mongolie , au Japon , à Ceylan , au Thibet où Bouddha renaît aujourd'hui successivement dans les Grands-Lamas.

L'incarnation de Vichnou en Krishna est aux yeux des Hindous la plus pure et la plus glorieuse de toutes. Le dieu y périt cloué par une flèche sur l'arbre sacré du Sandal.

Il existe sur XmAna une légende indienne très-curieuse, mais postérieure de plusieurs siècles à l'ère chrétienne et dont l'astronome Bendley est parvenu à déterminer l'époque.

La voici avec le résumé qu'a fait le cardinal Wiseman des travaux scientiiiques dont elle ^été l'objet :

« Krishna , l'Apollon indien , est représenté comme un )) Avatar ou incarnation de la Divinité. A sa naissance , » des chœurs de Devatas chantèrent des hymnes à sa » louange, tandis que des bergers entouraient son ber-

DAKs l'histoire. 149

» eeau ; il fallut cacher sa oaissance au tyran Causa , à qui » il avait été prédit que cet enfant causerait sa perte. » L'enfant se'sauva avec ses parents au delà des côtes de j» rYamouni. Pendant quelque temps, il vécut dans Tobs- » curité, puis il commença sa vie publique , et se distingua » par sa valeur et sa bienfaisance; il immolait les tyrans » et protégeait les pauvres; il lavait les pieds des brahmcs )3 et prêchait la doctrine la plus parfaite ; mais à la fin la » puissance de ses ennemis prévalut : il fut , suivant une » tradition, cloué à un arbre par une flèche, et prédit, avant » de mourir, les maux qui arriveraient dans le Cali-Yuga , » au mauvais âge du monde, trente-six ans après sa mort.* »

« Devons-nous être surpris que les ennemis du christianisme se soient emparés de cette légende , comme contenant le texte de notre histoire évangélique? Les noms de Christ et Krishna, corrompu par quelques-uns en Kristna , furent déclarés identiques , et les nombreuses similitudes qui se trouvaient entre leurs histoires furent considérées comme trop clairement définies pour permettre de douter que tous deux ne fussent un seul et même personnage.^ La facilité avec laquelle les premiers explorateurs des lettres indiennes se laissèrent entraîner par leur enthousiasme à attribuer une antiquité extravagante à tout ce qu'ils rencontraient, vint favoriser ces assertions. Sir W. Jones, dont le jugement mérite assurément considération, avait affirmé « que le nom de Krishna et les traits généravx de » son histoire , étaient bien antérieurs à la vie de notre » Sauveur, et probablement au temps d'Homère. » Puis,

(1) Voyez cette légende dans Pattlinus a S. Barthol., Sytiema Brahmanium, -> BÊÏigiona 4t Vantiquité^ de Creuzer , trad. de Guigniaut. t. 4 . p. 205.

(S) KwMt , par Yolney.

i50 JÉSUS-CHRIST

reconnaissant l'imposture de tant de coïncidences accidenr telles dans les deux vies ou les deux histoires , il jugea que les points de ressemblance moins importants*, furent dans les temps plus modernes , ajoutés à la légende première d'après les Evangiles falsifiés.* »

» Maurice reconnaît pareillement l'antiquité de la légende, mais il la considère comme le reste d'une tradition primitive^ concernant la venue future d'un rédempteur qui , en effet , devait être un Avatar ou incarnation de la Divinité.

» C'est à l'examen de l'époque à laquelle vivait ce héros divin que M. Bentley a appliqué ses calculs astronomiques. Il a cherché sans relâche dans les relations qui le concernaient , quelque date qui pût servir de base pour déterminer l'époque de sa vie ; et après avoir trouvé ces relations trop insignifiantes, quoique l'histoire portât que le célèbre astrononie Garga avait assisté à sa naissance et avait décrit l'état des cieux à ce moment solennel, M. Bentley fut assez heureux pour se procurer le Janam-Patra de Krishna, qui contient la position des planètes à la naissance du dieu. Or , d*après la supputation basée sur les tables européennes, réduites au méridien d'Ujein, les cieux ne peuvent avoir offert letat décrit dans le Janam-Patra que le 7 août de l'an 600 de notre ère. M. Bentley conclut que cette légende fut une habile imitation du christianisme , forgée par les brahmes, dans le dessein prémédité d'empêcher les naturels du pays d'embrasser la religion chrétienne qui avait commencé à pénétrer jusqu'aux limites les plus reculées de l'Orient.* »

[i } Wiseman , DUc. tur ht rapports de la science avec la vérité révélée, (2) Ibid.

DAMS l'histoire. 151

La vérilé sur la légende de Krishna ressort tout entière des sentiments réunis de sir W. Jones , de Maurice et de Bentley. Le Krishna des indiens, comme te Mithras des Perses (Nous dirons bientôt comme le Kiunsté des Chinois, rOrus des Egyptiens , l'Apollon et THercule des Grecs.) est une altération incontestable de la grande tradition primitive sur le Désiré des nations , le Sauveur du monde ; et les Brahmes ont eu d'autant plus de facilité à enrichir plus tard par l'imitation de l'Evangile la légende ancienne de Krishna, que celle-ci, par son origine même, s'y prêtait à priori. — C'est , en effet , à l'incarnation de Vishnu en Krishna que les Indiens rapportent (nous l'avons déjà remarqué) la grande victoire sur le fameux serpent Kalya ou Kalinaga , victoire où l'on rencontre le souvenir le plus clair et la plus vive des images de la rédemption promise à l'origine du monde.

Les traditions de la Chine sont en harmonie avec celles de rinde et de la Perse :

« Le philosophe Tchouangsé enseignait , conformément à la doctrine des Kings ou livres sacrés des Chinois , que dans l'état du premier ciel , l'homme était uni au dedans à la souveraine raison , et qu'au dehors il pratiquait toutes les œuvres de justice. Le cœur se réjouissait dans la vérité; il n'y avait en lui aucun mélange de fausseté. Alors les quatre saisons de l'année suivaient un ordre réglé, sans confusion. Rien ne nuisait à l'homme, et l'homme ne nuisait à rien. Une harmonie universelle régnait dans toute la nature. Mais les colonnes du ciel furent rompues; la terre fut ébranlée jusqu'aux fondements. L'homme s'étant révolté contre le ciel , le système de l'univers fut dérangé et l'harmonie générale troublée; les maux et les crimes

io'i JÉStJS-CHIUST

inondèrent la face <ie la terre.* >. — Tous ces maux sont venus , (lit le livre Li-Ki de ce que « Thomme méprisa le souverain empire. 11 voulut disputer du vrai et du faux; et ces disputes bannirent la raison éternelle. 11 regarda ensuite les objets, terrestres , et les aima trop ; de là naquirent les passions. — Voilà la source de tous les crimes, et ce fut pour les punir que le ciel envoya tous les maux.^ »

« Les traditions chinoises font remonter , conime les autres , l'origine du mal à l'instigation d une intelligence supérieure, révoltée contre Dieu et revêtue de la forme du serpent. Selon ces traditions, le dragon superbe, Tchi-Seou fut le premier auteur de la révolte; et on trouve dans les caractères qui écrivent son nom , observe Paravey ,' le sens de femme et de serpent. Il est question dans la même tradition , d un personnage appelé Kough qui offre en chinois la même idée que l'Architecte de tout mal ; et le livre Kouei-Tsang dit. qu'il a le visage d'un homme, et le corps du reptile que Lopi appelle dragon noir.*'»

c( Les livres Li-Ki, dit Ramsay, parlent d'un ternps où tout doit être rétabli dans la première * splendeur par l'arrivée d'un héros nommé Riuntsé , qui signifie Pasteur et Prince à qui ils donnent aussi le nom de très-Saint, de Docteur universel, de Vérité souveraine. — C'est le Mithras des Perses, le Brahma (ou plutôt le Vichnou) des Indiens. — Les livres Chinois parlent même des souffrances et des combats de Kiuntsé. — La source de toutes ces allégories, ajoute le même écrivain est une très-ancienne tradition,

(4) Ramsay, Ditcwirt iur la mythologie, p. U6 à 448. {%) Ibid. p. 449 i 480.

(8) Annaletde Philosophie, iom. 16 p. 353.

(4J A. Nicolas. Etudes philoiophîqwt , tom. 2. c. 4,

commune à toutes les nations, que le Dieu mitoyen , à qui elles donnent toutes le nom de Soter ou Sauveur, ne détruirait les crimes qu en souffrant lui-même beaucoup de maux, »

Nous allons vérifier la justesse de cette observation en parcourant les traditions de l'Egypte et de la Grèce.

Letre caché dans le crime, TAhriman des Perses qui aborda le premier homme et la première femme sous la forme d'une couleuvre est le Typhon des Egyptiens. . Typhon, -comme le dit Plutarque dans son traité d'Isis et d'Osiris, appartient aux «mauvais démons,* natures grandes et puissantes qui sont dans l'air...' Il fit par son envie et malignité plusieurs mauvaises choses , il remplit de maux et de misères la mer et la terre, et puis en fut puni , et la femme et sceur d'Osiris en fait la vengeance, éteignant et amortissant sa race et sa fureur. » — En effet , tt Plutarque expose dans le même traité, qu'un descendant d'Isis , nommé Oriis (C'est le Mithras des Perses , le Vich^ nou des Indiens, les Kiuntsé des Chinois, l'Âpollon des Grecs qui tue de ses flèches le serpent Python.), terrassa Typhon, et cet Orus, observe Plutarque, n est pas celui de la première génération, qu'ils appellent l'ancien Orus, mais rOrus déterminé, défini et parfait, qui ne tua pas* entièrement Typhon , mais lui ôta la force et la puissance. — Typhon fut bien surmonté, mais non pas tué, parce que la déesse qui est dame de la terre , ne voulut pas permettre que sa puissance fut entièrement détruite,

(4j De Ititel Osirit n 2.

(2) Spiritualianeqwiiœ in cmlettibut. (Eph. 6. i%.)

mais seulement la diminua , voulant que le combat demeurât.* »

La foi du genre humain à Tinnocence primitive , à la déchéance et à la rédemption , est empreinte aussi d une manière ineffaçable dans Tàge d'or et 1 âge de fer des poètes , ainsi que dans Tespoir qu'ils ont également chanté du retour du premier âge. Les vers de Virgile et d'Ovide sur ce double sujet sont universellement connus.*

Personne n'ignore non plus la fable grecque de Pandore , première épouse donnée à l'homme par Jupiter.' Pandore est constituée dépositaire d'une boite mystérieuse qu'il lui est défendu d'ouvrir. Elle cède à la tentation de curiosité^ désobéit, et aussitôt tous les maux sortent de la boite pour se répandre sur la terre. Mais au fond reste tespérance!

La mythologie grecque développe la même vérité, si nous osons nous exprimer ainsi , dans la fable de Prométhée, dont M. Auguste Nicolas a fait ressortir la lumineuse harmonie avec la fable égyptienne d'Isis.

« Prométhée, dit-il, cette grande personnification de l'humanité a voulu dérober à la divinité son secret. Aussitôt il en est puni. Attaché à un rocher, il est la proie incessamment rongée par le vautour du mal, le vautour né d'Echidna , monstre moitié femme et moitié serpent.^ Mais

{\) A. Nicolas. Eludet, loc. cit.

De ïtit 9t Otiritj n. 44. — En lisant ces paroles, on croit presque entendre la Genèse : Et ait Dominut ad terpentem : Inimicitiai ponatn inier te et mulierem , et temen tuum et temen iUiui : ipta amteret caput tuum , et tu insidiaOeris calcaneo ejut. (Gen. 8.J — Voyez les Etudes sur le Chrietianitme, loc. cit.

{%} Ovide, yetamorph. 8. — Virgile. Georg. l. 4. — Eglog. 4.

;?) Hf^siode. Theog. v. 510 et suiv. (4) Chompré. Dict. de la Fable,

DANS l'histoire. iS5

au fond de son supplice reste cependant encore l'espérance , l'espérance du libérateur. Prométhée est le premier qui reçut pour épouse une vierge formée par Jupiter. Et cette première femme, qu'était-elle? Chef-d'œuvre funeste, dit Hésiode, fatale merveille, beau mal; car c'était Pandore qui, elle aussi, fut la cause de tous nos maux.* »

Après avoir résumé ce qui reste des trois tragédies d'Eschyle sur Prométhée dérobeur du feu, Prométhée enchaîné y et Prométhée délivré , le même auteur ajoute :

«c La première chose qui frappe dans tonte cette fable dramatique de Prométhée, c'est Tobscurité^ l'incohérence et pour ainsi dire la difformité des parties ; et de là on doit d'abord conclure qu'Eschyle n a pas voulu faire une œuvre d'invention ; il y aurait mis plus d'art , de suite, et de lien. — 11 s est borné à recueillir les restes de quelque tradition dont lui-même n'avait pas la parfaite intelligence, et que nous retrouvons d'ailleurs dans d'autres poètes , notamment dans Hésiode, qui les avait recueillis avant lui. — Mais en prenant la fable de Prométhée dans son ensemble, on en découvre aisément les grandes lignes : Prométhée a voulu se faire 1 égal de Dieu ; il tombe condamné à un affreux supplice, au fond duquel il nourrit cependant l'espérance formelle d'un libérateur. La femme lo partage avec l'homme cette double destinée, et c'est d'elle, et d'elle seule, que doit provenir leur libérateur commun. C'est de la femme rendue féconde par la seule vertu de Dieu ,• que

\\) Hésiod. Théog, V, 549 et suiv.

l (%) «Jupiter, dit Prométhée à lo , Jupiter posera sur ton front sa main caressante, son toucher suffira. Et de toi un fils oaltra dont le nom rappellera l'origine, s [Epaphut. Et^^v signifie toucher légèrement.)

doit venir au monde cet enfant dont le nom indiquera la miraculeuse origine , qui sera ainsi le fils de Dieu el le fils de la femme. Il désarmera la justice de son père irrité contre l'homme,^ et terrassera Tantique ennemi qui fut Tauteur de tous les maux de Prométhée. Cet ennemi tombera de son trône , et les imprécations lancées contre lui au commencement, par le maître du ciel, s'accompliront. »

C'est dans la même tragédie d'Eschyle que Mercure dit à Prométhée :

' ce Ne craie pas qu'un tel supplice doit avoir un terme avant qu^un Dieu s'offre pour te remplacer dans tes souffrances.^ »

Or; voici maintenant le rapport frappant de la fable ^g;yptienne d'Isis avec la fable grecque de Prométhée :

<c La Mythologie faisait venir le vautour attaché au foie de prométhée, de Typhon et d'Echidna. Et dans le Dictionnaire de la Fable nous lisons : « Echidna, monstre » moitié femme et moitié serpent. »

» Dans le même dictionnaire, au mot lo, nous lisons aussi :

« lo ou IsiSy fille dlnachus; les Egyptiens lui dres- » sèrcnt des autels , et lui offraient des sacrifices sous le » nom dlsis. — Assez souvent on la trouve dans les

(1) Dans un vers conservé par Plularque de la troisième tragédie d'Eschyle sur Prométhée délivré , ce fils de Dieu est appelé : Ce cher fils d'un père ennemi (Plutarquc, Vie de Pompée.) , et dans la deuxième tragédie d'Eschyle , il est dit de co fils qu'il sera plut fort que ton père,

(2) Cela fait penser à cette parole de saint Paul : « Il a aboli lo décret de notre condamnai ion en l'attachant h la Croix. » (Col. 2. H.}

DAMS l'histoire. 157

» anciens monaments avec un enfant qu'elle tient sur ses » genoux y ou à qui elle présente la mamelle. Dans d'autres D figures^ elle est toute couverte de mamelles. »

n lo y compagne des malheurs de Prométhée, et de laquelle doit descendre le libérateur, est donc la même qulsis ; et celle-ci , qu'est-elle ?

» Isià toute couverte de mamelles est la nourrice universelle, la mère du genre humain , femme et sœur d'Osiris , comme Eve était femme et sœur d'Adam,

» Par ses rapports mauvais avec le serpent Typhon , qui mit tout en combustion et remplit de maux la terre et les mers , elle devient la mère de nos douleurs sous le nom d'Echidna, monstre moitié femme et moitié serpent, qui donna le jour au vautour rongeur de Prométhée.

» Mais comme elle a été la cause de nos misères , elle doit devenir la source de notre réhabilitation : d'elle doit sortir, à travers plusieurs générations, le libérateur de l'humanité , de Prométhée ; et d'elle seule , de sa semence virginale,* car elle deviendra mère par l'effet d'une miraculeuse et divine conception ; de là yient qu'on la représente dans les anciens monuments mythologiques avec un enfant qu'elle tient sur ses genoux , ou qu'elle nourrit de son lait.

» Cet enfant (Epaphus ou Orus) fils de la femme et libérateur de Prométhée , c'est-à-dire toujours de l'humanité

(I) Les Gaulois, nos ancêtres, adoraient la déesse Isis ou la Vierge de laquelle un 61s était attendu. Cest ce que coostale Elias Schedius dans son ouvrage De Diit Germanii , c. IS. — Ce fait a été confirmé par la ddcouvcrto qui a éié faite en 1833 h Châlons-sur-Marne , sur remplacement d*un temple païen , de l'inscription suivante : Virgini Pariturœ Druides.

158 JÉSUSHIHRIST

(car rhumanité» selon Hésiode, a été solidaire de la faute et da malheur de Prométhée) , cet enfant libérateur, dis-je , sera en mémç temps Dieu et fils de Dieu. Il sera ce Dieu qui mettra fin au supplice de l'homme en s'oiïrant pour succéder à ses souffrances; divin médiateur, il désarmera la justice de son Père irrité contre l'homme , qui , dans sa reconnaissance, pourra l'appeler le cher fils d'un Père ennemi.

» Voilà comment, sans rien changer, nous retrouvons mot à mot dans le chaos de la fable , et nous reconstruisons pièce à pièce le corps entier de la vérité.^ »

Mais, encore une fois, c'est parce que nous sommes en présence de ce corps vivant, qu'il nous est possible de rétablir, avec ses membres déchirés par la fable, cette unité complète où quatre personnages presque identiques représentent les diverses faces de la même vérité, où Pandore, lo , Isis et Echidna figurent les différents caractères de la femme qui fut tout à la fois 1 épouse du premier homme, la compagne de ses malheurs, la mère du genre humain, la source de nos maux , et dans sa postérité, dans la seconde Eve, la source de notre délivrance.

Ce n'est pas tout : TAhriman des Perses , le Kough des Chinois, le grand Serpent des Indiens, le Typhon de^ Egyptiens, le Python des Grecs, l'Âté d'Homère,^ appa-

(f ) Etudet phU, eur U Christ. 1. S. c 4.

(SJ « Une divinité se Jouo des aveugtes humains ; elle les accable Pan par Tautre; errant au sein des ténèbres , elle marche sur nos tètes, et sème dans l'univers le malheur et Toutrage. Jadis elle offensa Jupiter , qu'on dit être fort au-destut des hommes et de$ diêuw. Soudain Jupiter saisit Até par sa brillante chevelure , et d'une main vigoureuse la précipita des cieui. » (liiad. chant 4 9.}— C'est là, il faul

DAMS l'histoire. 159

r^it aussi dans les traditions des Japonais , des Scandinaves , des Scytes et des Américains.

c< Au Japon y la tradition nous représente le serpent ligué contre le Créateur ; et quand on y veut peindre la création , • on emploie la figure d un gros arbre autour duquel se roule un énorme serpent.* »

« Les Scandinaves personniHent le terrible (ils de Locke, le principe du mal , sous la forme d'un serpent qui enveloppe te monde et le pénètre de son venin.* »

« Les anciens Scytes, enfin, d'après les pères de l'histoire profane, se disaient descendre d'une femme serpent.' »

Il faut avouer après cela, que si l'institution de la semaine, ce souvenir universel de l'histoire de la création , tourmentait à bon droit l'incrédulité aveugle et obstinée de Diderot , les traditions du monde sur la chute originelle et la rédemption doivent irriter à plus forte raison les esprits qui ne veulent ni croire ni entendre ce qui les gène. Echapperont-ils du moins à la grande voix de tous les peuples et de tous les temps en se réfugiant dans le nouveau monde? Trouveront-ils là des croyances indépendantes des traditions de l'ancien?

Alexandre de Humboldt va leur ôter cette dernière espérance :

le reconnaître , an écho très-clair de la tradition primitive sur la chute des Anges que l'Ecriture appelle ht dieux des nations, et ailleurs : Aëreat polettatet^ potutatei tenebrarum.

(ij Noël. Cosmog. Japon. (2J Kdda. Introd. à rhitt du Dan$m,, par Mallct.

(3) Hérodote et Diodore de Sicile.

Les anciens Mexicains vénéraient la « célèbre femme au serpent, Cihtmcohualt y appelée aussi Quilaztli ou Tonacacihua, la mère de notre chair : elle est la compagne de Tonacateuctli. Ils la regardaient comme la mère du genre humain, et après le dieu du paradis céleste, Ometeuctli, elle occupait le premier rang parmi les divinités d'Anahuac : On la voit toujours représentée en rapport avec un grand serpent. — D'autres peintures nous offrent une couleuvre panachée, mise en pièces par le grand esprit Tezcatlipoca , ou par le soleil personnifié, le dieu Tonatiuh. Ces allégories rappellent d'anciennes traditions de l'Asie. On croit voir daiis la femme au serpent des Aztèques (anciens Mexicains), l'Eve des peuples sémitiques; dans la couleuvre mise en pièces, le fameux serpent Kalya ou Kalinaga, vaincu par Vishnu, lorsqu'il a pris la forme de Krishna. Le Tonatiuh des Mexicains parait aussi être identique avec le Krishna des Hindoux chanté dans le Bhagavata-Pourana , et avec le Mithra des Perses.

» Derrière le serpent , qui parait parler à la déesse Cihuacohualt (la mère du genre humain) , se trouvent deux figures nues; elles sont de couleurs différentes et paraissent dans l'attitude de se battre. La femme au serpent était regardéeau Mexique comme mère de deux enfants jumeaux : ces figures nues sont peut-être les enfants de Cihuacohualt; elles rappellent le Caïn et l'Abel des traditions hébraïques.

» La cosmogonie des Mexicains , leurs traditions sur la mère des hommes , déchue de son premier état de bonheur et d'innocence; l'idée d'une grande inondation , dans laquelle une seule famille s'est échappée sur un f'adeau; l'histoire

DAMS l'histoire. 161

d'an édifice pyramidal élevé par Toi^ueil des hommes et détrait par la colère des dieux ; les cérémonies d'ablution pratiquées à latiaissance des enfants; ces idoles faites avec de la farine de maïs (pétrie avec du sang) et distribuées en parcelles au peuple rassemblé dans Tenceinte des te.mples ; ces déclarations de péchés faites par les pénitents,... » tout cela, selon Alexandre de Humboldt, s'explique soit « par les traditions venues de TAsie occidentale; habitée par les peuples de race sémitique , soit par les mêmes iraditions, d'une haute et vénérable antiquité venues aux Américains par les Indes ou par le plateau oriental de la Tartane.^ »

L'usage des sacrifices sanglants existait en Amérique comme dans le reste de l'univers , mais (i une prophétie ancienne, dit le même écrivain , faisait espérer à ce peuple , une réforme bienfaisante dans les cérémonies religieuses : cette propljétie portait que Centeotl qui est identique avec la Chri ou Lakchmi des Hindoux , et que les Aztèques de même que les Arcadiens , désignaient sous le nom de la grande déesse, ou Déesse primitive (Tzinteotl) , triompherait à la fin de la férocité des autres dieux, et que les sa^^ifices humains feraient place à l'offrande innocente des prémices des moissons.' »

Les mêmes traditions sur la chute et la rédemption , se trouvent enfin chez les peuples du Nord qui inondèrent l'Europe au commencement de l'ère chrétienne.

(X Dans la mythologie gigantesque et fantastique de ces peuples, rassemblée sous le nom d'Edda, il est une prophé-

(1> Fw dêê CùrdiUères, p. 88, 84, 86. (S). Ibid. p. 97 eM34.

tieque M. Ampère a appelé avec raison l'Apoealypse du Nord, dit M. Auguste Nicolas, mais à travers les obscurités de laquelle on distingue clairement ces grands traits : un combat final entre les dieux et les hommes ; dans ce combat, Thor, le premier-né des enfants d'Odin et le plus vaillant des dieux , livre un combat particulier au grand serpent (Midgar) ; Thor terrasse le grand serpent, mais il laisse lui-même la vie dans la victoire; — puis, tout est consommé ; le maître souverain met fin aux désordres , et établit les sacrés destins qui dureront toujours.^ »

N avons-nous pas eu raison de dire que Tuniformîté des traditions universelles sur la déchéance et la délivrance du genre humain , et surtout sur certaines circonstances de Tune et de l'autre, révélait avec éclat l'existence dune source commune.

Nous plaignons sincèrement les esprits assez troublés pour demander encore la preuve de cette communauté d'origine.^ Evidemment, au lieu de leur répondre, il vaut mieux attendre qu'ils s'éveillent. Voici cependant ce que nous avons pu recueillir de leurs rêves.

ce Les religions , disent-ils , sont comme les langues^ des symboles créés par les instincts du genre humain dans la période de sa spontanéité. » — Spontanéité collective ou spontanéité des races. — « Ce sont des idées écloses au fond de la conscience des peuples ; comme toutes les œuvres de la nature, elles cachent leur origine dans de mystérieuses

(4 J Riambourg. Rationalisme et tradition,

(2) Nous nous sommes borné ici aux traditions qui ont directement trait à notre sujet. Nous aurons plus loin l'occasion de donner des nouvelles preuves de Tuoité primitive des traditions universelles.

DANS l'histoire. i63

profondeurs. — Ce sont des créations spontanées de Thumanité , des miracles psycologiques , antérieurs à Thistoire...*» *

Nous citons textuellement cette phraséologie germanique récemment adoptée par des sophistes français. Elle fait penser à ces médecins embarrassés en présence de maladies inconnues y et qui couvrent leur ignorance de formules techniques et superbes. Nous voulons bien qu'il y ait eu pour les sociétés comme pour Thomme , un âge où la poésie domine , où la spontanéité est plus forte que la réflexion , quoique la spontanéité et la réflexion, la poésie et la philosophie soient de tous les âges du monde. Moïse historien et législateur n'est-il pas plus ancien qu'Homère , et la spontanéité poétique du Dante n'est-elle pas plus récente que la réflexion philosophique de saint Thomas d'Àquin?. Mais sans insister sur ce point , nous reconnaissons volontiers que le caractère dominant des peuples jeunes est la spontanéité naïve et poétique. Nous venons nous-même de constater que leur imagination a revêtu de symboles et d'images fabuleuses les vérités traditionnelles et primitives. Mais que la spontanéité des races ait produit seule, parmi une infinité de fables incohérentes, cette prodigieuse uniformixé de faits et de croyances qui , dans leurs mystérieux détails, n'ont aucun rapport nécessaire avec la nature humaine, ou, comme ils le disent, avec l'instinct de l'humanité, comment le croire jamais?

(1) Voyez dans la Btvuê dtt deux Mondes , septembre 4857 : De THietoire dee idéee religieueee en Allemagne et en France am 49* eiicle. — I/auteur analyse les systèmes de rAItemagne importés en France par divers écrivains et en particulier par M. Ernest Renan. — Noua avons vérifié Texactitude de cette analyse en lisant les Etudee de M. Renan , dont nous donnerons des extraits è la fin de cet ouvrage.

i64 JÉSUS-CHRIST

Qui , de bonne foi , attribuera à la spontanéité des races diverses, les articles du symbole suivant : Le mal.est entré dans le monde par la curiosité , lorgueil et la désobéissance ; la femme a été trompée la première par le serpent séducteur ou le mauvais esprit; le premier homme, le chef du genre humain entraîné par elle a entraîné avec lui l'humanité tout entière dans sa chute; la nature humaine est châtiée et doit chercher l'expiation par les sacrifices dans l'attente d'un grand libérateur et d'une grande victime ; — que ce soit là , disons-nous , l'œuvre doctrinale de la spontanéité des différents peuples , et que la Chaldée, la Perse , rinde, la Chine, TEgypte, la Grèce, Rome, la Gaule, la Scandinavie, l'Amérique, aient créé, chacune de leur côté , par l'inspiration spontanée de la nature , ce symbole uniforme jusque dans ses plus surprenantes particularités, c'est une absurdité trop forte pour l'intelligence humaine , quand celle-ci n'est pas obscurcie par une érudition indigeste , ou enflée par l'orgueil de la demi-science.

La vcaie science donne ici la main au bop sens ^ et répète ce que le célèbre Cuvier disait des traditions universelles relatives à l'époque «du commencement des sociétés après le déluge : Il est impossible qu'un simple hazard donne un résultat universel, . . et que les idées des peuples s'accordent sur ce point, si elles n'avaient pa>s la vérité pour base.^

(1) Cuvier dit de la certitude du fait du déluge : ■ C'est un des résultats à la fois les mieux prouvés et les moins attendus de la saine géologie ; résultat d'autant plus précieux qu'il lie d'une chaîne non interrompue Thistoire naturelle et l'histoire civile. » {DUc. »ur let révol. du glob$.)

Le même savant dit aussi , en parlât de l'époque de l'origine des sociétés après le déluge t a Est-il possible que ce soit un simple hasard qui donne un résultat oussi frappant , et qui fasse remonter h peu près à quarante siècles (vingt et quelques siècles avant Jésus-Christ) l'origine traditionnelle des monarchies assyrienne,

DANS l'histoire. 165

Il est plus évidemment impossible encore que ces idées se soient accordées par une spontanéité quelconque sur les points précis que nous venons de constater.

Voilà le langage de la science véritable. Voici celui de la science qui enfle :

« Les Hébreux attendaient tantôt un conquérant et tantôt un être indéfinissable, heureux et malheureux; ils l'attendent encore. — L'oracle de Delphes , comme on le voit dans Plutarque, était dépositaire d'une ancienne et secrète prophétie sur la future naissance d'un fils d'Apollon qui amènerait le règne de la justice ; et tout le paganisme grec et égyptien avait une multitude d'oracles qu'il ne comprenait pas, mais qui tous décelaient de même cette chimère universelle. — Les autres nations de la terre n'ont pas moins donné dans ces étranges visions. Les Chinois attendent un Phelo , lès Japonais -un Peyrum et un Combadoxi, les Siamois un Sommona-Codom. Tous les Américains l'attendaient du côté de l'Orient, qu'on pourrait appeler le pôle de l'espérance de toutes les nations...* »

C^\Xt étrange et hautaine vision de Boulanger sur la chimère universelle de l'humanité, rappelle ce mot que nous avons déjà cité du comte de Maistre à propos d'un morceau aussi vide de Hume : « L'un dès caractères les plus frappants de l'impiété , c'est le mépris de l'homme. Fille de l'orgueil , mère de l'orgueil , toujours ivre d'orgueil , et ne respirant que l'orgueil , l'impiété ne cesse cependant d'ou-

îndienne et chinoise? Les idées des peuples qui ont si peu de rapport ensemble, dont la langue et les lois n'ont rien de commun , s'accorderaient- elles sur ce point si elles n'avaient la vérité pour ba»e ? » (Ibid.)

(I) Boulanger. Antiquité déwilét.

i66 JÉSUS-CHRIST

trager la nature humaine, de la décourager , de la dégrader; d envisager tout ce que Tbomme a jamais fait et pensé, de la manière la plus humiliante pour lui, la plus propre à l'avilir et à le désespérer.* »

Ce n'est pas ainsi que la sagesse antique, dans ses plus illustres organes , traitait les traditions du monde. — Zoroastre, Confucius, Socrate, Platon, c'est-à-dire les philosophes les plus justement célèbres de l'Orient el de la Grèce, s'en faisaient, au contraire, les respectueux échos :

Nous lisons dans YInvariable milieu traduit par Àbel Rémusat:

« Le ministre Phi consulta Confucius, et lui dit : 0 maître, n'êtes-vous pas un saint? — Il répondit: Quelque effort que je fasse, ma mémoire ne me rappelle personne qui soit digne de ce nom. — Mais , reprit le ministre , les trois Rois n'ont-ils pas été des saints ? — Les trois Rois , répondit Confucius , doués d'une excellente bonté , ont été remplis d'une prudence éclairée et d'une force invincible. Mais moi, Khiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints. — Le ministre reprit : Les cinq Seigneurs n'ont-ils pas été des saints? — Les cinq Seigneurs, dit Confucius, doués d'une excellente bonté ont fait usage d'une charité divine et d'une justice inaltérable. Mais moi, Khiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints? — Le ministre lui demanda encore: Les trois Augustes n'ont-ils pas été des saints? — Les trois Augustes, répondit Confucius, ont pu faire usage de leur temps. Mais moi, Khiéou, j'ignore s'ils ont été des saints. — Le ministre , saisi de surprise , lui dit enfin :

(< ) De Maisti e. Eclaircitt. tur Ut 9acri/icet. ^

DANS l'histoire. 167

S'il en est ainsi , quel est donc celui que Von peut appeler sainte — Confucius , ému , répondit à celte question : — Moi y Khiéou, j'ai entendu dire que dans les contrées occidentales,^ il y aurait un saint qui , sans exercer aucun acte de gouvernement, préviendrait les troubles; qui, sans parler , inspirerait une foi spontanée ; qui , sans exécuter de changement, produirait naturellement un océan d'oÀilions méritoires. Aucun homme ne saurait dire son nom; mais moi, Khièou, j'ai entendu dire que c'était là le

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