‹ Le Christianisme au JaponChapitre 17 sur 108 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Saint François Xavier quiltc le Japon el iiicuit dans l'ile de Saucian — Les PP. Bailliazar, Gago . Edouard de Sylva et Pieire d'Âleaeeva arrivent au Japon. — Adniiiable ferveur des Clirétieus japonais. — Conversion éelatante de deu.x: bonzes. — Le F. Louis Aiuiéida. — Chrétienté du Firando. — Conversion de deux princes japonais. — Mort du P. Paul. — Ferveur d'un petit enfant. — Persécution. Générosité d'une femme esclave. — Les Jésuites à Méaco , capitale du Japon. — Conversions. — Sueeès du P. .\lméida. — Belle parole d'un jeune cliiélien. — Le roi Sumitanda reçoit le haplènic et renverse les idoles, — Il instruit lui-même s^s soldats.

Cependant \c P. Xavier, comptant, d'après les succès qu'il venait d'obtenir au Japon, qu'il devait en attendre de plus grands encore à la Chine dont les peuples sont plus policés , et persuadé d'ailleurs que la conversion de cet empire au clirislianisme entraînerait celle du Japon et de toutes les provinces d'Orient , se hâta de terminer les affaires qui l'atnenaient aux Indes, et il se rembarqua sur un bâtiment qui faisait voile vers la Chine. Le vaisseau lut lorcé de s'arrêter vers l'île de Sancian , eu face des côtes de Tetupire. Ce fnt là (pie le Saint, épuisé de fatigues et consumé par une fièvre violente, expira dans une cabane ouverte à tons vents et presque sans aucun secours. Ainsi liiiil ce grand homme, devant qui toute la terre était en silence , pour appliquer à l'apôtre de l'Orient ce que l'Ecriture a dit du conquérant de l'Asie , après avoir étendu l'Eglise romaine plus de six mille lieues au-delà de ses anciennes bornes, el fait entrer dans le troupeau de Jésus-

64 LK CHRISTIANISME Al JAPON.

Christ plus d'infidèles que tous les sectaires de son siècle , si fécond en ces sortes de irsonslres , n'en avaient séparé de fidèles. 11 senibli' qiriinc mort si obscure ne devait pas terminer une vie si éclatante ; mais ceux qui jugeront des choses selon les lumières de la foi trouveront bien de récbit dans cette obscurilé apparente, et avoueront qu'une telle fin était due et convenait au disciple d'un Dieu naissant dans une étable et mourant sur une croix.

Avant de partir de Malaca j)our Saucian , le saint apùtre, voulant tenir parole au roi de Bungo , à ([ui il avait |)ro- )nis des missionnaires, av-dl fait partir pour le Japon le P. Balthazar Cago, lidouard de Sylva cl Pierre dWlcaceva, qui n'étaient pas prêtres. Ils arrivèrent au iviois d'août à Funai. Le P. Cago présenta au roi des lettres et des présents du vice-roi des Indes; et Cixandono, les regaidant comme un efiet de la recounaissancf i!u P. Xavier, y parut très-sensible. Quelques jour.-; après, le^ trois itou\eaux missionnaires firent le voyage d'Amanguchi, à dessein de conférer avec le P. de Torrez , et de prendre tous ensemble des mesures pour agir partout d\\ne manièi'e uniforme. Dès qu'ils furent arrivés, on commença par réunir les plus distingués d'entre les Chrétiens , parce qu'on était bien aise d'avoir leur avis sur tli\ei*ses choses. Après plusieurs conférences, ou régla ipTou s'.dtaeherail a soulager les })auvres de toute la \ille , sans en excepter même les iulidèies; qu'on étabirait des hôpitaux , qu'on eu douiierait la direction , et que l'ou confierait la distribution di's aumônes a ceux des fidèles que leur veitu et leur naissance faisaient plus considérer dans la ville. 11 fallait cela pour ôler aux bonzes un prétexte de publier , coit.nie ils le faisaient déjà, partout, qu'on n'embrassait le christianisme (pi'aiin de s'exempter de leur faire des aumônes. Les Peîes tirent ensuite leurs règlements jiarliculiers ; ils lurent toujours depuis inviola.bleîuent gardés, et l'on ne peut dire combien l'uniformité qu'ils produisirent dans la manière de prêcher l'Evangile contribua aux progrès de la religion.

Ces progrès étaient déjà fort considérables, et jamais

CHAI'ITKE llf. {j'J

surprise ne fui pareille à celle des nouveaux ouvriers , iorsqu'ayaiit un peu pratiqué les Milèlos d'Anianguchi , ils eurent découvert les trésors de grâces dont Dieu avait enricîii cette église naissante ; surtout ils ne revenaient poinf de rétonnenient que Unir causait la vue de ces tiers courtisans , qui , à |»eine régénérés dans les eaux du baplèuie , seuiblaieiil n'avoir jdus d'aulre ambition que de s'abaisser au-dessous des plus pauvres. Tous se portaient a des austérités qu'on a\ait de la peine; à modérer. Les religieux les plus dégagés de la ciîair et du sang ne sont pas plus détachés de leurs proches (pie ces nouveaux chrétiens J'tHiiieiit de leurs parents idolâtres. Les biens étaient en quelque t'açoii connnuns entre eux , et les riches ne se regardaient que comme les économes <les pauvres ; mais ce i|ui marcpuiit plus (pie toute autre chose conibien l'esprit de Dieu léguait d;ms cette chrétienté , c'est (pie l'on y admirait une union, une paix, une charité (pii charmait h s inlidèles même.

Tout étant réglé comme je l'ai dit , le P. de Torrez retint avec lui Ldouard de Sylva et Laurent , ce jernu? Japonais que le P. Xavier avait reçu dans la compagnie. Le P. Cago partit pour Funai avec Fernandez , et Pierre d'Alcaceva l'ut renvoyé aux Indes pour informer les supérieurs du besoin qu'on avait de missionnaires au Japon. 11 est vrai (pie parmi les tidèles japonais la plupart étaient catéchistes , et Dieu donnait tant d(; bénédictions au zèle de ces néophytes , ((u'en 1554 on comptait jusqu'à quinze cents personnes baptisées dans le i(.>vaume d'Arima , où aucun prêtre n'était encore entré ; rien n'était plus ordinaire que de voir des familles entières recevoir tous à la fuis le baptême. Navtondono , gouverneur d'Amanguchi , sélant l'ait chrétiL-n , plus de trois cents personnt,'s , ses alliés ou ses vassaux , suiviiiMil aussit(3t son exemple. Mais rien ne conliibua davantage à la conversion des inlidèles que ce (pii arriva à deux bonzes fort célèbres dans tout l'empire.

Ils étaient venus de Méaco a Amanguchi à dessein de

00 Li: ClllilSTIAMSMI' Al JAI'UN.

voir les docteurs étrangers , dont on parlait déjà dans tout le Japon , et pour s'opposer aux progrès de l'Evangile. Leur réputation attira l'attention de toute la ville , et les premières conférences (ju'ils eiu'ent en public a\ec le P. de Terrez, quoique la vérité y eût triomphé, ne diminuèrent point l'estime (ju'on avait j.our eux ; d'ailleurs la modéralion qu'ils faisaient paraître en toute occasion , leur douceur et leur honnêteté donnaient un grand relief à leur mérite , et les mii^sionnaires n'avaient point encore eu d'adversaires qu'ils dussent tant redouter, ni dont ils souhaitassent plus la conversion. Vu jotu- ([ue \v P. de Torrez prêchait dans une place de la ville , les deux bonzes vinrent à leur ordinaire lui proposer de li-ès-bonnes difficultés. Le Père y répondit de manière (pi'ils n'eurent rien à lépliquer. Après (pioi , conlinnant son discours et ayant cite un passage de saint Paul , un des deux bonzes lui demanda ce que c'était que ce Paul , sur rautorilé duquel il faisait taiit de fonds. Le Père, avant de répondre, raconta en peu de mots toute l'histoire de l'Apôtre des gentils. Il avait à jteine fini , que le bonze prenant la parole : « Ecoutez , Japonais, s'écria-t-il, je suis chrétien, et puisipie j'ai imité Paul persécuteur, je veux l'imiter apôtre. El vous, mon cher compagnon , dit- il en s'adressant à son confrère, suivez mou exemple ; et puisque jusipi'ici nous avons été de société pour condjaltre cette sainte religion , il faut que désormais nous allions ensemble l'annoncer à ceux qui ne la connaissent point. Je prendrai le nom de Paul; prenez, vous , celui de Barnabe , son associé à la publication de la loi sainte. » Disant ces mots , il se jette aux pieds du P. de Torrez; son compagnon en fait de même, et tous deux sont baptisés à l'instant.

Dès qu'ils furent en état de travailler au salut des âmes, ils tinrent la parole qu'ils avaient publiquement donnée. Paul surtout s'étudia tellement à se former sur son saint patron , qu'on peut dire qu'il était comme une copie vivante du docteur des nations. Tout ce que la pénitence a de plus austère n'était pas trop rigoureux pour lui ; sans

Page 1