‹ Le Christ et les antechrists dans les Écritures, l'histoire et la conscienceChapitre 9 sur 34 · VÉRITABLE SAINT · texte numérisé non relu

VÉRITABLE SAINT

M. Abel Rémusat nous apprend où se trouve cette parole de Confucius sur le saint qui devait venir de l'Occident: « Elle ne se trouve ni dans les Kings, ni dans les Ssé Chou, mais dans des ouvrages originaux , et notamment dans le Ssé wên louï tlisiii, au chapitre 35 ; dans le Chân Thâng Ssé Khao tching tsi, au chapitre premier; et dans le Lieïtseu thsiondn choû.^ »

M. Abel Rémusat fait suivre ces citations de ces paroles un peu mystérieuses : « Je ne ferai aucune réflexion sur ce passage, et j'engagerai seulement le lecteur à le comparer avec celui du Tchoûng-joûng (Y Invariable milieu), chapitre 25. » Or , c'est dans ce chapitre qu'il est dit à deux reprises que le sage attend sans inquiétude le saint qui doit venir à la fin des siècles.^

Nous avons déjà entendu Zoroastre dans le Zerud- Avesta, sur la chute de l'humanité et sur la médiation du dieu-sauveur ; mais écoutons Socrate et Platon :

f 4 ) A l'occident dt la Chine. (% L'IntariabU miU$u , note , p. 4 44 , 1 45.

(dUbid. p. 4<3. (4)Ibid.p. 402.

ce SoGRATE. Le meilleur parti qae dous ayons à prendre, c'est d'attendre patiemment. Oui , il faut attendre que quelqu'un vienne nous instruire de la manière dont nous devons nous comporter envers les dieux et envers les hommes. .

» ÂLGiBiADË. Quand est-ce que viendra ce temps-là ? Et qui est-ce qui nous enseignera ces choses ? car il me semble que j'ai un désir ardent (te connaître ce personnage.

)> SoGRÂTE. Celui dont il s'agit s'intéresse à ce qui nous touche ; mais il le fait , - à mon avis , à la manière dont Homère raconte que Minerve en agit à l'égard de Diomède. Minerve dissipa le brouillard qu'il avait devant les yeux, aûn qu'il pût distinguer les dieux d'avec les hommes. Il est pareillement nécessaire que le brouillard épais qui réside maintenant sur les yeux de votre entendement soit dissipé , afm que vous puissiez dans la suite distinguer au juste le bien d'avec le mal. .

» ÂLGÏBiADE. Qu'il vienne donc , et qu'il dissipe , quand il lui plaira, ces ténèbres. Je suis, quant à moi, tout disposé à faire tout ce qu'il lui plaira de me prescrire.

» SocRATE. Je vous le dis encore. Celui dont nous parlons désire infiniment votre bien:

f> Alcibiade. Ne serait-il donc pas à propos de différer l'offrande des sacrifices jusqu'à ce qu'il vienne ?

» SocRATE. Vous avez raison ; il faudrait mieux prendre ce parti que de courir les risques de ne savoir si en offrant des sacrifices on plaira à Dieu, ou si on ne lui déplaira pas.

DANS l'histoire. i69

» ÂLGiBiADE. Â la bonne heure donc : quand eejour4à sef^a venu, nous ferons nos offrandes à Dieu. J'espère même de sa bonté qu'il n'est pas fort éloigné.^ »

Vous voyez que pas plus que Confucius, Platon ne traite l'attente des nations de chimère universelle, et que , pour être de son siècle , il ne méprise pas tous les siècles comme l'a fait Boulanger, et avec lui Volney qui, dans ses Ruines, confesse ainsi ce qu'il renie : « Les traditions sacrées mythologiques avaient répandu dans toute l'Asie la croyance d'un grand médiateur' qui devait venir, — d'ud juge final, — d'un Sauveur întxxr^ — roi, — Dieu, conquérant et législateur, — qui ramènerait l'âge d'or sur la terre , et délivrerait les hommes de l'empire du mal. »

Voltaire , cet autre contempteur des hommes et des siècles , a dit à son tour :

a C'était , de temps immémorial , une maxime chez les Indiens et les Chinois, que le sage viendrait de l'Occident. L'Europe, au contraire, disait que le sage viendrait de rOrient. — Toutes les nations ont toujours eu besoin d'un sage.* » Rapprochez de cet aveu de Voltaire celui que nous lui avons entendu faire ailleurs : ce De tant de religions différentes , il n'en est aucune qui n'ait eu pour but principal les expiations ; l'homme a toujours senti qu'il avait besoin de clémence ; ' » et vous aurez un frappant exemple delà légèreté des esprits esclaves du mensonge.

. Oui, l'homme a toujours senti qu'il avait besoin de clémence; oui, le genre humain s'est toujours cru coupable;

( i ; Platon . Aicibiade. (2) Addition à VhisL génir, p. 15.

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