‹ Le Christianisme au JaponChapitre 11 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le roi , qui avait un grand sens , iit au Père quanlilé de questions très - subtiles , et lui ajouta que, si sa religion était la véritable , il devait s'attendre que les démons feraient d'étranges eUbrts pour s'opposer à son établissement. Enlin il congédia le serviteur de Dieu avec mille marques de bonté et de distinction , et lui donna un ample pouvoir de prêcher la loi chrétienne dans ses états, ce qu'il rendit authentique peu de jours après par un édit.

Aussitôt les missionnaires , qui par leur application à l'étude de la langue s'étaient mis en état de se faire entendre , parurent dans les places publiques. La nouveauté de ce spectacle et la réputation que les prédicateurs s'étaient déjà acquise par la sainteté de leur vie et par leurs entretiens particuliers leur attirèrent une foule d'auditeurs , à qui ils annoncèrent la parole divine. Il est vrai (pie le mystère d'un Dieu en trois personnes et celui du Verbe incarné et mort sur une croix, furent d'abord d'étranges paradoxes pour nn peuple qui veut tout réduireaux principes d'un bon sens naturel. Quelques-uns , sans vouloir examiner davantage , traitèrent les docteurs de visionnaires , et leur doctrine d'extravagance ; d'autres suspendirent leur jugement, ne pouvant, disaient-ils , se persuader que des hommes d'ailleurs si raisonnables eussent voulu courir tant de risques pour leur venir débiter des fables , et cela sans intérêt. Us se rendirent même plus assidus aux instructions des Pères, et Dieu bénissant leur zèle à chercher la vérité,- ils la trouvèrent et s'y soumirent. Le premier qui demanda le baptême fut un honmie de basse naissance ; le P. Xavier lui donna le nom de Bernard , et ce fervent néophyte quitta tout pour se mettre cà la suite des missionnaires.

Une conversation que le P. Xavier eut avec le tunde ou supérieur des bonzes de Cangoxima servit beaucoup à donner du crédit au christianisme. Le prêtre idolâtre , qui passait pour l'oracle du pays , fut surpris de trouver un homme qui en savait plus que lui, et il ne put s'cm-

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pêcher de publier que personne au monde ne surpassait en science cl en esprit le chef des religieux d'Europe. A l'exemple et sur le témoignage du tunde , qui par excellence avait été surnommé Niingil , c'est-à-dire le cœur de la vérité , tous les bonzes de Cangoxima parurent faire une estime toute particulière du saint ; mais le dérèglement de leurs mœurs les retint dans l'idolâtrie , et parmi tant d'endurcis il n'y eut que deux élus dont la conversion ne laissa pas de faire un grand effet sur le peuple.

Les clioses en étaient là , et le Saint s'attendait à de nouvelles conquêtes , lorsque les bonzes qui venaient de fermer les yeux à la lumière les ouvrirent tout-à-coup sur leurs intérêts temporels : ils firent réflexion que si de bonne heure ils ne s'opposaient au progrès de la nouvelle doctrine , ne recevant [>lus les aumônes qu'on avait accoutumé de leur faire , ils n'auraient plus à la fin de (juoi subsister. Sur cela ils prirent leur parti : on les vit aussitôt courir dans toute la ville pour décrier les missionnaires ; ils n'assistèrent (dus à leurs instructions que pour les tourner en ridicule , et ils en vinrent jusqu'à les maltraiter de paroles. Une conduite si violente ne leur réussit pas ; on comprit aisément quel en était le motif, et on leur en fit de sanglants reproches : on leur remontra que c'était par de solides raisons et non par des injures qu'il fallait combattre leurs adversaires ; enfin on leur fit remarquer que les religieux d'Europe menaient une vie exemplaire , ce qui était un préjugé bien fort en faveur de la doctrine qu'ils annonçaient. Rien n'était efl'eclivement plus dur que la manière dont vivaient les missionnaires , et l'on était même persuadé qu'ils étaient dans le fond encore plus austères qu'ils ne paraissaient.

Les miracles que le P. Xavier fit alors en grand nombre furent encore plus efficaces que tout le reste pour faire taire les bonzes, ou du moins pour rendre inutiles toutes leurs invectives. Le procès de la canonisation du Saint parle d'un pêcheur qui , après avoir long-temps travaillé sans rien prendre , encouragé par l'homme de Dieu , jeta

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