‹ Le Christianisme au JaponChapitre 19 sur 108 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Leur retraite finie; et le P. Viléla ayant trouvé moyen (le saluer l'empereur , qui lui fit un favorable accueil , il se montra dans la ville le crucifix à la main. La nouveauté de celle nation assembla autour du prédicateur toutes sortes de personnes, ù ipii il annonça le royaume de Dieu. Dès qu'il se vit écoulé avec plaisir, il loua une maison commode , et bientôt il fut visité par les principaux de la ville : les uns y venaient [tar curiosité, les antres pour s'instruire, les bonzes pour embarrasser le docteur étranger ; mais l'homme aposlolicjtie répondit à lout, d'une manière qui charma les uns, satisfit les autres , confondit les bonzes, et lui attira l'estime vA l'admiration de tous, lîientôt dans toute la ville on ne parla plus que de lui, et on en parlait comme d'un homme rare. Les courtisans voulurent le connaître, et quelques-uns, qui ne jugeaient pas à propos de se déclarer encore, le visitèrent pendant la nuit ; mais personne ne demandait le baptême. Lnfin, un gentillKJinme dWmanguchi, nommé Alquirnexa , fut le premier qui donna l'exemple aux autres; il se lit baptiser avec dix de ses amis qu'il avait gagnés à Jésus- Christ : ils finent bientôt suivis de plusieurs autres ; et déjà toute la ville connnençait à s'émouvoir, lorsipie les bonzes parlèrent si haut et dt-erièrenl leileirient les missionnaires, qu'ils vinrent à bout d'arrêter le progrès, et qu'en un mornenl lout Méaco fut changé à l'égard des prédicateurs. On en vint même jnsipi'à les chasser de leur maison , et on le fil d'une manière indigne : on les insulta dans toutes les occasions ; ils ne pouvaient paraître en public sans être traités d'anthropophages, les bonzes ayant assuré qu'on avait trouvé chez eux des restes de chair humaine dont ils faisaient leur nourriture ordinaire.

Enfin la tempête cessa comme par miracle, et quantité de personnes, même de considération , furent baptisés. La faveur de Mioxindono contribua beaucoup à cet heureux changement : ce seigneur était favori de l'empereur ; par son crédit, le Père obtint de la cour des patentes très-favorables à la religion. Llles furent affichées à tous les carrefours, et firent taire les bonzes, dont les plus considérables, ce qu'on

n'avait point encore vu ailleurs , se déclarèrent eux-mêmes chrétiens coiiinie à Tenvi.

(1560) Celui qui fit le plus de hruit fut O'^^nsn, nom fameux dans les relations de ce temps-là : de la manière dont on en parle , c'était encore tout autre chose que le célèbre Fucharandono ; il était regardé comme un prodige de science, passait pour connaîh'e la nature autant qu'un homme la peut connaître; et quant à la religion, il élait parvenu jusqu'à être cru infaillible. Au fond Ouenxu était un de ces sages païens qui connaissent Dieu .sans l'adorer. Sa chambre était parée d'emblèmes, ([iii tous disaient quelcpie chose de moral ; il y en avait im qui parlait clairement d'un Dieu sans commencement et sans tin , et nu autre faisait voir la dépendance où est le cœiu' humain à iégard d'un èlre supérieur qui règle ses mouvemenis. Le docte bonze , dès (ju'il entendit parler du P. Viléla, eut envie de le voir, moins par curiosité que par vanité ; il l'alla donc trouver , et, d'un air de suffisance accompagnée de mépris, lui dit en l'abordant qu'il ne venait pas pour apprendre de lui quelque chose de nouveau, mais qu'il ne serait pas fâché de l'entendre parler de la religion. Le Père, avec cette modestie qu'inspire la vérité , fil ce (pie le bonze souhaitait : à peine eul-il commencé son discours , (jue le Saint-Esprit loucha le cœur du religieux idolâtre, (ri lui éclaira l'esprit. Le missionnaire s'aperçut (pie Qucuxu pâlissait de temps en temps, que son attention devenait plus sérieuse, et (ju'il paraissait frappé des grandes vérités de notre religion. Lncouragé par ce changement, dont il augiiiait bien, il s'étendit tort sur la conformité (pi'oiit les principes du christianisme avec les lumières de la raison , et fit voir combien au contraire les sectes du .hqioii sont opposées au bon sens. Le bonze pendant tout C(! discours était immobile comme un homme interdit ; seulement il poussait de moments à autres i]o profonds soupirs. Lutin le Saint-Lsprit prenant |>ossessiou de son âme, il fallut cpi'il se rendit : Je suis chrélien, s'écriat-il lout-à-coup, je suis chrétien , baptisez-moi. Le P. Viléla, qui avait examiné Queuxu, et qui connaissait son caractère

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