CHAPITRE lit
domeslkiues, qui n'avaient jamais vu do prèlre (pTune seule fois en passant , piati(juer avec ardeur les plus sublimes >ertus, s'adonnera Toraison et à la pénilenee , se retirer le plus souvent qu'il élail possible dans une lorèt voisine, pour ne vaquer pendant plusieurs jours (pi'a Dieu et à eux-mêmes. L'admiration d'une si grande sainteté avait l'ait presque autan! de catéchmnènes qu'il éf;ut resté d'inlidèles dans le château. Almeida les baplisa tous , il tiouinia ensuite pour avoir la conduilc de ce jielit lroiq»eau le (ils aîné du Tono , et il lui associa un jeune lionime en qui il avait remarqué un grand esprit et beaucoup plus encore de ferveur. Ce néophyte a\ail com|K>sé im fort Ixd ouvrage , et qui l'ut d'une grande utilité à toute celte église : c'étail ime histoire sainte depuis la créalion du monde jusipi'à la résurrection du Sauveui'. Les soullrances el les o[>|)robres de la Passion de l'Homme-lJieu y étaient exprimés d'une manière fort touchante. Au reste , les sejilimenls dont il avait rempli son livre n'était qu'une faible e\|tression de ceux de son cœur, et l'on ne pouvait l'entendre parler de Dieu (pi'on ne se sentît embrasé de l'amour divin, l'n jom- Almeida lui demanda ce (pi'il ferait , supposé (pie le prince lui ordonnât d'abjurer le chiistianisme. « Voici , dit-il , ce que je lui répondrais : Seigneur , voulez-vous cpie je vous sois tidèle et que j'aie pour vous loule la soummission (pii convient à uu sujet ? voulez-vous (pu^ je fasse paraître du zèle pour votre .service et qu'aucun intérêt [)arliculier ne me fasse jamais manquer à inon devoir? voulez-vous que je sois doux , modéré, complaisant, que je soutire avec |>atiencc tous les mauvais traitements que l'on me fera ? ordonnez-moi de demeurer chrétien ; il n'y a que d'un chrétien qu'on doive attendre tout cela. »
Almeida lra\aillait lui-même avec ardeur a la conversion d'Lkandono, el il avait l'espoir fondé de réussir, lorsqu'il reçut une lettre du P. de Torrez qui lui mandait de se rendre incessamment à Omura , où se préparaient de nouvelles conquêtes pour la religion chiétieniu-. Sumilanda , |>rince de ce pays, était un des rois les [dus considérés dans le
Japon, tant pour sa valeur que pour sa sagesse et sa politique. Il avait lu par hasard un livre composé par le P. Viléla, qui établissait sans réplique la vérité du christianisme. Celte lecture avait fait une vive impression sur un esprit aussi juste et aussi droit. Sumilanda avait donc fait des ouvertures aux missionnaires, qui s'étaient, comme on le pense bien , empressés d'y répondre.
A peine furent-ils débarqués à Vocoxiura que Sumilanda arriva avec une suite peu nombreuse. Les missionnaires allèrent lui présenter leurs respects; ils furent reçus d'une manière qui les persuada que ce prince était chrétien dans le cœur : il leur témoigna d'abord (ju'il ne voulait point le céder au roi du Bungo en amitié pour eux ; et , parce que Civandono avait accoutumé de manger chez les Pères une fois tous les ans, Sumilanda leur dit que dès le lendemain il voulait leur faire le menu; plaisir. Il y vint eiïcclivement, et avec une faniiliarilé dont on n'avait point encore cru capables les souverains du Japon , il entretint les missionnaires et les officiers portugais, t:onnne il eut fait avec ses plus intimes favoris. Au sortir de table , le prince voulut voir la chapelle qu'on avait dressée en attendant (pie l'église fût bâtie; il y demeura iusipi'au soir à s'instruire des principaux mystères de notre religion , et à proposer ses doutes, l.a nuit approchant, il se relira; mais il revint au bout d'une heure sans autre suite qu'un seigneur chrétien ; il voulut qu'on le reçût dans la ch.apelle , parce qu'il avait été fort touché de la vue d'im tableau de la Vierge qui tenait son lils enlre ses bras. Ils demeurèrent enfermés jusque hien avant dans la nuit, et le prince , pour se rafraîchir de temps en temps la mémoire de ce qu'on avait traité dans celle conversation, en lit sui-le-chanqj un abrégé de sa main.
Le lendemain il envoya au P. de Torrez , ce même, seigneur qui l'avait acconq)agné la veille, pom lui dire de sa part qu'il était chrétien , et qu'il ne lardeiait |>as a en faire une profession publique. En effet, il connneiiça par porter sur ses habits une croix en broderie; il alla en cet écjuipage rendre visite au roi d'Arima, son frère, et lui persuada d'où-
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vrir aux Portugais le poil de Cochinolzu aux mêmes conditions (ju'il leur avait i'ailt's à Vocoxiura. Le roi d'Arima , qui était d'une humeur fort douce et d'un naturel extrèm»'inenl facile, consentit à tout, et le prince d'Omura le tit aussitôt savoir au V. de Torrez , et Almeiila fut envoyé a Arima. Il n'y trouva point le roi , qui faisait la guerre à un de ses voisins, et qui était allé se mettre à la tête de ses troupes. On conseilla au missionnaire de pousser jusqu'au camp; il le lit. Le roi le reçut de la manière la plus obligeante, lui tit expédier tout ce (|ui était nécessaire pour le nou\el établissement, et lui doima [tour Paccompagner un gentilhomme , qu'il chargea de tenir la main a l'exécution de ses ordres.
Dans cette excursion , Almeida prêcha partout la religion chrétienne, et il baptisa un grand nombre d'idolâtres, môme parmi les princes du sang royal. On rapporte qu'étant au moment de partir il conféra le baptême , sur la demande des parents , à une petite fille de trois à quatre mois , qui était sur le point d'expirer. Aussitôt l'enfant, levant au ciel ses petites mains , s'écria d'une voix dictincte : Je m'en vais jouir de Dieu. Lt en disant ces mots elle expira.
L'affaire qui amenait le missionnaire à (lochinotzu réussit au-delà de ses espérances. Cet établissement , qui fut im des plus florissants du Japon, et si utile à la religion, ne coûta presque au missionnaire que la peine du voyage , grâce à la protection du roi d'Arima et à l'officieuse intervention de Sumitanda , son frère.
Celui-ci , victorieux au-dehors et tranquille dans ses étals, attribuait au Dieu des chrétiens sa glorieuse fortune ; il résolut donc de se déclarer enfin publiquement chrétien. Dans ce dessein , il partit pour Vacoxiura avec trente seigneurs que son exemple et ses discours avaient gagnés à Jésus-Christ. Dès cju'il hit arrivé , il envoya dire au P. de Torrez qu'il venait lui demander le baptême pour lui et pour toute sa suite. Le vertueux vieillard était dans sa chapelle ; il pleura de joie' à cette nouvelle , et fut long-temps sans mouvement et sans parole. Etant revenu à lui, il se jeta à
genoux au pied de l'aulel , el fit au Ciel mille vœux pour la prospérité du prince. De là il se rendit au logis de Sinriitanda , et eut avec lui un entrelien (|ui dura depuis le soir jusqu'au lendeniain »naliii. Ils parlèrent des moyens d'extirper ridolàtrie du pays , et ils convinrent ipie le plus sûr était de prendre les voies de la douceur, sur ce raisonnement que les esprits irrités par les éclats hors de raison ne se convertissent jamais sincèrement.
Le Père s'étaut retiré poiu" préparer toutes clioses, le prince le suivit de près, et se rendit à la chapelle avec ses trente piosélytes, dont il rendit puhliquement ce témoignage qu'il n'y eu avait pas un seul qui ne lût prêt à allesler de son sang la vérité qu'ils avaietit tous recomiue. En effet, ils tirent paraître dans la cérémonie de leur baptême une piété qui répondit de leur constance : le prince fut nommé Barthélémy, et il n'est guère connu que sous ce nom dans les relations espagnoles el portugaises.
Dès le lendemain Sumilanda fut obligé de partir potn- aller joindre l'armée du roi d'Arima, son frère, et malgré les résolutions qu'il avait prises de se ménager avec ces peuples, il éprouva bientôt qu'un cœur possédé de l'esprit de Dieu n'écoute plus lorsqu'il s'agit des intérêts du Ciel. C'est une coutume du Japon de consulter , avant de se mettre en catnpagne , l'idole Maristcn ou Manlislen , qui est parmi les japonais le dieu de la guerre. Quand les troupes sont assemblées, elles vont au temple, où cette divinité est adorée sous la figure d'un géant armé, le casque en tèti; , et pour cimier un coq déployé (jui couvre presque tout le casque de ses ailes; eu arrivant dans ce lenqde on met bas les armes, on baisse les étendards , et l'on pratique beaucoup d'autres cérémonies militaires mêlées de superstitions. Sumilanda, s'étant mis en marche, [)rit le chemin de la [»agode. on enfui surpris, car on savait qu'il était chrétien; mais l'étonnement des troupes changea bientôt d'objet. Ce prince fut à peine arrivé à la porte du temple , qu'il mit le cimeterre à la main ; en même temps il fait signe qu'on s'arrête : il entre avec ses gardes, commande qu'on jette l'idole par
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ferre, et qu'on la tire dehors la conJe an cou. H sort luimême , et à la vue de toute rarm!''e, à grands coups de sabre , il met la statue en pièces, et l'ait brûler le temple. Ce fut un spectacle bien nouveau et sans doute bien étonnant de voir un prince néophyte à la tète d'une amiée païenne, portant le saint nom de Jésus et le signe adorable de notre Rédemptioii sur .^es armes et sur ses liabits , plus sendjlable au chel" d'une religion militaire qu'au souverain d'un peuple infidèle, brûler les temples et abattre les statues de ces mêmes dieux qu'il avait si longtemps adorés.
Sumitanda ne borna point son zèle à ce coup d'éclat; il entreprit la conversion de toute son année, et l'en voyait avec admiration ce prince au milieu du tumulte d'un camp, tout occupé à instruire lui-même ses otiiciers et jusqu'au moindre soldat, des vérités de notre religion ; mais tandis qu'il faisait l'office du missionnaire, il ne négligeait point le devoir de général; et, le Dieu des armées combattant })0ur lui et secondant son zèle , il ti iompha pour le Ciel de ses sujets , el le Ciel le fit lrion)pber de ses ennemis.