‹ Le Christianisme au JaponChapitre 26 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mort de Jean Fernindez. — Quelques mots sur ce missionnaire. — Progrès du chriitianisme dans les lies qui enviroiineut le Japon. — Courage d'un officier. — Conversion du prince héréditaire des îles de Gotto. — Zèle de Sumitanda. — Lettre du P. Alexandre Valégnan — Mort du P. de Torrez. — Amour des souffrances. — Pcrséculiou dans l'ilc de Xéqni. — Conversion du seigneur d'Amacusa. de son iils et de sa fille. — Piété du roi de Gotto.

Tandis que la capilal*; de Tenipiie était plongée dans le trouble , le chiistianisiiie faisait de grands progrès dans les royaumes du niidi ; Jean Fernandez était mort , à Firando, d'une langueur que lui avait causée Texcès de ses travaux; mais cette mort, bien loin d'alarmer les tîdèles , était pour eux un nouveau motif de travailler à leur sanctilicalion , dans la pensée qu'ils avaient un protecteur dans le ciel. Fn etVet, il serait dilTicile de trouver un caractère de sainteté plus héroïque et mieux marqué que celui qu'on découvrit jusqu'à la lin dans ce missionnaire -, il était de Cordoue , capitale de l'Andalousie; il s'était établi à Lisbonne, où il faisait un grand commerce de soie. Un exercice de pénitence que des Congréganistes pratiquaient à certains jours chez les Jésuites dans une chapelle secrète, et dont il fut une fois témoin par hasard , lui inspira un si grand désir de se donner à Dieu et de renoncer à tout ce qui doit périr, que sur-le-champ il alla trouver le provincial des Jésuites, et lui demanda instamment d'être admis en leur Compagnie.

Le P. Simon P»odriguez , un des dix prenjiers con)pu~

gnons de saint Ignace , gouvernail alors les Jésuites de Portugal. Il fut sur[uis de voir un riche ncgociant qui , à l'âge do vingt-deux ans , s'onVait à passer le reste de ses jours dans les oHices doujcstiques ; car Fernaudez ne pouvait se destiner qu'a cela , n'ayant point d'études. Aussi plus une telle proposition avait de (juoi étonner , plus le [)rovincial jugea qu'il devait éprouver son prosélyte ; avant de le le-, cevoir, il exigea de lui une chose qui passera pour une extravagance dans l'esjjrit de ceux qui se règlent sur Us maximes de la prudence du siècle; mais ceux qui savent découvrir la haute sagesse que renferme la sainte folie de la Croix en jugeront autrement, et ne s'étonneront pas qu'un homme qui avait guéri un lépreux en le faisant coucher avec lui , se soit un peu écarté de la conduite ordinaire , pour en suivre une que [dusieurs exemplt-s assez senihlahles des saints ont suftisamment autorisée. Le P. Bodrigucz dit donc à Fernandez que, pour avoir une assurance de sa vocation , il souhaitait qu'il se montrât dans la ville monté sur un âne' et le visage tourné du côté de la queue de l'animal. Fernandez, tout couvert de soie qu'il était, s'en va sans balancer chercher un âne, monte dessus connue on lui avait marqué, traverse Lisbonne d'un bout à l'autie en cet équipage , et retourne avec un air triomphant à la ujaison des Jésuites, où le provincial ne lit aucune difticulté de l'admettre au nombre de ses inférieurs.

On ne devait attendre que de grandes choses d'im si beau commencement; on ne se trompa point. Fernandez, fidèle à la grâce , apiès avoir creusé des fondements si profonds, éleva si haut et en si peu de temps l'édifice de sa [)erfection, qu'étant parti pour les hides, après neuf mois de noviciat, saint François Xavier, qui n'avait pas de la sainteté une idée coninnine , fut fraj)pé de celle qui reluisait en ce jeune religieux. Le Saint s'apei'çul encore avec étoimemeid, après avoir un peu pralicpié Fernandez, que, quoiqu'il fût illettré, le Saint-Esprit lui en avait déjà plus appris dans l'oraison que l'on en apprend en bien des années dans les écoles; et en lui trouvant avec cela un bon sens rare et

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