‹ Le Christianisme au JaponChapitre 13 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aient été l'espace de tant de siècles dans l'erreur sur la ciiose du monde dans laquelle il est le moins excusable d'errer; mais si vous avez rendu sur cela justice à vos ancêtres, permeltcz-nous de le dire, vous n'en êtes que plus coupable. Vous adorez nos dieux, et vous favorisez une loi qui les dégrade de la divinité! Vous reconnaissez qu'ils ont des foudres en main, et vous protégez des impies qui lèvent contre eux l'étendard de la rébellion ! El <p]e diront les autres rois? que dira l'empereur quand il saura que de votre propre autorité vous avez introduit dans cet empire une loi qui en sape tous les fondements? .Alais que n'entreprendra-t-on pas contre vous! et, animé du zèle de la religion , assisté du secours du Ciel , que n'exécuteral-on pas! Attendez- vous, seigneur, à voir tous vos voisins entrer à main armée dans vos états , et porter partout la désolation ; attendez-vous à voir tous ceux de vos sujets qui n'ont point encore flécbi le genou devant le Dieu des Chrétiens se joindre à nos ennemis , persuadés qu'ils doivent encore plus de fidélité aux dieux tutélaires de la patrie qu'à vous mortel et homme comme eux. Tout est permis dans ces rencontres, et si les rois n'ont de pouvoir que ce (pi'ils en ont reçu des dieux , en privant ces êtres souverains des hommages qui leur sont dus, ils se dépouillent eux-mêmes de cette haute dignité qui les distinguait du reste des hommes. Songez donc, seigneur, à profiter de cet avis que le Ciel vous donne par notre bouche-, ne nous obligez pas à fermer nos temples et à nous retirer avec nos dieux, car alors, n'y ayant plus rien dans le Saxuma qui fût capable d'arrêter la colère divine , nous ne répondrions pas de ce qui arriverait. »

Il faut connaître toute la lierlé des bonzes du Japon , et savoir le crédit qu'ils ont sur l'esprit des peuples, pour se persuader qu'une remontrance aussi insolente et aussi remplie de maximes séditieuses ait été faite à un roi jaloux de son autorité au point que le sont tous les monarques de l'Asie. Celui-ci répondit à ces prêtres séditieux que dans peu ils seraient contents de lui. En effet, quelques jours

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après, il fit publier un édit qui portait défense sous peine de la vie de quitter l'ancienne religion de Tempire.

Il n'est pas possible d'imaginer avec quelle promptitude on déféra partout à cet arrêt; dès qu'il parut, on n'eut plus de commerce avec les missionnaires. Il est vrai que la piété des nouveaux chrétiens consola bien les Pères d'une si soudaine révolution. Parmi ce petit troupeau , qui n'était guères composé que de cent personnes, il n'y eut pas un fidèle qui ne témoignât une reconnaissance profonde d'avoir été choisi préférablement à tant d'autres : c'était une chose admirable que de voir les transports de leur ferveur ; on ne pouvait les entendre sans être attendri jusqu'aux larmes , et sans être étonné de l'abondance de grâces dont le Saint-Esprit avait rempli leurs cœurs. Mais, quoique le P. Xavier fût persuadé qu'ils donneraient tous plutôt mille vies que de renoncer au christianisme, il les assembla plusieurs fois, pour les atîermir dans leurs bons sentiments, en leur expliquant les principaux mystères de la passion de Jésus-Christ ; et avant que de partir de Cangoxima , il recommanda à Paul de Sainte-Foi de veiller à la conservation de cette petite Eglise. Paul, se sentant infiniment honoré d'un si haut ministère , quitta tout pour y vaquer uniquement. Mais Dieu n'avait pas comblé ce fervent néophyte de tant de grâces pour n'en faire (|u'un chrétien ordinaire; les bonzes ne purent souffrir que le départ des missionnaires n'eût ramené au culte des idoles aucun de ceux qui l'avaient abandonné. Ils s'en prirent à Paul de Sainte-Foi , et lui suscitèrent tant de persécutions qu'ils l'obligèrent à se bannir volontairement de son pays. Ce petit triomphe fut pourtant le seul fruit de leurs vexations et de tous les mouvements qu'ils se donnèrent pour pervertir les fidèles; ceux-ci se choisirent un nouveau chef, sous la conduite duquel ils se multiplièrent considérablement, comme nous le verrons dans la suite.

Cependant le P. Xavier se mit en marche au commencement de septembre pour aller trouver le roi de Firando, qu'il présumait devoir être plus favorable. A six lieues de

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Cangoxima, il trouva une forteresse dont l'aspect le frappa; elle appartenait à un tono nommé Ekandono. On appelle tonoii , au Japon , les seigneurs particuliers qui, étant maîtres de quelques places fortes ou de quelques îles, relèvent des rois dans les états desquels leur domaine est enclavé.

Le château dont je parle , quoique d'une grandeur immense , n'était qu'un roc entouré d'eau vive , le plus escarpé et le plus inabordable qu'on ait peut-être jamais vu ; les fossés même , quoique exlraordinairement larges et profonds, avaient été creusés dans la pierre vive. Ces dehors ne promettaient rien que d'affreux ; mais lorsqu'on avait passé un chemin fort étroit qui conduisait à la forteresse, on était tout surpris de trouver un palais également vaste, superbe et délicieux; galeries, portiques, terrasses, jardins, appartements, tout était enchanté, et l'npil , ravi de tant d'ouvrages d'une délicatesse infinie , était presque tenté de croire que tout ce château avait été jeté en moule, ne pouvant se persuader ijue le ciseau eût pu rien faire de si fini. ï^e P. Xavier fut invité à se rendre dans celte forteresse, et il y fut reçu d'une manière qu'il n'avait pas lieu d'espérer. Il profita de cet accueil pour prêcher la parole de Dieu ; tous les domestiques du palais et les soldats de la garnison étaient accourus pour le voir, car on savait les merveilles qu'il avait opérées a Cangoxima. Le Saint parla avec tant de force , et Dieu donna tant d'efficace à ses paroles, que le même jour il baptisa dix-sept personnes qu'il trouva suffisamment disposées. La plupart des autres auraient suivi cet exemple, si le tono, qui craignit qu'on ne lui fît une affaire du roi de Saxuma , dont il était vassal, ne s'y fût opposé; mais, comme lui-mèm(! était convaincu de toutes les vérités qu'on lui avait annoncées, il voulut bien que sa femme et son tils fussent baptisés en secret. F.e serviteur de Dieu demeura dans celte forteresse autant de temps qu'il lui en fallut pour former celte nouvelle chrétii'uté ; il la recommanda ensuite à l'intendant de la maison d'Ekandono,

vieillard d'une prudence et d'une vertu au-dessus du commun; il lui laissa une copie de son catéctiisme, qu'il avait mis en japonais à Cangoxima , régla toutes les pratiques de piété qu'il crut conveuir à ses néophytes, et jusqu'aux exercices de pénitence, auxquels il trouvait les Japonais fort portés ; il donua même sa discipline à l'intendant , afin que l'on en fît de semblables, et à la dame du château un petit livre, où il avait écrit de sa maiu quelques prières. Dans la suilc la discipline, le catéchisme et le livre de prières furent les iustruments de hien des miracles. Ekandouo et sa femme éprouvèrent la vertu de ces saintes reliques dans des maladies mortelles, et même au milieu des convulsions de la mort, l'un et l'autre ayant été subitement guéris dès qu'on leur eut fait toucher au tono le livre et à la dame la discipline. Enfin le P. Xavier et ses compagnons continuèrent leur route vers Firando,on ils arrivèrent en peu de jours.

Le roi lui fit mille amitiés, et lui donna plein pouvoir de prêcher Jésus-Christ dans ses états. Aussitôt les missionnaires commencèrent leurs prédications, elle succès, dès les premiers jours, ayant surpassé leur attente , le P. Xavier conçut que si la faveur d'un roi particulier pouvait tante pour la conversion de ces peuples , ce serait encore tout autre chose si l'on avait la protection de l'empereur ; il ne lui en fallut pas davantage pour le déterminer au voyage de Méaco , capitale de l'empire et séjour de l'empereur. 11 laissa donc à Firando le P. Torrez, et, accompagné de Fernandez et de deux chrétiens, Bernard et Matthieu, qu'il avait amenés de Cangoxima, il se mit en marche sur la fin d'octobre; il gagna par mer Facata, capitale du royaume de Chicugen ; et après avoir marché quelque temps, il se rembarqua pour Amanguchi. Cette ville, capitale du royaume de ^^augato, était une des villes les plus grandes, les plus peuplées, les plus liches , et, par ime suite presque nécessaire , une des [dus dé'réglées du Japon ; on y comptait vingt mille familles, et ce qui la rendait si considérable c'était son commerce, la fertilité de

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