‹ Le Christianisme au JaponChapitre 15 sur 108 · CHAPITRE II. rir · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. rir

ne les eiTipêcherait d'égorger leur ennemi; mais le roi, averti de leur dessein, mit si hon ordre à tout, que personne n'osa remuer.

Ce stratagème, qui fut employé pour les mêmes raisons par les bonzes d'Amanguchi , eut des suites bien plus funestes. Le P. de Torrez ne donnant pas moins d'alarmes h ces faux pnMres que \() P. Xavier en donnait à leurs confrères de Funai, ils tentèrent d'abord, pour le confondre ou pour le perdre, la voie de la dispute , des calomnies el des remontrances. Voyant que tout cela était inutile , et que le roi, qui ne voulait [)oint d'éclat, se coulenlail de l'aire; mauvais visage aux Cbréliens, ils engagèrent un seigneur mécontent de la cour à prendre les armes. Celui-ci, trouvant une belle occasion de colorer sa révolte du prétexte de la religion, lève des troupes, et vient brusciuemeut fondre siu' Amangucbi. Le roi, pris au dépoiu'vu, et croyant mal-à-propos tout désespéré , s'enferma dans son palais; ordonna qu'on y mît le feu , poignarda de .<;a propre main son fils unique, et se fendit lui-même le ventre. Tel fut le déplorable sort d'Oxindouo, qui, ayant voulu se ménager entre les Cbréliens et les bonzes, s'attira la colère divine, et fut la malbeureuse victime de la fureur de ces prêtres séditieux. Cependant les rebelles, ne trouvant nulle part aucune résistance, firent main basse sur tout ce qui se rencontra, et mirent le feu à plusieurs quartiers de la ville; ce qu'il y eut de surprenant, et ce qu'on ne saurait guère attribuer qu'à un miracle, c'est qu'aucun cbrétien ne périt dans ce carnage , et ([ue le P. de Torrez et Jean Fernande/, qu'on cbercbait partout pour les immolera la bainc de bonzes, trouvèrent un asile cbez leurs ennemis mêmes. Ce fut par la proctection d'une princesse que les bonzes avaient un fort grand intérêt à ménager; elle les rendit responsables de ce qui arriverait de fàcbeux aux deux missionnaires , qu'elle honorait, toute païenne (pi'elle était, et obligea ainsi ces riiligieuv idolâtres à être eux-mêmes les gardiens de ceux contre qui ils avaient excité cette sédition. Fnfin Tovage cessa comme il avait commencé,; les conjurés dispa-

of) LE CHRISÏIANÏSMK AT JAPON.

rurenl sans qu'on ait bien su ni ce qui les avait déterminés ni ce qu'ils étaient devenus.

La paix étant rétablie dans la naissante Eglise, le P. Xavier ne songea plus qu'à faire son voyage aux Indes, d'où il devait ramener de nouveaux ouvriers évangéliques. Le jour fixé pour son départ, il alla prendre congé du roi. Dans cette audience, il se passa un événement qui eut de grandes suites et qui retarda encore rembar(iuen)ent du Saint. A peine était-il entré chez le roi , qu'on vint avertir que Fucharandono demandait une audience en présence du docleiu- européen. Cet homme était le plus fameux bonze de tout le pays; après avoir professé trente ans la théologie japonaise , il était parvenu à être regardé comme un oracle, et ses décisions passaient pour des vérités incontestables. Les bonz(^s de Funai lui avaient mandé les progrès du christianisme et le danger qu'il y avait que celte religion étrangère prît entièrement le dessus : qu'ils ne voyaient point d'autre remède à un si grand mal que sa profonde érudition; qu'il vînt donc au plus tôt au secours des dieux et de leurs autels. Le docteur, sans se faire beaucoup prier, s'était mis en chemin sur cette lettre , et se flattant d'une victoire cpii lui semblait facile, il se hâta de joindre son adversaire , qu'il apprit être sur le point de s'embarquer.

Le roi, au nom de Fucharandono, parut un peu déconcerté; il vit bien quel était le dessein de ce bonze , et il a depuis avoué que, quelque idée qu'il eût du P. Xavier, il avait appréhendé de le commettre avec un honnne qu'il croyait invincible. Le serviteur de Dieu s'aperçut de l'embarras du prince, en devina la cause, et fit instance pour qu'on fît entrer le bonze; le roi, rassuré parla résolution que faisait paraître le Saint, consentit à ce qu'il souhaitait , et Fucharandono, introduit dans la chambre du prince, après lui avoir rendu sesdevoirs, prit sans façon et d'tm air fort suffisant la place que le P. Xavier lui céda par modestie ; il regarda ensuite fixement son adversaire, et lui demanda s'il le reconnaissait. Le serviteur de Dieu répondit (pi'il ne ge souvenait pas de l'avoir jamais vu, Alors Fucharandono

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faisant Vétonné : « Cela est-il possible ! lui dit-il ; tu ne te souviens pns qu'il y a mille cinq cents ans nous trafiquions ensf^niMe à Frénniania ? .lo vois birn, ajonta-(-il d'un Ion nioqiioiir et rogardanl rafsemhlt'e avt^c un air triomphant , jn vois hiin qu*^ j'aurai bon marché de ci t homme-là. w Le Saint s'aperçut aisément que le bonze croyait à la transmigration d«'S âmes. Pour le tirer de ses principes d'une manière qui lût à la imrlt'c dt; son aiidiloire, il liù rappela d'abord dans Tcspril ce qui était constant au Japon; c'eslà-dire qu'on comptait à peine mille ans depuis la fondation <ie la mouarcbie, el surtout que Frénoiarua , il n'y avait que neuf cents ans, n'élait qu'un désert.

Le bon/e ne se lira point de là, et, comme pour cacher son embarras , il s'était atlaché à prouver que de ne pas se souvenir du passé é-lait iuk punition des dieux pour avoir mal vécu, il ne s'aperçut pas qu'il mettait contre lui le roi et toute la cour , et donnait au Père un grand avantage pour détruire ?on système; aussi le Saint en sul-il profiler. Fucharandono, navançant donc point de ce ccMé-là, fit quantité de qiu'stions (pie la pudeur ne permet pas de rapporter; il espérait par là se rendre favorables les courtisans , (pi'il savait être poiu- la pbqiart plongés dans les plus infâmes di'baïu'bes ; luais ayant éliî trompé dans son attente , il battit fjuclque temps la campagne comme un homme qui se perd , et enfin il s'emporta , de sorte que tout le monde en fut choijué. On l'avertit de faire réflexion que l'étranger sans sortir des bornes de la modération, sans s'échauffer, sans v'wn dire qui ne fiif dans le bon sens, prouvait solidement tout ce qu'il avançait, et donnait à ses objections des réponses qui satisfaisaient; bien loin de profiter (]\\n avis si sage. Fucharandono parla avec tant de hauteur, que le roi le fit chasser.

Il n'en fallait pas tant pour faire entrer en fureur tous les bonzes; ils feiment les temples, ils refusent les offrandes, ils publient que les dieux sont irrités; enfin ils viennent à bout d'émouvoir la populace. Les Portugais , voyant les esprits disposés à un soulèvement général, et ne

riS LK CnRlSTIAMSMK Al" JAPON.

se croyant pas en surelé dans une ville où raulorité dw souverain ne serait plus respectée, rentrèrent dans leur navire et s'éloignèrent de terre ; mais Gama , faisant réflexion que le P. Xavier était resté h Fiuiai , où leur retraite l'exposait à toute la fureur des bonzes , se mit sans perdre de temps dans la chaloupe, et courut chercher le saint homme. Il le trouva dans la maison d'un pauvre catéchumène, où quelques Chrétiens s'étaient assemblés ; l'apôtre les consolait, les animait au martyre, et ne doutant point qu'on ne vînt incessamment pour l'égorger, il bénissait le Ciel de lui avoir enfui accordé ce qui faisait depuis si longtemps l'unique objet de ses vœux, (lama n'omit rien pour l'obliger à cherclier un asile sur sou bord. « V pensez-vous! hii dit le Saint ; quoi! j'abandonnerais mon troupeau à la merci des loups! à Dieu ne plaise (|uo je déshonore ainsi mon ministère, Cl que je doime lieu aux bonzes de se vanler qu'ils m'ont fait céder le chanq) de bataille ! » Gama, touché d'une grandeur d'àme si )>eu commune, se retira sans dire mol, rentra dans son navire, assembla ses ofliciers et ses associés , leur déclara la résolution du P. Xavier, leur ajouta qu'il était dans le dessein de suivre jusqu'au bout la fortune du saint homme; que pour oux ils pouvaient prendre leur parti, qu'il leiu" cédait tout ce qui lui appartenait des effets du navire et le navire même; qu'ils avaient de bons pilotes, et qu'il ne s'était |!oint engagé à les conduire en personne. Il finit en disant qu'il allait mourir avec l'apôtre, ou lui sauver la vie au péril de la sienne. Ce discours , que Gama accom})agua de quelqiu^s larmes , attendrit les Portugais; ils eurent houle de leur hiite préci[)itée , ils rapprochèrent le navire, descendirent à terre, et rentrèrent dans la ville, déterminés à périr j>our la conservation du P. Xavier. On fut siu'pris à Funai de voii- tpie la considération d'un seul houune eût obligé tant de riches marchands à s'exposer à tout plutôt (pie de l'ahandonnei- ; les lîdi'les en furent édifiés, les mutins intimidés. \a) tuniulte cessa, et les bonzes se virent encore une fois réduits â confier leur couse au hasard d'une dispute.

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Ils eurent bien de la peine à en avoir l'agrément du roi , qui ne l'accorda après bien des instances qu'à des rondilions fort dures. La principale était que ce qui serait \uie fois décidé à la pluralité des voix serait regardé comme certain , et qu'on n'y reviendrait pln;^ ; les autres renfertnaient de fort bons règlenienls pour éviter le bruit et uïetlre de l'ordre dans les ([ucsiions et dans les réponses. Le lendemain, de grand malin , ou vint avertir le roi que Fucharandouo paraissait dans la première cour du palais à la tète de tou^ les bonzes de Funai et des environs : les historiens en l'ont mouler le nombre jusqu'à trois mille. Le roi, pour se défaire de gens qui lui semblaient avoir d'autre dessein que de disputer, leur fit remoulrer qu'il n'était ni raisonnable, ni même de leur honneur qu'ils fussent tant de gens contre un sei;l homme; qu'il voulait bien néanmoins que Fucharandono entrât avec trois ou quatre de ses confrères , mais qu'il n'eu souffi irait pas davantage.

La conférence roula d'abord sur l'existence et l'unité d'im Dieu. Le P. Xavier prouva solidement l'un et l'autre-, de là il s'étendit sur les principaux allribuls de la Divinité, sur les mystères de l'incarnation du Verbe et de la rédemption des hommes , et après avoir répondu aux objections qui lui furent faites, il insista fort sur le mérite de la foi et sur la nécessité des bonnes œuvres. C'était pour détruire certaines fables dont les bonzes amusaient les peiqjles , en leur faisant accroire que pour être heureux en l'aulre vie ils n'avaient qu'à emporter avec eux dans le tombeau des lettres de change , qiu; ces imposteurs vendaient fort cher. Comme un des points de leur morale (|u'ils avaient le plus grand soin de bien établir était que les femmes naissaient maudites des dieux , on ne saurait dire ce qu'ils en reliraient par le moyen de ces bilhîts, l'unique ressource, disaient-ils, qui restât au sexe pour éviter les tristes elïets de la malédiction prononcée contre lui. On eu demeura là pour le premier jour. L'homme apostolique fut souvent interrompu par les applaudissements de ses auditeurs, et il parut qu'il leur avait ôlé comme un bandeau devant les yeux. Ils furent tout sur-

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pris d'avoir éfo si ionfrtf^mps 1rs Hiipes do tant d'imposturrs grossières , ri siirloiit d'avoir regardé f^l adorô cnrnire dos difiix des homnips iriorls, aussi faibles et pins vii'ienx que la plupart des autres.

Dans la seconde séance on Iraiîa la question des pauvres, ï.es bonzes prétendirent prouver que la conduite de Dieu à leur égard était une démonstration qu'il les avait maudits. Le Saint réfuta si aisément et d'iuie manière si plausible tout ce raisonnement , en faisant voii- que ce qu'on appelait les biens et les maux de la vie n'étaient ni de véritables biens ni de véritables maux, que ses adversaires furent encore contraints de se rendre. Comme on était près de se retirer, ces faux prêtres, ne pouvant s'accorder entre eux sur im point de doctrine, se querellèrent nssez vivement, et en allaient venir aux mains si on ne les ( ùt l'ait sortir.

Sur le soir, le roi , qui voulait fmir ces conféreuces, alla jirendre le P. Xavier à son logis , et le conduisit au palais parmi les acclamations du peiq)le , après avoir f.tit avertir Fucbarandono de s'y rendre. D'abord tout se pnssa en excuses et en civilités réciproques: le roi fut cbarnu'; de celle conduite des bonzes, et il leur en témoigna de la salisfaclion. Dès quccbacun eut pris .«îa place, un bonze d-jmanda au Père couunenl il accordait le péché originel et la chute des anges avec la bonté infinie , la siq)rème sagesse et la toule-puis- Sîince de Dieu •. « car enfin , dit-il , ou IYhm pré-voyait cp?^ péchés, ou il uc les prévoyait pas : s'il ne les prévoyait pas , ses lumières sont bornées ; s'il les [irévoyait , poiu'quoi n'al-il pas empêché ce qui devait être la causr de lant de maux? » l n aulre , prenant la paroh», demanda jtounpioi Dieu n'avait pas raehelé le nioiide aussilôt après la désobéissance du premier homme , et ce (pTavaient fail ceux («ni éiaient morts avant .lésus-tlhrist pour être husirés d'une rédemption qui a ouvert le ciel à tous leurs descendauls.

Le Père fut surpris sans être embarrassé d<' et s objections ; il savait ce que disent sur cela les Pères et les théologiens , et ce que l'on trouve si souveni répété dans les apologies des anciens défenseurs du chri-tianismc, c'est-à-

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