‹ Le Christianisme au JaponChapitre 23 sur 108 · CHAPITRE IV. 8f · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 8f

pas moins par leur innocence cl leur verlii que par Téclat du rang cl de la naissance. Ce succès obligea les bonzes , loujouis appuyés du crédit de leur grand-prèlre , à faire un dernier elTorl pour cliasscr les missionnaires ; ils s'adressèrenl à Daxandono , (jui connnandait dans la ville, el qui y rendait la justice au nom de ren)pereur, el ils nn'renl tout en œuvre pour l'engager a f;dre publiei" un édit coidre la nouvtdie rcdigion. Daxandono répondit à ceux f[ui lui lurent dé|tulés (pTavanl de faire consfMilir la cour à ce qu'ils souhailaient , il fallait examiner si la religion chrétienne était aussi mauvaise (pi'ils le disaient , el que ce qu'il pouvait faire eu leur faveiu- était de nonmier des personnes capables d'iu jug'r.

Rien n'était plus a désirer pour la bonne cause de cet examen, supposé que les examinateurs fussent bien cboisis ; mais ils le furcrît très-inal. Ou mit celle afraire entre les mains de (\vu\ bon/es, dont l'mi se nommait Ximaxidono , «■l l'autre Cicoiîdoiio , tous (\vi\\ adonnés a la magie, ennemis déclarés dc!S (Chrétiens , et fort estimés à la cour , où ils avaient toujoms eu des emplois considérables; car le [)remier était tout li' conseil de .Mioxindono , le plus puissant de renq)ire , et le second avait été le précepteur de l'empereur, (le choix persuada tout le monde que c'était fait des missionu.urcîs, et tous furent d'a\is ([u'ilsse relirassent; ils le tirent et parlireiil potu' Sacai. La suite lit voir qu'ils avaient eu raison de cédei" au lenq>s ; leiu' id^senee ralentit un |»eu la \ iulenc»! avec bupudle on les poussait, et, par im de ces miracles de la grâce, (pu^ Dieu tire dv tem|)S en temps du sein de sa miséiicuide , les loups devinrent agneaux, et le salut \int d'où l'on avait plus sujet de craindre.

Un pauvr(î cluétieu de la canqiague , nounné Jac(|ues , ('tait all('; deinamier justice à Daxaiulono pour une somme d'argi^nt (piil avait prêtée; à im païen, t.'t (pu- c(dui-ci refusait de lui reudre. Ximaxidono, un des deux commissaires (ians raiïaire <!es lihrétiens , entra dans le moment que ce bonlionnne plaidait lui-même sa cause , et le reconnaissant pour chrétien à un chapelet qu'il poi tait sur lui : a Tu es

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donc, lui dit-il, de la religion des Européens? — Oui, grâce au Ciel, ré|)ondil le paysan , j'en suis ! — Qu'enseigne de bon votre loi? reprend le docleiir. — Je ne suis pas assez savant pour vous le dire, réplique le bonhomme ; tout ce que je puis vous assurer c'est qu'elle n'enseigne rien que de bon. » Ximaxidono ne laissa point de le questionner sur bien des articles, et le Seigneur, qui dénoue (p^and il lui plaît la langue des entants pour tirer sa gloire , éclaira lellemtîut, en cette occasion, ce paysan (pi'il parla sur l'existence et les attributs de Dieu, sur le culte qu'il exige des hommes, et sur l'immortalité de nos âmes, d'une manière qui ravit tout le monde en admiration. Le bonze surtout l'écouta avec une attention extraordinaire et sans l'interrompre ; il fut ensuite quelque temps sans lien dire; puis, comme s'il se fût éveillé d'un profond sonmieil : <( Allez, dit-il au chrétien , faites-moi venir votre docteur : si les disciples sont si habiles, que sera-ce du maître?» Jacques ne différa point a porter cette nouvelle au P. Viléla, et, racontant la chose comme il l'avait conçue, il fit entendre que le bonze était converti. Il eut beau dire, les chrétiens de Sacai s'accordèrent tous à soutenir qu'il ne serait pas prudent au Père de s'exposer sur cet avis, il leur paraissait quelque chose de trop singulier pour y ajouter foi si aisément.

Le P. Viléla voulait toutefois partir, dans la pensée que s'il s'était trompé, il aurait du moins le bonheur de donner son sang pour Jésus - Christ ; mais on l'arrêta par force; tout ce qu'il put obtenir ce fut que Laïucnt allât \oir de (pioi il s'agissait. Laurent se mit aussitôt en chemin , et les lidèles commencèrent à faire des prières potu' l'heureuv succès de son vovage, A son retour , il combla tout le monde de joie ; car non-seulement il confirma tout ce que Jac(]ues avait dit, mais il assura 'de plus que Cicondono, le second commissaire, avait été converti par son collègue, et (pie tous deux voulaient recevoir le baptême de la main du P. Viléla. A cette nouvelle, le Père se rendit en toute haie à xMéaco, où il trouva ses deux prosélytes, (pii avaient encore gagné

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à la religion un Si.igneiir nommé Xicaidouo, gonvernenr d'une place à huit lieues de la capitale. Ils étaient tous trois si bien instruits, qu'ils furent baptisés sur-le-champ. Dès le lendemain, Xicaidono mena Laurent dans sa place , et eut la consolation de voir , dès les premières prédications du missionnaire, son exemple suivi par beaucoup de personnes dt; distinction. Le zèle des deux bonzes ne fut ni moins vif, ni moins eflscare ; ils composèrent ensemble un traité de la religion chrétienne , qui produisit partout des fruits merveilleux.

Mais le plus grand avantage que tira le christianisme de cet hrMU'eux événement, fut la conversion d'un tono , appelé Tacaima, un des capitaines les plus habiles et les plus renommés qu'il y eût dans l'empire. Ce seigneur était d'ime j.rohilé peu counnune , parfaitement instruit de tous les secriîts de sa nligion , et fort attaché au culte de ses dieux. Le baptême des deux bonzes ayant éclaté , et jetant tout le monde dans l'élonnemcnt , Tacaima dit un jour qu'il était d'autant plus sinpîis de ce changement, ([u'il ne croyait pas fort difiicile d'obliger le prédicateur européen à confesser lui-ujème la fausseté de sa secte : et pour montrer qu'il n'avançait rien (pi'il n'eût en main de (pioi le prouver, sachant que le P. Viléla prêchait dans une place de Méaco, il va l'entendre; et le sermon fmi , il entreprend de réfuter tout ce que le missionnaire avait exposé. Le P. Viléla comprit d'abord qu'il avait all'aire à un homme d'esprit et qui «savait beaucoup plus (jue ne sait communément un homme de guerre ; il répondit toutefois sans peine à ses objections , et parla d'une manière si sensée et si solide, que le tono n'eut rien à répliquer, et fut surpris de voir en un moment non-seulement son esprit convaincu , mais sou cœuv changé de telle sorte (pi'il ne se reconnaissait plus, il se rendit donc sur- Theiu'e; et av(!C cette franchise et cette bonne foi dont il n'y a (pie les grands génies qiû soient bien capables, il avoua ses erreius et son ignorance. Il ne <lonua ensuite aucun repos au P. Viléla qu'il ne l'eût amené dans ses terres, oîi riionnue apostolique eut la consolation de bap-

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tiser le iono, sa femme et son fils : le père fui nommé Darie, la mère, Marie, et le fils, qui n'avait alors qne ijiialor/e ans , reçut le nom fie Jiisic. C'est ce fameux Juste Ucondono si célèbre dans l'hisloire ecclésiasliijne du dernier siècle , illustre par ses grandes actions , qui lui ont donné un rang distingué parmi les héros chrétiens, plus illustre encore par ses vertus et par ses souflVances j)oiu' la cause de Dieu, et qui eût fait roruement de sa nation . si ringratitude de sa |)atrie ne Teùt pas forcé d'aller mourir dans une terre étrangère.

Cependant la révolte d'Omura avait dispersé les missionnaires qui étaient dans cette contrée, et \o P. Louis FVoez et Jean Fernandez étaient allés à Firando, où, hieu (pi'ils n'eussent pas la cour favorable , ils ne laissaient point de travailler fort utilement, Dieu donnant à leurs travaux des bénédictions dont ils étaient eux-mêmes étonnés. Le prince Antoine était toujours rornenu'ut et le soutien de cette chrétienté-, on y pratiquait des vertus tpii auraient fait honneur à la primitive Fglise, cl tous ceux qui en furent les témoins convinrent que les religieux les plus austères et les plus l'ervents n'allaient pas plus loin. Il n'arrivait point de disgracy <à un particulier (pi'ellc ne fût aussitôt réparée auv frais du public , et l'on en rapporte nu exemple qui montre combien était grande la charité de ces néophytes. Le feu ayant pris à la sacristie dans Tile de Tacuxinîa , l'église, la maison des missionnaires et environ quinze autres furent réduites en cendres ; c'était vers les fêles d(! Noël , et les maisons brûlées appartenaient à de pau\res gens, qui i)ar la se trouvaiiid sans ressources, exposés à toute la rigueiu^ d'une saison très-froide : mais à peine le bruit de cet accident se fut-il répandu aux en\irons, (pu; les tidèles accoururcîil de toutes parts au secours de leurs frères : les maisons furent rebfdies et meublées avec mie diliiience incroyable, et sans qu'il en coûtât lien à ceux à qui le malheur était arrivé; on poinvut même à tous leurs besoins avec profusion , de sorte (pi'ils se trouvèrent plus à leur aise qu'ils n'étaient avant cette disgrâce.

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