CHAPITRE IV
Arrivée au Japon de trois nouveaux uiissiouiiaires. — \iiloire de S'imitanda sur des rebelltjs. — Conversion de deux seigneurs japonais et d'un capitaine. — Acits de charité dis Cliréliens du Japon. — Les Jésuites sont présentés à l'empereur. — Mort de l'empereur , révolte dans l'empire. — Les Pères démontrent la vérité du christianisme en présence du nouvel empereur. — Etforts des bonzes contre ks Cluétiens.
L.4 conversion du prince (j'Oiiiiira et celle du seigneur de Xiinabura, jointes à la profeclion (jiie donnait ouvertement au christianisme le roi d'Arima , faisaient concevoir au P. de Torrez de grandes espérances ; poiu' comble de joie, il lui arriva tort à propos trois nouveaux ouvriers : ce lurent le P. J.-B. Démonté, le P. Louis Froez et Jacques Gonzalez, qui iiY'Iait pas prêtre. Le supérieur lit aussitôt partir le P. Démonté avec Alméida pour Fimai , oi'i les tidèles étaient sans pasteurs depuis plus d^m an. Le nouveau missionnaire tut très-bien reçu du roi de Bungo, à qui il lit le récit des })rogrès de la loi dans toute la côte of.cideiitale du Ximo.
Sur ces enlrel'aites, une révolte, suscitée jiar les bonzes et les piincipaux sectateurs de l'idolàtiie , éclata contre le nouveau roi cbrélien. Les missionnaires lui rendirent , a force d'habileté et de dévouement, les plus grands services pendant cette malheureuse guerre. Parleur entremise, Xangandono , ancien roi d'Arima, qui avait abdiqué la couronne en faveur de son lils aîné , fut prévenu du danger que courait le prince d'Onuna, son secenl lils. Il assembla donc les vassaux de sa maison , et raîtias.-^anl sur son
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passage tous les partisans de Siimitandi, il courut à son secours. Il lit savoir par un chrétien dévoué au prince assiégé, quel jour il attaquerait les assiégeants, alin qu'il le secondât par une sortie. I^a chose s'exécuta comme elle avait été concertée; dès que Xangandouo parut sur les hauteurs qui bordaient la campagne , le prince d'Oniura ordonna à ses gens de se tenir prêts , Icin" montra le secours, Ht comme ils étaient tous chrétiens , il les avertit de mettre toute leur conliance au Dieu des armées. Enfin, Xangandouo, connnençant à donner, les assiégés sortirent en criant vice Sumitanda ! ce qui fut en même temps le signal du condjiit et le cri de la victoire. 11 n'y en eut jamais de si complète; à peine les rebelles tirent-ils quelque résistance, et il n'en serait échappé aucun, si le prince n'eût arrêté l'ardeur des soldats; il est vrai que Dieu combattit visiblement pour les siens. Les vaincus ipii échappèrent du carnage assurèrent (pie les croix, dont les habits des soldats chrétiens étaient couverts, jetaient un éclat (|iii les avait «'blouis et efirayés ; ils ajoutèrent Uième (pi'ils en avaient vu une en l'air très-brillante, et toute semblable à celle qui était dans le grand étendard du prince. Enfin il sembla que tout, jus^pi'aux éléments , lût armé pour les lidèles, car tandis qu'on se battait sur terre, une horrible t<.Mn|iète dissipa la tlolte <lu roi de l'iraudo et de (iollo. Ix roi de ¥\rando avait coutume de dire depuis, que le piince d'Omura était sorti de ce mauvais pas parce qu'il était bon chrétien. La juie d'un succès si peu allen(hj l'ut pourtant mêlée de quelque amertume ; le pays était dans ym étal déplorable , et Xangandouo , ennemi mortid de jïotre sainte lui , à la- ({uelle il attribuait le «iialheur de sa famille, ne pouvait sontlVir la moiîidre marque du christianisme, l^es princes, ses fils, n'étaient pas dans une situation à prendre la défense de la religion contre un père <jui venait de les rétablir sur le trône, et il fallut de nécessité qu'ils soullVissent eu patience ee qu'ils ne pouvaient empêcher. La constance de Sumitanda et celle de tous les autres néophytes , parmi tant d'épreuves, fut pour les missionnaires un grand sujet de
Si LE CH!U8TI.\MSMK AU JAPON.
consolation ; ces Pères avaient eux-mômes conru de grands dangers ; le bâtard d'Omin'a n'avait épaigné Vocoxinra que tant qu'il avait cru être vaiiupieur; le dépit de voir ses affaires ruinées, l'avait mis dans une colère (|u'il avait déchargée sin' tout ce qui s'élail rencontré ; et sans nn chrétien d'Arirna , qui vint par luer pour sauver les deux religieux, ils n'auraient pas échiq)pé à la fureur des vaincus.
Alméida dit qu'après la victoire du prince et la fuite des rebelles, il débarqua à Vocoxiura, où il apprit qu'il y avait de rigoureuses défenses |>orlées de la part de Xengandono de recevoir aucun religieux d'Euiope; (nais il ajoule que les Chrétiens l'allaient trouver pendant la nuit, et lui faisaient , les larmes aux yeux , mille excuses et mille protestations de ne jamais chanceler dans la foi. « Kh ! quelle religion ond)rasserions-nous , si nous renoncions à celle que xons nous avez prèchée? A qui, dans nos peines et dans nos dangers, aurions-nous recours si nous étions assez malheureux pour abandonner notre Dieu? Ah! quelques rigneiu's (pi'il st.'mble exercer contre ses enfants, c'est le meilleiu- de tous les pères, et il a lui-même gravé son amour dans nos âmes ; on ne nous l'arrachera pas. » Les choses demeurèrent en cet étal près d'une année, au bout de laquelle Xengandono mourut, et les princes, ses enfants, se virent en liberté de faire |K)ur la religion tout ce (pi'ils voulurent. Le roi d Arima n'était pas encore chrétii tj ; mais il se disposait sincèrement à le devenir. Dès (ju'il vil son père mort , il manda an P. de Torrez qu'il le priait de le vem'r Irouver à Cochinotzu, alin cpi'il put recevoii' de lui les instructions nécessaires avant d'être baptisé.
Tandis que la foi s'étendait ainsi dans le Ximo, elle s'établissait solidement dans la capitale de renq)ire et jusque dans la cour de l'empereur.
Le P. Viléla n'eut pas plus lût commencé ses fonctions aposloli(iues qu'on vint en foule lui demander le baptême. Plusieurs princes du sang ou alliés de renq)ereiu', de grands ofliciers de la couromn;, (juanlité de nobles lireul l)ien(ot profession [Uiblique du christianisme, et ne se distinguèieiit