‹ Le Christianisme au JaponChapitre 24 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En lo65, le P. Froez fut envoyé par le supérieur de la mission japonaise au secours du P. Viiléla, qui travaillait à Méaco au-dessus de ses forces. Il n'y eut sorte d'accidents fâcheux qui ne lui arrivât dans ce voyage , ni de dangers (ju'il ne courût avant de se rendre à Méaco: sans doule que Dieu qui le destinait à de grandes choses l'y voulut disposer par ces traverses, qu'on a toujours regardées dans les hommes apostoliques comme des assurances infaillibles de grands succès.

Tout prévenu qu'était ce missionnaire que la religion avait fait à jMéaco de fort grands progrès, il trouva que la renommée ne lui en avait pas encore assez appris. Mioxindono , que l'empereur venait de faire roi d'Iinori , et Daxandono, à qui sa majesté avait donné la principauté de Nara, s'étaient ouvertement déclarés protecleurs des chrétiens. Naytondono, roi de Tamba, jeune prince estimé à la cour impériale , venait de recevoir le haplènie ; et depuis l'arrivée du Père Froez le cubo-sarna voulut bien que les missionnaires le saluassent au commencement de l'année avec tous les grands de l'empire. C'est une cérémonie qui a quelque chose de bien auguste de la manière qu'elle se pratique au Japon : l'empereur, sur un trône fort élevé et très-spacieux, où l'or massif est aussi peu épargné que le marbre l'est dans nos plus superbes palais , voit devant lui d'un coup d'œil prosternés contre terre tous ses grands Yassaux , rois, princes, tonos et grands officiers de sa couronne, les uns plus près de sa personne , les autres éloignés, chacun selon son rang : lui petit geste , baisser son éventail (car les hommes en portent tous au Japon), baisser, dis-je , son éventail en regardant quelqu'un, est une grande faveur. Le monarque ne laisse pas, quand la cérémonie est achevée , de s'entretenir familièrement avec ceux qui ont entrée dans ses plus intimes confidences. Les deux missionnaires furent cette année de ce nombre, et l'on vit avec surprise deux pauvres religieux , très-simplement vêtus , honorés de la conversation du prince à la vue d'un assez grand nombre de têtes couronnées , sur lesquelles il daignait à peine jeter quelques regards ; mais

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ce qui acheva de niellre loiil le monde dans l'élonnement , c'est que l'empereur leur fit prendre du Ihé. Ce jour fut pour réglise du Japon le plus beau qui eut encore paru , et aucun nuage ne semblait en devoir sitôt troubler la sérénité: mais tant de belles espérances s'évanouirent en un instant , et la chrétienté de Méaco , sauvée de tant de dangers et cultivée avec tant de soins, se trouva presque ensevelie sous les ruines de l'état par la plus étrange révolution.

Mioxindono, favori de l'empereur, se révolta contre lui. Il vint attaquer le palais à la tète des conjurés, et l'empereur périt dans la mêlée. Lu des frères de ce prince parvint seid à s'échapper, et se réfugia chez Vatadono , zélé néophyte, qui commandait la forteresse de Doca. Celui-ci , fidèle à ses devoirs, se mil en campagne et détermina le fameux Nobtinanga, roi de Boari et de iMino , à prendre les armes pour la cause légitime. Après deux sanglantes batailles, Tusurpateur fut chassé, et le premier résultat de la victoire de iNobunanga , fut le rappel des missionnaires qui avaient été exilés de Méaco pendant la guerre civile.

Ce prince, (pii gouvernait l'empire au nom du nouvel empereur, n'avait pas attendu la recommandation de Vatadono, pour rendre justice aux missionnaires et à leur fidélité envers le feu empereur; il les connaissait p:ii" lui-même et les estimait. Dans la première audience qu'il donna au P. Froez , quelqu'im s'étant avisé de dire assez liant que les étrangers étaient la cause de tous les malheurs de l'empire, non-i-eulement le prince prit leur défense, mais il |)arla d'im ton qui ôla pour long-temps à ceux qui l'entendirent , l'envie de bs décrier en sa présence. I^a seconde visite que le Père rendit au roi , eut encore des suites plus avantageuses : ce prince , qui savait que toutes les persécutions qu'on suscitait aux chrétiens et aux missionnaires venaient des bonzes , se déchaîna fort contre ces faux prêtres. Cette disposition du roi donna au Père le courage de lui faire une proposition qui le surprit : « Que votre majesté , dit le missionnaire, fasse assembler tout ce qu'il y a da'ns l'empire de bonzes et de docU3urs en réputation ; je m'offre à disputer contre tous,

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