CHAPITRE II
derechef avec confiance ses Olels dans la mer , et les relira si excessivement chargés qu'il lui fallut de l'aide pour en venir à hout : on ajoute que cette côte de Cangoxima, qui jusque-là n'avait pas été fort poissonneuse, le fut toujours depuis plus qu'aucune auh^e de ces mers.
(looO) Une femme avait un enfant qu'une enllure de tout le corps rendait monstrueux ; elle le porta au P. Xavier, ([ui, ayant invoqué sur ce petit innocent le nom du Seigneur, le rendit à sa mère parfaitement guéri et si heau que la pauvre femme en demeura tout interdite. Un des compagnons du Père fit la même chose à U)i lépreux, après lui avoir fait dire , selon l'ordre exprès du Saint , qu'il croyait en Jésus -Christ.
Mais le plus éclatant prodige que fit l'apôtre à Cangoxima fut la résurrection d'une fille unique que la mort venait d'enlever à un homme de condition j cet homme fut frappé de sa perte jusqu'cà faire craindre pour sa vie. Des Chrétiens qui étaient allés pour le consoler, touchés de l'état déplorahle où l'avait réduit sa douleur, lui conseillèrent de s'adresser au grand docteur des Portugais: il le fit, et s'étant allé jeter aux pieds du Saint, il lui demanda, les larmes aux yeux, qu'il lui rendît sa fille. Le Père le trouva tellement attendri qu'il ne put lui répondre un seul mot; il s(; retira même assez hrusquement en jetant un grand soupir, s'enferma avec Fernandez, et tous deux firent à Dieu une de ces courtes prières qui pénètrent les cicux. Le Saint, se sentant exaucé, retourna où il avait laissé le vieillard affiigé, et l'abordant d'un air inspiré, il ne lui dit que ces deux mots : Allez-, mon frère, vos vœux sont accomplis. Celui ci, ne pouvant ajouter foi à ce qu'on lui disait, et ne comprenant rien à toutes ces manières, qui lui paraissaient peu honnêtes, sortit fort mécontent. A peine avait-il fait quelques pas, qu'un de ses domestiques lui cria, en accourant de toutes ses forces, que sa fille était vivante; il ne hit pas long-temps sans la voir elle-même qui venait au-devant de lui. Comme il ne savait encore si ses yeux ne le trompaient point , sa fille l'aborde , se jette à son cou
et le tient étroitement embrassé. L'un et l'autre au même moment demandèrent à être instruits et baptisés.
Tant de merveilles rendirent le saint apôtre cher et respectable aux Japonais. Une chose qui arriva dans le même temps fit connaître jusqu'à quel point le Ciel prenait en main ses intérêts. Lu idolâtre lui ayant un jour parlé insolemment et avec insulte, le Père ne lui répondit que ces deux mots : Mon ami. Dieu vous conserve la bouche, et aussitôt il parut à ce malheureux un chancre sur la langue, qui la lui rongea avec des douleurs et une infection qui le rendirent insupportable à tout le monde. Il y avait lieu de croire que des événements si inouis , et des prodiges dont on ne s'était point encore avisé au Japon de croire les dieux mêmes capables, seraient suivis de la conversion de toute la ville ; les bonzes en jugèrent ainsi , et l'appréhension qu'ils en eurent leur ayant persuadé qu'il n'y avait plus de tenqis à perdre, ils convinrent qu'il fallait aller trouver le roi, l'intimider et , à quelque prix que ce fût, l'engager à abolir une religion qui s'établissait visiblement sur les ruines de leurs sectes. Us choisirent les principaux d'entre eux , lesquels s'étant présentés devant ce prince, celui qui portait la parole lui dit au nom de tous :
« Seigneur, nous venons, de la part d'Amida et de toutes les autres divinités qu'on adore dans cet empire, vous demander si vous êtes résolu d'abandonner leur culte , et de vous rendre adorateur d'un dieu crucifié, dont les ministres sont trois misérables qui , ne trouvant point de quoi vivre aux Indes, sont venus chercher du pain au Japon. Le soin de nos personnes, exposées tous les jours à la rage d'une populace que ces enchanteurs ont séduite , n'est pas ce qui nous fait parler; mais pouvons-nous voir sans douleur les temples profanés, les autels renversés, les dieux déshonorés! Aucun de nous, seigneur, ne s'est encore pu persuader que vous ayez quitté la religion de vos pères , et qu'il vous soit venu seulement à l'esprit que la Chine et le Japon, les deux nations les plus éclairées de l'univers,