‹ Le Christianisme au JaponChapitre 25 sur 108 · CHAPITRE IV. î)i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. î)i

à celle condition que si je suis vaincu je serai chassé du Japon; mais que si je démontre la fausseté de tontes les sectes r|ui conijiOP<'nl la religion japonaise , votre majesté m'accordera et à tous les chrélirns sa protection royale. » Xobunanga admira la résolution du missionnaire; înais il lui dit (pie tous les bonzes n'accepteraient jamais ce défi ; fp.i'ils se hatlaient beaucoup mieux de la main que de la langue-, qu'il voulait néanmoins avoir un jour le plaisir de ces disputes quand il aurait un \wu plus de loisir. Quelque temps après , le Père alla souliaiter un heureux voyage au roi, qui |)artait pour ses étais, il trouva ce prince avec un bonze célèbre, nommé Nicbioxines, cpii sollicitait fortement l'exil des missionnaires. Nobunanga n'eut pas plus tôt aperçu ie P. Froez, qu'il lui demanda pourquoi les bonzes le haïssaient si foit. « Seigneur, répondit le Père, c'est que nous découvrons au peuple les erreurs de leur doctrine et la corruption de leurs mœurs, a Quelques autres questions que lit le roi, engagèrent insensiblement une espèce de conférence. Après (juelques [)roposilions qui ne firent pas grande difficulté , le bonze au lieu de répondre aux instances qu'on lui fit, jura et s'emporta d'abord, puis avança mille extravagances, d'où il conclut que sa religion était la vérilabl»\ Son discours choqua l'assemblée ; mais la conclusion fit rire , ce qui acheva de déconcerter le docteur. Laurent, qui accompagnait le P. Froez, lui demanda, pour renouer la dispute , qui était l'auteur de la vie. Il répondit brusquement qu'il n'en savait rien. Fnsuite Nobunanga fit lui-même au missionnaire quelques questions sur la récompense des bons et la punition des méchants : tandis (pie I^aurent répondait , le bonze éclata en des risées qui lui attirèrent également le mépris et l'indignation de l'asseinblée. Enfin , comme il entendit le P. Froez qui parlait de l'immortalité de l'àme , il se leva, courut au bout de la chambre, prit un sabre qui y était attaché, et s'approchanl de Laurent, (( .le vais éprouver tout-à-l'heure, dit-il au P. Froez, si tu dis vrai; quand j'aurai tranché la tète à ton compagnon , nous verrons si son âme survivra à son corps. » Vatadono et un officier, qui

Alt depuis le célèbre Taïco-Sama, arrêtèrent ce furieux , et lui saisirent son sabres Alors le roi , cboqué du peu de respect de ce prêtre insolent, le chassa de sa présence. Ce prince continua encore quelque temps à s'entretenir avec les deux religieux, sur les grands principes du christianisme ; il fut très-satisfait de tout ce que lui dit le P. Froez de la spiritualité et de rincorruptibilité de nos âmes, de la nature de nos pensées et de la vaste étendue de nos désirs. « Cette doctrine me paraît très-bonne , dit le roi ; mais quand j'oppose votre conduite à celle des bonzes, cela fait encore sur moi plus d'effet que tout le reste. ))

Le Père, qui se voyait écouté avec attention , ajouta quelques considérations qui salisfu-cnt infiniment Nobunanga. Il fit remarquer que si tout l'homme périssait avec le corps , nous serions de pire condition que les bêtes , puisque nous ressentons des maux que les bct(îs ne ressentent point, et que nous ne jouissons jamais comme elles d'un plaisir pur et tranquille. Il dit encore que nous avons au-dedans de nousmêmes un désir de la félicité éternelle , qui , bien approfondi , nous est une démonstration que nous y sommes destinés. De là , il commençait ta remonter à l'existence de Dieu, lorsqu'on vint parler au roi de quelques affaires. Ce prince fit aux deux religieux beaucoup de caresses, et les renvoya fort contents.

A peine le roi était-il parti de iMéaco, que Nichioxines obtint du dairi des lettres de proscription contre les missionnaires. Valadono s'en plaignit à l'empereur , qui trouva fort mauvais que le daii i eût sous ses yeux fait ce coup d'autorité, et lui lit dire que les étrangers étaient sous sa protection, et que désormais personne ne s'avisât de les inquiéter. Nichioxines, n'ayant pu réussir par cette voie-là, demanda au dairi la permission de tuer le P. Froez, et fit courir le bruit qu'il l'avait obtenue. Valadono , qui venait d'être fait vice-roi de Méaco, ne l'eut [>as plus tôt appris, qu'il envoya signifier à tous ceux du quartier où demeurait le Père qu'ils lui répondraient de ce, qui arriverait à ce missionnaire.

(1569) L'année suivante, Nichioxines revint en grâce

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auprès du roi de Boari , et presque en niêine temps Vatadono fut obligé d'aller dans ses terres. Le bonze crut pouvoir se servir de sa nouvelle laveur et profiter de l'absence de son rival pour obtenir du cubo-sama ce qu'il avait tant à cœur. Vatadono, qui en fut averti , voulut voir s'il ne j^agnerait rien par ses honnêtetés, et il écrivit au bonze une lettre très-civile. Le favori y fît réponse avec d'autant plus de hauteur qu'il croyait qu'on le craignait. Le vice-roi en lut irrité, et jura qu'il ne mourrait point content qu'il n'eut tué cet orgueilleux prêtre. Cependant il conseilla au Père Froez d'aller trouver IXobunanga pour lui demander sa protection, et il le recommanda à Xibatadono, un des lieutenants-généraux du roi de Boari.

Le Père, sans diUérer, se mit en chemiu. Dès qu'il fut arrivé à Mino, où était le roi, il fut présenté par Xibatadono , et reçu du prince avec un accueil qu'il n'eut janjais osé se promettre. Le roi commença par lui donner sa parole qu'il ne permettrait jamais qu'on lui fît aucun tort ; ensuite il le conduisit lui-même avec son compagnon dans ses appartements, et leur lit servir la collation. Enfin , il leur donna des lettres de recommandation pour le dairi et le cubo-sama, et leur ajouta qu'ils ne craignissent point tant ces deux puissances ; que rien ne se ferait sans sa participation. Le jour suivant, les deux religieux allèrent prendre congé de sa majesté , qui les retint tout le jour , leur donna mille nouvelles marques de distinction , et, prenant du thé avec eux, lit présenter la première lasse au P. Froez.

Le bruit d'une telle réception faite à des étrangers par un roi devant qui tout tremblait, jusqu'aux empereurs, alarma, mais ne découragea point les bonzes. Nichioxines s'avisa l)our perdre les missionaires d'un stratagème qui lui réussit d'abord; il forma une accusation contre Vatadono, le concerta si bien , sut faire entrer dans son intrigue tant de personnes en apparence désintéressées , chargea son ennemi de tant de crimes que Nobunanga ne put s'empêcher d'y ajouter foi , priva le vice-roi de toutes ses charges , et lui fit défense de paraître devant lui. Cette nouvelle fut un coup de

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foudre pour les fidèles , qui se trouvèrent par là sans protecteur dans une cour où leur plus mortel ennemi n'avait plus de concurrent. Mais Dieu lit bien voir en celte rencontre qu'il lient le cœur des rois entre ses mains, et que tous les efîorls des hommes sont inutiles contre lui; jamais Mchioxines ne put changer l'esprit de Nobunanga , ni celui de l'empereur à l'égard des chrétiens. Vatadoiio de son côté n'aidait pas peu à cousoier les fidèles de son malheur par la manière héroïque dont il le soutenait; il cessa de poursuivre son ennemi , dès qu'il ne put le faire sans qu'il y parût de la vengeance , et il disait a ceux qui le plaignaient qu'il metlait au nombre de ses plus heureux jours celui auquel il avait perdu sa fortune pour la cause du vrai Dieu. Enfin le Ciel se laissa toucher aux prières qu'on faisait potu' (jue son innocence lut recoiuuie; Nobunanga ne put oublier un humme à qui il avait tant d'obligations. Un jour qu'en présence du roi on déplorait le sort de Vatadono , ce prince témoigna qu'il le verrait volontiers. \ ataduno en fut averti ; il vint à la cour, et le roi ne l'eut pas plus tôt vu humilié à ses pieds, que les larmes lui coulèrent des veux. Vatadono profita de ces heureuses dispositions du prince pour sejustitier; il le persuada : ses charges lui furent rendues et st;s revenus augmentés. Quant à l'inqjoslcur, il u'av;iil pas ixuté si loin la peine de sa calomnie, ajaut été chassé de la cour pour des causes que je ne trouve nulle part. La noiivelle fa>eur du vice-roi lui lit embrasser avec encore plus d'ardeur les inlércls de la religion-, on aurait de la peine à imaginer ce (|ue sa piété lui faisait lou> lt!S joiu's enirepi'endre pour l'établissement du christianisme , iju'il était résolu d'embrasser au plus tôt. Sa charité était aussi tendre ipie son zèle était actif; il entrait dans les besoins de tous les j^arliculiers , et il n'y avait aucun lidèle qui ne le regardât avec justice comme son père. Il ne se démentit jamais , et il fut jusiju'à la fin le protecteur des missionnaires et l'appui de la religion nonseulement dans ses états, mais à la cour de l'empereur et à celle du roi de Boari.

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